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Le blog d'André Boyer

L'ANTISTRATÉGIE ÉNERGÉTIQUE DE LA FRANCE

14 Avril 2026 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

L'ANTISTRATÉGIE ÉNERGÉTIQUE DE LA FRANCE

La crise des hydrocarbures, pétrole et gaz est attisée par la guerre d’Iran, encore que les soubresauts du monde, Ukraine et Venezuela entre autres, rendaient une crise inévitable.

 

La France est dépendante de cette crise mais ne fait pas partie des pays les plus exposés. Autrefois, nous disposions d’un atout considérable avec l’énergie atomique, que nous avons laissé se dégrader ; de plus, en ce qui concerne les hydrocarbures, la privatisation d’Elf n’était pas opportune dans la mesure où Total est largement devenu, du fait de ses actionnaires, une entreprise anglo-saxonne sur laquelle l’État français a peu de prise.

En termes de stratégie, Total avait eu la bonne idée de se tourner vers la Russie, mais la guerre en Ukraine et ses conséquences sur la position française ont détruit l’avantage stratégique acquis. Par ailleurs, nos relations avec l’Algérie, un des pays clés pour notre indépendance stratégique, ne sont pas non plus au beau fixe. L’ensemble rend notre dépendance au monde extérieur, 75% de notre consommation énergétique totale, difficile à gérer.

Pour des raisons politiques, nous ne voulons même pas savoir, si par hasard, nous disposerions, sur le sol français, de gaz ou de pétrole de schiste qui nous permettraient en cas de difficultés d’approvisionnement croissantes, de les extraire de notre sol. Cette politique de l’autruche ne parait pas très judicieuse, puisqu’elle revient à se résigner à être totalement dépendant des fournitures étrangères en énergie fossile, alors que, dans un avenir prévisible, les hydrocarbures continuent à assurer la croissance mondiale : il suffit de constater les effets de la moindre crise pétrolière sur cette croissance.

Mais le pire, dans cette antistratégie énergétique concerne la production électrique. À la suite de la crise pétrolière de 1973, le gouvernement français, dans un réflexe d’indépendance, avait installé 54 réacteurs nucléaires, avec une puissance cumulée de 55 gigawatts (gw), qui sont aujourd’hui au nombre de 57 réacteurs offrant une puissance de 61,4 gw, soit 67 % de la capacité totale de production d’électricité en France.

Un quart de siècle auparavant, la France contrôlait au travers d’EDF sa production électrique, sa distribution et l’exportation de son savoir-faire. La production d’électricité était abondante, maitrisée et peu coûteuse. En 2026, nous avons la même plateforme de production, après la fermeture scandaleuse de Fessenheim et l’ouverture laborieuse de Flamanville. Nous consommons 12 % d’électricité en moins, non pas en raison des économies d’énergie, mais de notre désindustrialisation. Les centrales nucléaires étant largement amorties, le consommateur devrait donc payer environ 12% moins cher qu’en 2000. Or, il paie deux fois plus cher.

Pour quelles raisons ? Du fait de la désorganisation d’EDF sous la pression de l’idéologie de la concurrence et en raison du versement d’aides colossales aux sources intermittentes d’énergie, éolienne et solaire. Les deux facteurs ont fait exploser les coûts de revient, menacent de déstabilliser la production électrique du fait de l’intermittence d’une partie d’entre elle et a fait s’évaporer les compétences acquises.

Le revirement récent des politiques, s’il a sauvé l’outil contrairement à la folie allemande, n’a pas permis d’obtenir une vision claire du futur. L’EPR 2 !Evolutionary Power Reactor 2) est un projet de version optimisée de l’EPR (European Pressurized Reactor) qui doit être construit sur trois sites. Mais il n’est pas certain que sa mise au point, son coût et sa dimension soient bien adaptés aux besoins français et à l’exportation. Tandis que l’on discute de l’EPR 2, on néglige le plus simple et le plus rentable, la prolongation pour vingt ans de la durée de vie de nos centrales en service.  

Enfin, il reste à développer une stratégie fondée sur les besoins en électricité, le coût de production et la réorganisation de notre outil de production d’électricité, au lieu de céder aux demandes de l’Allemagne qui a conduit à fermer Fessenheim, à celui de l’UE dont la croyance dans le dieu du libéralisme a conduit à fabriquer un système artificiel de concurrence de grossistes aux dépend d’EDF et aux totems écologiques qui nous poussent à financer de manière déraisonnable les énergies intermittentes.

 

Gageons que la pénurie de fonds disponibles permettra aux politiciens de cesser de brader les moyens de production de l’électricité en France.  

 

(D’après un interview d’Henri Proglio, ancien PDG d’EDF)

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