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Le blog d'André Boyer

DOSTOÏEVSKI, L'HOMME

11 Mars 2026 , Rédigé par André Boyer Publié dans #CULTURE

DOSTOÏEVSKI, L'HOMME

Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski est un homme à part, un homme extraordinaire. Citadin sans fortune, écrivain vivant de sa plume, il mobilisera une énergie surhumaine pour la création de ses ouvrages et il réussira à devenir l’un des plus grands génies de la littérature universelle.

 

Né à Moscou le 11 novembre 1821, Dostoïevski a surtout vécu à Saint-Pétersbourg, où il est mort le 9 février 1881, à 59 ans. Sa vie peut se diviser en trois périodes. Jusqu'à vingt-sept ans, il se forme et s'essaie. Dans la deuxième, il réfléchit et écrit trois grands ouvrages, La Maison des morts (1862), Le Sous-Sol (1864) et Crime et Châtiment (1866). Enfin, entre quarante-cinq et cinquante-neuf ans, il donne ses ouvrages de la maturité, L'Idiot (1868), Les Démons (1872), L'Adolescent (1875), Les Frères Karamazov (1880) et Le Journal d'un écrivain(1873-1881).

Très tôt, Dostoïevski s’est vu écrivain et très tôt aussi il a ressenti un amour du Christ qui l’a fait se tourner vers les pauvres. Second fils d'un médecin-major et d’une mère profondément chrétienne, Fiodor était un enfant aussi joueur que dévoreur de livres.  

Devenu veuf, le père conduisit ses deux garçons à Saint-Pétersbourg préparer l'École du génie pour assurer leur avenir. Mais les hasards de la vie s’en mêle, voilà le père tué par ses paysans, en fait ses serfs, et Dostoïevski qui démissionne de son poste de lieutenant du génie.

Parce qu'il a gardé de son enfance un amour passionné du Christ, Il s’attache aux humbles, partage avec eux leurs peines et leurs joies, mais aussi son argent et en tire son premier livre qui le fera connaitre à 24 ans, Les Pauvres Gens (1845). Il s’agit  de quelques lettres touchantes entre un petit employé de bureau et une jeune fille pauvre qui tâchent de s’entraider, la seconde capitulant devant la tentation d’un riche mariage et le premier trouvant la force morale de l’accepter.

Du jour au lendemain, Dostoïevski devint célèbre, fut introduit dans les cercles radicaux, mais continua à chercher sa voie en fréquentant les cercles intellectuels agités par les idées révolutionnaires qui parcourent l’Europe de 1848. Il considère alors que le socialisme est la forme pratique que prend le christianisme à son époque. Aussi n'est-il pas gêné de donner lecture dans les deux cercles qu’il fréquente d'une lettre subversive et anticléricale de Biélinski à Gogol. Cette lecture décida du reste de sa vie, puisqu’elle entraina son arrestation, sa condamnation à mort sous le tsar Nicolas 1er avant sa grâce octroyée in extremis et commuée en bagne.

En route vers la Sibérie, il traversa donc la ville de Saint-Pétersbourg en fête dans la nuit de Noël 1849, condamné à quatre ans de bagne suivi d’une affectation dans l’armée en tant que simple soldat et sans terme prévu. Il n’en fut pas brisé pour autant, puisqu’il écrit à son frère : « Je garderai pur mon esprit et mon cœur. Je renaîtrai meilleur. » et aussi : « Frère, sur cette terre, il y a beaucoup et beaucoup de braves gens...Même au bagne... j'ai distingué des hommes...Quel peuple admirable ! Je n'ai pas perdu mon temps : j'ai connu le peuple russe. »

 

Au bagne, il s’est aussi magnifiquement interrogé sur sa religion : « Je suis un enfant du siècle, enfant de l'incroyance ou du doute jusqu'à ce jour, et je le serai jusqu'à la tombe. Que de souffrances me coûte cette soif de croire d'autant plus forte qu'il y a davantage en moi d'arguments contraires » et il ajoute, comme Camus à propos de sa mère et de la justice : « Si on me prouvait que le Christ est hors de la vérité, je voudrais plutôt rester avec le Christ qu'avec la vérité. »

Ces textes disent tout de Dostoïevski, sa vie de chrétien, son humanisme au chevet du peuple russe et sa réflexion religieuse inquiète.  

Après le bagne, le service militaire lui ouvrit une fenêtre d’espoir avec la découverte de la nouvelle littérature russe, Tourguéniev, Tolstoï et d’autres.  Dans un premier temps, il manque de se marier à une jeune phtisique, Maria Dmitrievna, qui lui préfère un autre jusqu’à ce qu’il soit promu officier par la grâce de quelques poésies patriotiques et qu’elle ne se ravise alors pour l’épouser en février 1857.

Peu après, il est victime d’une crise d’épilepsie qui entraine sa réforme et son retour de Sibérie vers la Russie et Saint Pétersbourg. 

La mode est aux revues, les unes slavophiles, les autres occidentalistes. Il fonde donc Vremja(Le Temps), une revue intermédiaire qui prône la modernisation de la Russie à l’occidentale tout en en respectant les traditions nationales.

Dans sa Revue, il publie Humiliés et offensés (1861), un roman à la Dickens, très autobiographique, puis il offre une sorte de reportage en 1861-1862, les Récits de la maison des morts. De ce récit, six ans étant écoulés depuis le bagne, restent les souffrances, l'arbitraire et l'inhumanité de certains chefs, le knout et les verges, mais domine une société qui a ses règles de savoir-vivre, ses usages et qui jouit dans son enceinte d'une certaine autonomie. Et Dostoïevski de conclure, par la voix du  narrateur qui quitte le bagne : « Ces hommes, c'était peut-être la partie la plus douée, la plus forte de tout notre peuple ».

C’est le moment pour lui d’aller voir l’Occident que l’on vante tant : sa visite à Paris et Londres le guérit de toute admiration et apologie. Décidément, il préfère le monde russe. Pourtant, à son retour, trois années terribles l’attendent, l’interdiction de sa revue après un article trop favorable aux Polonais insurgés (1863), une escapade à Baden-Baden pendant laquelle sa passion du jeu entraine sa ruine à la roulette, le retour en Russie pour voir mourir sa femme Marie, puis peu après son frère, avant la faillite de sa nouvelle revue, L’Époque.

 

Aux abois, il tente le sort qui se retourne bien sûr contre lui, en s’en allant jouer à la roulette à Wiesbaden.  

 

À SUIVRE

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