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LA MALINCHE, LA FEMME QUI A ENGENDRÉ LE MEXIQUE
7 Juillet 2026 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE
J'ai vraiment entendu parler de la Malinche* pour la première fois au cours de l’excellente conférence organisée à l’UNIA sur ce personnage extraordinaire**, par mon ami Michel Rambaud le jeudi 4 juin dernier.
On connait des éléments de sa vie par les biographes d’Hernán Cortés (1485-1547) et en particulier par les chroniques de Bernal Diaz del Castillo. Elle serait née vers 1502 à Coatazacoalcos, non loin de l'actuelle Veracruz, d’une famille noble nahua, à proximité du territoire contrôlé par les Aztèques.
Son père décède alors qu’elle avait une dizaine d’années, ce qui entraine la remariage de sa mère qui décide de se débarrasser de cette fille du premier mariage devenue encombrante, en la vendant à des marchands d’esclaves qui l’emmènent dans la ville côtière maya de Xicallanco et l’échangent contre des rouleaux de tissu. Elle est alors emmenée à Potonchán, près de l'embouchure du fleuve Tabasco, où elle vit parmi les puissants et riches Chontales qui appartiennent à l’ethnie maya.
Quelques années plus tard, le 12 mars 1519, débarque dans cette région Hernán Cortés à la tête d’une forte escadre, qui est mal accueilli par les Mayas. Il leur livre bataille, les vainc et reçoit leur soumission qui se concrétise par des offrandes, notamment celle d’une vingtaine de jeunes filles esclaves, dont la Malinche, qui voit sa vie basculer à cet instant.
Toutes ces jeunes filles reçoivent le baptême et la Malinche se voit attribuer le prénom espagnol de Marina. Elle est ensuite donnée par Cortés à Alonso Hernández de Puertocarrero, l'un des hommes les plus hauts placés de l'expédition, qui fut autorisé à faire ce qu'il voulait de cette jeune esclave.
Dés lors, « Marina » aurait disparu dans l'obscurité si les Espagnols n'avaient pas choisi de quitter les terres des Mayas pour se diriger vers l'ouest, dans le territoire de Montezuma, souverain de l'empire aztèque.
Comme interprète, Cortés avait trouvé un prêtre, Gerónimo de Aguilar, dont il était convaincu qu'il pourrait servir d'interprète auprès des populations indigènes de Mésoamérique. Aguilar avait fait naufrage huit ans auparavant et avait été réduit en esclavage par les Mayas du Yucatán, apprenant leur langue. Cela lui permit de servir d'interprète à l'expédition de Cortés lors de leurs communications avec les Chontales. Mais il ne connaissait pas la langue nahuatl que pratiquait les Aztèques dont Cortès avait décidé d’envahir les territoires.
C’est alors que la Malinche devint cruciale pour le succès de l'expédition de Cortés, lorsque les Espagnols découvrirent qu'elle parlait couramment le nahuatl et qu’elle pouvait le traduire en chontale (langue maya), langue qu’Aguilar se chargeait ensuite de traduire en espagnol. La Malinche accrut encore l’importance de son rôle de traductrice, lorsqu’elle apprit l’espagnol, assez vite semble-t-il, permettant une traduction directe du chontale à l’espagnol, évinçant Aguilar de son rôle qui ne le lui pardonna pas.
Elle devint alors un élément essentiel du plan de Cortés, comme en témoigne Bernal Díaz del Castillo, qui écrivit quelques années après dans « L'Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne » : ce fut le grand début de nos conquêtes, rendues possibles par La Malinche, car sans elle, nous n'aurions pas pu comprendre la langue de la Nouvelle-Espagne et du Mexique. En revanche, Cortés, qui écrivait régulièrement au Roi pendant la conquête, ne lui attribua officiellement qu’un rôle tout à fait secondaire, voulant en conserver le mérite exclusif.
Le rôle de la Malinche ne cessa de s’accroitre pendant plusieurs années quand les Espagnols comprirent qu’elle était capable de communiquer avec les nobles aztèques, langage choisi qu’elle comprenait depuis son enfance. Ce rôle s’accrut encore plus lorsque Cortès comprit qu’elle était capable de comprendre les subtilités des situations politiques et sociales complexes dans lesquelles elle devait agir en tant qu'interprète et que son action visait à le seconder.
Par exemple, la Malinche aida Cortés à conclure une alliance avec les dirigeants de Tlaxcala, qui s'avéra essentielle pour assurer sa victoire sur les Aztèques dans leur capitale. Son habileté à gérer les relations avec les populations locales et à recueillir des informations auprès d'elles permit également aux forces de Cortés d'éviter plusieurs embuscades.
La Malinche, dans la situation d’extrême dépendance vis-à-vis de Cortès dans laquelle elle se trouvait, sut tout de même négocier pour assurer la protection de ses enfants et de son peuple : c’est ainsi qu’elle se fit attribuer son village natal d'Olutla en tant qu’encomienda***.
Tout laisse penser que c’était une femme intelligente et réaliste, dotée en outre d’une forte volonté, qui cherchait à survivre en ayant conscience de la situation extraordinairement importante et dangereuse dans laquelle elle se trouvait.
*Le prénom donné par ses parents était Malinalli (herbe en nahuatl), que les Espagnols prononcèrent « Malinche », lorsqu’ils ne l’appelaient pas « Doña Marina, » de son nom de baptême.
**Dont il est, par extraordinaire aussi, le parent par alliance.
*** L'encomienda était un système dans lequel les colons espagnols se voyaient accorder le droit légal de soutirer du travail forcé aux chefs de tribus indigènes dans les colonies américaines de l’Empire espagnol. En contrepartie, les Européens devaient assurer la protection militaire des travailleurs et leur offrir la possibilité de se convertir au christianisme en payant un prêtre.
À SUIVRE
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