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Le blog d'André Boyer

philosophie

LA VIE DES PLANTES

10 Janvier 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

LA VIE DES PLANTES

Étudier la vie des plantes, c’est se poser la question de la vie tout court.

 

La question qui a notamment été abordée au travers du livre de Peter Wohlleben, La vie secrète des arbres, dont la thèse fondamentale, même si elle est sans doute excessivement anthropomorphique, consiste à montrer un exemple de « savoir-vivre ensemble » dans la forêt.

L’approche de Peter Wohlleben s’appuie sur les travaux de la microbiologiste américaine, Lynn Margulis qui a montré dans les années 1970 que les cellules eucaryotes (organismes avec un noyau) seraient nées d’une suite d’associations symbiotiques entre différents procaryotes (organismes sans noyaux). La découverte qu’il a fait de l’endosymbiose, avec l’apparition de la cellule eucaryote, ne relève pas de la guerre ou de la compétition, mais d’une symbiose, d’une coopération.

Il s’agit d’une théorie qui a permis à la biologie d’abandonner dans ce cadre le paradigme belliciste, selon lequel la nature serait un espace de lutte de tous contre tous,  en d’autres termes le paradigme de Darwin. Le succès de La vie secrète des arbres réside justement dans un message opposé à celui de Darwin, puisque la collaboration entre les plantes y apparait comme une force créatrice.

En outre, les préoccupations écologiques de la population favorisent le nouvel intérêt qu’elle porte au règne végétal. Conscient de la profonde modification de l’ordre naturel provoquée par l’humanité́, cette dernière serait devenue plus attentive aux autres formes de vie et aux interactions entre espèces, qu’elles soient humaines, animales ou végétales. Il en résulte que la vie des abeilles ou celle des arbres sont devenues des questions politiques.

Il s’y ajoute enfin que, depuis les années 1970, l’humanité a été progressivement obligée de reconnaitre que l’être humain n’était pas le seul à incarner une intelligence. La révolution de l’informatique nous conduit déjà à accepter l’existence d’une l’Intelligence Artificielle dont sont dotées les machines, mais on a aussi attribué des formes d’intelligence à des espèces animales de plus en plus nombreuses. Demain, ce sera au tour des bactéries d’être reconnues comme intelligentes, si l’on se fie aux recherches du neurobiologiste Antonio Damasio.

Il restait donc à reconnaitre que les plantes avaient, elles aussi, une forme d’intelligence. Le pas a été́ franchi par Stefano Mancuso, l’un des fondateurs de la neurologie végétale avec František Baluška, de l’université́ de Bonn.

Cet élargissement du concept d’intelligence nous invite à renouveler notre pensée sur les plantes.

Ainsi, dans La vie des plantes, Emmanuelle Coccia avance que l’être humain ne pourra jamais comprendre une plante sans avoir compris ce qu’est le monde. Car les plantes sont à̀ l’origine de notre monde, en contribuant à̀ produire massivement l’oxygène de l’atmosphère, et donc à̀ rendre la Terre habitable tout en constituant le premier maillon de la chaîne alimentaire.

Si bien que le monde est beaucoup plus végétal qu’animal, sachant que la plante est bidimensionnelle alors que l’animal est tridimensionnel.  En effet, toute la vie des plantes se passe en surface, ces dernières ayant tendance à se développer à l’infini, tandis que les corps animaux produisent des espaces intérieurs et que le corps animal ne commence sa reproduction qu’à la fin de sa période de croissance tandis que le corps végétal ne cesse de s’accroitre, avec des organes reproducteurs temporaires.

La plante, observe Emmanuelle Coccia, ce sont des feuilles, des racines et des fleurs. La feuille est la partie la plus importante d’un végétal puisque c’est par elle que s’accomplit la photosynthèse, tandis que la racine, tout en permettant à la plante de vivre à la fois dans deux milieux, aérien et souterrain. n’est pas aussi importante, puisqu’elle est apparue très tardivement dans l’évolution du règne végétal.

La fleur, quant à elle, incarne l’intelligence des plantes au sens où elle insuffle de la forme à de la matière, à partir des graines qu’elle produit, ces graines qui constituent le lieu de mélange des gènes lors de la reproduction.

 

Concluons donc avec cette symbolique du mélange, qui fait de chaque être vivant, humain, animal, végétal, un organe de la Terre, indissociable de ses autres organes…

 

BIBLIOGRAPHIE :

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LA MAITRISE DU MONDE?

28 Novembre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

LA MAITRISE DU MONDE?

LA MAITRISE DU MONDE ?

 

L’humanisme est tout entier fondé sur le principe de contrôle, de la nature et de soi-même. Or les résultats spectaculaires de l’humanisme dépassent les attentes de ses promoteurs, d’où la remise en cause partielle ou totale de ses principes.

 

Nous devons tout d’abord nous souvenir que la science est une création grecque qui date de 2500 ans, en partant de l’idée que la réalité sensible, celle à laquelle les sens nous donnent accés, n’est pas la seule réalité accessible.

Avec les Grecs, l’homme a subodoré qu’il y avait des choses derrière les choses, donnant le départ au développement des connaissances en Occident. Comment avoir accés à ces connaissances ? Platon pose qu’il s’agit d’Idées et que l’on y accède par la dialectique, c’est-à-dire que l’on confronte des idées en éliminant dans ce processus les idées incohérentes. On fera donc de la dialectique pendant deux mille ans, sans aboutir à une connaissance certaine, uniforme et partagée de ces choses derrière les choses.

En assurant que le livre de la Nature est écrit en langage mathématique, Galilée a permis le passage du monde qualitatif des idées au monde quantitatif de la mesure des choses.

La mesure est en effet le procédé qui permet de passer d’une sensation qualitative à une donnée quantitative, de l’éloignement d’un objet à la distance qui m’en sépare. Elle constitue la deuxiéme rupture dans l’ordre de la pensée, après la première avancée du monde des Idées de Platon, à laquelle elle donne tout son sens. Et puis tout se mesure, les distances comme les profits, ce qui signifie que ce qui ne se mesure pas n’a pas d’intérêt, ou plus précisément n’a pas de valeur.

Notre rapport à l’espace et au temps est significatif à l’égard de la mesure. Nous n’avons pas besoin d’un mètre pour évaluer une distance, mais nous avons besoin d’une montre pour connaitre l’écoulement du temps objectif que nos sensations ne nous permettent pas d’apprécier. Derrière le temps normalisé apparait une vision déterministe de la nature.

Si le monde est déterministe, comme l’affirme Descartes et tous les scientifiques jusqu’à la fin du XIXe siècle, il est possible de prévoir son évolution. Si l’homme peut prévoir, il peut modéliser les conséquences de ses choix, donc il peut choisir son avenir : l’homme devient Dieu, puisqu’il maitrise son destin.

 

Jusqu’à ce que la science découvre progressivement les limites de son pouvoir de maîtrise, qui l’empêche de décrire totalement la réalité. Le théoreme de Gödel, le second principe de la thermodynamique, le chaos déterministe en mécanique, les relations d’incertitude en physique nucléaires, marquent, entre autres, les limites des avancées scientifiques sur le chemin de la vérité.

En outre, la science porte en elle la technologie qui est mise en œuvre pour maitriser la nature, technologie qui  engendre des effets indésirables, en vertu du second principe de la thermodynamique. Petit à petit, ces effets indésirables, comme la pollution  deviennent insupportables, ce qui conduit au développement d’une nouvelle technologie pour les éliminer, qui génére à son tour de nouveaux effets désirables. Une spirale technologique illimitée s’installe, l’une corrigeant la précedente…

Pour sa part, l’économie entre progressivement dans l’ère du non-maitrisable. Le supplément de pouvoir d’achat dégagé par le progrés technologique, les effets d’expériences et les économies d’échelle ne servent plus seulement à satisfaire des besoins limités, mais des désirs illimités.

Enfin, lorsque la sociologie montre que l’on peut expliquer le comportement humain à partir de sa culture et que la psychanalyse renchérit en l’expliquant à partir de son insconscient, la philosophie abandonne la morale kantienne, selon laquelle l’être humain est libre et responsable.

 

En constatant la remise en cause de la notion de maitrise, l’Homme-Dieu en vient à débattre de l’humanisme qui l’avait mis en mouvement.

À SUIVRE

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L'HUMANISME OU LA MAÎTRISE DE LA NATURE

27 Octobre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

EMMANUEL KANT (1724-1804)

EMMANUEL KANT (1724-1804)

Le paysan qui travaillait la terre en 1506, quelque part en Europe, aurait pu affirmer que les travaux que menaient  le chanoine polonais Copernic cette même année avait peu de chances d’influencer son sort. C’était vrai pour lui, mais faux pour ses descendants.

 

Car, depuis trois siècles, le progrès s’est bien accompli, à partir d’une convergence entre la science, l’économie et la philosophie autour de la maitrise de la nature qui est l’œuvre de l’humanisme, défini au XVIIe siècle par l’invite de Descartes à ce que l’homme se rende "comme maitre et possesseur de la nature".

L’homme du Moyen Age savait que l’homme n’était pas maitre de la nature, dont il devait subir les effets, climatiques ou épidémiques.  Jusqu’à ce que, au XVIIe siècle, le projet humaniste, d’une ambition folle, consiste à faire sortir l’homme de sa condition subalterne face à la nature pour qu'il en devienne le maitre.

Les outils de cette révolution se mirent alors en place. Newton proposa un outil scientifique qui visait à maitriser l’avenir. S’il n’était valable que dans le domaine mécanique, il orientait néanmoins la vision du monde qui s’exprima dans la philosophie des Lumières. Le modèle mécanique devint un guide général. On ne luttait plus contre la Peste en priant, mais en recherchant les causes de la contagion.

Tandis que la philosophie affirmait sa foi dans le progrès, encore fallait-il un système philosophique qui permette à  l’homme de justifier la raison pour laquelle il se séparait de la nature pour la dominer. C’est ainsi que Kant affirma que l’homme était libre par rapport à la nature, parce qu’il était un être moral. Il prenait ainsi le contrepied de la philosophie de Platon et des philosophies religieuses. Pour Platon, le bien et le vrai se confondaient. Ce qui était bien était vrai, ce qui était vrai était bien et il suffisait donc de connaitre le vrai pour connaitre le bien : la morale était assujettie à la connaissance. Quant aux religions, elles affirmaient que la morale était soumise à la métaphysique.

Kant posa pour sa part que la morale était indépendante de la philosophie et de la religion. Un homme moral s’imposait à l’homme libre dans la mesure où l’immoralisme menaçait : si Dieu n’existe pas, tout est permis, déclarait Dostoïevski. Kant affirma donc que l’homme ne pouvait être  libre que par sa propre volonté, grâce à la faculté qu’il avait de s’imposer à lui-même la loi du devoir. Contrairement à l'idée répandue aujourd'hui, le devoir n’était donc pas une contrainte qui s’oppose à nos passions dans lesquelles s’exprimerait notre vraie liberté, car ces dernières relèvent de la nature où règne la loi d’airain des causalités.

Cette démonstration morale est le fondement de la morale laïque, un fondement fragile actuellement remis en cause par le triomphe de l’assouvissement « libre » des passions.

L’idée de maitrise s’est emparée ensuite du système économique, selon lequel l’homme renoncera au XIXe siècle à sa liberté temporelle pour jouir des bénéfices de la production de masse. Jusque dans les années soixante, le monde économique reflétera une double maitrise, celle de l’entreprise qui maitrise le consommateur tout autant que le salarié et celle du système économique dans son ensemble qui maitrise l’entreprise.

L’économie de l’offre permet de maitriser la consommation, car, que le consommateur soit content ou non, il consomme les mêmes produits. S’il veut consommer plus, l’offre s’organise autour des économies d’échelle et la baisse des prix compense la perte de liberté du client. La production massifiée suppose de standardiser le processus de production et donc de rendre le salarié objet plutôt que sujet. Il travaille à la chaine, il manque d’autonomie dans son travail mais c’est le prix à payer pour qu’il gagne un peu plus chaque année.

Dans cet univers contraint, l’entrepreneur semble le gagnant, mais c’est faire fi de la compétition entre les entreprises. L’effet d’expérience entraine en effet un avantage compétitif pour les grandes entreprises. Il en résulte que la stratégie du chef d’entreprise est déterminée par la situation économique qui lui dicte le moment où il faut vendre son entreprise à son concurrent. L’entreprise s’inscrit dans une maitrise dictée par la situation économique, elle-même sous-tendue par le postulat que les besoins des consommateurs sont finis, récurrents et mesurables.

 

Tout changera lorsque l’on se mit à consommer pour se faire plaisir ; les tendances de fond, qui avaient convergés pour produire une société humaniste autour de la maitrise de la nature par l’homme, se mirent à diverger.

À SUIVRE 

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REGARDER LA VÉRITÉ EN FACE?

8 Juillet 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

REGARDER LA VÉRITÉ EN FACE?

Si la science n’apparaît plus comme l’arme absolue pour découvrir la réalité du monde, que faire ?

 

Autrefois les hommes vivaient dans l’idée que le monde tournait autour d’eux, ce qui leur donnait un sentiment de sécurité. Depuis vingt générations environ, la science a fait pièce à cette prétention. Il a fallu que l’espèce humaine chasse de son esprit les vérités léguées par ses ascendants et à peine s’y était-elle résolue que la science avoue les limites de sa capacité à comprendre le monde.  

Une contradiction est en effet apparue entre le doute engendré par le raisonnement scientifique et le besoin fondamental de vérité qui habite les hommes, vérité du monde, vérité de la vie, vérité du moi.

Ce besoin de vérité explique que l’homme ne demande qu’à avoir la foi, qu'il s’accroche à ce qu’il peut saisir, à la religion, à la tradition, à la raison,  à la science, toujours à la recherche de chemins vers la vérité.

Or, le point faible des tenants de la vérité scientifique se niche dans la preuve. Avant la science, on pouvait croire sans preuve. La gloire de la science s’était construite sur sa prétention à apporter les preuves de ce qu’elle avançait.

Mais comme ces preuves se sont évanouies au moment précis où les scientifiques croyaient pouvoir disposer de tous les moyens pour les apporter, le doute est désormais omniprésent dans la démarche scientifique.  En outre, la logique s’est démontrée à elle-même qu’elle se trouvait dans l’incapacité de prouver quoi que ce soit qu’elle ne savait déjà avant de commencer ses analyses.

Le doute s’est aussi niché dans la vision subjectiviste du monde qu’implique la suprématie de la raison. Désormais, la vérité émerge de l’individu. Tant qu’elle venait d'en haut, que ce soit de Dieu ou de la Science, l’homme y casait ses petites vérités personnelles qu’il cachait ou affichait, à son goût et à ses risques. Mais si la source de vérité devient individuelle, personne ne peut plus accepter une vérité collective, sauf si elle est compatible avec la sienne propre.

Nous sommes désormais libres de choisir ce que nous appelons « vérité », car personne n’est plus autorisé à se référer à  une vérité qui le dépasse, en d’autres termes à une vérité transcendantale et, à l’autre bout de la chaine, personne n’est prêt accepter d’être dépossédé de sa vérité particulière.

Il reste que la démarche de l’homme depuis les origines de l’humanité exprime qu’il ne peut se résoudre à vivre dans un monde où ses actions seraient vides de sens, un monde qui lui serait hermétique.

Nous voilà à nouveau seuls au bord du chemin. Il nous faut une troisième fois, après avoir adhéré aux religions monothéistes puis à la science, réévaluer notre situation sur cette Terre. La science, à force de prétendre pouvoir tout comprendre, tout savoir, tout faire, nous avait érigés en démiurges, avant de nous faire redescendre de notre piédestal. Il reste que la conscience que nous avons du monde nous impose de donner un sens à notre présence, ce qui est la source de notre désarroi.  

 

Lorsque nous prenons conscience que nous ne pouvons pas renoncer à la vérité, lorsque nous choisissons donc, par tous les moyens en notre possession, de nous en approcher le plus possible, encore faut-il accepter de la regarder en face cette vérité, personnelle, fragile et provisoire…

 

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LA VÉRITÉ SCIENTIFIQUE ASSAILLIE DE TOUTES PARTS

4 Juillet 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE, #CULTURE

KURT GÖDEL

KURT GÖDEL

Les philosophes n’ont eu de cesse d’insister sur le caractère subjectif de la pensée humaine, ou encore sur la subjectivité qui s’attache à la vérité délivrée par un être humain.

 

Arthur Schopenhauer s’est ainsi efforcé de montrer les limites de la pensée de Kant, en soulignant que la vérité trouvait sa source dans la volonté de l’individu. Quant à Nietzsche, il a  carrément refusé d’envisager la possibilité qu’il puisse exister une vérité objective. En outre, le subjectivisme a trouvé un renfort puissant chez les linguistes comme Saussure qui a démontré qu’aucun langage ne permettait de formuler quoi que ce soit d’assuré.

Même si Wittgenstein a tenté de surnager dans l’océan de scepticisme qui submergeait la pensée philosophique occidentale, il a dû finalement convenir qu’il fallait renoncer à toute prétention d’acquérir une connaissance objective des faits.

Puis les philosophes, obsédés par le subjectivisme, ont été soudainement dépassés par les artistes, qui sont souvent annonciateurs de changements de paradigme. Ce fut le cas, on s’en souvient, de Giotto Di Bondone dont le réalisme était le héraut du paradigme expérimental et ce fut encore le cas du Dadaïsme qui a barbouillé les espaces et du Surréalisme qui a aboli la différence entre le rêve et la réalité : tous deux annonçaient l’irruption de l’incertitude dans la pensée scientifique. 

La science, dès le début du XXe siècle, va se trouver en effet prise en tenailles entre la subjectivité de l’individu, à laquelle elle résistait victorieusement depuis deux siècles en s’abritant derrière l’objectivité de l’expérimentation et la soudaine association de l’incertitude aux résultats qu’elle obtenait, alors qu’elle rêvait d’offrir à la pensée humaine un univers ordonné.

Si elle avait toujours été consciente de ses failles, la science prétendait néanmoins avoir initié une marche en avant permanente vers la vérité. Or la physique, l’une des disciplines scientifiques les plus prestigieuses, se mettait tout d’un coup à nous présenter un monde chaotique, contradictoire, où se déroulaient des évènements non observables et où circulaient des particules indétectables dont l’origine était indéterminée et dont les effets étaient imprévisibles !

Ce fut un choc dont aucun scientifique ne s’est vraiment remis : Einstein décrivait un univers où la masse et l'énergie n’étaient que deux aspects d'une même réalité insaisissable et où les parallèles se rencontraient. Le battement d’aile du papillon devenait le symbole universel du désordre qui pouvait pervertir n’importe quel système. Pour couronner le tout, le principe d’incertitude de Bohr et Heisenberg appliqué aux électrons démontrait que l'observateur était, par essence, partie prenante dans l'expérience qu’il menait, si bien qu’aucune expérience ne pouvait être considérée comme objective. Aucune expérience n’était objective ! Tout simplement impensable!

Le choc ne s’arrêtait pas aux frontières de la physique. Il atteignait le cœur battant de la pensée scientifique, la logique scientifique, lorsque Henri Poincaré remettait en question le postulat central de cette logique scientifique en démontrant que le lien entre l'hypothèse et la preuve était construit artificiellement, ce qui remettait carrément en question la notion de démonstration. C’est ce qu’écrivait également Kuhn, quoiqu’avec plus de délicatesse, lorsqu’il décrivait les révolutions scientifiques comme des changements de paradigme, ce qui signifiait en clair que les découvertes scientifiques étaient dépendantes de la perspective choisie par le chercheur. Plus d’expérience objective, plus de démonstration véritable, que restait-il à la science pour prétendre détenir le monopole de la recherche de la vérité?

D’autant plus que Frege allait plus loin encore en soutenant que la raison ne fournissait rien de plus qu’une vérité contingente puisqu’elle se contentait de confirmer ce que l’esprit savait déjà par l’induction, l’intuition ou l’observationEt Gödel renchérissait dans le même sens en démontrant qu’il n’existait aucune logique qui permettait d’affirmer que des propositions mathématiques étaient justes ou fausses.

 

Ces remises en cause de la validité de la preuve, si centrale dans la démarche scientifique, contraignaient la science à reconnaître que ses démonstrations étaient entachées d’incertitude, de subjectivisme et d’autojustification qui, toutes trois, affaiblissaient sa légitimité.

Avec quels outils, finalement, approcher LA vérité ?

 

À SUIVRE 

 

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L'APOGÉE DE LA VÉRITÉ EXPÉRIMENTALE

28 Juin 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

PIERRE GASSENDI

PIERRE GASSENDI

Il est de fait qu’il ne peut y avoir, dans une même société, plusieurs vérités concurrentes.

 

Les tenants de la vérité par l’expérimentation se sont donc rapidement chargés de liquider la vérité concurrente traditionnelle fondée sur la raison adossée à la religion. Pascal a bien essayé, avec son pari, de maintenir la religion sans renier la science, mais, las, la vérité de la religion fut rapidement mise en cause, dès 1686, par Newton puis, entre autres, par Laplace et John Locke. Le coup de grâce à la vérité religieuse fut porté par Darwin au XIXe siècle, lorsqu’il postula que la sélection naturelle constituait le principe d’évolution des êtres vivants et donc que l’homme n’était plus l’acteur de sa propre destinée. Mais, avant Darwin, il y avait belle lurette que l’on considérait tout fait scientifique comme « vrai », et qu’inversement tout  ce qui n’était pas scientifique n’avait plus aucune consistance, du point de vue de la vérité.

 

La foi en l’expérimentation était donc très tôt devenue une nouvelle religion comme en témoigne l’incroyable expédition arctique de Pierre Moreau de Maupertuis en 1736.

L’enjeu était de déterminer la courbure de la Terre. Un projet gigantesque d'expédition en Arctique débuta en 1669 à l'Observatoire de l'Académie Royale des Sciences où Louis XIV en personne venait contrôler le relèvement des coordonnées terrestres. Le directeur de l'Académie, Jacques Cassini, avait des doutes : il lui semblait que le relevé des coordonnées montrait que la Terre n'était qu'un sphéroïde aplati plutôt qu'une sphère. On pouvait craindre une erreur de l'ordre d'un degré dans le calcul de la latitude, erreur insupportable pour tout scientifique digne de ce nom.

Il fallait en avoir le cœur net.

Deux expéditions particulièrement complexes et coûteuses furent organisées, respectivement à l'Équateur et au Pôle Nord. La première demanda dix ans. La seconde fut conduite par Maupertuis dans des conditions de survie extrêmement périlleuses. Toutes deux permirent conjointement d'obtenir une mesure de la sphère terrestre proche de la perfection.

Ces efforts héroïques, ces travaux inouïs, ces mesures méticuleuses manifestaient l’ambition d’une science qui voulait s’imposer face aux traditionalistes et aux sceptiques, en leur assénant les résultats indiscutables de l’expérimentation, quel qu’en soit le prix. L’observation et la mesure étaient alors l’alpha et l’oméga de toute théorie scientifique, et à bien des égards, elles le restent. 

La confiance dans les pouvoirs de la science était justifiée par les changements de la vie matérielle qui en découlaient. La science s’imposait comme la méthode nouvelle et infaillible pour dévoiler graduellement les secrets de la vérité du monde.

Ce triomphe n’allait pas tarder à être discuté, quelques dizaines d’années seulement après que  la science ait amorcé sa marche triomphale : les philosophes se sont chargés d’ébranler les certitudes scientifiques, avec l’aide d’une arme secrète, l’ego.

David Hume ouvrit les hostilités en postulant que toute pensée commence par des impressions. Pour lui, si les sensations sont les seuls faits vérifiables, on ne peut plus faire état de relations de cause à effet objectives. Descartes enfonça tout de suite le clou avec son « je pense donc je suis », postulant que la pensée de l’individu était par définition subjective et en déduisant que la philosophie devait se recentrer sur le moi. 

Mais si l’Univers était voué à la réalisation de soi, il n’était plus question d’accepter les doctrines déterministes de Leibniz (tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes) et de Spinoza, ce dernier niant qu’il puisse exister  une liberté de la volonté, à rebours du  subjectivisme triomphant de Descartes. Après Spinoza, Kant fut le dernier philosophe notable qui s’opposa au subjectivisme, lui-même ennemi de la vérité scientifique objective. Ce dernier posa le principe de l’existence d’une réalité inaccessible, transcendante et idéale que l’on pouvait découvrir plutôt par l’intuition que par la raison. Il ne prenait donc pas l’individu comme sujet créateur de la vérité.

 

Mais, après Kant, les philosophes renoncèrent à rechercher les moyens d'atteindre LA vérité objective, dans la mesure où ils se replièrent sur la conscience du « moi ».

 

À SUIVRE

 

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LA VÉRITÉ FONDÉE SUR L'EXPÉRIMENTATION

24 Juin 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

GALILÉE

GALILÉE

En Occident, l’Antiquité s’achève avec la disparition de Rome et l’invasion de l’Empire qui se traduisent par une chute démographique et des routes désertées.

 

Les temps sont ceux de la recherche d’une protection physique et spirituelle autour du seigneur local et de l’Église. Puis, le fil du progrès matériel se renoue, la population s’accroit fortement au XIIe siècle,  le rythme des innovations s’accélère, comme l’invention du gouvernail, de la boussole, des moulins à eau et à vent, du joug frontal pour les bœufs.

Les villages deviennent des bourgs, les villes, artisanales et commerçantes, se peuplent d’immigrants et débordent hors de leurs vieilles fortifications.

La circulation des informations s’accroit à partir du XIIe siècle, le papier de chiffon atteint l’Europe depuis la Chine. C’est alors que  l’Université multiplie les copies, que l’on se met à chercher la vérité dans les vieux livres et qu’un enchaînement de débats se met en mouvement.

Mais ces échanges sont aussi les vecteurs de la peste, comme la mondialisation fut celui du coronavirus. L’année 1348 reste à cet égard le plus grand cataclysme de l’histoire de l’humanité puisqu’elle provoque la baisse de moitié de la population européenne. Il faudra un siècle pour en effacer les conséquences, après de drastiques mesures de confinement, mais il est remarquable qu’elle ne fût qu’un coup d’arrêt dans la progression démographique, dans l’amélioration des conditions matérielles de la vie et dans le développement de la curiosité intellectuelle.

Lorsque la peste recule à force de précautions, la croissance démographique reprend dans un monde traumatisé qui annonce les bouleversements de la Réforme et de la Renaissance. 

Le surgissement de l’imprimerie autour de 1450, comme aujourd’hui celui d’Internet, accélère radicalement la transmission des idées entre les quatre cent mille européens capables de lire en latin. Ce groupe de lettrés commence par s’emparer de l’acquis culturel laissé par les générations précédentes, avant de prendre conscience de la nécessité de dépasser les textes anciens pour donner une place centrale à la notion de réalité :  Pic de La Mirandole l’exprime bien dans ses neuf cents thèses et  Giotto Di Bondone le révèle lorsqu’il peint avec réalisme  des misérables soignés par les franciscains.

Allant au-delà des découvertes techniques, des conjectures nouvelles voient le jour. L’une des plus significatives est celle de Copernic en 1543 qui propose une nouvelle vision de l'Univers, une vision intellectuelle tout simplement confirmée par l’expérience, grâce à Galilée. Ce dernier construit une lunette, la tourne vers le ciel et découvre qu’il peut observer, de ses propres yeux, le système de Copernic. 

De cette confirmation par l’expérience du système de Galilée émergea un  nouveau paradigme quant à la recherche de la vérité. Désormais il devenait « évident » que l’empirisme était la seule et unique méthode pour comprendre le monde. Il faut convenir que les résultats de la méthode empirique furent spectaculaires, en particulier lorsque Newton, observant une pomme tomber de l’arbre, en tira son modèle de gravitation universelle.

Le nouveau principe posait que tout ce qui n’était pas vérifié par l’observation pouvait être remis en cause. Encore fallait-il disposer d’outils de mesure qui furent paradoxalement obtenus grâce au développement des mathématiques, domaine du raisonnement pur s’il en est. C’est ainsi qu’au début du XVIIe siècle, Descartes et Fermat élaborèrent les principes de l’analyse mathématique et que, appliquant ces principes aux ellipses, Kepler établit en 1609 sur la première loi des orbites suivies par les planètes, en s’appuyant sur ses observations.

 

Une « vérité » fondée sur l’expérimentation ne pouvait que contester une autre « vérité », fondée sur la religion.

 

À SUIVRE

 

 

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L'INDISPENSABLE VÉRITÉ

17 Juin 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

ARISTOTE

ARISTOTE

Depuis le début de l’histoire de l’humanité, l’homme met au point des outils de plus en plus sophistiqués qu’il utilise massivement pour prendre le contrôle de la planète. Même si on a l’impression qu’aujourd’hui l’humanité se rapproche de ses limites de survie, il reste présomptueux de vouloir saisir la direction de l’histoire.

 

Dès l'origine et sans relâche, l’homme a fait progresser ses outils et a cherché à améliorer son organisation. Il a pris le pouvoir sur la nature grâce à ses capacités d’analyse et d’adaptation. Comme pour toute espèce vivante, la nature humaine possède une logique d’espèce qui est de survivre, avec l’aide plus ou moins consciente de chacun de ses membres. Cette logique se traduit par la nécessité pour l’homme de rechercher sans cesse sa vérité, la vérité qui lui permettra de vivre, autant qu’il le peut.

À cet égard, il a procédé par tâtonnements successifs, qui lui ont fait appeler « vérité » les différentes manières qu’il a trouvées pour expliquer les évènements.  

En effet, que ce soit au temps de la préhistoire ou aujourd’hui, tout être humain s’est trouvé et se trouve toujours dans l’obligation de justifier ce qu’il dit et ce qu’il fait, aussi bien vis-à-vis de lui-même que des autres. Il lui faut chasser en permanence le mensonge, la mystification, la contrevérité, la fable, l’artifice, l’invention, l’illusion ou la tromperie, pour ne citer que quelques-uns des antonymes de la vérité.

Au plan collectif, l’humanité a mis au point des techniques de recherche de la vérité qui constituent l’essence de son patrimoine culturel. Puis la recherche collective de la vérité s’est progressivement heurtée au mur de l’incommunicabilité, à l’abime de l’incertain et au brouillard du doute, jusqu’à modifier la manière dont l’homme voit et comprend le monde.

Que le doute s'installe, que ce que vous croyez être "vrai" se révèle faux pour les autres et vous verrez aussitôt se dresser devant vous une incommensurable barrière d’incommunicabilité. Aussi, pour qu’une société existe, il faut que ses membres soient d’accord sur ce qui est vrai et faux. En dehors de la foi, qui permet de partager par définition la même vision de la vérité, l’outil de la raison partagée s’est très tôt imposé comme un moyen commun de séparer le vrai du faux. 

Lorsque l’on cherche à identifier les origines de la raison partagée, les Grecs restent les maîtres. On a vu les logiciens grecs, Parménide en tête, chercher à distinguer les faits de leur représentation en faisant l’hypothèse qu’il existait un monde réel au-delà des sens, que les figures géométriques avaient une existence propre.

Aristote fut plus réaliste, il fut peut-être le premier des réalistes. Cela explique que sa pensée nous influence toujours, aussi ardente, moderne et limpide que s’il était encore vivant. L’ambition d’Aristote était de ne laisser aucune chance à une affirmation dont on pourrait dire qu’elle n’était ni vraie ni fausse. Pour cela, il fut contraint, le premier sans doute dans l’histoire de la pensée humaine, à s’affranchir de la vision holistique du monde qui empêchait  les hommes d’avoir une vision analytique des situations qu’ils observaient, dans la mesure où tout se mêlait dans leur esprit. Aristote devint ainsi le tout premier d’une chaîne ininterrompue de logiciens et de philosophes, comme Boèce, Abélard, Descartes, Spinoza ou Leibniz, qui ont construit la pensée occidentale.

Par ailleurs, on ne peut pas oublier les apports des logiciens chinois et indiens. Pour ne citer que les premiers,  en bâtissant leurs raisonnements à partir des doctrines taoïstes, ils ont élaboré des méthodes pour  observer, décrire, classifier et expérimenter.

Mais ce fut l’apport de la démarche scientifique occidentale de se libérer des idées reçues en matière de vérité, en allant au-delà du raisonnement pour s’appuyer sur des faits. La plupart des philosophes grecs, alors qu’ils savaient raisonner en utilisant l’observation et l’expérience, n’avaient pas (pas encore ?) le culte de l’expérimentation concrète, sauf Démocrite qui avait proclamé, quatre siècles avant JC, que la vérité devait être recherchée au travers de l’expérience.

 

Or Démocrite n’est resté qu’un précurseur isolé, avant que la Renaissance n’impose, en matière de vérité, la dictature des faits observés.

 

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CHANGER DE CAP AVANT DE SOMBRER

24 Mai 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

CHANGER DE CAP AVANT DE SOMBRER

Sur une durée un peu plus longue que l’année et demie de crise du coronavirus, l’émergence progressive à compter de la Renaissance de l’esprit scientifique en Europe a modifié radicalement la condition humaine.

 

Le nombre des êtres humains  a suivi l’accroissement des moyens matériels : de 1500 à 1750 on passe de quatre cent soixante à sept cent soixante-dix millions d’hommes sur Terre. Auparavant, il avait fallu quinze siècles pour que la population double, entre l’époque du Christ et la découverte de l’Amérique, de 250 à 460 millions d’habitants. L’accroissement de population s’accélère encore par la suite, puisqu’elle s’est accrue de sept cent soixante-dix millions à plus de sept milliards cinq cent millions entre 1750 à 2020, soit une multiplication par dix en 270 ans. Qui croit que cette croissance va pouvoir se poursuivre sans d’immenses désordres ?

Cette croissance est, bien entendu, directement liée à la révolution industrielle qui s’est traduite par une succession ininterrompue d’innovations techniques qui substituent les machines à l’habileté humaine et qui permettent de remplacer la force humaine et animale par l’énergie mécanique. Le muscle est remplacé par le moteur, la main par la machine, la mémoire humaine par la mémoire informatique. Cette révolution est étroitement  liée à la croissance de l’information.

Toute la dynamique de la révolution industrielle est  fondée sur les innovations générées par un petit nombre d’hommes et aussitôt mises en pratique au profit du plus grand nombre. Cette dynamique a naturellement un coût en termes de déracinement, de bouleversement des modes de vie et désormais de crise sanitaire, un coût qui s’étend au monde entier dès lors que la vague de mutation est sortie de son giron occidental pour toucher toutes les sociétés du monde.

Le monde entier se trouve désormais intégré dans un système condamné à la surenchère : toujours plus de produits, de croissance, de nouveautés, sans que la direction religieuse, philosophique ou politique de cette course ne soit clairement définie par quiconque, d’autant plus que l’objectif individuel prend le pas sur l’objectif collectif de manière spectaculaire, au moins dans le monde occidental.

La situation évolue rapidement. Avant que la mondialisation ne produise d’importants effets pervers, comme l'a montré la crise de la Covid-19, il existait un vague consensus autour de quatre orientations :

  • l’incapacité à imaginer une autre direction que celle de l’économie de marché,
  • la nécessité d’intégrer tous les peuples dans un processus de mondialisation,
  • la validité du système politique démocratique,
  • l’universalité de la notion de droits de l’homme.

Désormais, tous ces principes vacillent presque en même temps:

  • L’économie de marché, du point de vue de la justice, de l’écologie et même de l’efficacité, provoque une profonde perte de confiance dans la validité universelle de ses principes.
  • L’intégration des populations dans le processus de mondialisation perturbe profondément les équilibres internes de sociétés fondées sur des principes séculaires. Vers les zones les plus riches, elle entraîne une migration massive des populations  menacées de disparition, ce qui altère les fondements des cultures qui ont engendré la révolution scientifique et industrielle. A contrario, si la Chine continue à croitre rapidement, c’est qu’elle maintient son homogénéité culturelle.
  • Le système politique démocratique fondé sur les opinions de populations stables et peu nombreuses, résiste mal aux changements de styles de vie. Appliqué à des populations urbanisées et hétérogènes, il doit désormais être piloté par des professionnels de la politique et des medias dont la légitimité est visiblement inconsistante. 
  • Les droits de l’homme appliqués de manière élastique par des sociétés qui en contestent les fondements culturels sont dénoncés comme une arme stratégique de domination, tandis que les inégalités matérielles et éthiques rendent vaine la revendication toute théorique de leur application.

En outre, la mécanique du développement s’enraye d’elle-même. L’explosion démographique s’installe comme une menace qui aboutira à la disparition de l’humanité si elle se prolonge, tandis que son impact sur la  surexploitation des  ressources de la biosphère, engendre à la fois une pollution de moins en moins supportable par l’espèce humaine et l’épuisement des matériaux nécessaires au système de vie de la société post industrielle.

Il semble donc manifeste qu’en ce XXIe siècle, l’humanité se rapproche de ses limites de survie. Il lui faut donc  inventer une nouvelle métamorphose, comme celle de l’agriculture qui suivit la fin de la période de chasse et de cueillette.  Il s’agissait alors de trouver les moyens de croitre démographiquement, alors qu’il faut aujourd’hui trouver ceux qui permettront à l’homme de réduire sa population, sans aller jusqu’à disparaître.

 

La situation est donc énigmatique, mais heureusement pour les perspectives de l’humanité, l’homo faber ne s’arrêtera jamais.  

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APOLOGIE DU COMBAT

18 Avril 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

APOLOGIE DU COMBAT

Il s’agit d’une histoire à prétention philosophique, qui signifie que le combat est inhérent à l’être humain et même à tout être vivant. Il suffit d’un rêve à vouloir réaliser, d’une idée à poursuivre, d’un principe à poursuivre, et peu importe que le succès soit au bout du combat ou non. Car, lorsqu’on s’arrête de combattre, l’on meurt.

L’histoire est la suivante : une centurie romaine traverse les Alpes pour atteindre ces villages riants ou les attendent le bonheur, l’abandon et le repos, mais elle est guettée par des barbares impitoyables.

Au moment du récit, les soldats romains dont il est question vont se retrouver au contact de l’ennemi. Sur les cent quatre vingt hommes qui marchent dans la neige, beaucoup vont mourir là. Ils seront plus nombreux encore à agoniser dans les tranchées gelées de la voie romaine qui n’est déjà plus par endroits qu’une piste. S’ils en sortent vivants, ils feront face plus loin à d’autres barbares. C’est un combat éternel, sans trêve et sans espoir de victoire : qu’ils parviennent à franchir les Alpes et les barbares l’y suivront. Sur le moment, la situation peut être décrite ainsi : 

 

Sous la pluie glacée, luisent les casques et les boucliers bosselés, les pointes des lances. La lune, à travers les nuages intermittents, révèle les masses des restes des 3 centuries, à peine cent quatre vingt hommes fatigués, blessés, déterminés.

Le souffle du vent se joint au martèlement lourd et lent des pas de la troupe. Il n'y a pas d'autres bruits sur le chemin glacés qu'ils suivent sans interrogations. La troupe est compacte, elle est prête à l'inévitable combat, qui l'attend là‑bas au détour des rochers, ou à la sortie de l'épaisse forêt verte de sapins, ou au débouché de la clairière, derrière la chaumière en apparence abandonnée. Ses estafettes lui ont rapporté les regroupements d'archers, la convergence des flots de cavaliers, les cris des barbares, la préparation des couteaux, des massues, des lances et des flèches, la joie sauvage du prochain massacre, du pillage et de la victoire.

Déterminés, les trois centuries avancent, prêtes à combattre sur trois fronts et à passer au travers du quatrième. Elles ne craignent que l'encerclement, c'est pourquoi elles avancent, dans l'espoir de dissocier les assauts des barbares. Elles connaissent toutes les figures de combat, elles savent tous les traquenards, elles les craignent et les préparent à la fois. Elles laisseront des morts, seront peut être ensevelies. Elles ne s'intéressent à rien d'autre qu'à marcher et combattre, avec ou sans espoir de passer.

Car ici est la croisée des chemins. Jusqu'à la prochaine, jusqu'à la dernière défaite ou victoire.  Mais, en attendant, dans la nuit froide, dans la montagne, au milieu des cris des barbares, sous la menace des feux qui rougeoient sur les sommets, dans les ternes odeurs de l'automne finissant, les soldats imaginent le calme magnifique des villes italiennes de l'autre côté des Alpes, les campaniles qui sonnent, les odeurs de soupe et la chaleur des bêtes. Ils n'osent penser à l'amour tiède des compagnes, aux sourires indulgents de celles qui leur pardonneront tout parce qu'elles les aiment vivants.

Mais ils chassent les rêves importuns qui les affaiblissent. Ils serrent les dents, le combat vaut mieux, la marche épuisante est la bienvenue. Des années ils les ont attendus, ces combats et ces marches, cantonnés dans un marasme imposé. Pendant des mois, dans leurs petits fortins, derrière les pieux et les fossés, ils ont vu les menaces et les grimaces des cavaliers aux peaux de loup. Ils ont attendu indéfiniment l'assaut qui n'est jamais venu, tandis qu'au loin brûlaient les forts et les corps de leurs camarades,

Ce sont des rescapés : ils sont partis avant la fin que les barbares leur promettaient, avec l'ordre de repli général de la légion de Germanie. C'est pourquoi ils ont trois raisons d'être heureux : rescapés, faisant face enfin, et avec au fond des yeux, le rêve insensé et pourtant non parfaitement impossible d'une image de bonheur.

 

Tapis dans les fossés, piques cachées, grelottant dans des peaux décousues, affamés, les muscles bandés, les autres les attendent.

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