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LA MALINCHE, EL PERSONAGE AUSENTE SIEMPRE PRESENTE*
12 Juillet 2026 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE
Cortés l’utilisait comme un outil, dont il se débarrasserait dès qu’il deviendrait inutile, et elle le savait.
Cortés avait trouvé une perle qu’il exploita à fond tout en continuant à la traiter en esclave. Certes, Cortés et ses troupes avaient l’avantage de la technologie et de la vision stratégique, certes la variole était un outil aussi puissant qu’involontaire pour affaiblir l’empire aztèque, mais la Malinche apportait la communication, les informations mais aussi les conseils, sans lesquels les envahisseurs auraient agi en aveugles, ce qui aurait conduit à leur extermination compte tenu du rapport de force initial.
La Malinche contribua à les rendre prudents et à se rapprocher des tribus indiennes hostiles aux Aztèques. Après la chute de Tenochtitlán (Mexico) en 1521, La Malinche permit aux espagnols de transmettre leurs demandes aux peuples de l'ancien empire aztèque, désormais vassaux de la couronne espagnole.
Mais elle avait vu comment Cortès avait traité Tecuichpotzin, l’une des deux filles de Montezuma, l’empereur aztèque assassiné par Cortés, qui tomba enceinte immédiatement après avoir été transférée sous la « garde » de Cortés dans sa résidence, après la destruction de sa maison, la dévastation de son peuple et le meurtre de son père.
De toutes les femmes retenues en esclavage par les Espagnols pendant la conquête, Malintzin était sans doute la mieux placée pour observer et comprendre profondément les intentions violentes des Espagnols et leur volonté de massacrer, d'utiliser ou d'asservir les populations autochtones dans leur quête de pouvoir et d’or. Afin d’arrêter la folie meurtrière des soldats espagnols pendant la conquête de Tenochtitlán, c’est elle qui se procura les manuscrits pictographiques aztèques qui révélaient où se situaient les trésors.
De fait, Cortès ne se gêna pas pour utiliser la Malinche comme un outil, lorsqu’en octobre 1519, il décida d’envoyer le maître de la Malinche, Puertocarrero, en Espagne auprès de Charles Quint et qu’il la prit aussitôt comme femme-esclave, au moment où il avait particulièrement besoin d’être proche d’elle pour assurer la conquête de l’empire aztèque.
Il l’utilisa encore comme un outil en 1523 lorsqu’elle lui donna un fils, Martin, qu’il arracha aussitôt à sa mère pour l’envoyer en Espagne auprès du roi, afin de montrer urbi et orbi qu’il avait obtenu d’elle le premier métis hispano-indien**.
Il la jeta comme un outil devenu inutile lorsqu’il la donna, vers 1524-1525, à l’un de ses compagnons, Juan Jamarillo, qui lui fit une fille, María, née en 1526, peu avant qu’elle ne meure entre 1527 et 1529, probablement de la variole introduite par les Espagnols. Elle avait tenu un peu plus de 25 années, assez longtemps pour permettre la conquête du Mexique.
On peut faire à la Malinche le procès d’avoir contribué à la conquête espagnole du Mexique, mais compte tenu de la férocité des conquérants et de Cortés en particulier, son autre choix n’était que le suicide. En outre, la Malinche n’était pas aztèque et elle ne les aimait pas car son peuple était en guerre avec ces derniers depuis des générations. C’est pourquoi elle aida Cortés à s’allier avec les Tlaxcalans contre l'empire aztèque, et elle n’y vit aucune trahison, au contraire.
Il reste que la Malinche est un personnage extraordinaire. Quand on voit sa situation, jeune fille noble vendue comme esclave, puis livrée aux Espagnols, témoin de leur violence sans limites, contrainte de jouer les intermédiaires entre un dictateur sanguinaire étranger et son propre peuple, l’on ne peut qu’être bouleversé par sa résilience.
Puis, en se plaçant du point de vue du Mexique, cette femme du pays d’autrefois a enfanté le pays d’aujourd’hui comme une évidence aussi forte que le destin qu’elle subissait.
*Le personnage absent, mais toujours présent (Lanyon, p 14)
**Ce qui n’était pas exact, car Guerrero, le compagnon de captivité de Gerónimo de Aguilar, devint ensuite un chef de guerre pour Nachan Kaan, seigneur de Chektumal, épousa une femme maya et eut les premiers enfants métis du Mexique.
Bibliographie :
- Díaz del Castillo B. (traduction de l'espagnol par Jourdanet ), Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne, Paris, La Découverte, 2009.
- Lanyon A., Malinche l’Indienne : l’autre conquête du Mexique, Paris, Payot, 1999
- Townsend C., Malintzin’s Choices : An Indian Woman in the Conquest of Mexico, Albuquerque, University of New Mexico Press, 2006.
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