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Le blog d'André Boyer

philosophie

Rome, la cité globale qui finit par se disloquer

20 Janvier 2009 Publié dans #PHILOSOPHIE

La réponse à l’échec des grands États hypercentralisés, ce fut la création de l’espace politique de la cité, dans laquelle la vie politique se confondait avec la vie quotidienne. Cette réponse est bien oubliée aujourd’hui, alors que les décisions qui affectent le citoyen sont toujours prises ailleurs, sans sa participation. Seule son approbation passive est sollicitée. Les peuples comme leurs dirigeants ont toujours tort de vouloir ignorer la leçon de l’histoire.

La voici :

Il y a moins de trois mille ans, à l’ouest du continent euro-asiatique, la Cité restait l’unité politique de base. Elle constituait un espace d’environ mille kilomètres carrés, que l’on pouvait parcourir à pied depuis la périphérie jusqu’au centre en une journée. Dans cette enceinte se jouait la vie politique quotidienne, s’exprimaient les liens familiaux, tribaux ou linguistiques et se manifestait la présence des morts.

Rome est l’archétype de l’Empire qui se constitue en agrégat de Cités. Le lien entre la Cité et l’Empire se noue au travers d’un énorme réseau de communication qui est le vecteur de l’extrême centralisation du pouvoir Romain. Le secret du succès de Rome réside dans sa constance stratégique inébranlable et dans sa volonté politique hors du commun, symbolisée par le camp romain que les légionnaires construisaient en trois heures, à chaque étape.

Le point faible de l’organisation romaine se situe dans le coût énorme de ce réseau de communication. Dans la phase d’expansion, le réseau sera financé par les conquêtes. Puis, quand les frontières de l’Empire se figeront, l’impôt nécessaire à l’entretien du réseau deviendra de plus en plus lourd. Mais l’effondrement de Rome fut fondamentalement moral.

À partir du IIe siècle, à force de coups d’États, les Romains finirent par ne plus croire en la valeur unique de leur Cité, comme les Grecs, à force de querelles, s’étaient résignés à s’en remettre à la force plutôt qu’au droit. La Légion des citoyens cessera alors d’être invincible. Les Barbares sont logiquement attirés par la prospérité, fruit du labeur romain. Ils se pressent aux frontières, s’emparant progressivement des lambeaux de l’Empire. La prospérité disparaît sous leurs coups.

On a soutenu l’hypothèse que l’idéologie chrétienne avait rongé l’Empire de l’intérieur. Rome était déjà taraudée de doutes, lorsque Dioclétien prit en 303-304 les décrets de persécution des Chrétiens, soulevant aussitôt une résistance qui permit à la minorité chrétienne de prendre le pouvoir dès 312. À cette époque, la cohérence païenne de Rome, qui constituait son fondement idéologique, n’était plus défendue par ses citoyens. Les Chrétiens pouvaient accoler à Rome leur propre vision, qui ne permettait pas de défendre l’Empire.

Nous pouvons avancer que chaque structure a sa logique qui ne résiste qu'à un moment particulier de l'histoire des hommes. Cette histoire, en avançant, fragilise la structure des temps précédents, les fait disparaître avant d'en susciter de nouvelles. Le système des nations, des régimes parlementaires, de la démocratie représentative fait entendre des craquements qui annoncent sa fin selon une dynamique que nous ne pouvons pas anticiper.

Pour le modèle romain, vint donc l’invasion de l’Empire ; le monde occidental s’effondra comme le démontre la démographie. Entre 200 et 800 après JC, la population mondiale stagna autour de deux cents millions d’habitants. Au VIIIe et IXe siècle, la peste ravagea l’Europe. Elle ne s’arrêta que lorsque les routes furent désertées.

Et la vie reprit ses droits, de nouvelles structures émergèrent 


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Les racines du pouvoir et de sa désagrégation

17 Janvier 2009 Publié dans #PHILOSOPHIE

Avec la prééminence de la vie matérielle sur la vie spirituelle et le développement de l’agriculture qui en résulte, les premières villes font leur apparition. C’’est peut-être Jericho, cent siècles avant JC, Jéricho qui est la première ville de l’Histoire. On y trouve, vivants ensemble dans la même enceinte, le nombre fabuleux de mille personnes qui y apprennent la dure leçon de la promiscuité. Aussi la violence s'amplifie t-elle. Pour la maîtriser, les premiers citadins inventent une nouvelle structure, la Cité.

Aux portes de cette Cité, les pillards, les cavaliers et les nomades menacent. Depuis que le premier Australopithèque est descendu de l’arbre, aucune société humaine n’a jamais subsisté sans autorité. Le pouvoir politique a toujours été présent, que ce soit dans la bande, la horde ou la tribu. Avec la Cité et bientôt les Cités regroupées dans des Empires, le pouvoir se perfectionne pour répondre à la complexité croissante des agrégats humains.

Mais qu’est-ce que le pouvoir ? Ce n’est pas seulement la force. Il ne trouve sa légitimité profonde que dans le sacré. Le pouvoir ne peut se contenter de raisonner ses sujets, il a besoin d’être consacré. C’est pourquoi il lui faudra toujours invoquer la religion, les valeurs éthiques et la tradition. Aujourd’hui encore, il se réfère à des valeurs sacrées, aussi bien profanes que religieuses. C’est pourquoi la laïque République Française possède une trilogie de termes sacrés, « Liberté, Égalité, Fraternité » et elle ne s’interdit pas les commémorations liturgiques, à l’instar du deux centième anniversaire de la Révolution.

En Égypte, Pharaon parvient à détenir l’un des pouvoirs sacrés les plus spectaculaires de l’Antiquité. Il réussit, grâce à ce pouvoir, à fédérer les trente cités qui s’égrènent le long du Nil pour créer, deux mille cinq cent ans avant JC, un Empire Égyptien qui représentait, avec ses sept à huit millions d’habitants, quinze pour cent de l’humanité. De son côté, l’unité de la communauté chinoise est assurée par l’écriture. La Chine est gouvernée par les mandarins, la caste de ceux qui savent écrire. À la particularité de l’écriture, la Chine ajoute l’application systématique de la culture irriguée qui représente un extraordinaire progrès par rapport à l’efficacité de l’agriculture moyen-orientale et européenne. C’est ainsi que la Chine finira par constituer un empire huit à dix fois plus important que l’Empire Egyptien à son déclin.

Les deux grands Empires contemporains, le Chinois et l’Égyptien, avaient donc tous deux une écriture idéographique et un système centralisé. L’excès de concentration du pouvoir au sommet rendait de plus en plus difficile la gestion des conflits. La Chine a vu son pouvoir se dégrader, en conservant sa cohérence, tandis que l’Empire Égyptien s’effondrait sous la pression de ses assaillants. C’est ainsi que la centralisation tue le pouvoir. On ne devrait pas oublier la leçon en France, le pays le plus centralisé d’Europe, sinon du monde, dont le Président prétend à la fois s’occuper de l’avenir du capitalisme mondial et du moindre fait divers local. La leçon de l’histoire montre que le pouvoir s’y noie, que les structures se désagrégent et que les hommes partent à la recherche de pouvoirs plus raisonnables, donc plus légitimes… 

 

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L'écriture, la transcendance et la vérité...

15 Janvier 2009 Publié dans #PHILOSOPHIE



Comme Internet aujourd’hui, l’écriture accroît en son temps les moyens de communication entre les vivants, mais aussi entre les générations. Elle permet à l’être humain de mieux assouvir ses besoins de transcendance. Au travers de l’écriture, les Dieux font leur apparition qui vont occuper les hommes au point de compromettre leurs conditions de survie. Les temples et les pyramides vont surgir de toutes parts.

Vu du haut de notre siècle, cette attitude apparaît excessive, mais elle révèle à quel point le sacré peut structurer la pensée de l’homme jusqu’à lui faire oublier sa vie terrestre. La raison n’a jamais empli l’esprit et le cœur des hommes. Aujourd’hui, on peut de même s’interroger sur la logique qui l’humanité à détruire son environnement pour des siècles simplement pour améliorer de façon infinitésimale le bien être physique immédiat d’une faible proportion de ses membres. Du point de vue de la raison, qui est le plus rationnel de l’automobiliste ou du constructeur de pyramide ?

Avec l’écrit, la vérité trouve de nouvelles sources. Dans la Haute Antiquité, l’homme se laissait guider par les oracles qui s’étaient proclamé les intermédiaires entre l’humanité ordinaire et le monde des révélations. Les livres vont devenir les nouveaux intermédiaires entre l’homme et la vérité.

Depuis les origines de l’humanité, chaque individu a d’abord compté sur lui-même pour découvrir la vérité, grâce aux ressources de son cerveau. C’est au point que Platon considérait que l’homme disposait à sa naissance d’une sorte de stock de vérités évidentes. Saint Augustin, tout chrétien qu’il était, estimait que la vérité transmise par l’enseignement de l’Église n’était pas suffisante sans la clairvoyance de chacun. L’écrit changeait la donne, car il constituait en lui-même une source d’information complexe, qui devait être expliquée. Ainsi les Écritures devaient être interprétées, plus encore que la Bible. Il en fut de même pour le Coran. Les livres plaçaient la transcendance au plan du discours, permettant la discussion et l’apprentissage.

Et les Livres eurent un effet inattendu : ils contraignirent les hommes à se consacrer plus intensément à leur vie matérielle.

 

Le retour de la vie matérielle

La religion du Livre, la Bible, prend le contre-pied de l’approche païenne de la transcendance en exigeant des vivants qu’ils s’occupent plus d’eux-mêmes que des morts.  Elle commence par leur interdire de se prosterner devant les pierres. En ne demandant qu’un jour de prière par semaine consacré à Dieu, elle limite le poids de la transcendance à un septième de la vie. De plus, comme la religion est fondée sur le Livre, elle offre une plus grande liberté d’exégèse que celle dont disposaient les peuples qui récitaient des prières orales.

À partir du moment où l’homme s’est partiellement détourné des morts, il peut consacrer plus d’efforts aux échanges entre les vivants. Le commerce entre les villes s’accroît, avec l’aide de l’écriture. Le rythme des modifications s’accélère. L’homme domestique le chien, le bœuf, le cheval, l’âne et le mouton. L’apparition du bronze modifie l’armement. Les efforts se concentrent sur le pouvoir matériel. Il en résulte que deux mille ans avant JC, le nombre des êtres humains atteint cent millions. C’est le temps des empires, des invasions et des guerriers, celui des affrontements entre les barbares semi nomades et les noyaux denses des civilisations sédentaires.

Les nomades, qui sont moins nombreux et moins riches que les sociétés agricoles du néolithique, remportent souvent la victoire grâce à de meilleures techniques de combat. En témoignent les victoires remportées par les nomades sur l’imposant empire égyptien, qui titube sous leurs coups. Déjà apparaît cette constante de l’invasion et du pillage des peuples les plus riches par les plus pauvres, assurant une sorte d’équilibre naturel.

 

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La fatale création de l'agriculture

14 Janvier 2009 Publié dans #PHILOSOPHIE

La sédentarisation a précédé l’agriculture : les villages ont été construits avant que les techniques de production alimentaires ne soient modifiées, mais l’invention de l’agriculture a rendu la sédentarisation indispensable.

La plantation des céréales marque le début de la modification volontaire de l’écosystème par l’homme. Les greniers qui se remplissent excitent la convoitise des peuples non encore sédentarisés. Aussi faut-il les entourer de murailles. La densité des échanges augmente, et les conflits avec. Le Néolithique s’installe dans son Croissant Fertile qui comprend aujourd’hui Israël, le Liban, la Syrie et une partie de l’Irak et de l’Anatolie.

Avec la sédentarisation, les tombes apparaissent. Elles révèlent comment l’homme voit son destin. Au début, le cannibalisme était la forme naturelle de sépulcre, dans la mesure où il présentait le double avantage d’éliminer les risques liés à la décomposition des corps, tout en contribuant à nourrir les vivants.

Mais dès que la tombe apparaît, les soins qui lui sont apportés et les offrandes qu’elle reçoit indiquent que les vivants cherchent à communiquer avec les morts. Les tombes rendent la terre sacrée. La transcendance devient une question angoissante : l’homme se pose manifestement la question de la nature de la mort, dans le doute et l’angoisse.

 

L’écriture, la transcendance, la vérité
 

Il est logique que l’écriture suive de près la révolution agropastorale, parce que cette dernière a accru le volume des échanges dans une communauté immobile. Les hommes se rencontrent plus souvent pour échanger des produits, pour se piller ou pour se battre. L’écriture sert à fixer la mémoire. Elle est un enjeu de pouvoir, réservée aux seuls initiés, ceux qui savent lire et écrire. Désormais les civilisations se confondront avec leurs écrits.

C’est sept mille ans avant JC que l’écriture apparaît, à Suse. Elle se perfectionne en Égypte vers trois mille cent cinquante ans avant J.C, grâce à la réduction du nombre de ses locutions. Elle devient consonantique avec l’araméen, donc plus simple à transcrire, et les Grecs inventent un alphabet qui permet d’écrire les consonnes. À l’autre bout du monde, la Chine rattrape le retard qu’elle avait pris sur le Croissant Fertile, à l’émergence du néolithique. L’écriture structure la pensée et la civilisation chinoise. L’idéogramme chinois fonctionne à la manière d’un algorithme ; il est conçu comme un outil symbolique capable de révéler la structure cosmologique des êtres et des choses. Mais c’est une langue écrite construite indépendamment de la langue parlée. Aussi reste t-elle un moyen d’échange réservé aux seuls lettrés, qui détiennent grâce à elle l’arme absolue du pouvoir, celui  d’avoir l’exclusivité de la pensée organisée.

 La pensée unique ne date pas d’hier. Et c’est aussi de cette exclusivité que naît la prétention de quelques-uns à indiquer aux hommes le lien, qu’ils sont seuls à connaître disent-ils, avec l’au-delà. 

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L'homme inventeur

12 Janvier 2009 Publié dans #PHILOSOPHIE


L’aventure humaine est celle de ses inventions, car l’homme invente parce qu’il s’est libéré de ses réflexes instinctifs. Puisqu’il agit par lui-même, il lui faut reconstruire le monde. Il en obtient l’accroissement de ses moyens d’action, donc de son pouvoir sur le monde, donc du nombre des humains. Il a réussi à devenir de plus en plus fort par rapport à son environnement, tandis que son cerveau, celui de l’homo sapiens, restait inchangé pendant mille cinq cent siècles, comme si les transformations qu’il imposait au monde le dispensait de se transformer biologiquement.

La première innovation, le galet 

Le torrent des innovations trouve sa source dans le premier galet à une face, conçu et réalisé il y a trois millions d’années. Ce petit caillou façonné multiplie par quatre la force de l’homme, grâce à quoi il peut tuer plus d’animaux et… d’hommes. Pendant cent mille générations, ce galet à une face sera l’outil de base de nos ancêtres. Cent mille générations est une éternité, mille fois plus longue en tout cas que le temps qui nous sépare des Grecs. Notons que le savoir-faire relatif au galet n’est transmissible que par l’observation et l’imitation.

Puis, il n’y a que deux cent cinquante mille ans, quelqu’un invente la taille des éclats de pierres. Ce sera ensuite la célèbre domestication du feu, dont nous disposons depuis mille siècles environ . Grâce à lui, les campements seront protégés contre les attaques des animaux. Le feu permettra aux humains de dormir sans être en permanence aux aguets, de mieux se reposer ; grâce à la cuisson des aliments, de mastiquer moins fort et de digérer plus facilement les aliments.

La croissance de la population révèle la puissance grandissante de l’espèce humaine : de trente mille ans à dix mille ans avant JC, la population humaine passe d’un demi à cinq millions d’hommes. Puis de dix mille ans à cinq mille ans avant JC, elle monte en flèche, grimpant de cinq à cinquante millions d’hommes, une croissance qui continue jusqu’à l’ère chrétienne, la population mondiale atteignant alors deux cent cinquante millions d’hommes. Elle stagnera et se réduira ensuite entre le premier et le huitième siècle après JC.

Entre-Temps, vers dix mille ans avant JC, l’homme atteint l’âge d’or de la chasse et de la cueillette. La sédentarisation s’est imposée, parce qu’en réduisant les déplacements, on limite la mort des parturientes et des enfants. Les hommes commencent à se nicher dans de tout petits villages comme celui de Terra Amata.

À cette époque, l’Europe occidentale et le Moyen-Orient deviennent des pôles de croissance; on y trouve des groupements de population qui échangent entre eux des innovations de plus en plus nombreuses. Les outils et les armes se perfectionnent, se réduisent en taille et prennent des formes géométriques régulières. L’arc menace l’écosystème. Les chasseurs de la fin de l’épipaléolithique, la phase ancienne du mésolithique, l’âge de la pierre taillée, disposent de perfectionnements techniques extraordinaires. Il n’est pas absurde de voir dans cette période un âge d’or pour l’humanité, en comparaison des conditions de vie qu’elle a expérimentées avant et après cette période.

Il y a longtemps, l’âge d’or
 

La dernière période de la chasse serait en effet une sorte de paradis terrestre qui s’est gravé en tant que tel dans la mémoire de l’humanité. Les hommes mangent de la viande bouillie et des graines, qu’ils cueillent et stockent dans leurs greniers. Ils sont cinq à dix millions sur la Terre, alors que leurs techniques permettraient déjà d’en nourrir beaucoup plus. À cette époque, les êtres humains n’ont plus besoin d’errer sans cesse. À la croisée des chemins entre la chasse et l’agriculture, les hommes connaissent, peut-être, une insouciance qu’ils aimeraient bien retrouver aujourd’hui,  en tout cas des loisirs qu’ils n’auront plus : il leur suffit de deux heures de travail par jour pour subsister.

On peut rêver de cette abondance virtuelle et de la liberté dont ces hommes disposaient dans un espace encore vide. Mais la société humaine n’a jamais pu s’arrêter en chemin, entraînée par la logique de son évolution. Il est aussi arrivé à l’humanité de régresser, mais elle a toujours surmonté les obstacles qui se dressaient devant elle pour contrôler le monde. Elle est, aujourd’hui comme toujours, engagée dans ce même effort qui se poursuit depuis six millions d’années. Son succès se mesure par l’accroissement du nombre des humains et celui de la durée moyenne de vie des individus.

La sédentarisation va tout changer, et c’est le deuxieme bouleversement dans l’histoire de l’homme, après la descente de l’arbre. Elle va changer son style de vie et sa façon de penser.

 

 

 

 


 

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Comprendre le monde pour le contrôler

11 Janvier 2009 Publié dans #PHILOSOPHIE


C’est la volonté d’agir sur le monde qui a permis à l’être humain d’élaborer le système qu’il nous a légué. Chaque effort pour comprendre les mystères qui l’entouraient s’est traduit par un contrôle plus étroit de son environnement. On peut l’imaginer : avant même de délaisser la protection de l’arbre, notre ancêtre prend conscience qu’il existe. Il regarde autour de lui et il aperçoit des êtres et des choses qu’il lui faut absolument identifier. Il ressent dés l’origine un besoin aigu de comprendre, car il ressent que le monde, à peine entrevu, lui échappe. Il lui faut se saisir de la vérité par un bout quelconque, et tâcher de l’apprivoiser. Puisqu’il est conscient de se trouver à l’intérieur de quelque chose qu’il appellera plus tard l’Univers, il faut qu’il le contrôle pour diminuer son anxiété.

La survie de l’homme ne repose que sur sa clairvoyance. Des fauves à apprivoiser, des peurs paniques à maîtriser. Aucun homme, et surtout pas le premier, n’a jamais pu vivre sciemment dans l’ignorance et le mensonge. Depuis le début de l’histoire de l’humanité, il a toujours été difficile de vivre dans un Univers chaotique ; la recherche de la facilité a incité l’homme à tricher avec la vérité, mais cette dernière l’a toujours rattrapé, le contraignant à regarder les choses en face.

Dés l’origine, il lui a aussi fallu choisir une vision du monde, à partir des informations fragmentaires dont il disposait. Il a d’abord incliné à une vision unitaire, ou moniste, la plus simple, la plus instantanément satisfaisante pour l’esprit humain. Puis il a cherché un autre angle pour comprendre le monde, et notamment sa dynamique ; le dualisme décrit la régulation du Monde selon deux principes complémentaires et conflictuels, qui doivent par principe s’équilibrer. Le bon et le mal zoroastriens ou le yin et le yang du taoïsme témoignent de ces visions binaires de l’Univers, encore que ce dernier soit également moniste puisque le terme « Tao » désigne le principe régulateur de l’Univers. On observe donc que, dés l’origine, deux formes concurrentes de cohérence, l’une dualiste, l’autre moniste, ont coexisté dans l’esprit humain. 

Elles s’y sont même succédé : la vision cohérente et unitaire du monisme se développe en réaction contre les difficiles équilibres de la pensée dualiste. Les Védas, l’Ancien Testament, l’Âge Classique Grec, le Bouddhisme et le Taoïsme en témoignent, comme les philosophes grecs qui posent le principe que le monde a été constitué à partir d’une matière unique, quelle que soit son apparente diversité. Pythagore, en particulier, se fait le théoricien d’un cosmos unitaire. Pour lui, l’existence des mathématiques révèle un monde invisible et parfait qui constitue les fondements de la réalité. Une réalité mathématique dont Zénon montre les paradoxes, comme celui de la divisibilité illimitée qui fait qu’un voyage dans lequel on accomplit chaque jour la moitié de la distance restante ne peut jamais être achevé.

À la même époque, des philosophes chinois soutiennent des arguments analogues à ceux des Grecs en faveur du monisme : le Taoïsme recommande « d’ aimer toutes les choses également, car l’Univers est un ». Les Upanisads, ces premiers textes sanscrits, font du Brahmane le pouvoir sacré et le révélateur de cette réalité ultime qu’est la conscience qui enveloppe toute chose. On appelle alors « vrai » ce qui rassemble la matière, qui unit les êtres et les choses, qui ne sont rien d’autre que des éléments qui appartiennent à une totalité.

Échanger pour transmettre

Pour comprendre le monde, l’échange est un outil de base que l’homme s’efforce sans cesse d’accroître, comme en témoigne aujourd’hui Internet. Cette communication ne s’est jamais adressée aux seuls contemporains, mais aussi aux morts et aux êtres humains à venir.

Pendant très longtemps, ces échanges ont été limités par le nombre d’humains sur Terre. Quarante mille ans auparavant, il n’y avait guère plus d’habitants sur toute la Terre que dans la ville de Nice au début du XXIe siècle ; les distances qui séparaient les petits groupes d’habitants rendaient difficile pour l’un quelconque d’entre eux de se faire entendre de plus de quelques centaines de personnes.

À cette époque, il n’y avait cinq cent mille personnes sur les cent cinquante millions de kilomètres carrés de terres émergées, soit en moyenne une personne tous les trois cents kilomètres carrés. Il était quasiment impossible de se rencontrer entre hordes différentes. De plus, comme l’australopithèque disposait d’un cerveau quatre fois moins volumineux que celui de l’homo sapiens, il lui était bien difficile de se souvenir de ces rencontres éventuelles.

En dehors de la transmission génétique, l’information disponible dépend des échanges entre individus. Aussi, les progrès matériels de l’humanité ont été fonction du nombre des individus, du volume des communications et de la capacité à conserver l’information. Plus de communications engendrent une compréhension de plus en plus précise du monde, mais aussi plus d’affrontements.

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La trajectoire

10 Janvier 2009 Publié dans #PHILOSOPHIE

Il y a quelques temps, je me suis intéressé à la notion de vérité. J'ai alors découvert comment elle ne pouvait être abordée qu'au travers de l'évolution de l'humanité, ce que j'appelle la TRAJECTOIRE. La notion de vérité change avec la manière dont l'homme voit le monde, et à ce titre il est frappant de constater à quel point  le doute a envahi la pensée humaine. C'est cette histoire que je reprends ici, en une série de quelques articles, en lui ajoutant mes réflexions actuelles. Nous verrons qu'elle nous conduira à nous interroger sur le sens de l'étape actuelle de la pensée humaine. 

La pierre polie annonce notre technologie, les révolutions de palais de l’Empire Romain contiennent en germe notre Moyen Âge puis notre Renaissance ; les paroles du Christ, de Bouddha et de Mahomet dessinent un tournant majeur de l’humanité, et plus prés de nous la guerre de 1914-1918 implique la nécessité d’une nouvelle Europe. L’histoire n’est rien d’autre que l’expérience des autres qui nous est transmise et que nous réinterprétons sans cesse. Elle exprime tout à la fois la violence, le cynisme mais aussi l’idéalisme des hommes. Elle nous conte l’effort inlassable accompli par l’espèce humaine afin de surmonter les contraintes de la nature et les difficultés de la vie en société. Des cités ont lutté contre des barbares, quelques hommes ont changé l’idée que l’on se faisait de la religion, d’autres ont bouleversé les méthodes de production. Les plus savants ont découvert les lois de la nature. Tous ces savoirs et ces savoir-faire ont produit les civilisations, égyptiennes, grecques, romaines, arabes, chinoises, nippones, indiennes, mayas, incas.

Nous avons naturellement égaré nombre des acquis de nos ancêtres. L’histoire de l’humanité est longue de six millions d’années, mais nous ne nous rappelons avec précision que les évènements les plus récents, depuis cinq mille ans tout au plus. En outre, nous réinterprétons chaque jour l’histoire dans le sens qui nous convient, croyant qu’elle nous conte la légende de nos progrès, alors qu’elle n’est que la chronique de la naissance, de la croissance et de la dégénérescence de notre espèce ; l’homme accumule toujours plus de connaissances, produit de plus en plus de biens, se multiplie, s’étend…Jusqu’à ce qu’il diminue en nombre et disparaisse. Et nous dans tout cela, quel est notre rôle ? que faisons-nous ? Mais commençons par le commencement.

Un petit homme descend de l’arbre…

Un jour, six millions d’années avant que vous ne lisiez ce texte, un petit homme, ou une petite femme comme Lucy, se décida enfin à descendre des arbres sur lesquels il, ou elle, avait l’habitude de vivre. Cela se passait sur la Terre, une planète moyenne d’une étoile assez ancienne que nous appelons le Soleil, située dans une galaxie quelconque que nous avons baptisée Voie Lactée, et, jusqu’à nouvel ordre, nulle part ailleurs. Le petit hominien se trouvait en Afrique orientale, c’est du moins ce que l’on pense aujourd’hui.  Une fois installé par terre, mais sans doute quelque temps après, il décida en outre, lui ou ses descendants, de se planter sur ses pattes de derrière.

Aujourd’hui, on voit dans ces deux décisions le renoncement implicite de l’homme à ses comportements instinctifs, qui avaient pourtant assuré sa survie jusque-là. L’histoire de l’homme débuterait donc par ce rejet de l’instinct comme guide vital, l’obligeant à inventer en compensation de nouveaux comportements qui seront copiés de proche en proche, sous la forme d’un processus permanent d’accumulation culturelle.

Entre l’époque de la renonciation humaine à l’instinct et aujourd’hui, il s’est écoulé peu de temps. Il a déjà fallu trois millions d’années pour que l’un de nos ancêtres se décide à tailler un galet, puis deux millions d’années de plus pour que l’un de ses rejetons réagisse au froid, puis encore neuf cent mille ans pour qu’un autre de ses descendants prenne conscience qu’il était mortel. Si l’histoire de l’homme débute vraiment par l’acte fondateur de renonciation à l’instinct, l’histoire de l’homme n’est que la conséquence de la prise de conscience de sa condition dans l’Univers.
Car il s'agit de comprendre le monde pour le contrôler... 

 

 

 


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