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Le blog d'André Boyer

philosophie

L'ALTERNANCE DU POUVOIR SELON TOCQUEVILLE

4 Février 2026 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

ALEXIS DE TOCQUEVILLE PAR DAUMIER

ALEXIS DE TOCQUEVILLE PAR DAUMIER

Trois échéances électorales majeures sont programmées en France pour 2026 et/ou 2027, les élections municipales et présidentielles, précédées ou suivies des élections législatives. Elles modifieront sans nul doute les structures du pouvoir et si personne ne peut prévoir les résultats électoraux, on peut paradoxalement en prévoir la suite, avec l’aide d’Alexis de Tocqueville.

 

Ce dernier a fort bien défini la nature de La démocratie en Amérique (1840), mais l’on sait moins qu’il a aussi saisi en profondeur le passage entre l’Ancien Régime et la Révolution(1856) en France. En m’appuyant sur le contenu du chapitre VIII du volume III de son ouvrage, chapitre dans lequel Tocqueville présente les grands traits de son analyse, on peut faire apparaitre une dynamique du pouvoir en France qui perdure plus que jamais aujourd’hui:

  • Tout d’abord, Tocqueville observe que la noblesse avait perdu ses anciens droits politiques et n’administrait plus le pays. Mais elle en avait conservé tous les avantages, devenant une caste dotée de privilèges devenus inacceptables au fil du temps pour la population. Du fait de ses privilèges, cette « noblesse » s’était isolée du reste du pays, si bien que personne ne l’a défendue lorsque la Révolution est survenue.
  • Ensuite le gouvernement du roi, s’étant substitué dans les trois quarts de la France à tous les pouvoirs locaux, les a tous remplacé en même temps qu’il réduisait le pays tout entier à Paris. Ce fait ajouté à la neutralisation de la noblesse qui en est le corollaire, suffisent à expliquer pourquoi une émeute a pu détruire de fond en comble une monarchie qui, la veille de sa chute, paraissait inébranlable.
  • Tocqueville constate également un contraste entre la bénignité des théories et la violence des actes, car elle avait été préparée par les classes les plus civilisées de la nation et exécutée par les plus rudes. Le peuple s’étant nourri de ses préjugés, de ses jalousies et de ses haines, se chargea d’ajuster les idées des théoriciens à ses propres fureurs.
  • Enfin, l’histoire de la France a vu naître et se développer en son sein deux passions principales. La plus profonde des deux est la haine violente et inextinguible de l’inégalité, subie depuis des siècles, qui poussa les Français à en détruire les racines pour bâtir une société où les hommes seraient tous égaux. L’autre passion, plus récente et moins enracinée portait les hommes vers la liberté, du fait de la centralisation du pouvoir

Au début de la Révolution, on crut possible de satisfaire à la fois la soif d’égalité et le besoin de liberté, jusqu’à ce que cette dernière renonce, du fait de l’anarchie, et pousse le peuple à rechercher un maitre. Les vieilles institutions, qui, jadis, avaient fait naitre les systèmes qui avaient rendu les hommes divisés et obéissants, furent restaurées. On vit apparaitre alors un pouvoir plus étendu, plus détaillé et plus absolu que celui qui avait été exercé par aucun de nos rois. Et lorsque Napoléon tomba, les institutions subsistèrent.

Tocqueville observe la dialectique entre l’égalité et la liberté : tandis que la passion de la liberté ne cesse de se fortifier, diminuer, grandir, s’affaiblir selon les évènements, la passion pour l’égalité reste constante, toujours attachée au même but avec la même ardeur obstinée et souvent aveugle, prête à tout sacrifier à ceux qui lui permettent de se satisfaire et à fournir au gouvernement, qui veut la favoriser et la flatter, les habitudes, les idées et les lois dont le despotisme a besoin pour régner.

Ainsi Tocqueville met en lumière les caractéristiques qui fondent la dynamique du pouvoir en France, un État centralisé qui calme la volonté de pouvoir des puissants en lui accordant les privilèges d’une caste. Ce même État centralisé qui s’isole en conséquence du peuple et perd ainsi toute possibilité d’être défendu, créant les conditions d’une Révolution qui échappe aux élites pour être livrée aux fureurs du peuple.

Dans cette situation instable, il voit deux passions à l’œuvre, celle d’égalité dominant celle de liberté qui poussent au bouleversement des structures jusqu’à ce que l’anarchie jette le peuple dans le bras du tyran, qui s’empare des leviers que lui offre la structure centralisée du pouvoir.

On aperçoit alors comment ces deux passions font osciller le pays, l’égalité et la liberté jamais satisfaites par la centralisation du pouvoir, sur une voie qui mène à une anarchie génératrice de la dictature, cette dernière étant à son tour soutenue par la centralisation.

 

Un mécanisme qui est toujours à l’œuvre aujourd’hui et dont nous verrons les effets assez vite.

 

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