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Le blog d'André Boyer

LA RACE PRÉDESTINÉE À EXPLOITER LE MONDE

4 Décembre 2017 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LA RACE PRÉDESTINÉE À EXPLOITER LE MONDE

 

 

Le "modèle" britannique comme le "modèle américain" qui s’installe à la même époque, est exclusif, au sens où il est fondé sur la mise à l’écart de toutes les personnes inadaptées au système. Il faut en prendre conscience au moment où il s’impose aujourd'hui au monde entier.

 

Si l’on additionne les migrants, la plupart non volontaires, les personnes intégrées à l’armée ou enfermées dans les workhouses et les prisonniers, ce sont un million sept cent mille personnes qui sont mises à l’écart, soit plus de dix pour cent d’une population britannique qui ne dépasse pas seize millions d’habitants en 1831.

Au milieu du dix neuvième siécle, il en résultera des fractures sociales béantes dans les villes et les campagnes anglaises, tandis que dans les colonies, de petits groupes d’administrateurs, de commerçants, de planteurs et de militaires s’appuieront sur les élites locales pour exploiter, sous forme de travail contraint, les Chinois, les Indiens ou les peuples du Pacifique, envoyés dans les Caraïbes, en Afrique ou en Australie.

En Inde, ce système sera remis en question par la mutinerie de 1857.  En réaction au General Service Enlistment Act  du 25 juillet 1856, qui supprime les unités militaires composées de castes homogènes et impose l’utilisation de nouvelles cartouches enduites de graisse animale, ce qui révulse les hindous et les musulmans, quarante cinq régiments se mutinent sur les soixante quatorze que compte l’Inde. Pour châtier les mutins, les officiers britanniques ont spontanément recours à des traitements atroces, tels le tir au canon sur les condamnés, mais en même temps, avec un pragmatisme qui lui est coutumier, le gouvernement britannique procède à une réorganisation complète du gouvernement de l’Inde qui passe de la  Compagnie des Indes à la Couronne.

Puis l’Empire colonial britannique s’attaque à la Chine, à qui est imposée de force la politique dite de la « porte ouverte ». Après une première guerre de l’opium (1839-42), une seconde intervention en 1847 et une troisième entre 1856 et 1860, les Britanniques obligent l’Empire du Milieu à appliquer les nouvelles règles occidentales. Un nombre considérable de ports chinois sont ouverts au commerce européen tandis que des concessions jouissant de privilèges exorbitants sont implantées pour que les négociants européens y établissent leurs comptoirs et entrepôts. Des conseillers britanniques prennent même en charge certaines parties de l’administration chinoise, notamment les douanes et certaines administrations fiscales. On voit donc que l’ouverture de la Chine à l’Occident n’est pas une nouveauté.

La même politique d’ouverture commerciale est imposée à l’Empire ottoman, ce qui conduit à la banqueroute du gouvernement turc en 1875. Dominant le commerce extérieur et principal créancier du pays, le Royaume Uni finit par mettre l’Egypte sous tutelle financière en 1876, puis sous occupation militaire en 1882. En Afrique, la justification idéologique des interventions et de la conquête de futures colonies est celle de la lutte contre l’esclavage. On voit encore ici qu’il n’y a pas de nouveauté dans l’actualité récente, CNN assurant la relève des journaux britanniques de l’époque coloniale.  

Désormais, l’Empire fait partie intégrante de l’identité britannique. Joseph Chamberlain, secrétaire aux Colonies, proclame le 12 novembre 1895 : « je crois que la race britannique est la plus grande des races dirigeantes que le monde a jamais connue ». Quant à Cecil Rhodes, premier ministre d’Afrique du Sud et le fondateur de la Rhodésie, il en rajoute encore: « les Britanniques sont la meilleure race pour diriger le monde».  C’est apparemment toujours le cas, Washington ayant pris le relais de Londres.

Cette idéologie impériale s’appuie sur le darwinisme social : la réussite de l’Empire et la montée en puissance des Etats-Unis, sont la preuve « scientifique» de la supériorité des Anglo-Saxons qui se fonde sur une langue et une façon de vivre commune, l’attachement à la liberté et la volonté d’entreprendre. C’est toujours vrai.

Avec le temps, L’Empire voit grandir les menaces contre son hégemonie. À l’orée du XXe siècle, l’Allemagne dépasse la Grande-Bretagne pour la production d’acier et de charbon. Pire, elle oblige le Royaume Uni à une course aux armements épuisante pour maintenir sa supériorité navale. Pour le pouvoir britannique, l'Allemagne doit être mise au pas, comme le fut la France un siècle plus tôt.

De plus, à l’intérieur même du Royaume Uni, l’ordre politique libéral est fragilisé par l’incapacité de  Gladstone à mettre en place le Home Rule en Irlande, par la percée du nouvel unionisme parmi les ouvriers non qualifiés ainsi que par l’apparition de candidats travaillistes aux élections et par la montée du mouvement féministe.

La guerre d’Afrique du Sud (1899-1902) contre les Républiques boers, qui vise à établir une domination britannique stable sur une région stratégique pour ses richesses minières et pour sa fonction d’escale sur les routes orientales de l’Empire, permettra de resserrer les rangs. Cette guerre révèlera en effet l’existence d’une profonde fierté patriotique impériale qui montrera que la population britannique a intuitivement compris que la survie de l’Empire était essentielle pour le maintien de la puissance britannique.

Si la guerre impérialiste contre les Boers se veut une aide à la minorité britannique opprimée, la lutte contre l’Allemagne, rivale impériale potentielle avec l’expansion de sa flotte et de ses colonies, sera justifiée par l’invasion de la Belgique puis de la France.  Mais il s’agit toujours de préserver les fondations de la puissance britannique.

Avec la Première guerre mondiale, le monde britannique revit à l’échelle mondiale, la grande épreuve des guerres contre Napoléon, avec un effort humain et financier encore plus lourd qu’un siècle auparavant. L’Empire britannique n’en sort qu’en apparence renforcé, car ses anciennes fissures, en Irlande, en Inde et au Moyen Orient, se transforment en fractures et qu’un fort mouvement pacifiste s’implante au Royaume Uni.

 

 

L’Empire se repliera sur lui-même en attendant l’épreuve d’une seconde guerre contre l’Allemagne qui l’obligera à passer le relais à sa descendance, les Etats-Unis, qui évoqueront à leur tour, pour exploiter le monde sans complexe, une pseudo prédestination nationale à jouer un rôle mondial messianique.  

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