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Le blog d'André Boyer

LA VIE, LA MORT

11 Mai 2026 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

LA VIE, UN TABLEAU DE CHAGALL

LA VIE, UN TABLEAU DE CHAGALL

Puisque l’homme cherche la vérité sur le sens de sa vie depuis toujours, je me suis décidé à aller voir un spécialiste reconnu de longue date, Jacques-Bégnine Bossuet (1627-1704) qui a écrit, à 21 ans, sa Méditation sur la brièveté de la vie.

 

On ne peut donc lui faire le reproche de s’y être pris trop tard pour y penser. Parmi ses nombreux sermons et oraisons funèbres, Bossuet a ensuite écrit un remarquable Sermon sur la mort le 22 mars 1662 devant Louis XIV et la Cour de France. Voyons ce que nous pouvons en tirer pour répondre à la petite question que je me posais au début de ce billet, « Vivre, pour quoi faire ? ».

Bossuet ne m’a pas déçu : dès sa première phrase, il y va à fond, en évoquant l’aspect repoussant et nauséabond du cadavre qui git dans le cercueil devant ses yeux et ceux de ses auditeurs. Et il relève aussitôt l’étrange faiblesse de l’esprit humain qui repousse la vision de la mort, alors qu’elle est présente de tous côtés.

D’ailleurs, observe-t-il, durant les funérailles, chacun se souvient du moment où il lui a parlé et des paroles qu’ils ont échangées. « Et tout à coup, il est mort ! », s’écrit cet homme qui se refuse à prendre conscience que c’est aussi sa propre destinée qu’il vient de décrire.

Bossuet note ainsi que les mortels mettent autant de soin à ensevelir les pensées de leur future mort qu’à enterrer les morts eux-mêmes. Pourtant, s’étonne-t-il, entre toutes les passions de l'esprit humain, l'une des plus fortes est le désir de savoir. On perçoit la vigueur de cette curiosité dans l’acharnement que met notre esprit à percer les secrets de la nature. Or l’homme fait d’énormes efforts pour comprendre les mécanismes de l’univers, mais il ne s’attarde pas sur ce qui le touche de tout près, ce qui constitue sa propre essence. De trop près ?  

Bossuet n’a pas peur, lui. Il propose à ses auditeurs de diriger leurs esprits vers ce qui nous touche et nous concerne au plus près, la mort. Il est bien conscient néanmoins de leur étonnement, aussi s’explique-t-il : « je vous renvoie à la mort », déclare-t-il, parce qu’il s’agit de comprendre que l'homme, misérable du fait qu'il trépasse, est infiniment estimable lorsqu’il parvient à devenir éternel.

Il le sait, il faut vraiment être audacieux pour déclarer aux hommes qu'ils sont peu de chose ! Allez le dire par exemple aux hommes politiques, allez leur expliquer que toutes leurs actions butent, à l’arrivée, sur la mort qui éteint toutes les illuminations, qui fait disparaitre toutes les décorations, qui réduit l’ego à néant !

Qu’est-ce donc que notre personne ? Elle n’est pas dans notre corps, puisque sa durée est limitée. On peut monter aussi haut que l’on veut, on peut vivre cent ans, on peut vivre deux cent ans demain comme affirment certains, on peut en profiter pour entasser plaisirs, richesses, honneurs, mais la dernière seconde de notre vie détruira tout, comme si rien de tout cela n’avait jamais existé. D’ailleurs, nous savons tous que, fatalement, au bout d’un certain temps, il ne restera aucun vestige de notre corps sur la Terre.

Quelle est donc notre quintessence ? Nous entrons dans la vie pour en sortir bientôt ; nous venons nous montrer ici-bas comme les autres, avant et après nous, et comme eux, il nous faudra disparaître.

D’ailleurs, tout nous appelle à la mort, la nature qui nous fait directement savoir qu'elle ne pourra pas laisser longtemps à notre disposition le peu de matière qu'elle nous a prêté sous la forme d’un corps ; les enfants qui naissent et qui, à mesure qu'ils croissent et qu'ils s'avancent, semblent nous pousser de l'épaule et nous dire : retirez−vous, c'est maintenant notre tour.

« Qu'est-ce que nous sommes ? », insiste encore Bossuet ? Si je jette la vue devant moi, quel espace infini où je ne suis pas ! Si je regarde en arrière, quelles perspectives angoissantes, alors que je ne serai plus là ! Quelle place misérable m’est accordée dans l’immensité du temps ! Je comprends bien que l’on ne m’a envoyé sur Terre que pour faire nombre ! Et encore on aurait bien pu se passer de moi, car la comédie du monde n'en aurait pas été moins jouée si j’étais resté dans les limbes !  

 

Vraiment, conclut Bossuet, quelle bien petite place nous occupons en ce monde, si peu considérable qu'il me semble que toute notre vie n'est qu'un songe…

LE TRIOMPHE DE LA MORT DE BRUEGEL

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