APRÉS NAPOLÉON, LES ULTRAS
La Charte ayant été rangée pour un temps aux oubliettes, fut rapidement de retour puisque la campagne militaire de Napoléon ne dura que quatre jours, du 14 au 18 juin 1814.
Les Alliés revinrent à Paris, décidés à briser l’agressivité française, puisque la France avait à nouveau apporté son soutien à Napoléon. Il fallait que les Français oublient définitivement leurs rêves d’hégémonie européenne et n’aient plus la moindre velléité de révolution.
Après juillet 1815, cent cinquante mille soldats alliés occupèrent la France et les frais d’occupation étaient à sa charge. Les troupes étrangères resteront trois ans, avec des effectifs en peau de chagrin jusqu’au départ du dernier soldat étranger le 30 novembre 1818.
Le traité de paix du 20 novembre 1815 imposa à la France de payer une indemnité de sept cents millions de francs. Elle perdit aussi cinq mille km2 de territoire, cinq cent mille habitants et toutes les places fortes qui protégeaient ses frontières Nord et Est.
Un pacte entre la Russie, la Prusse, l’Autriche et le Royaume-Uni fut signé, qui était destiné à faire respecter le second traité de Paris et à empêcher toute nouvelle révolution en France. Il complétait la Sainte-Alliance entre la Prusse, la Russie et l’Autriche à laquelle s’était joint Louis XVIII. Il faut noter aussi que la bagatelle de 5084 œuvres d’art dont s’était emparé Napoléon furent récupérées par les Alliés.
L’aventure des Cent Jours avait beaucoup apporté au romantisme napoléonien, mais avait couté cher à la France. Le Congrès d’Aix-la-Chapelle qui révisait le Traité de Paris signé le 20 novembre 1815, s’acheva le 21 novembre 1818. Il régla le sort des dettes de guerre, mit fin à l’occupation de la France, qui récupéra la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane et la fit revenir dans le concert européen.
Les Bourbons avaient repris possession du royaume de France le 8 juillet 1815 pour quinze courtes années. Le camp de la Révolution était vaincu mais restait hostile à celui qui revenait dans les fourgons de l’étranger. D’autant plus que l’été 1815 sonna logiquement l’heure des règlements de compte, des licenciements, des emprisonnements et des exécutions des « traîtres ».
Le plus connu est le maréchal Ney, fusillé pour haute trahison le 7 décembre 1815. Mais nombreux furent ceux qui subirent au cours de l’été 1815 la « Terreur Blanche » dans le midi, comme le maréchal Brune tué à Avignon, dans la ville où il avait dirigé une sanguinaire répression sous la Terreur, la vraie.
Le temps de la revanche avait sonné et le résultat politique des Cent Jours fut de favoriser l’arrivée des ultras à la Chambre. Fouché et Talleyrand furent alors balayés par une Chambre presque totalement royaliste, élue selon un régime censitaire qui n’accordait le droit de vote qu’à environ un électeur sur cent citoyens. Dès le 14 août 1814, moins de deux mois après la bataille de Waterloo, les ultras obtinrent 350 députés sur les 402 sièges de ce qui constitua la « Chambre introuvable » selon la propre expression de Louis XVIII. Il y eut 48000 votants sur les 72000 électeurs de l’époque, ce qui est une proportion remarquablement élevée par rapport à celles qui avaient cours durant la période révolutionnaire. On condamne aujourd’hui l’excès de royalisme de ces députés, leur cléricalisme, leur zèle en faveur de l'aristocratie et du clergé, mais il faut reconnaître qu’ils avaient eu de quoi être traumatisés par les événements du quart de siècle précèdent.
Ils prononcèrent le bannissement des trente-huit Conventionnels qui avaient voté la mort de Louis XVI, mais d’autres qu’eux n’auraient pas hésité à les guillotiner. Cette Chambre ne dura guère plus d’un an, car, le 5 septembre 1816, Louis XVIII se résolut à dissoudre la « Chambre introuvable », cédant aux conseils de Decazes et aux pressions des alliés.
Malgré le soutien de Chateaubriand qui plaidait pour le parlementarisme et la décentralisation, les ultras furent battus le 4 octobre 1816 avec l’aide des préfets. Il ne restait plus que 92 ultras contre 146 parlementaires en faveur du Ministère et ce fut naturellement le conseiller de la dissolution qui devint le Président du Conseil des Ministres, Elie Decazes, qui prit la tête du quatrième ministère de Louis XVIII en s’efforçant de suivre une politique de compromis autour d’un pouvoir fort visant à réconcilier la France républicaine et la France monarchiste.
Il fit promulguer la loi Lainé du 5 février 1817 qui cherchait à affaiblir l’influence des grands propriétaires fonciers sur les collèges d’arrondissements, au profit des classes moyennes des villes. En outre, il imposa progressivement des lois plus libérales en matière de presse et une loi sur le recrutement militaire (10 mars 1818) qui incorporait les anciens militaires de l’Empire au sein de légions de vétérans.
Pendant ce temps, les républicains et les bonapartistes rassemblés dans l’opposition se signalaient par des manifestations et des tentatives d’attentats : en avril 1816, la police arrêta des fédérés qui voulaient introduire des barils de poudre aux Tuileries par les égouts ; en juin 1816, un mouvement insurrectionnel visant à écarter les bourbons éclata à Grenoble ; à Lyon en juin 1817, des manifestations eurent lieu aux cris de « Vive Napoléon II ! »
Par ailleurs, l’opposition républicaine et bonapartiste gagnait progressivement des sièges à l’Assemblée. Dès le 20 septembre 1817, les républicains, qui se cachaient dans un comité dit des « indépendants » contrôlaient 25 sièges. Les membres proéminents de ce comité, Benjamin Constant, Laffitte et Guizot, guerroyaient contre le Gouvernement à propos de la liberté de la presse.
Mais l’assassinat du Duc de Berry, le 13 février 1820, changea la donne en remettant en selle le parti des ultras.
À SUIVRE
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