Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog d'André Boyer

philosophie

REGARDER LA VÉRITÉ EN FACE?

8 Juillet 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

REGARDER LA VÉRITÉ EN FACE?

Si la science n’apparaît plus comme l’arme absolue pour découvrir la réalité du monde, que faire ?

 

Autrefois les hommes vivaient dans l’idée que le monde tournait autour d’eux, ce qui leur donnait un sentiment de sécurité. Depuis vingt générations environ, la science a fait pièce à cette prétention. Il a fallu que l’espèce humaine chasse de son esprit les vérités léguées par ses ascendants et à peine s’y était-elle résolue que la science avoue les limites de sa capacité à comprendre le monde.  

Une contradiction est en effet apparue entre le doute engendré par le raisonnement scientifique et le besoin fondamental de vérité qui habite les hommes, vérité du monde, vérité de la vie, vérité du moi.

Ce besoin de vérité explique que l’homme ne demande qu’à avoir la foi, qu'il s’accroche à ce qu’il peut saisir, à la religion, à la tradition, à la raison,  à la science, toujours à la recherche de chemins vers la vérité.

Or, le point faible des tenants de la vérité scientifique se niche dans la preuve. Avant la science, on pouvait croire sans preuve. La gloire de la science s’était construite sur sa prétention à apporter les preuves de ce qu’elle avançait.

Mais comme ces preuves se sont évanouies au moment précis où les scientifiques croyaient pouvoir disposer de tous les moyens pour les apporter, le doute est désormais omniprésent dans la démarche scientifique.  En outre, la logique s’est démontrée à elle-même qu’elle se trouvait dans l’incapacité de prouver quoi que ce soit qu’elle ne savait déjà avant de commencer ses analyses.

Le doute s’est aussi niché dans la vision subjectiviste du monde qu’implique la suprématie de la raison. Désormais, la vérité émerge de l’individu. Tant qu’elle venait d'en haut, que ce soit de Dieu ou de la Science, l’homme y casait ses petites vérités personnelles qu’il cachait ou affichait, à son goût et à ses risques. Mais si la source de vérité devient individuelle, personne ne peut plus accepter une vérité collective, sauf si elle est compatible avec la sienne propre.

Nous sommes désormais libres de choisir ce que nous appelons « vérité », car personne n’est plus autorisé à se référer à  une vérité qui le dépasse, en d’autres termes à une vérité transcendantale et, à l’autre bout de la chaine, personne n’est prêt accepter d’être dépossédé de sa vérité particulière.

Il reste que la démarche de l’homme depuis les origines de l’humanité exprime qu’il ne peut se résoudre à vivre dans un monde où ses actions seraient vides de sens, un monde qui lui serait hermétique.

Nous voilà à nouveau seuls au bord du chemin. Il nous faut une troisième fois, après avoir adhéré aux religions monothéistes puis à la science, réévaluer notre situation sur cette Terre. La science, à force de prétendre pouvoir tout comprendre, tout savoir, tout faire, nous avait érigés en démiurges, avant de nous faire redescendre de notre piédestal. Il reste que la conscience que nous avons du monde nous impose de donner un sens à notre présence, ce qui est la source de notre désarroi.  

 

Lorsque nous prenons conscience que nous ne pouvons pas renoncer à la vérité, lorsque nous choisissons donc, par tous les moyens en notre possession, de nous en approcher le plus possible, encore faut-il accepter de la regarder en face cette vérité, personnelle, fragile et provisoire…

 

-------

 

Lire la suite

LA VÉRITÉ SCIENTIFIQUE ASSAILLIE DE TOUTES PARTS

4 Juillet 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE, #CULTURE

KURT GÖDEL

KURT GÖDEL

Les philosophes n’ont eu de cesse d’insister sur le caractère subjectif de la pensée humaine, ou encore sur la subjectivité qui s’attache à la vérité délivrée par un être humain.

 

Arthur Schopenhauer s’est ainsi efforcé de montrer les limites de la pensée de Kant, en soulignant que la vérité trouvait sa source dans la volonté de l’individu. Quant à Nietzsche, il a  carrément refusé d’envisager la possibilité qu’il puisse exister une vérité objective. En outre, le subjectivisme a trouvé un renfort puissant chez les linguistes comme Saussure qui a démontré qu’aucun langage ne permettait de formuler quoi que ce soit d’assuré.

Même si Wittgenstein a tenté de surnager dans l’océan de scepticisme qui submergeait la pensée philosophique occidentale, il a dû finalement convenir qu’il fallait renoncer à toute prétention d’acquérir une connaissance objective des faits.

Puis les philosophes, obsédés par le subjectivisme, ont été soudainement dépassés par les artistes, qui sont souvent annonciateurs de changements de paradigme. Ce fut le cas, on s’en souvient, de Giotto Di Bondone dont le réalisme était le héraut du paradigme expérimental et ce fut encore le cas du Dadaïsme qui a barbouillé les espaces et du Surréalisme qui a aboli la différence entre le rêve et la réalité : tous deux annonçaient l’irruption de l’incertitude dans la pensée scientifique. 

La science, dès le début du XXe siècle, va se trouver en effet prise en tenailles entre la subjectivité de l’individu, à laquelle elle résistait victorieusement depuis deux siècles en s’abritant derrière l’objectivité de l’expérimentation et la soudaine association de l’incertitude aux résultats qu’elle obtenait, alors qu’elle rêvait d’offrir à la pensée humaine un univers ordonné.

Si elle avait toujours été consciente de ses failles, la science prétendait néanmoins avoir initié une marche en avant permanente vers la vérité. Or la physique, l’une des disciplines scientifiques les plus prestigieuses, se mettait tout d’un coup à nous présenter un monde chaotique, contradictoire, où se déroulaient des évènements non observables et où circulaient des particules indétectables dont l’origine était indéterminée et dont les effets étaient imprévisibles !

Ce fut un choc dont aucun scientifique ne s’est vraiment remis : Einstein décrivait un univers où la masse et l'énergie n’étaient que deux aspects d'une même réalité insaisissable et où les parallèles se rencontraient. Le battement d’aile du papillon devenait le symbole universel du désordre qui pouvait pervertir n’importe quel système. Pour couronner le tout, le principe d’incertitude de Bohr et Heisenberg appliqué aux électrons démontrait que l'observateur était, par essence, partie prenante dans l'expérience qu’il menait, si bien qu’aucune expérience ne pouvait être considérée comme objective. Aucune expérience n’était objective ! Tout simplement impensable!

Le choc ne s’arrêtait pas aux frontières de la physique. Il atteignait le cœur battant de la pensée scientifique, la logique scientifique, lorsque Henri Poincaré remettait en question le postulat central de cette logique scientifique en démontrant que le lien entre l'hypothèse et la preuve était construit artificiellement, ce qui remettait carrément en question la notion de démonstration. C’est ce qu’écrivait également Kuhn, quoiqu’avec plus de délicatesse, lorsqu’il décrivait les révolutions scientifiques comme des changements de paradigme, ce qui signifiait en clair que les découvertes scientifiques étaient dépendantes de la perspective choisie par le chercheur. Plus d’expérience objective, plus de démonstration véritable, que restait-il à la science pour prétendre détenir le monopole de la recherche de la vérité?

D’autant plus que Frege allait plus loin encore en soutenant que la raison ne fournissait rien de plus qu’une vérité contingente puisqu’elle se contentait de confirmer ce que l’esprit savait déjà par l’induction, l’intuition ou l’observationEt Gödel renchérissait dans le même sens en démontrant qu’il n’existait aucune logique qui permettait d’affirmer que des propositions mathématiques étaient justes ou fausses.

 

Ces remises en cause de la validité de la preuve, si centrale dans la démarche scientifique, contraignaient la science à reconnaître que ses démonstrations étaient entachées d’incertitude, de subjectivisme et d’autojustification qui, toutes trois, affaiblissaient sa légitimité.

Avec quels outils, finalement, approcher LA vérité ?

 

À SUIVRE 

 

Lire la suite

L'APOGÉE DE LA VÉRITÉ EXPÉRIMENTALE

28 Juin 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

PIERRE GASSENDI

PIERRE GASSENDI

Il est de fait qu’il ne peut y avoir, dans une même société, plusieurs vérités concurrentes.

 

Les tenants de la vérité par l’expérimentation se sont donc rapidement chargés de liquider la vérité concurrente traditionnelle fondée sur la raison adossée à la religion. Pascal a bien essayé, avec son pari, de maintenir la religion sans renier la science, mais, las, la vérité de la religion fut rapidement mise en cause, dès 1686, par Newton puis, entre autres, par Laplace et John Locke. Le coup de grâce à la vérité religieuse fut porté par Darwin au XIXe siècle, lorsqu’il postula que la sélection naturelle constituait le principe d’évolution des êtres vivants et donc que l’homme n’était plus l’acteur de sa propre destinée. Mais, avant Darwin, il y avait belle lurette que l’on considérait tout fait scientifique comme « vrai », et qu’inversement tout  ce qui n’était pas scientifique n’avait plus aucune consistance, du point de vue de la vérité.

 

La foi en l’expérimentation était donc très tôt devenue une nouvelle religion comme en témoigne l’incroyable expédition arctique de Pierre Moreau de Maupertuis en 1736.

L’enjeu était de déterminer la courbure de la Terre. Un projet gigantesque d'expédition en Arctique débuta en 1669 à l'Observatoire de l'Académie Royale des Sciences où Louis XIV en personne venait contrôler le relèvement des coordonnées terrestres. Le directeur de l'Académie, Jacques Cassini, avait des doutes : il lui semblait que le relevé des coordonnées montrait que la Terre n'était qu'un sphéroïde aplati plutôt qu'une sphère. On pouvait craindre une erreur de l'ordre d'un degré dans le calcul de la latitude, erreur insupportable pour tout scientifique digne de ce nom.

Il fallait en avoir le cœur net.

Deux expéditions particulièrement complexes et coûteuses furent organisées, respectivement à l'Équateur et au Pôle Nord. La première demanda dix ans. La seconde fut conduite par Maupertuis dans des conditions de survie extrêmement périlleuses. Toutes deux permirent conjointement d'obtenir une mesure de la sphère terrestre proche de la perfection.

Ces efforts héroïques, ces travaux inouïs, ces mesures méticuleuses manifestaient l’ambition d’une science qui voulait s’imposer face aux traditionalistes et aux sceptiques, en leur assénant les résultats indiscutables de l’expérimentation, quel qu’en soit le prix. L’observation et la mesure étaient alors l’alpha et l’oméga de toute théorie scientifique, et à bien des égards, elles le restent. 

La confiance dans les pouvoirs de la science était justifiée par les changements de la vie matérielle qui en découlaient. La science s’imposait comme la méthode nouvelle et infaillible pour dévoiler graduellement les secrets de la vérité du monde.

Ce triomphe n’allait pas tarder à être discuté, quelques dizaines d’années seulement après que  la science ait amorcé sa marche triomphale : les philosophes se sont chargés d’ébranler les certitudes scientifiques, avec l’aide d’une arme secrète, l’ego.

David Hume ouvrit les hostilités en postulant que toute pensée commence par des impressions. Pour lui, si les sensations sont les seuls faits vérifiables, on ne peut plus faire état de relations de cause à effet objectives. Descartes enfonça tout de suite le clou avec son « je pense donc je suis », postulant que la pensée de l’individu était par définition subjective et en déduisant que la philosophie devait se recentrer sur le moi. 

Mais si l’Univers était voué à la réalisation de soi, il n’était plus question d’accepter les doctrines déterministes de Leibniz (tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes) et de Spinoza, ce dernier niant qu’il puisse exister  une liberté de la volonté, à rebours du  subjectivisme triomphant de Descartes. Après Spinoza, Kant fut le dernier philosophe notable qui s’opposa au subjectivisme, lui-même ennemi de la vérité scientifique objective. Ce dernier posa le principe de l’existence d’une réalité inaccessible, transcendante et idéale que l’on pouvait découvrir plutôt par l’intuition que par la raison. Il ne prenait donc pas l’individu comme sujet créateur de la vérité.

 

Mais, après Kant, les philosophes renoncèrent à rechercher les moyens d'atteindre LA vérité objective, dans la mesure où ils se replièrent sur la conscience du « moi ».

 

À SUIVRE

 

Lire la suite

LA VÉRITÉ FONDÉE SUR L'EXPÉRIMENTATION

24 Juin 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

GALILÉE

GALILÉE

En Occident, l’Antiquité s’achève avec la disparition de Rome et l’invasion de l’Empire qui se traduisent par une chute démographique et des routes désertées.

 

Les temps sont ceux de la recherche d’une protection physique et spirituelle autour du seigneur local et de l’Église. Puis, le fil du progrès matériel se renoue, la population s’accroit fortement au XIIe siècle,  le rythme des innovations s’accélère, comme l’invention du gouvernail, de la boussole, des moulins à eau et à vent, du joug frontal pour les bœufs.

Les villages deviennent des bourgs, les villes, artisanales et commerçantes, se peuplent d’immigrants et débordent hors de leurs vieilles fortifications.

La circulation des informations s’accroit à partir du XIIe siècle, le papier de chiffon atteint l’Europe depuis la Chine. C’est alors que  l’Université multiplie les copies, que l’on se met à chercher la vérité dans les vieux livres et qu’un enchaînement de débats se met en mouvement.

Mais ces échanges sont aussi les vecteurs de la peste, comme la mondialisation fut celui du coronavirus. L’année 1348 reste à cet égard le plus grand cataclysme de l’histoire de l’humanité puisqu’elle provoque la baisse de moitié de la population européenne. Il faudra un siècle pour en effacer les conséquences, après de drastiques mesures de confinement, mais il est remarquable qu’elle ne fût qu’un coup d’arrêt dans la progression démographique, dans l’amélioration des conditions matérielles de la vie et dans le développement de la curiosité intellectuelle.

Lorsque la peste recule à force de précautions, la croissance démographique reprend dans un monde traumatisé qui annonce les bouleversements de la Réforme et de la Renaissance. 

Le surgissement de l’imprimerie autour de 1450, comme aujourd’hui celui d’Internet, accélère radicalement la transmission des idées entre les quatre cent mille européens capables de lire en latin. Ce groupe de lettrés commence par s’emparer de l’acquis culturel laissé par les générations précédentes, avant de prendre conscience de la nécessité de dépasser les textes anciens pour donner une place centrale à la notion de réalité :  Pic de La Mirandole l’exprime bien dans ses neuf cents thèses et  Giotto Di Bondone le révèle lorsqu’il peint avec réalisme  des misérables soignés par les franciscains.

Allant au-delà des découvertes techniques, des conjectures nouvelles voient le jour. L’une des plus significatives est celle de Copernic en 1543 qui propose une nouvelle vision de l'Univers, une vision intellectuelle tout simplement confirmée par l’expérience, grâce à Galilée. Ce dernier construit une lunette, la tourne vers le ciel et découvre qu’il peut observer, de ses propres yeux, le système de Copernic. 

De cette confirmation par l’expérience du système de Galilée émergea un  nouveau paradigme quant à la recherche de la vérité. Désormais il devenait « évident » que l’empirisme était la seule et unique méthode pour comprendre le monde. Il faut convenir que les résultats de la méthode empirique furent spectaculaires, en particulier lorsque Newton, observant une pomme tomber de l’arbre, en tira son modèle de gravitation universelle.

Le nouveau principe posait que tout ce qui n’était pas vérifié par l’observation pouvait être remis en cause. Encore fallait-il disposer d’outils de mesure qui furent paradoxalement obtenus grâce au développement des mathématiques, domaine du raisonnement pur s’il en est. C’est ainsi qu’au début du XVIIe siècle, Descartes et Fermat élaborèrent les principes de l’analyse mathématique et que, appliquant ces principes aux ellipses, Kepler établit en 1609 sur la première loi des orbites suivies par les planètes, en s’appuyant sur ses observations.

 

Une « vérité » fondée sur l’expérimentation ne pouvait que contester une autre « vérité », fondée sur la religion.

 

À SUIVRE

 

 

Lire la suite

L'INDISPENSABLE VÉRITÉ

17 Juin 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

ARISTOTE

ARISTOTE

Depuis le début de l’histoire de l’humanité, l’homme met au point des outils de plus en plus sophistiqués qu’il utilise massivement pour prendre le contrôle de la planète. Même si on a l’impression qu’aujourd’hui l’humanité se rapproche de ses limites de survie, il reste présomptueux de vouloir saisir la direction de l’histoire.

 

Dès l'origine et sans relâche, l’homme a fait progresser ses outils et a cherché à améliorer son organisation. Il a pris le pouvoir sur la nature grâce à ses capacités d’analyse et d’adaptation. Comme pour toute espèce vivante, la nature humaine possède une logique d’espèce qui est de survivre, avec l’aide plus ou moins consciente de chacun de ses membres. Cette logique se traduit par la nécessité pour l’homme de rechercher sans cesse sa vérité, la vérité qui lui permettra de vivre, autant qu’il le peut.

À cet égard, il a procédé par tâtonnements successifs, qui lui ont fait appeler « vérité » les différentes manières qu’il a trouvées pour expliquer les évènements.  

En effet, que ce soit au temps de la préhistoire ou aujourd’hui, tout être humain s’est trouvé et se trouve toujours dans l’obligation de justifier ce qu’il dit et ce qu’il fait, aussi bien vis-à-vis de lui-même que des autres. Il lui faut chasser en permanence le mensonge, la mystification, la contrevérité, la fable, l’artifice, l’invention, l’illusion ou la tromperie, pour ne citer que quelques-uns des antonymes de la vérité.

Au plan collectif, l’humanité a mis au point des techniques de recherche de la vérité qui constituent l’essence de son patrimoine culturel. Puis la recherche collective de la vérité s’est progressivement heurtée au mur de l’incommunicabilité, à l’abime de l’incertain et au brouillard du doute, jusqu’à modifier la manière dont l’homme voit et comprend le monde.

Que le doute s'installe, que ce que vous croyez être "vrai" se révèle faux pour les autres et vous verrez aussitôt se dresser devant vous une incommensurable barrière d’incommunicabilité. Aussi, pour qu’une société existe, il faut que ses membres soient d’accord sur ce qui est vrai et faux. En dehors de la foi, qui permet de partager par définition la même vision de la vérité, l’outil de la raison partagée s’est très tôt imposé comme un moyen commun de séparer le vrai du faux. 

Lorsque l’on cherche à identifier les origines de la raison partagée, les Grecs restent les maîtres. On a vu les logiciens grecs, Parménide en tête, chercher à distinguer les faits de leur représentation en faisant l’hypothèse qu’il existait un monde réel au-delà des sens, que les figures géométriques avaient une existence propre.

Aristote fut plus réaliste, il fut peut-être le premier des réalistes. Cela explique que sa pensée nous influence toujours, aussi ardente, moderne et limpide que s’il était encore vivant. L’ambition d’Aristote était de ne laisser aucune chance à une affirmation dont on pourrait dire qu’elle n’était ni vraie ni fausse. Pour cela, il fut contraint, le premier sans doute dans l’histoire de la pensée humaine, à s’affranchir de la vision holistique du monde qui empêchait  les hommes d’avoir une vision analytique des situations qu’ils observaient, dans la mesure où tout se mêlait dans leur esprit. Aristote devint ainsi le tout premier d’une chaîne ininterrompue de logiciens et de philosophes, comme Boèce, Abélard, Descartes, Spinoza ou Leibniz, qui ont construit la pensée occidentale.

Par ailleurs, on ne peut pas oublier les apports des logiciens chinois et indiens. Pour ne citer que les premiers,  en bâtissant leurs raisonnements à partir des doctrines taoïstes, ils ont élaboré des méthodes pour  observer, décrire, classifier et expérimenter.

Mais ce fut l’apport de la démarche scientifique occidentale de se libérer des idées reçues en matière de vérité, en allant au-delà du raisonnement pour s’appuyer sur des faits. La plupart des philosophes grecs, alors qu’ils savaient raisonner en utilisant l’observation et l’expérience, n’avaient pas (pas encore ?) le culte de l’expérimentation concrète, sauf Démocrite qui avait proclamé, quatre siècles avant JC, que la vérité devait être recherchée au travers de l’expérience.

 

Or Démocrite n’est resté qu’un précurseur isolé, avant que la Renaissance n’impose, en matière de vérité, la dictature des faits observés.

 

À SUIVRE

Lire la suite

CHANGER DE CAP AVANT DE SOMBRER

24 Mai 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

CHANGER DE CAP AVANT DE SOMBRER

Sur une durée un peu plus longue que l’année et demie de crise du coronavirus, l’émergence progressive à compter de la Renaissance de l’esprit scientifique en Europe a modifié radicalement la condition humaine.

 

Le nombre des êtres humains  a suivi l’accroissement des moyens matériels : de 1500 à 1750 on passe de quatre cent soixante à sept cent soixante-dix millions d’hommes sur Terre. Auparavant, il avait fallu quinze siècles pour que la population double, entre l’époque du Christ et la découverte de l’Amérique, de 250 à 460 millions d’habitants. L’accroissement de population s’accélère encore par la suite, puisqu’elle s’est accrue de sept cent soixante-dix millions à plus de sept milliards cinq cent millions entre 1750 à 2020, soit une multiplication par dix en 270 ans. Qui croit que cette croissance va pouvoir se poursuivre sans d’immenses désordres ?

Cette croissance est, bien entendu, directement liée à la révolution industrielle qui s’est traduite par une succession ininterrompue d’innovations techniques qui substituent les machines à l’habileté humaine et qui permettent de remplacer la force humaine et animale par l’énergie mécanique. Le muscle est remplacé par le moteur, la main par la machine, la mémoire humaine par la mémoire informatique. Cette révolution est étroitement  liée à la croissance de l’information.

Toute la dynamique de la révolution industrielle est  fondée sur les innovations générées par un petit nombre d’hommes et aussitôt mises en pratique au profit du plus grand nombre. Cette dynamique a naturellement un coût en termes de déracinement, de bouleversement des modes de vie et désormais de crise sanitaire, un coût qui s’étend au monde entier dès lors que la vague de mutation est sortie de son giron occidental pour toucher toutes les sociétés du monde.

Le monde entier se trouve désormais intégré dans un système condamné à la surenchère : toujours plus de produits, de croissance, de nouveautés, sans que la direction religieuse, philosophique ou politique de cette course ne soit clairement définie par quiconque, d’autant plus que l’objectif individuel prend le pas sur l’objectif collectif de manière spectaculaire, au moins dans le monde occidental.

La situation évolue rapidement. Avant que la mondialisation ne produise d’importants effets pervers, comme l'a montré la crise de la Covid-19, il existait un vague consensus autour de quatre orientations :

  • l’incapacité à imaginer une autre direction que celle de l’économie de marché,
  • la nécessité d’intégrer tous les peuples dans un processus de mondialisation,
  • la validité du système politique démocratique,
  • l’universalité de la notion de droits de l’homme.

Désormais, tous ces principes vacillent presque en même temps:

  • L’économie de marché, du point de vue de la justice, de l’écologie et même de l’efficacité, provoque une profonde perte de confiance dans la validité universelle de ses principes.
  • L’intégration des populations dans le processus de mondialisation perturbe profondément les équilibres internes de sociétés fondées sur des principes séculaires. Vers les zones les plus riches, elle entraîne une migration massive des populations  menacées de disparition, ce qui altère les fondements des cultures qui ont engendré la révolution scientifique et industrielle. A contrario, si la Chine continue à croitre rapidement, c’est qu’elle maintient son homogénéité culturelle.
  • Le système politique démocratique fondé sur les opinions de populations stables et peu nombreuses, résiste mal aux changements de styles de vie. Appliqué à des populations urbanisées et hétérogènes, il doit désormais être piloté par des professionnels de la politique et des medias dont la légitimité est visiblement inconsistante. 
  • Les droits de l’homme appliqués de manière élastique par des sociétés qui en contestent les fondements culturels sont dénoncés comme une arme stratégique de domination, tandis que les inégalités matérielles et éthiques rendent vaine la revendication toute théorique de leur application.

En outre, la mécanique du développement s’enraye d’elle-même. L’explosion démographique s’installe comme une menace qui aboutira à la disparition de l’humanité si elle se prolonge, tandis que son impact sur la  surexploitation des  ressources de la biosphère, engendre à la fois une pollution de moins en moins supportable par l’espèce humaine et l’épuisement des matériaux nécessaires au système de vie de la société post industrielle.

Il semble donc manifeste qu’en ce XXIe siècle, l’humanité se rapproche de ses limites de survie. Il lui faut donc  inventer une nouvelle métamorphose, comme celle de l’agriculture qui suivit la fin de la période de chasse et de cueillette.  Il s’agissait alors de trouver les moyens de croitre démographiquement, alors qu’il faut aujourd’hui trouver ceux qui permettront à l’homme de réduire sa population, sans aller jusqu’à disparaître.

 

La situation est donc énigmatique, mais heureusement pour les perspectives de l’humanité, l’homo faber ne s’arrêtera jamais.  

Lire la suite

APOLOGIE DU COMBAT

18 Avril 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

APOLOGIE DU COMBAT

Il s’agit d’une histoire à prétention philosophique, qui signifie que le combat est inhérent à l’être humain et même à tout être vivant. Il suffit d’un rêve à vouloir réaliser, d’une idée à poursuivre, d’un principe à poursuivre, et peu importe que le succès soit au bout du combat ou non. Car, lorsqu’on s’arrête de combattre, l’on meurt.

L’histoire est la suivante : une centurie romaine traverse les Alpes pour atteindre ces villages riants ou les attendent le bonheur, l’abandon et le repos, mais elle est guettée par des barbares impitoyables.

Au moment du récit, les soldats romains dont il est question vont se retrouver au contact de l’ennemi. Sur les cent quatre vingt hommes qui marchent dans la neige, beaucoup vont mourir là. Ils seront plus nombreux encore à agoniser dans les tranchées gelées de la voie romaine qui n’est déjà plus par endroits qu’une piste. S’ils en sortent vivants, ils feront face plus loin à d’autres barbares. C’est un combat éternel, sans trêve et sans espoir de victoire : qu’ils parviennent à franchir les Alpes et les barbares l’y suivront. Sur le moment, la situation peut être décrite ainsi : 

 

Sous la pluie glacée, luisent les casques et les boucliers bosselés, les pointes des lances. La lune, à travers les nuages intermittents, révèle les masses des restes des 3 centuries, à peine cent quatre vingt hommes fatigués, blessés, déterminés.

Le souffle du vent se joint au martèlement lourd et lent des pas de la troupe. Il n'y a pas d'autres bruits sur le chemin glacés qu'ils suivent sans interrogations. La troupe est compacte, elle est prête à l'inévitable combat, qui l'attend là‑bas au détour des rochers, ou à la sortie de l'épaisse forêt verte de sapins, ou au débouché de la clairière, derrière la chaumière en apparence abandonnée. Ses estafettes lui ont rapporté les regroupements d'archers, la convergence des flots de cavaliers, les cris des barbares, la préparation des couteaux, des massues, des lances et des flèches, la joie sauvage du prochain massacre, du pillage et de la victoire.

Déterminés, les trois centuries avancent, prêtes à combattre sur trois fronts et à passer au travers du quatrième. Elles ne craignent que l'encerclement, c'est pourquoi elles avancent, dans l'espoir de dissocier les assauts des barbares. Elles connaissent toutes les figures de combat, elles savent tous les traquenards, elles les craignent et les préparent à la fois. Elles laisseront des morts, seront peut être ensevelies. Elles ne s'intéressent à rien d'autre qu'à marcher et combattre, avec ou sans espoir de passer.

Car ici est la croisée des chemins. Jusqu'à la prochaine, jusqu'à la dernière défaite ou victoire.  Mais, en attendant, dans la nuit froide, dans la montagne, au milieu des cris des barbares, sous la menace des feux qui rougeoient sur les sommets, dans les ternes odeurs de l'automne finissant, les soldats imaginent le calme magnifique des villes italiennes de l'autre côté des Alpes, les campaniles qui sonnent, les odeurs de soupe et la chaleur des bêtes. Ils n'osent penser à l'amour tiède des compagnes, aux sourires indulgents de celles qui leur pardonneront tout parce qu'elles les aiment vivants.

Mais ils chassent les rêves importuns qui les affaiblissent. Ils serrent les dents, le combat vaut mieux, la marche épuisante est la bienvenue. Des années ils les ont attendus, ces combats et ces marches, cantonnés dans un marasme imposé. Pendant des mois, dans leurs petits fortins, derrière les pieux et les fossés, ils ont vu les menaces et les grimaces des cavaliers aux peaux de loup. Ils ont attendu indéfiniment l'assaut qui n'est jamais venu, tandis qu'au loin brûlaient les forts et les corps de leurs camarades,

Ce sont des rescapés : ils sont partis avant la fin que les barbares leur promettaient, avec l'ordre de repli général de la légion de Germanie. C'est pourquoi ils ont trois raisons d'être heureux : rescapés, faisant face enfin, et avec au fond des yeux, le rêve insensé et pourtant non parfaitement impossible d'une image de bonheur.

 

Tapis dans les fossés, piques cachées, grelottant dans des peaux décousues, affamés, les muscles bandés, les autres les attendent.

Lire la suite

UNE CIVILISATION URBAINE GLOBALE

7 Mars 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

UNE CIVILISATION URBAINE GLOBALE

Lorsque l’homme semble avoir presque achevé son installation dans la ville, ce monde sans limites, cet Eden, il réalise que ce projet pourrait le mener à sa perte.

 

Pour commencer, il prend conscience que l’histoire ne mène nulle part, en d’autres termes que l’aisance matérielle ne parvient pas à l’affranchir de sa condition animale.

Circonstance aggravante, lorsqu’il contemple les modifications spectaculaires de son environnement du fait du développement de ses activités, il s’interroge sur l’avenir de son espèce et il se demande si l’aventure humaine peut encore longtemps se poursuivre sous cette forme.

Les écologistes sont disponibles pour fournir les réponses. Ils avancent que la nature doit être protégée, car les écosystèmes valent des dizaines de milliards de dollars à l’échelle du globe. Rompre l’équilibre entre les espèces, c’est antiéconomique. Il n’en fallait pas plus pour que les économistes introduisent le concept de développement durable, qui consiste à continuer à se développer tout en protégeant l’environnement.

Et c’est vrai, quotidiennement, des mesures sont prises pour lutter contre les pollutions et les nuisances. D’où vient donc l’impression diffuse que la situation continue malgré tout à se dégrader ? On sent que la régulation peine à suivre l’emballement de la consommation et on constate qu’il a fallu l’apparition de la Covid 19 pour remettre concrètement en cause la croissance de la production industrielle, encore que les Chinois, un cinquième de l’humanité, déclarent fièrement, à peine remis de la crise de la Covid 19, qu’ils obtiendront six pour cent de croissance économique en 2021.

C’est pourquoi les écologistes se sentent obligés d’aller au-delà de l’argument économique pour justifier la protection de la nature. Ils rejettent notre ethnocentrisme : nous ne pouvons pas prétendre que la nature nous appartient, elle a une valeur intrinsèque. C’est le concept de Gaïa. Nous devons nous faire modestes, discrets et renoncer à nos besoins « superflus », encore que la notion de « superflu » reste éminemment subjective, ce qui contraint la collectivité humaine à la définir de manière administrative.

Nous voilà aspirés dans un monde régulé, dont nous ne voulons pourtant à aucun prix puisque nous sommes irrémédiablement aspirés dans la spirale de la consommation. Bien sûr, nous connaissons des militants qui pratiquent un style de vie construit autour de la consommation comme anti valeur, mais ces pratiques ne concernent qu’une faible minorité de l’humanité. Pour les autres, le pouvoir politique cherche à introduire des mesures de limitation de la consommation pour freiner les problèmes d’environnement, mais il est contraint de le faire en affrontant une population qui consomme plus parce qu’elle s’accroit,  qui consomme plus aussi parce qu’elle rejoint progressivement le monde merveilleux de la ville. 

L’histoire dira si l’homme parviendra ou non dans le futur à contrarier ses aspirations animales en mettant un terme à sa recherche obsessive de confort. Ce n’est pas sûr, car l’homme ne supporte pas de se voir réduit à n’être qu’un animal parmi d’autres.

Du coup, il cherche à tout prix à vouloir donner du sens à ses actes, afin de dissimuler l’insupportable, à savoir l’absurdité de l’existence.

Dans ce contexte de la double recherche éperdue du confort et d’une raison de vivre, la crainte n’est pas vraiment celle d’une disparition rapide de l’humanité, mais celle d’un reflux de notre civilisation.

Dans l’histoire, nombre de civilisations ont atteint un haut niveau de raffinement avant de décliner, pour des raisons diverses, climatiques, politiques, stratégiques, épidémiologiques, qui ont provoqué l’affaiblissement de leurs  structures politiques, économiques et sociales et entrainé la dispersion de leurs populations trouvant leur refuge auprès de structures plus locales.

On peut citer, dans l’Antiquité, les civilisations grecques, perses, romaines, chinoises, parmi d’autres. Aujourd’hui, alors que toutes les civilisations européennes sont en recul, une nouvelle civilisation globale s’est imposée depuis un siècle et demi. Elle s’est construite autour d’un grand rassemblement qui se poursuit à vitesse accélérée, avec les paysans de toutes les contrées du monde affluant dans les villes. Et il s’agit bien désormais d’une seule et même civilisation qui tisse sa toile sur le globe dans son ensemble, car tous les centres urbains sont interconnectés, tous les êtres humains vivent de la même manière et s’abreuvent à la même culture, même s’il existe des sous ensembles au sein de cette civilisation.

 

Cette civilisation globale peut s’effondrer avec la fin du règne des centres urbains, qui pourraient se révéler de plus en plus ingérables, donc de plus en plus invivables…

 

 

Très librement interprété d’après l’ouvrage de Bertrand Alliot, « Une histoire naturelle de l’homme », L’Artilleur, Paris, 186 pages, 2020

Lire la suite

L'AVÉNEMENT DE L'HOMO SAPIENS

10 Février 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

L'AVÉNEMENT DE L'HOMO SAPIENS

En 1960, sur le site d'Olduvai en Tanzanie, on découvre les restes d’un Hominidé ancien, Homo Habilis, plus évolué que l'Australopithèque, qui a vécu en Afrique orientale aux environs de 1,8 millions d’années.   

 

Puis on a trouvé une espèce encore plus ancienne au Malawi, Homo rudolfensis, qui date de 2,5 millions d’années, puis on a trouvé en Afrique des Homo erectus datant de 1,7 millions d’années, qui cohabitaient avec une autre espèce, Homo ergaster.

Contrairement à ce qui est généralement admis, le premier Hominidé à sortir d'Afrique n'est peut-être pas Homo erectus mais Homo habilis que l’on a découvert en Géorgie, dans des niveaux vieux de près de deux millions d’années. Cependant, Homo erectus semble bien s’être réparti dans tout l'Ancien Monde, ce qui montre qu’il s'est adapté à des milieux très différents, qu’ils soient chauds, tropicaux ou froids. À Java, les dernières datations sont dè 1,7 millions d’années. L'Homo erectus est peut-être présent en Israël aux alentours de 1,4 millions d’années. Puis il a été reconnu en Syrie dans des niveaux vieux de 550000 ans et aussi en Europe, notamment en Allemagne (700 000 ans), à Tautavel, en France, (450 000 ans), en Hongrie (300 000 ans) et en Chine (entre 200 000 et 400 000 ans).

Mais on cherche à savoir d’où est issu Homo sapiens, c’est à dire l’homme actuel, puisqu’à l’Homo erectus succède les premiers Homo sapiens. On ne sait pas avec certitude si les Homo sapiens trouvent leurs origines dans plusieurs endroits du monde, ou dans un endroit unique, l’Afrique de l’Ouest, ce qui serait confirmée par la découverte en février 2005 de deux crânes trouvés dans la vallée de l'Omo âgés de 198 000 à 104 000 ans.

La question se pose de savoir comment l’homo sapiens s’est répandu à travers le monde en remplaçant les populations anciennes. Le seul endroit où on a pu observer ce phénomène demeure l’Europe où, depuis 400 000 ans environ, les Homo sapiens primitifs ont évolué pour devenir les Hommes de Neandertal. Puis ces derniers ont été progressivement remplacés par les Hommes modernes venus de l'Est aux alentours de 40 000 ans, tandis que les Néandertaliens s'éteignaient vers 34 000 ans, leur présence la plus tardive étant attestée en Espagne et au Portugal.

Les Néandertaliens ont des caractéristiques proches de celles de l’homo sapiens, en d’autres termes que nous, à commencer par une capacité crânienne de 1 400 cm3 et la capacité de parler. Mais l'usure des dents laisse supposer que les Néandertaliens utilisaient leurs mâchoires comme des pinces, un peu à la manière des Inuits d’aujourd'hui qui tirent avec les dents sur les tendons des animaux.

Les Néandertaliens ont rencontré les Homo sapiens sapiens, nés au Proche-Orient, lorsqu’ils ont migré vers l'ouest et dont on a retrouvé les traces en France avec l’homme de Cro-Magnon. Si certains ont évoqué l'hypothèse d'un métissage entre l'Homme moderne et l'Homme de Neandertal, ils appartiennent bien à deux espèces différentes.  

Si l’homo sapiens sapiens devait être caractérisé par les outils qu’il invente et utilise, on sait aujourd'hui que de nombreux animaux, comme les chimpanzés  ou les loutres, manipulent des objets mais l'Homme reste toutefois le seul à travailler la pierre. La plus ancienne culture dite oldowayenne, parce que découverte à Oldoway, Tanzanie, date de deux millions d’années. Elle est représentée par des outils obtenus par simple percussion pour détacher des éclats, mais l’on retrouve des éclats de quartz ou de roches basaltiques dans des niveaux vieux de près de 3 millions d’années où l’on rencontre aussi bien des Hommes que des Australopithèques.

Les premières structures d'habitat remontent à 1,8 millions d’années environ et pourraient être l'oeuvre des premiers Homo et ils impliquent déjà une vie sociale organisée. Avec Homo erectus, apparaissent les premières industries acheuléennes à bifaces et les hachereaux, où l’on prépare un tranchant transversal; les abris s'améliorent, comme on l’a découvert au Lazaret à Nice. Puis, pour la première fois dans l'histoire de l'Homme, le feu est maîtrisé il y a 500 000 ans en Europe. Enfin, les industries de l'Homo sapiens sapiens sont représentées par des lames, des lamelles, des pointes, des perçoirs et par l’expansion de l'art pariétal et de l'art mobilier, par la naissance de la musique et de la couture.

L’évolution de l’homme, principalement physique jusqu'à l'arrivée d'Homo sapiens, devient ensuite purement culturelle. L'Homme, qui était partie intégrante du milieu naturel et intimement soumis aux évolutions de ce dernier, en devient progressivement le maître grâce aux développements des techniques.

 

L'histoire évolutive de l'Homme montrera plus tard jusqu’à quel point l’Homo sapiens sapiens parviendra à rester le maitre du milieu dans lequel il évolue où si son histoire  finira par rejoindre l’histoire des autres mammifères.

 

FIN

 

Lire la suite

LA SECONDE MALÉDICTION

27 Janvier 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

LA MORT DE SOCRATE

LA MORT DE SOCRATE

Vue de Sirius, l’audience des discours écologistes auprès de l’ensemble des habitants de la Terre contraste avec l’indolence de ces derniers, lorsqu’il s’agit de prendre des mesures concrètes pour protéger l’environnement. Mais ils ont de profondes raisons de développer cette dissonance entre le penser et l’agir.

 

La démarche écologique est née d’une inquiétude : l’homme est en train de modifier en profondeur son environnement ce qui mettrait à terme en péril la survie de l’espèce. Face à cette inquiétude, les écologistes ont une démarche volontariste. Ils croient que l’homme, seul parmi toutes les espèces, sera capable de maitriser son adaptation aux modifications de l’environnement. 

Or, l’histoire de l’humanité plaide plutôt pour une démarche qui ne devient raisonnée et coordonnée que lorsque les circonstances le contraignent à agir ainsi, faute de quoi il périrait. Regardez ce qui s’est passé pour la Covid 19, les plans raisonnés et coordonnés ont eu du mal à émerger longtemps après l’émergence du virus, car les hommes étaient réticents à en accepter les conséquences. Il n’est pas certain que l’homme se plie à cette démarche raisonnée et coordonnée, car son histoire ne plaide pas en ce sens.

De fait, l’homme immergé au sein d’une nature en perpétuel mouvement, est à la recherche permanente de moins de travail et de plus de confort. C’est ce qui lui a fait fuir, et lui fait toujours fuir, la campagne pour la ville.

On peut voir en effet la ville comme une tentative de reconstruire, après le Paradis Perdu, un lieu où l’on puisse vivre sans entrave et sans effort, un espace où les limites tendent à disparaitre, où les contraintes physiques sont progressivement éliminées et où les biens sont disponibles en abondance. Alors que dans la nature et grâce à son travail, l’homme tire de la terre ce qu’elle veut bien lui donner avec ses aléas, comme la pluie trop ou pas assez abondante, la qualité variable des sols, l’apparition de parasites, les citadins oublient ces limites. Ils ont l’impression qu’ils peuvent vivre en toute liberté : il fait jour même la nuit, l’eau froide et l’eau chaude sont disponibles à tous les étages et une simple pression fait disparaitre leurs déjections, mais en échange la ville sollicite considérablement son environnement.

Au reste, dans l’espace urbain, l’homme n’est pas encore parvenu à se débarrasser de son corps. Il lui faut toujours laver son linge, même avec l’aide d’une machine, il lui faut toujours descendre les poubelles et se rendre au bureau, sauf s’il travaille à distance. En outre, il continue à travailler pour subvenir à ses besoins, même si son métier lui demande de faire des travaux bien moins pénibles que dans les champs et même si le temps qu’il consacre au travail a fortement diminué, avec des durées légales toujours plus courtes, des congés toujours plus longs.

La ruée vers la ville montre que le sens du progrès humain consiste en une amélioration permanente de son confort.

Ce confort se traduit par l’apparition du temps libre, qui permet, si on le souhaite, de se consacrer entièrement à la contemplation. Mais beaucoup ne savent pas quoi faire de ce temps libre, car la contemplation peut aussi bien être source d’émerveillement que d’angoisse.

Dans la ville, on a bien compris que le temps libre posait problème et c’est ce qui a donné lieu à l’invention et au développement du concept de loisir qui consiste à tuer le temps d’une manière ou d’une autre.

Mais les hommes de la ville ne peuvent pas consacrer leur temps libre uniquement aux loisirs, car ce temps libre leur pose le problème de leur raison d’exister alors qu’ils savent qu’ils vont finir par mourir, un problème qu’ils n’avaient pas le temps de se poser en travaillant durement aux champs. Exister signifie donc donner un sens aux actions entreprises dans le cadre du temps libre, alors que le temps consacré à travailler pour vivre n’a nul besoin d’être justifié, comme l’observe Hannah Arendt.

Pour exister, certains poursuivront leurs passions jusqu’au paroxysme, comme le facteur Cheval qui passa la moitié de sa vie à construire un palais issu de ses rêveries. En ce sens, lutter contre la laideur du monde en se consacrant à la défense de l’environnement ou en luttant contre la misère du quotidien est un moyen, quasi évident, de se donner l’impression d’exister.  

C’est bien cette volonté d’exister qui mobilise l’immense armée des personnes qui s’engagent, à commencer par des chanteurs et des sportifs en mal d'une raison de vivre, contre l’injustice provoquée par d’innombrables malfaisants, que ce soient des êtres humains, des façons de vivre ou des catastrophes naturelles.

Avoir de la considération pour les humains défavorisés, méprisés, maltraités, comme les handicapés, les personnes de couleur, les étrangers, les malades, les vieux, les jeunes, les banlieusards, les campagnards, les autistes, les homosexuels, les transsexuels, aider d’autres êtres humains à échapper aux maladies, les sortir de la pauvreté, élève celui qui s’en soucie, comme celui qui se penche sur le malheur des animaux. On constate ainsi qu’au fur et à mesure où l’homme parvient à échapper aux affres de sa survie personnelle, les raisons de s’engager contre le malheur des autres se multiplient. La moindre inégalité peut servir de terreau à une organisation militante et les villes regorgent d’individus ou de groupes d’individus à la recherche d’une cause à embrasser.

Ainsi l’homme, parce qu’il a réussi peu ou prou à se défaire de la première malédiction qui consiste  à devoir travailler pour survivre, se retrouve placé au pied du mur de sa seconde malédiction, la perspective de la mort, qui est d'autant plus insupportable qu'il a le temps d'y penser, grâce au temps libre que la libération de sa première  malédiction  lui a fourni. Et, de ce point de vue, la crise de la Covid 19 illustre bien l’hystérie collective qui a saisi l’humanité lorsque la perspective, même minime, de la mort, lui a fait signe.

 

FIN

 

Librement interprété d’après l’ouvrage de Bertrand Alliot, « Une histoire naturelle de l’homme », L’Artilleur, Paris, 186 pages, 2020

Lire la suite
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 > >>