Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le blog d'André Boyer

LA STRATÉGIE OPINIÂTRE DE MILEI

27 Octobre 2025 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LA STRATÉGIE OPINIÂTRE DE MILEI

On connait désormais le résultat des élections législatives argentines du 26 octobre 2025 : le parti présidentiel, La Liberté Avance, a remporté plus de 40 % des votes face à l'opposition de gauche péroniste, La Force de la Patrie, à 31 %.

 

Investi le 8 décembre 2023, Milei avait formé un gouvernement restreint face à une Chambre des Députés et un Sénat qui ont été respectivement renouvelés par moitié et par tiers le 23 octobre 2023. Cette Chambre ne comprenait que 38 députés LLA (La Liberté Avance), qui est le parti de Milei sur 257 députés et 7 sénateurs LLA sur 72.

Certes le LLA est tout jeune, mais cette situation oblige Milei à gouverner par décrets avant de les faire ensuite entériner par la loi, en négociant avec les autres partis. Dès son élection à la Présidence, sa situation politique est donc particulièrement délicate et tout fléchissement de l’opinion à son égard menace son pouvoir.

Il a le choix entre mener une politique modérée et se fondre dans le magma politique qui pilote le pays depuis toujours ou jouer à quitte ou double en prenant immédiatement des mesures radicales. C’est cette seconde solution qu’il avait annoncée et qu’il applique effectivement, et c’est ce qui rend son expérience politique particulièrement instructive.

Dans les jours qui suivent son investiture, le gouvernement Milei effectue une dévaluation du peso argentin de 50 %, celui-ci passant de 400 pesos à 800 pesos pour un dollar*.

En parallèle, le gouvernement procède à des coupes budgétaires de quelques 20 milliards de dollars, soit 5 % du PIB, notamment au travers de la réduction des subventions aux transports publics, à l'électricité, au gaz et à l'eau. Dix jours plus tard, le gouvernement adopte par décret une série massive de dérégulations, avec près de 300 mesures concernées.

Puis, fin décembre 2023, il décide une nouvelle série de réformes comprenant 664 articlesvisant à déréguler le commerce, les services et l'industrie sur l'ensemble du territoire national. Il publie, n’ayant pas la majorité au Parlement, un décret de nécessité et d'urgence (DNU) qui stipule la fin du plafonnement des augmentations des prix de produits essentiels, la dérégulation des services liés à Internet et du marché immobilier, avec la fin de l’encadrement des loyers. Il facilite également les privatisations et assouplit le droit du travail avec une période d'essai pour tout nouvel emploi qui passe de trois à huit mois et des indemnités pour licenciement réduites.

Le 27 décembre 2023, Javier Milei présente son projet de « loi omnibus », qui, outre de nouvelles privatisations, 41 entreprises publiques dont le géant pétrolier YPF et la compagnie aérienne Aerolinas Argentinas, concède les pleins pouvoirs à l'exécutif. Elle autorise celui-ci à gouverner par décrets au moins jusqu'à la fin 2025 et restreint le droit à manifester. Mais le projet est rejeté, amendé puis finalement adopté avec des changements majeurs, passant de 600 articles à 238 articles par la Chambre des députés en avril 2024 et en juin 2024 par le Sénat. Le nombre des privatisations passe d’une quarantaine dans la version initiale à moins de dix, dont celle de Aerolineas Argentinas : le processus des réformes devient de plus en plus laborieux, en raison de l’absence de majorité dans les deux chambres.  

Cependant, au premier trimestre 2024, l'Argentine a dégagé un excédent budgétaire de 275 milliards de pesos, le premier depuis 2008. En revanche, l’austérité a étranglé la consommation et contracté  l’activité économique.

Fin mai 2024, le gouvernement revendique avoir renvoyé plus de 25 000 fonctionnaires fantômes, qui ne se présentent que le dernier jour du mois pour toucher leur salaire, ceux que l’on appelle en Argentine des « gnocchis ».

En juillet 2024, Milei obtient de force la signature de 18 gouverneurs sur les 24 du pays, qui, bien qu’opposés à sa politique, pour un accord en dix points lui permettant de continuer à gouverner. Mais, pour parvenir à cet accord, il a dû faire pression sur eux, en bloquant pendant plus de six mois les fonds de l’État qui étaient destinés aux provinces pour les travaux publics.

Un an après l'élection, sa situation politique est mauvaise, car il ne parvient à faire adopter la majorité de ses propositions que grâce au soutien du parti Proposition Républicaine et de certains partis provinciaux. En revanche, la situation économique du pays s’améliore : l'inflation, point central du programme du gouvernement, est passée d'un taux mensuel de 25 % en décembre 2023 à moins de 3 % en décembre 2024. Les mesures ont également permis d'enregistrer pour la première fois depuis 14 ans un excédent budgétaire redonnant confiance aux marchés. L'Argentine enregistre également un excédent de sa balance commerciale du fait d'une forte baisse des importations et de la dévaluation de sa monnaie.

Ces mesures ont entraîné une chute de la consommation et une importante perte d'emplois publics et privés. Au premier semestre 2024, le taux de pauvreté est passé de 44,7 % à 55,5 % mais il a fini par retomber à 38,1% au deuxième semestre 2024 grâce à la baisse de l’inflation qui a plus que compensé les effets de la baisse des dépenses publiques.  Il faut noter enfin que Milei bénéficie encore de 56 % d'opinions favorables dans l’opinion publique, même si des incidents comme sa promotion de la cryptomonnaie Libra jettent un voile sur sa probité.

Mais la situation politique reste fragile en 2025, freinant les réformes : en août 2025, la Chambre des députés argentine rejette pour la première fois un veto présidentiel de Javier Milei, en rétablissant par 172 voix contre 73 une loi déclarant l’état d’urgence pour les personnes handicapées. Puis le 7 septembre 2025, les 14 millions d’électeurs de la Province de Buenos Aires, qui représente plus du tiers de l’électorat argentin étaient appelés aux urnes pour élire leurs représentants au Parlement Provincial. Le LLA a obtenu 34% des votes bien au-dessous de l’opposition péroniste qui a bénéficié de 47% des votes, dans, il est vrai, un bastion péroniste.

Démontrant la fragilité de sa position, cette semi défaite entraine aussitôt une baisse du peso argentin, obligeant Donald Trump, soutien de Milei, à dégager une aide financière de 40 milliards de $ à l’Argentine, aide à laquelle il mettra fin, déclare-t-il, si Milei ne gagne pas les élections législatives du 26 octobre 2025, ce qui est manifestement une pression exercée sur les électeurs argentins.

 

Mais on connait désormais le résultat électoral positif pour Milei, ce qui annonce la poursuite de ses réformes et les leçons que l'on peut en tirer.

 

*Il faut aujourd’hui (27/10/2025), 1491 pesos pour 1 dollar.

 

 

À SUIVRE

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article