DE L'ISG AU PÉROU
Les années universitaires 2003 ressemblèrent aux précédentes, en apparence du moins. Mes cours se poursuivirent à l’habitude à l’IAE, mon activité d’organisation des écoles à l’étranger étaient provisoirement au point mort, mes articles restaient pour la plupart en gestation.
Rien à écrire de plus ? Il faut peut-être ajouter ce que j’ai appris pendant cette année-là, du point de vue universitaire. Car j’ai effectué, à la demande du Ministère de l’Éducation, une expertise de l’ISG en compagnie d’Alain Bernard, professeur à l’ESSEC. Celle-ci me révéla la manière dont fonctionnaient les Écoles de Commerce pérennes.
L’ISG est situé 8 rue de Lota dans le 16eme arrondissement à Paris, à cinq cent mètres de Paris Dauphine et elle n’en pas bougé depuis 1967, année de sa création. C’est ce qui explique en partie sa perpétuation et la composition de son effectif étudiant, qui avait compté, m’a-t-on affirmé, le fils Balladur.
Lorsque j'ai visité l'ISG, il n’avait pas encore ses six autres campus en France, ses deux autres à New York ou Tokyo et ses effectifs étaient donc plus réduits qu’aujourd’hui.
Dans cette configuration, ce que j’ai remarqué lorsque j’ai auditionné l’ISG, ce n’était ni la qualité de ses locaux ni celle de ses enseignements que je n’ai pas pu vraiment juger, mais la vitalité du bureau des étudiants et l’extraordinaire fichier, à l’époque en format papier, de la quasi-totalité de ses anciens étudiants.
Le fichier, envoyé à chaque ancien chaque année, était imprimé dans un petit ouvrage qui contenait, pour chaque ancien qui exerçait ses activités professionnelles quelque part dans le monde, sa photo, sa fonction, son adresse, son numéro de téléphone et d’autres renseignements utiles. Aujourd’hui, il est évident que tout doit être informatisé, mais à l’époque, la qualité de leur collecte d’information m’a paru remarquable, ce qui permettait très facilement à n’importe quel ancien de l’ISG de suivre la carrière de ses camarades et de faire appel à l’un d’entre eux si nécessaire.
L’ISG appartenait depuis 1997 au groupe IONIS fondé et dirigé par Marc Sellam. Le groupe est devenu aujourd’hui le premier groupe privé d’enseignement supérieur français, avec une trentaine d’écoles et quarante mille étudiants. Marc Sellam possède et dirige toujours le groupe, à ma connaissance, avec lequel il a accumulé un capital de l’ordre d’un demi-milliard d’euros, ce qui constitue quelque chose comme la 300eme fortune française, preuve que l’on peut faire fortune dans ce secteur !
Lors de cet audit, j’ai donc été frappé du professionnalisme de l’école et j’y ai gardé quelques relations amicales parmi ses dirigeants.
Cette même année 2013, aux antipodes des destinations exotiques que je fréquentais assidument avant l’an 2000, je commençais à donner quelques cours à Imperia, qui faisait partie de l’Université de Gènes, avec des étudiants italiens qui se sentaient parfaitement capables de terminer mon cours tous seuls, si j’avais le malheur de leur laisser la parole quelques instants. Il était temps de s’intéresser à nos voisins et amis italiens, après avoir monté des programmes à des milliers de kilomètres de mon université !
Cependant fin 1993, grâce à la profonde connaissance de l’Amérique Centrale et du Sud que possédait l’un de mes doctorants, Claude Chailan, qui y avait fait carrière au sein de l’Oréal avant de se tourner brillamment vers l’enseignement supérieur, je fus en mesure d’effectuer une première incursion au Pérou. J’y présentai à Lima un article intitulé « Portefeuille de marques : premiers pas vers une définition opérationnelle » co-écrit avec Claude Chailan, mais dont il était l’auteur principal.
Faire un voyage pour participer à un congrès à Lima, c’est tout d’abord prendre sérieusement l’avion, de Nice jusqu’à Barcelone puis sur un long courrier espagnol jusqu’à Lima. C’est rencontrer des personnes différentes avec qui j’ai gardé des relations amicales par la suite. C’est découvrir cette grande ville étrange dont on dit qu’elle est dangereuse, avec ses populations mélangées, incas, espagnoles et autres. C’est enfin participer à un congrès aux antipodes où la représentation française est écrasée par les représentants US. C’est découvrir de belles universités privées ou publiques comme l’ESAN, toutes barricadées telles des forteresses contre les possibles attentats.
Puis ce fut l’excursion inévitable vers Cuzco, dont tous les bâtiments ont été construits avec les pierres des constructions incas, ce fut le mal des montagnes, la contemplation des Incas égarés dans leur solitude, comme si on avait arraché leur civilisation perdue de leur cœur, mâchant et remâchant des feuilles de coca sous un ciel gris, la tête baissée sous leurs chapeaux agités par le vent, leurs enfants regroupés autour d’eux.
Ce fut le train touristique vers le Machu Pichu, un train qui monte en colimaçon, qui s’offre des défilés de mode et qui nous laissa au bas de cette cité inca perchée sur un promontoire rocheux, oubliée par les conquistadors mais pas des touristes dont je faisais partie, qui la détruise à petit feu.
Enfin ce fut à Lima la rencontre avec mon doctorant péruvien, Otto Regalodo, qui préparait une thèse sur « l’impact des NTIC sur les canaux de distribution des services touristiques : les acteurs du tourisme au Pérou » et qui me fit découvrir quelques aspects incas de la ville, et qui est aujourd’hui l’un des meilleurs professeurs péruviens de marketing, sinon d’Amérique du Sud.
Un Pérou qui me laissa perplexe et mélancolique, hanté par l’image des incas déracinés qui ne m’a jamais quittée. On ne détruit pas impunément une civilisation…
À SUIVRE
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