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Le blog d'André Boyer

1830, UNE RÉVOLUTION SUR MESURE

3 Mai 2026 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

QUI FURENT LES DINDONS DE LA FARCE ?

QUI FURENT LES DINDONS DE LA FARCE ?

La Révolution de Juillet mit fin à la dynastie des Bourbons, tandis que les émeutes de juillet 1830 étaient utilisées par les députés royalistes libéraux de la Chambre afin de se choisir un roi et une constitution à leur convenance.

 

Le 3 août 1830, le duc d’Orléans ouvrit la session parlementaire en présence de 240 députés sur les 417 élus et de 70 pairs en annonçant l’abdication de Charles X et une réforme de la Charte.

Car les évènements de juillet avaient provoqué le départ de la Chambre de 188 députés et le retrait de 251 pairs. Les parlementaires restants votèrent le 7 août un rapport sur la révision de la Charte par 219 députés contre 33, 89 pairs contre 10 et 14 abstentions, qui déclarait que le trône était vacant et que l’acte constitutionnel octroyé par le roi était supprimé. Ils y ajoutaient une série de mesures libérales comme la suppression de  la censure de la presse et proches des idées républicaines comme le rétablissement du drapeau tricolore. En outre, le rapport orientait le nouveau régime dans une direction plus parlementaire.   

Et la Chambre avait la solution pour diriger ce régime : elle proclamait que « l’intérêt du peuple français appelle au trône S.A.R. Louis Philippe d’Orléans… », qui est invité à accepter la Charte modifiée et à recevoir ensuite « le titre de roi des Français. », invitation que le Duc d’Orléans, peu surpris, accepta volontiers, on s’en doute.

Le 9 août, il prêtait serment à la Charte et prenait ipso facto le titre de « Louis-Philippe 1er, roi des Français ».

Le 11 août, le nouveau gouvernement était formé. Il était dominé par Guizot et Casimir Perrier et il comprenait plusieurs ministres de culte protestant, sans doute en réaction à la place éminente de l’Église catholique sous Charles X.

Pendant ces manœuvres politiques, les grèves et les manifestations se poursuivaient, renforcées par la concordance des mouvements révolutionnaires qui agitaient la Belgique, l’Italie et la Pologne. Les républicains se retrouvent au sein de clubs qui réclamaient des réformes politiques et sociales. De son côté, le gouvernement épurait l'administration des sympathisants légitimistes et les remplaçait par un personnel issu de la révolution de Juillet, comprenant le personnel du Premier Empire.  

Les ouvriers réclamaient naturellement une hausse de leurs salaires, hausse que Thiers trouvait déplacée, ainsi que la diminution du temps de travail et l’expulsion des travailleurs étrangers.

L’Église était désormais ciblée: le séminaire de Metz était mis à sac en octobre 1830, comme l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois et l’archevêché en février 1831, à la suite d’une messe en mémoire de l’assassinat du duc de Berry dix ans auparavant. Des églises étaient aussi saccagées à Auxerre, Dijon, Arles, Nîmes, Perpignan, Angoulême, Nancy et Lille.

Pendant trois mois, l'agitation fut permanente, entretenue par la presse républicaine et libérale. La Garde Nationale n’était pas fiable, car elle était dirigée depuis le 16 août 1830 par La Fayette, qui se trouvait être le chef de file des républicains.

Louis-Philippe se résigna en apparence au rôle de roi républicain. Sous les ricanements des légitimistes, le « roi-citoyen » distribua force poignées de main à la foule.  Cette situation rappelait étrangement l’été 1789 ou plus récemment le mois de mai 1968, dans la mesure où ils témoignaient d’un pouvoir flottant et hésitant.

Mais tout le monde savait alors que les puissances européennes, composées des alliés de 1814, signataires du traité de Vienne, Autriche, Prusse, Russie et, à un moindre degré, Royaume-Uni, n’accepteraient pas l’installation d’une nouvelle république en France. C’est ce qui fit la force constitutive du régime artificiel qui s’installa au pouvoir.

Tandis que les jacobins voulaient des têtes, les orléanistes cherchaient à les calmer en prenant des mesures répressives contre les fidèles de Charles X, mais évitaient soigneusement de provoquer un conflit européen.

Le 28 septembre 1830, à l’instar de Napoléon signifiant que « la Révolution était achevée », Casimir Perier siffla la fin de la récréation en déclarant, à propos du régime précèdent, que « tout ce qui devait être détruit l’avait été dans les trois jours ». Puis, afin de restaurer l’ordre, Louis-Philippe nomma Laffitte président du Conseil pour qu’il écarte les  républicains des allées du pouvoir, comme La Fayette et Dupont de l’Eure ou les monarchistes de gauche comme Odilon Barrot. Laffitte fut remplacé au bout d’un an par Casimir Perier, le banquier et le penseur du régime.

Mais ce dernier n’a que le temps de définir sa ligne politique, l’ordre à l’intérieur, la non-intervention à l’extérieur, qu’il disparait en mai 1832, victime du cholera qu’il avait contracté en allant visiter les victimes de l’épidémie à l’Hôtel-Dieu.

Le gouvernement prit quelques mesures politiques libérales en matière électoral. La loi électorale du 19 avril 1831 attribua le droit de vote à cent soixante-sept mille électeurs, alors qu’il y en avait moins de cent mille sous la Restauration, pour atteindre deux cent cinquante mille électeurs vers 1848. La pairie cessa d’être héréditaire. La communauté juive de France reçut un statut le 18 juin 1831, après la place plus grande faite aux Protestants.

La répression de la traite des Noirs, amorcée sous la Restauration, prit de plus en plus d’ampleur, en coopération avec le Royaume-Uni. Le gouvernement intervint avec tout autant de prudence à l’étranger, notamment en Belgique, pour contrer l’intervention hollandais, avec l’accord du Royaume-Uni. De plus, en Algérie, le gouvernement limita un moment la volonté expansionniste des militaires.

Il est à noter que, de mai à octobre 1832, Louis-Philippe gouverna seul, sans président du Conseil. Le Parlement n’étant pas en session, il estimait en effet qu’il lui fallait prendre directement les mesures rapides et énergiques que la situation politique troublée exigeait.

À SUIVRE

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