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Le blog d'André Boyer

philosophie

LES DÉTOURS DE LA VOLONTÉ DE PUISSANCE

11 Août 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

LES DÉTOURS DE LA VOLONTÉ DE PUISSANCE

 

La volonté de puissance des hommes, comme de tous les êtres vivants, voilà l’origine de notre raison de vivre. Et elle utilise tous les artifices pour s’exprimer, lorsqu’elle ne veut pas en convenir.

 

On peut faire semblant de croire que se soumettre à une autorité est le contraire de la volonté de puissance. Or il n’en est rien, car l’on participe ainsi à la puissance dominante, ce qui nous permet de l’utiliser à notre profit pour soumettre plus faible que nous : la tyrannie des petits chefs en est la parfaite illustration.

Le summum de cette supposée soumission consiste à sacrifier sa vie à une idée : se faire exploser en tuant des ennemis permet d’atteindre dans la mort une puissance inaccessible dans la vie. Ce sacrifice renonciateur peut heureusement prendre des formes plus douces, telles que l’abnégation au travail, l’action charitable ou le renoncement à un héritage dont se targuait  Wittgenstein, s’attirant une remarque ironique de Nietzsche :

« En vous immolant, vous vous êtes enivré du sentiment de puissance. Vous vous sacrifiez seulement en apparence, car dans votre pensée, vous jouissez de vous-même comme si vous étiez Dieu » (Aurore, IV, 215).

Nier sa propre volonté de puissance est vain, car  la vie n’est qu’actes et mouvements qui traduisent notre volonté de puissance. Nous ressentons du plaisir quand, après avoir surmonté une résistance, notre puissance augmente et nous éprouvons de la douleur quand notre puissance diminuant, nous cédons face à une résistance.

Comme nous avons besoin d’un ordre au sein du chaos qu’est le monde, afin d'extérioriser la surabondance de force que traduit notre volonté de puissance, nous cherchons à donner un sens aux évènements et aux choses. La connaissance implique l’action, ce qui fait que les subjectivistes ont raison lorsqu’ils avancent que la connaissance neutre n’existe pas, pas plus que les faits en soi, et qu’il n’existe que des interprétations, notre interprétation de la réalité.

Aussi le monde n’est-il pas dénué de sens, contrairement à ce que soutiennent les nihilistes. Au contraire, il fourmille d’une infinité de sens, fournis par tous les êtres vivants qui interprètent la « réalité » à partir de leur propre perspective. Proclamer que la vérité n’existe pas ne signifie pas que l’on prétend qu’il n’existe pas de vérité du tout, mais qu’il n’existe pas de vérité unique, que de multiples vérités sont possibles.

Devenir plus puissant consiste, au lieu de capituler face à la supposée absence de vérité, à élargir notre vision de la vie, à lui donner de nouveaux sens, plus élevés, plus riches, plus nuancés.

Le concept de volonté de puissance permet de distinguer le bon et le mauvais. Est bon, tout ce qui concourt à valoriser la vie. Est mauvais, tout ce qui est faible, raté, malheureux. Nietzsche oppose cette morale à celle qu’invoquent les faibles, qui ont besoin de dire non à l’autre, supposé responsable de leur faiblesse et de leurs souffrances, qu’ils expriment par une violence rentrée contre soi-même, « coupable » de ne pas avoir su se défendre.

Or les faibles ne le sont pas pour l’éternité, car ils disposent d’un moyen pour se libérer du ressentiment destructeur : l’oubli. De l’oubli, dépend en effet notre faculté à digérer nos expériences négatives et donc à faire place à de nouvelles expériences, au lieu de ruminer les anciennes.

Car le ressentiment repose sur l’idée que si quelqu’un nous a fait du mal,  c’est qu’il a agi délibérément contre nous, qu’il n’y a ni hasard ni accident. Ainsi l’agneau devrait reprocher à l’oiseau de proie de l’attaquer, et l’en rendre coupable. Mieux encore, il devrait s’attribuer le mérite d’être un agneau. Le mensonge est  donc de prétendre que la faiblesse résulte du choix de ne pas être fort : la manœuvre consiste à culpabiliser son bourreau victorieux tout en interprétant son propre échec comme une démonstration de grandeur morale.

Le résultat de cette imposture est d’affaiblir encore plus les faibles en les persuadant que leur faiblesse est leur plus grand mérite. Elle les pousse à chercher le secours de la morale et de la métaphysique, pour se venger dans un monde idéal de la défaite qu’ils ont subie dans la réalité.

 

Le besoin compulsif d’un bouc émissaire est certainement le moyen le plus efficace pour ne pas s’occuper de ce que l’on peut améliorer soi-même. 

 

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LA FORCE DE DONNER UN SENS À SA VIE

7 Août 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

LA FORCE DE DONNER UN SENS À SA VIE

 

Je vous prie de ne pas vous laisser mener par le bout du nez par ceux qui prétendent connaître le sens de l’histoire, qui glorifient le modernisme à leur profit contre votre conservatisme ou qui veulent, sous prétexte de modernisme ou de progressisme, changer les règles à leur avantage.

 

La force de l’être humain consiste en effet à pouvoir choisir lui-même son but. S’il y renonce, s’il cède au nihilisme, il succombera à la tentation d'inventer un monde imaginaire où la vie aurait enfin un sens. La société sans classe du communisme, le marché libre et concurrentiel du capitalisme sont à l’égal du paradis promis des palliatifs destinés à masquer la sensation d’absurdité que ressent l’être humain face à la vie.

Le scepticisme systématique comme le  besoin de certitudes toutes faites ne sont que faiblesses grâce auxquelles les médias parviennent à inculquer aux moutons des idées préfabriquées. L’être humain est en effet prêt à croire aux affabulations les plus invraisemblables comme l’astrologie, ou à se laisser tyranniser, malmener, voire torturer, pourvu qu’il obtienne l’ombre, le mirage d’un sens donné à sa vie. À ce titre, le comble de l’absurde est atteint avec le « sacrifice » des terroristes manipulés pour tuer et mourir ! 

Serons nous donc assez forts choisir nos propres buts, inventer nos propres idéaux, donner nous-mêmes un sens à notre existence, ou serons nous assez faibles pour nous mettre à la recherche de quelqu'un qui nous dicte un sens préfabriqué de la vie, auquel il nous suffira de nous soumettre?

Qui donc pourrait donner un sens à notre vie ? Cela a t-il seulement un sens de se poser cette question ?  Car personne n’est capable d'y répondre, la valeur de notre vie n’étant pas mesurable et personne n’étant en mesure de découvrir quel est le sens du monde.

Et pourtant, si nous observons ce qui se passe dans l’univers, nous voyons des torrents d’eau creuser inlassablement la roche pour se frayer un chemin, des termites grignoter des arbres pendant des décennies, des araignées tisser leur toile, le lierre envahir un mur, une entreprise racheter ses concurrents, un prédateur dévorer ses proies, des trous noirs engloutir des planètes, bref aucun ordre ne régner sur ces forces qui s’affrontent toujours et qui se détruisent souvent.

Or chaque élément de l’univers possède son propre sens : croitre, augmenter, s’épandre, s’intensifier, se renforcer. Nietzsche a donné un sens à ce but universel qu’il a appelé la volonté de puissance.

Pour lui la force de donner un sens à sa vie trouve son origine dans la volonté de puissance que chacun de nous possède. Car la vie n’est pas simple volonté de vivre, ni une simple lutte pour survivre comme on voudrait nous le faire croire. Personne ne se contente simplement d’être, tout le monde veut davantage. Même lorsque l’homme condamne l’immoralité de cette lutte sans fin qu’est la vie et prétend que son rôle est de mettre fin à cette lutte insensée afin de  trouver enfin la paix, le paradoxe est que cette lutte contre la volonté de puissance constitue elle-même une expression de la volonté de puissance.

En effet, en condamnant la volonté de puissance, nous augmentons  notre propre puissance en tant qu’autorité morale opposée à la volonté de puissance! Nous sommes du côté des gentils, nous sommes pour la paix ce que les grandes puissances ont bien compris depuis longtemps, toutes prétendant lutter pour la paix alors qu’elles cherchent simplement à imposer leur puissance.

D’ailleurs, même l’ermite qui se retire dans le désert est motivé par sa volonté de puissance qui est celle de s’assurer de son autonomie envers le reste du monde et le scientifique qui proclame son dédain du pouvoir politique veut en réalité la puissance lorsqu’il cherche à soumettre la nature à ses théories.

Au total, il est vain de lutter contre la volonté de puissance : nous sommes volonté de puissance, nos instincts, nos pulsions, nos idées, nos habitudes qui veulent dominer celles des autres, toutes expriment notre volonté de puissance… 

 

« To be or not to be, that is the question. » (Shakespeare, Hamlet, Acte III, ouverture de la scène 1)

 

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LA VIE N'A AUCUN SENS. POUR QUI?

29 Juillet 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

LA VIE N'A AUCUN SENS. POUR QUI?

 

Il y a des matins où nous avons du mal à nous lever. Pour quoi faire ?  Vous croyez à la vérité ? à la justice ? à l’honnêteté ? Alors que partout triomphent le mensonge, l’hypocrisie, la mauvaise foi, la méchanceté ! Qu’est ce que vous pouvez faire dans ce monde là ? 

Rien.

 

Et pourtant nous avons besoin de croire,  croire en un idéal,  en une personne, en un Dieu, alors que nous savons bien que notre foi est tout, sauf réaliste. Ce besoin de croire s’oppose au froid réalisme, provoquant une contradiction interne, appelée « dissonance cognitive », que nous sommes obligés  de surmonter afin qu’elle ne nous obsède pas, jour et nuit. 

La solution évidente à cette contradiction consiste à lui opposer un scepticisme généralisé, total, définitif : moi, je ne crois en rien ;  quand un problème inattendu se présente, je prends un tranquillisant, je fume un joint. Mais au final, je fuis les problèmes. Loin de moi la volonté de chercher à les prendre à bras le corps, à les résoudre. Je n’aspire qu’à une seule chose, simple, le bonheur.

Ah, le bonheur ! C’est ce qui nous reste lorsque l’on nous n’avons plus lecourage de désirer, de vouloir, d’agir. Mais patatras ! Ce bonheur là n’est qu’un mirage qui fuit sans cesse devant nos yeux, car un « bonheur » dépourvu de but, de contenu ou d’enjeu, fondé sur l’absence de douleur, l’absence de désir, l’absence de danger, n’est que vacuité.  

D’ailleurs, on le sait bien, au fond de nous : le bonheur est le produit d’un obstacle surmonté, de la réussite d’un pari ou de la réalisation d’un projet. Le nihiliste qui n’a qu’une seule idée, fuir les problèmes (réfléchissez à l’expression : « pas de souci »), n’a pas accès à cette forme de bonheur. Ce qui fait qu’il ne lui reste que la solution des tranquillisants, à moins qu’il ne se réfugie dans le leurre de la rationalisation. 

Pour les nihilistes, le bonheur  n’est en effet qu’une question d’organisation. Le bonheur suppose un statut, notamment celui que fournit un travail. Il ne s’agit pas bien sûr de trouver un travail épanouissant qui est par définition trop impliquant. Il s’agit plutôt de la peur de ne pas avoir de statut, alors que nous savons bien que  trouver sa place sur le marché du travail implique de nous dépouiller de ce qui fait notre originalité pour répondre aux exigences des managers.

Or, comme l’ont observé tour à tour Pascal et Nietzsche, le travail est un divertissement qui détourne notre attention de nos angoisses, mais aussi de nos rêves. D’ailleurs notre société passe son temps à nous recommander de ne pas prendre de risques, alors que si nous amputons la vie de tout ce qui pourrait nous déranger nous nous privons aussi de tout ce qui pourrait nous inspirer, nous enrichir, nous renforcer.

Mais c’est un fait que nous avons peur. Peur de quoi ? De souffrir en tout premier lieu. C’est pourquoile bonheur nihiliste s’efforce de bannir toute source potentielle de souffrance. Si bien que, grâce aux progrès de la médecine, jamais dans l’histoire de l’humanité nous n’avons si peu souffert, même si, moins nous souffrons, plus nous devenons sensibles à la souffrance. 

Or, si nous fuyons la douleur, aucun apprentissage n’est possible. Réduire le périmètre de ses expériences à celles où nous ne risquons pas d’être déçus, blessés, trahis, ramène notre vie à l’insignifiant.

On peut même avancer, sans tomber dans le masochisme, que la douleur est nécessaire à l’expérience du plaisir. Inversement, chaque perspective de plaisir est la source d’une douleur potentielle. Ainsi, chercher une grande histoire d’amour signifie qu’il faut être prêt à affronter un grand chagrin d’amour. 

Finalement, la peur panique de la douleur nous égare, car la souffrance n’est vraiment insupportable que lorsqu’elle n’a aucun sens. Ce qui nous ramène au sens de la vie. Les animaux agissent par instinct sans se poser de questions, semble t-il, sur le but de leur existence, mais il est avéré que l’être humain décide lui-même du but de sa vie, ce qui constitue le fondement de tous ses problèmes.

 

Pourquoi ? Parce que lorsque l’homme cherche à donner un but à sa vie, il ne trouve aucune réponse dans la nature et lorsqu’il cherche à se mettre au service d’un principe universel, il découvre progressivement qu’il n’en existe nulle part.

Aussi reste t-il seul face à cette question : quel sens, quel but, donner à sa vie ?

 

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SUPERPHÉNIX EN TERRAIN HOSTILE

12 Juin 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

SUPERPHÉNIX EN TERRAIN HOSTILE

La réussite du réacteur expérimental à neutrons rapides Phénix installé à Marcoule (1973) conduit la France à proposer à l'Allemagne et à l'Italie une association pour la réalisation en commun d'une centrale industrielle à neutrons rapides, à Creys-Malville, Superphénix.

 

Le projet consistait à anticiper une croissance soutenue des besoins énergétiques, alors que l’uranium se ferait plus rare. Le 13 mai 1974 est publié un décret autorisant la création de la société NERSA, issue d’une collaboration internationale entre EDF (51 %), la société italienne Enel (33 %) et la société allemande SBK (16 %). À l'origine, un réacteur rapide refroidi au sodium devait être construit dans chaque pays partenaire, projet qui fut abandonné après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl.

Ce projet suscite rapidement une forte opposition des associations écologistes qui saisissent le tribunal en référé, le 2 mai 1975, pour interrompre les travaux déjà entrepris par EDF. Ces associations sont déboutées.

En avril 1976, le Premier ministre français Jacques Chirac autorise la société NERSA à passer commande de Superphénix. En 1977 est signé le décret d’utilité publique par le Premier Ministre Raymond Barre, tandis que se déroulent des manifestations hostiles, notamment le 31 juillet, qui entrainent la mort d’un participant. Le 18 janvier 1982, une attaque au lance-roquettes par un curieux militant écologiste suisse, Chaïm Nissim, vise le chantier de la centrale nucléaire de Superphénix.

Le remplissage en sodium du réacteur de la centrale nucléaire de Creys-Malville est effectué en 1984, puis la centrale est mise en service en 1985 et enfin couplée au réseau électrique le 15 janvier 1986, sans toutefois fonctionner à pleine charge.

Le 8 mars 1987 se produit une fuite de 20 tonnes de sodium liquide dans le barillet de stockage du combustible nucléaire, un incident classé 2 sur l’échelle INES (International Nuclear Event Scale), l’échelle allant de zéro (écart) à sept (accident majeur). Le redémarrage du réacteur est autorisé deux ans plus tard par un décret du premier ministre Michel Rocard. Selon les données de l'AIEA, la centrale produit alors 1,756 TWh en 1989 puis 0,588 TWh en 1990, soit un facteur de charge moyen de 11 %.

Alors que la centrale fonctionne, se constitue le Comité européen contre Superphénix, regroupant des dizaines d'associations et organisations de plusieurs pays. Le 26 avril 1990, des manifestations sont organisées dans plusieurs villes de France, de Suisse et d'Italie sur le thème «Tchernobyl 4 ans après, Malville aujourd'hui ».

Un deuxième incident de niveau 2 intervient le 29 avril 1990 : une fuite de sodium sur l'un des 4 circuits primaires principaux impose la vidange immédiate de l’ensemble du sodium du circuit incriminé et la purification corrélative du sodium qui dure 8 mois.

Le 8 décembre 1990, une partie du toit de la salle des turbines s’écroule sous le poids de 80 cm de neige, nécessitant de reconstruire la superstructure de la moitié du bâtiment.

Le 9 avril 1994, une marche Malville-Matignon contre Superphénix réunit les Européens contre Superphénix, le Comité Malville, Contratom (Suisse), la FRAPNA, Greenpeace, le GSIEN, WWF et plus de 250 associations de France, de Suisse, d'Italie et d'Allemagne. La même année, la mission initiale de Superphénix, qui était de produire de l'électricité, a été modifiée par la parution d'un décret qui le qualifie de « laboratoire de recherche et de démonstration ».

Fin 1994, se produit un quatrième incident majeur: une fuite d’argon dans un échangeur de chaleur sodium-sodium placé à l’intérieur de la cuve du réacteur lui-même. La remise en état durera 7 mois et Superphénix redémarre en septembre 1995.

Alors que l'année 1996 se révèle être la meilleure année de production électrique de la centrale, avec 3,392 TWh produit et un facteur de charge annuel de 31 %, commence en décembre 1996 un arrêt programmé de six mois pour une visite décennale des générateurs de vapeur, qui s’avérera définitif.

En février 1997, pendant que le surgénérateur est à l'arrêt, le Conseil d'État annule en effet le décret d'autorisation de redémarrage de Superphénix pris en 1994, au motif que la nouvelle mission qui lui est confiée à Superphénix justifie  une nouvelle enquête publique. À peine nommé Premier Ministre, le 19 juin 1997, Lionel Jospin annonce que Superphénix sera abandonné, ce qui se traduit par un arrêté ministériel du 30 décembre 1998. La raison invoquée est que le faible prix de l'uranium ne justifie plus ce type d’investissements dans la filière nucléaire, mais l’ambiance hostile résultant de Tchernobyl compte aussi dans cette décision.

Le 6 octobre 2000 est prononcée la dissolution de la société anonyme dénommée Centrale nucléaire européenne à neutrons rapides SA (NERSA), les actionnaires italiens et allemands sont indemnisés. Le 1er décembre 2015, Areva est chargé  du démantèlement des équipements internes de la cuve du réacteur Superphénix d'ici  l'année 2024.

 

L'image de l'industrie française à l'international a été fortement dégradée par le projet Superphénix, qui a été malheureusement mis en service au moment même de la catastrophe de Tchernobyl (avril 1986).

 

FIN

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LES RÉACTEURS À NEUTRONS RAPIDES

27 Mai 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

LES RÉACTEURS À NEUTRONS RAPIDES

L’ensemble de ces réacteurs est destiné à être remplacés, dans quelques dizaines d’années, par des réacteurs à neutrons rapides (R.N.R), qui n’ont jusqu’ici été construits que sous forme de prototypes refroidis au sodium.

 

Ces réacteurs utilisent l'uranium de manière plus complète que les réacteurs pressurisés à eau, grâce à la surgénération. Ils permettront de faire face à la prévisible pénurie de l'uranium, alors que, depuis l’accident nucléaire de Fukushima en 2011, le prix de l’uranium n’a cessé de baisser, empêchant toute nouvelle exploration.

Cependant le développement des capacités de production au niveau mondial n’a jamais été aussi important puisque 59 réacteurs sont en cours de construction dans 14 pays, la construction de 164 réacteurs est planifiée et plus de 350 projets sont actuellement dans les cartons. Les réserves actuelles permettent de répondre à la demande pendant 25 ans, mais si les prix de l’uranium, actuellement de l’ordre de 50 à 70$ le kg pour une demande mondiale d’environ 70000 tonnes, s’accroissent, la recherche reprendra et de nouvelles réserves devraient être mises à jour.  

Les réacteurs à neutrons rapides sont conçus pour faire face à la future pénurie d’uranium, en utilisant le plutonium produit par les réacteurs à eau actuels comme matériau fissile et l'uranium appauvri, sous-produit des usines d'enrichissement en uranium 235, comme matériau fertile. On estime que les matières nucléaires produites par le fonctionnement d'un réacteur à eau sur les 60 ans de sa durée de sa vie doivent permettre d'exploiter des réacteurs à neutrons rapides d'une puissance équivalente pendant 5 000 ans !  

Les réacteurs à neutrons rapides, qui se distinguent des précédents par l'absence de modérateur, ne fonctionnent qu'avec un combustible dont la teneur en matière fissile est supérieure à 15%. La faiblesse des captures parasites et le meilleur rendement en neutrons du plutonium 239 permettent à ces réacteurs d'être surgénérateurs avec le cycle uranium 238-plutonium 239.

Ainsi, alors que les réacteurs des autres filières ne tirent principalement leur énergie que de l'uranium 235 avec un appoint du plutonium formé in situ, les surgénérateurs, en transformant progressivement avec un meilleur rendement l'uranium 238 en plutonium, sont susceptibles de consommer l'uranium en totalité. Or l'uranium naturel contient 99,2745% d’uranium 238 et 0,720% d’uranium 235 !

Aussi un réacteur à neutrons rapides multiplie t-il le potentiel énergétique de l'uranium, comparé à un réacteur à neutrons thermiques, par un facteur compris entre 50 et 100, selon les effets parasites qu’il subit, ce qui permettrait de couvrir les besoins énergétiques de l’humanité pendant plusieurs siècles.

Si la capacité des réacteurs à neutrons rapides est connue depuis le  début de l'époque nucléaire, le développement industriel de ces réacteurs s’est révélé plus complexe que celui des réacteurs à eau. Les États-Unis, l'U.R.S.S, la Grande-Bretagne et la France, suivis  par l'Allemagne, le Japon, l'Italie, l'Inde, et plus récemment par la Chine ont chacun tenté de maitriser la technique de ces réacteurs.

 

Le cas du développement et de l’arrêt de Superphenix en France est révélateur des difficultés non seulement techniques, mais aussi politiques et stratégiques qu’entraine la mise en service d’un réacteur à neutrons rapides.

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LES NOUVEAUX RÉACTEURS PRESSURISÉS À EAU

7 Mai 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

LE SITE DE FLAMANVILLE

LE SITE DE FLAMANVILLE

 

Si ces réacteurs ont des rendements assez faibles, ils ont néanmoins connu des perfectionnements continus.

 

Les réacteurs actuellement en exploitation sont dits de deuxième génération, tandis que les réacteurs à eau en cours de commercialisation, dits de troisième génération, sont une version optimisée des filières de réacteurs à eau sur les plans de la sûreté et de l'économie.

Ainsi le réacteur pressurisé européen E.P.R. (European Pressurized Reactor, devenu Evolutionary Power Reactor lorsque Siemens s'est retiré du projet, puis tout simplement "EPR") destiné à renouveler le parc français à partir de 2020, est conçu pour produire un peu plus de 1 600 MWe au lieu de 1 500 MWe pour les réacteurs actuels les plus performants (les réacteurs de Chooz et Civaux), avec 17% de combustible en moins et une durée de vie de 60 ans.

De plus, le risque d'accident grave susceptible d'endommager le cœur est réduit, le confinement est renforcé pour éliminer les conséquences d'accidents hors du site de la centrale et pour améliorer la résistance aux agressions externes, tels qu’un séisme, une chute d'avion ou un attentat. Enfin la radioprotection du site est accrue.

Les premières unités de l'E.P.R. ont cependant connu des difficultés de construction, notamment en raison des risques de rupture dans les situations extrêmes de l’acier qui constitue le circuit primaire, retardant leur mise en service. L'EPR de Flamanville pourrait diverger en 2018 et sa mise en service commercial interviendra ultérieurement, par conséquent avec plus de six ans de retard. Il aura couté 10,5 milliards d’Euros au lieu des 3,6 milliards annoncés à l’origine, mais les constructions suivantes bénéficieront de l’expérience acquise. 

De leur côté, les réacteurs à eau bouillante (R.E.B.) sont utilisés dans certaines centrales nucléaires électrogènes américaines, japonaises, allemandes, suédoises, finlandaises, russes, et suisses. 

Ils présentent l'avantage d'une pression de l'eau réduite dans le circuit primaire. Par rapport aux réacteurs R.E.P., le flux de chaleur extrait est moins élevé et la puissance spécifique réduite d'un tiers. Le système de production de vapeur est simplifié mais, en revanche, la chimie de l'eau doit minimiser la corrosion pour réduire au minimum l'entraînement de produits radioactifs susceptibles de contaminer la turbine et de gêner son entretien. Leur fonctionnement est suffisamment satisfaisant pour qu’une troisième génération de réacteurs à eau bouillante soit en cours de commercialisation.

Il subsiste enfin en Russie et en Lituanie seize réacteurs à eau bouillante modérés au graphite du type R.B.M.K. dont la conception a été améliorée après l'accident grave survenu en avril 1986 sur un réacteur de cette filière à la centrale de Tchernobyl en Ukraine..

Aujourd’hui le développement des capacités de production de l’énergie nucléaire au niveau mondial n’a jamais été aussi important, puisque 59 réacteurs sont en cours de construction dans 14 pays, 164 réacteurs sont planifiés pour être construits dans le futur et que plus de 350 projets sont actuellement dans les cartons.

Les réserves actuelles doivent permettre de répondre à la demande pendant 25 ans, mais si les prix de l’uranium augmentent, actuellement de l’ordre de 50 à 70$ le kg pour une demande mondiale d’environ 70000 tonnes, de nouvelles réserves seront mises à jour.  

 

En outre, l’ensemble de ces réacteurs est destiné à être remplacé, dans quelques dizaines d’années, par des réacteurs à neutrons rapides (R.N.R), qui n’ont jusqu’ici été construits que sous forme de prototypes refroidis au sodium. 

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LES PREMIERS RÉACTEURS NUCLÉAIRES

8 Avril 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

LES PREMIERS RÉACTEURS NUCLÉAIRES

 

On l’a bien compris en examinant leur fonctionnement, en matière de centrale nucléaire, la question cruciale est celle du contrôle de la fission, donc de la sécurité, donc de l’expérience acquise.

 

Parce que leur fonctionnement est plus simple, les réacteurs refroidis forment l’essentiel des réacteurs en activités. Les tout premiers réacteurs ont été des réacteurs modérés au gaz et refroidis par un gaz (réacteurs  U.N.G.G.), qui remontent historiquement à la première pile atomique réalisée à Chicago, le 2 décembre 1942, par Enrico Fermi et ses collaborateurs.

Ces réacteurs U.N.G.G ont aussi été construits en France  de 1955 à 1959 (Marcoule G2-G3), à partir desquels furent construites de 1963 à 1972 d’autres centrales de 300 MWe (mégawatt électrique), Chinon 1, 2 et 3, Saint-Laurent 1 et 2, Bugey 1.  

Cette filière n'a pas été poursuivie après 1972 car les contraintes imposées par l'uranium naturel qui y est utilisé entrainent un coût d'investissement relativement élevé. Une version dérivée, fonctionnant à 650oC avec de l'uranium enrichi fut développée en Grande-Bretagne (filière A.G.R. (Advanced Gas-Cooled Reactors) entrainant la construction de 14 réacteurs de ce type entre 1974 et 1990.

C'est en cherchant à accroître encore les performances des centrales A.G.R. qu'a été conçue la filière des réacteurs à haute température (H.T.R.) visant à atteindre 900oC pour la température du gaz. Trois réacteurs expérimentaux et deux réacteurs prototypes ont été réalisés au Royaume-Uni et en Allemagne, mais le développement de cette filière a été interrompu en 1989, en raison de leur manque de compétitivité économique par rapport aux réacteurs à eau.

Cependant les applications calogènes de la filière H.T.R restent prometteuses, notamment pour la production d'hydrogène et de  carburants de synthèse. C’est pourquoi plusieurs réacteurs H.T.R. expérimentaux sont à nouveau en exploitation au Japon, en Chine et en projet aux Etats-Unis, encore que l’Afrique du Sud ait abandonné cette filière en 2010.

Après les réacteurs modérés au gaz et refroidis par un gaz, on a développé des réacteurs modérés à l’eau lourde. En effet, on sait depuis 1939 que l'eau lourde est un excellent modérateur qui permet l'utilisation d'uranium naturel dans des conditions moins strictes que les autres réacteurs à neutrons thermiques.

Aussi, la construction de réacteurs modérés à l'eau lourde a été entreprise dans de nombreux pays, mais ils n’ont été développés en série qu’au Canada, dans la filière dite « Candu » (CANada Deuterium Uranium). Dans cette filière, l'eau lourde est à la fois le caloporteur qui circule sous pression dans des tubes contenant des assemblages de combustible et le modérateur dans lequel sont immergés ces tubes.

Cependant l’économie réalisée sur le coût du cycle de combustible est compensée par le coût élevé de l'investissement en eau lourde et par la complexité du coeur du réacteur. C’est pourquoi cette filière n’a plus de projet de développement depuis que le réacteur A.C.R.-1000 (Advanced Candu Reactor de 1 000 MWe), qui pouvait être refroidi à l'eau légère, a été abandonné en 2011 pour des raisons de coût.

 

En revanche, les réacteurs à eau ordinaire ont connu et connaissent encore un grand développement.

 

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L'ALCHIMIE DE LA FISSION NUCLÈAIRE

21 Mars 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

L'ALCHIMIE DE LA FISSION NUCLÈAIRE

 

Le phénomène de fission nucléaire est un phénomène naturel que l’on peut provoquer artificiellement dans un réacteur nucléaire, avec la double difficulté de l’entretenir et de le contrôler à la fois.

 

La fission nucléaire, brisant des noyaux fissiles, génère de nouveaux noyaux dont certains sont fissiles et d’autres non. Ainsi, un réacteur à uranium naturel produit du plutonium sous deux formes (deux isotopes) le plutonium 239 et le plutonium 241 qui sont tous deux fissiles par des neutrons thermiques (qui ont été ralentis) et qui de ce fait peuvent continuer à alimenter un réacteur nucléaire.

Ils peuvent même être utilisés pour fabriquer une bombe atomique : l'un des objectifs du projet Manhattan au cours de la Seconde Guerre mondiale était d’obtenir suffisamment de plutonium pour fabriquer une bombe nucléaire, celle qui a détruit Nagasaki. En revanche, la première bombe, larguée sur Hiroshima, contenait de l’uranium enrichi.

On peut donc continuer à produire de l’énergie avec du plutonium comme produit de la fission, alors que le matériau originel, l’uranium 235, est complétement utilisé. Malheureusement la fission ne produit pas que des plutoniums 239 et 241, qui sont fissiles, mais aussi du plutonium 240 qui lui est trop fissile, ce qui oblige à l’éliminer en partie pour éviter l’explosion.

Au total, un bon réacteur nucléaire est un réacteur qui produit plus de matière fissile qu'il n'en consomme. Il faut pour cela utiliser de l'uranium 233, dans un réacteur à neutrons thermique ou du plutonium 239, dans un réacteur à neutrons rapides.

Comme un réacteur nucléaire sert à produire de la chaleur, on peut le décrire comme une sorte de chaudière qui se caractérise par son combustible, son fluide de refroidissement, son modérateur de fission et sa protection extérieure :

  • Le combustible est le plus souvent du dioxyde d'uranium ou un oxyde mixte d'uranium et de plutonium.
  • Le refroidissement du réacteur est assuré par un fluide caloporteur qui circule à grande vitesse au contact des éléments de combustible. Dans les réacteurs thermiques, on utilise soit du gaz (dioxyde de carbone ou hélium sous pression), soit de l'eau ordinaire, soit de l'eau lourde (constituée des mêmes éléments chimiques que l’eau ordinaire, mais dont les atomes d’hydrogène sont des isotopes lourds). Dans les réacteurs à neutrons rapides, on utilise comme moyen de refroidissement des métaux fondus tels que le sodium, parce que ces réacteurs ne permettent pas l'emploi de noyaux légers.
  • Le fluide caloporteur contenu dans un premier circuit s'échauffe dans le cœur et cède sa chaleur à un autre fluide, souvent de l'eau ordinaire, qui circule dans un deuxième circuit et actionne une turbine à vapeur pour la production d'électricité. Le choix du liquide caloporteur détermine en grande partie les options techniques fondamentales du réacteur qui caractérisent les filières de réacteurs.
  • Les modérateurs de fission (les refroidisseurs de neutrons) usuels sont l'eau ordinaire, l'eau lourde qui est plus chère, et le graphite qui possède un plus faible pouvoir de refroidissement que les deux premiers. Aussi l’eau ordinaire est-elle mise en œuvre dans 85% des réacteurs industriels en exploitation.
  • Un réflecteur est un matériau destiné à réduire les fuites neutroniques hors du coeur. Pour les réacteurs à neutrons rapides, on y ajoute  une couverture d'uranium naturel ou appauvri visant à profiter d'une partie des neutrons qui s'échappent du coeur pour produire du plutonium à des fins de surgénération.
  • Mais malgré ces deux obstacles, il sort du coeur un flux de neutrons rapides, de neutrons lents et de rayonnements gamma (rayons de photons à haute fréquence). S'il est relativement aisé d'arrêter les neutrons lents avec des corps absorbants, de fortes épaisseurs de blindage sont en revanche nécessaires pour se protéger des neutrons rapides et des rayons gamma. Pour cela, on utilise généralement du béton, lui-même parfois protégé par un bouclier en acier refroidi pour en limiter l'échauffement.

 

L’ensemble du système « réacteur nucléaire » est coiffé par un système de contrôle-commande du réacteur, mais on conçoit aisément que les équilibres instables des centrales nucléaires inquiètent, ce qui fait que l’expérience acquise lors de la construction et surtout de l'exploitation des centrales nucléaires constitue un élément essentiel de la relative « sureté » de ces centrales.

 

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LES RÉACTEURS NUCLÉAIRES

6 Mars 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

LES RÉACTEURS NUCLÉAIRES

 

Les réacteurs nucléaires sont en pleine évolution, dans un futur caractérisé par la croissance démographique et une évolution des styles de vie des sociétés humaines qui font la part de plus en plus belle à la consommation de l’électricité.

 

Regardons donc froidement, ce qui est un paradoxe compte-tenu du sujet, comment fonctionne un réacteur nucléaire pour comprendre comment les centrales vont évoluer et pourquoi elles vont se multiplier, malgré les risques.

Tout part du phénomène naturel de la radioactivité.  Certains atomes sont stables, d’autres sont instables ce qui se traduit par l’expulsion de particules et d’une grande quantité d’énergie qui permet à ces derniers d’atteindre une plus grande stabilité. Cette recherche de stabilité, que l’on appelle « réaction nucléaire », concerne donc les atomes les plus instables, des atomes lourds contenant de nombreux protons et neutrons.

La fission nucléaire est la division d’un atome lourd en deux ou plusieurs parties. Elle a été décrite pour la première fois le 17 décembre 1938 par deux chimistes berlinois. Par la suite, les physiciens ont cherché à provoquer cette réaction nucléaire tout en la contrôlant à l’intérieur d’une enceinte, ce que l’on appelle le cœur d’un réacteur nucléaire.

Le principe d’un réacteur nucléaire consiste à envoyer des neutrons percuter des atomes lourds pour provoquer leur fission. Car, lorsque l'un de ces atomes lourds capture un neutron, il devient encore plus instable, ce qui accroit sa tendance à se diviser en deux (ou plus) noyaux principaux. Mais cette fission entraine la libération de quelques neutrons, qui a leur tour peuvent percuter d’autres noyaux, provoquant, ou non, leur fission qui peuvent à leur tour fissionner.

On se trouve alors devant une réaction en chaîne qui, si on ne la freine pas, peut devenir incontrôlable et se transformer en explosion nucléaire. Trois types d’accidents conduisent à cette explosion, la perte de contrôle de la fission, appelée accident de criticité, la fusion du cœur par surchauffe et la perte totale du refroidissement.

Aussi le pilotage d'un réacteur nucléaire repose t-il sur un équilibre entre le maintien d'une masse critique (ou suffisante) de matériau fissile au coeur du réacteur pour que la réaction en chaine est lieu et son contrôle pour éviter l’explosion.

Tout un ensemble de techniques sont mises en œuvre pour parvenir à cet équilibre. La réaction en chaine est entretenue par un réflecteur de neutrons, tandis que le contrôle de la réaction s'effectue à l'aide d’un matériau qui absorbe les neutrons. Ce matériau est composé de barres de contrôle qui peuvent être introduites ou retirées du cœur du réacteur selon les besoins,  tout en évitant aussi que les sous produits de la fission n'étouffent le processus.

C’est tout un équilibre, délicat.

Mais à la base, pour qu’il y ait une réaction en chaine, il faut que les atomes lourds, que l’on appelle des noyaux fertiles, capturent les neutrons. Pour cela, la vitesse des neutrons ne doit pas être trop grande, sans quoi ils sont difficilement capturés par les noyaux. 

Du coup, dans la majorité des réacteurs, on cherche à ralentir les neutrons en les refroidissant dans ce que l’on appelle des réacteurs thermiques.  Mais il existe aussi des réacteurs à neutrons rapides qui ne fonctionnent qu’avec des atomes lourds particuliers, les noyaux fissiles, qui sont  capables de capturer même des neutrons rapides. Seuls quelques matériaux nucléaires ont cette capacité, comme le plutonium 239.  

 

Les réacteurs à neutrons rapides ont l’avantage d’être plus efficients que les réacteurs thermiques, mais ils sont plus difficiles à contrôler. C’est pourquoi on a tout d'abord développé des réacteurs thermiques, qui constituent la quasi totalité des réacteurs actuels.

 

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L'ÉNERGIE NUCLÉAIRE

17 Février 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

L'ÉNERGIE NUCLÉAIRE

 

Dans une situation mondiale où il sera de plus en plus difficile de répondre à la demande d’énergie électrique, la production d’énergie nucléaire est la seule source de production à la fois  abondante et non émettrice de gaz à effet de serre. C’est pourquoi je lui consacre cette série de billets.

 

Le principe de la production d'énergie par fission d'atomes lourds a été découvert en 1938, mis en œuvre pour la première fois en 1942 aux États-Unis à des fins militaires et utilisé au cours  de l’horrible attaque des deux villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki les 6 et 9 août 1945.

Puis le premier réacteur expérimental de production d'électricité a été mis en service au laboratoire national de l’Idaho aux Etats-Unis le 20 décembre 1951. Ensuite, une première centrale nucléaire a été reliée au réseau électrique le 27 juin 1954  à Obninsk en Union Soviétique.

Aujourd’hui, l'énergie nucléaire, à laquelle on s’intéresse peu, sauf pour dénoncer ses risques, fournit tout de même 16% de l'électricité produite dans le monde, grâce à 438 centrales nucléaires (2014).

On envisage désormais de l’utiliser pour l'extraction des pétroles « non conventionnels » provenant des sables bitumineux au Canada et des schistes bitumineux aux Etats-Unis. En effet, ces extractions nécessitent une forte consommation d’énergie qui est aujourd’hui obtenue par le produit final ou par le gaz naturel, ce qui revient dans un cas comme dans l'autre à doubler les rejets de CO2. Or, lorsque le prix du baril de pétrole dépassera durablement les 70 dollars, l’énergie nucléaire sera moins coûteuse. De même, faudra t-il utiliser les hautes températures des centrales nucléaires pour produire de l'hydrogène afin de  remplacer le pétrole utilisé par les différents moyens de transport.

 

On constate ainsi l’extrême importance du prix du pétrole pour l’arbitrage entre les sources d’énergie, le niveau de pollution qui en résulte et le climat de la Terre.

 

La France est le pays qui utilise proportionnellement le plus d’énergie nucléaire dans le monde, car elle ne dispose pratiquement pas de ressources fossiles sur son territoire.

De 1945 à 1960, elle a tout d’abord largement recouru à l'hydraulique, puis ces ressources étant presque totalement exploitées, elle a développé des centrales à énergies fossiles, charbon et pétrole, avant d’accorder la priorité à l’énergie nucléaire après les chocs pétroliers des années 1970, afin de remplacer les combustibles fossiles.

Des investissements considérables ont été consacrés à l’énergie nucléaires, avec 58 centrales atomiques en activité en 2014, qui fournissaient 77% de l’électricité produite en France (données EDF). Pour le reste, 18,2% de l’électricité provenaient des énergies renouvelables, surtout hydrauliques, les 4,8% restant étaient fournies par des centrales thermiques.

Il faut noter que ces investissements nucléaires n'ont nullement été motivés par la volonté de diminuer les rejets de CO2. En revanche, dans les années à venir, cette diminution a de fortes chances de devenir un élément moteur de l'augmentation de la part de l'électricité d’origine nucléaire dans le panier énergétique français, comme dans les autres pays.

 

Pour saisir l’enjeu, le développement et les choix technologiques des centrales nucléaires, il est nécessaire de comprendre comment elles fonctionnent.

 

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