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Le blog d'André Boyer

LES MOTS CONTRE LA TYRANNIE

28 Janvier 2026 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LES MOTS CONTRE LA TYRANNIE

Il arrive que les statistiques ne servent pas à informer, mais à anesthésier.

En Iran, « Environ 43 000 morts, 350 000 blessés, 20 000 personnes arrêtées et en attente d'une éventuelle exécution.» Cette phrase est prononcée dans nos médias avec le calme glaçant d'un rapport de laboratoire, enveloppée dans le velours bureaucratique de la « vérification » et de « l’analyse ». On cherche en vain un sujet, sans parler d'un coupable. Les gens, semble-t-il, meurent tout simplement. Les arrestations sont apparemment auto-administrées.

Que pensent de cela les intellectuels qui prétendent avoir une conscience ? ils froncent les sourcils. Ils émettent des réserves. Ils expriment prudemment leur « préoccupation ». C'est le vocabulaire de ceux qui craignent davantage la clarté que la cruauté. C'est devenu la posture d'une culture politique qui a l’outrecuidance de prétendre qu’elle défend les opprimés, mais qui ne parvient pas à nommer l'oppresseur par peur d’être inconvenant.

Gaza, on dénonce volontiers, mais l’Iran, restons prudent.

Pourtant, la République islamique d'Iran n'est pas une énigme.

C'est un État fasciste clérical qui bat les femmes pour désobéissance, tire sur les manifestants dans les rues, emprisonne les dissidents en masse et utilise l'exécution comme moyen pédagogique.

Cela ne gène pas trop les intellectuels. Il faut observer, réfléchir, rester prudent. Leur langage est mesuré, ce qui signifie qu’ils abdiquent : toute action de leur part est exclue. C'est qu'on ne sait pas quoi faire pour changer les choses. Et en plus, on ne sait pas ce qui arrivera après.

Mais si, on le sait : cet État fasciste clérical disparaitra, comme le nazisme a disparu. À cette époque, on ne s’est pas demandé s’il fallait éviter de tuer Hitler parce que l’on ne savait pas ce qui se passerait après. Et on savait ce qu’il fallait faire avant : la guerre jusqu’à une capitulation sans condition.

Car il est arrivé que les gens, y compris les intellectuels, comprennent que le silence face à la brutalité organisée n'était pas de la neutralité ou une prudence scientifique, mais de la collaboration. Les écrivains, les intellectuels et les citoyens ordinaires comprenaient alors que refuser de parler revenait à aider le bourreau. Orwell l'avait compris. Camus aussi. Les dissidents d'Europe de l'Est l'avaient compris, eux qui savaient que la première victoire de la tyrannie consiste à corrompre le langage jusqu'à ce que les mensonges semblent respectables.

Aujourd'hui, l'Iran se trouve à ce moment précis de son histoire :  

La terreur exercée par le régime n'a pas éteint la résistance, elle l'a attisée.

Le barrage a cédé.

La peur a été vaincue.

Des millions d'Iraniens, et en premier lieu des femmes, ont décidé qu'une vie sans dignité n'était pas une vie.

Une révolution est en marche, parce que le peuple iranien a franchi un seuil psychologique sans retour.

La liberté arrive en Iran.

Cela ne fait désormais plus aucun doute.

Mais nous ne pouvons pas encore nous réjouir.

Les mollahs n'ont pas encore dit leur dernier mot.

Ils contrôlent toujours les prisons, les balles et les cordes.

Ils bénéficient d'un avantage odieux : la pusillanimité des commentateurs occidentaux qui préfèrent mesurer leur langage, s’interroger doctement sur les risques d’une révolution, laisser entendre que le statu quo, après tout, est un moindre mal ! 

Un moindre mal? Une horreur, une abomination, un enfer !

Les intellectuels aiment se prendre pour la conscience du monde alors qu'ils ne sont que les somnambules de l'histoire. Ils ne se rendent pas compte que leur lâcheté fabrique leurs propres bourreaux. Ils murmurent des propos sur la « complexité » pendant que l'échafaud se monte devant eux, alors qu’ils détournent les yeux en attendant que l’échafaud ne soit monté pour eux.

Ils n’ont pas compris que la tyrannie ne perdure pas parce qu'elle est forte.

Elle perdure parce que trop de gens décident qu'il est impoli, gênant ou insuffisamment subtil de s'exprimer. Ils sacrifient la vérité à leur posture.

Mais l’obscurité n'est pas une force.

Elle n'est que l'absence de lumière.

Et la lumière a la fâcheuse habitude de revenir.

Désormais chaque Iranien porte cette lumière dans son cœur: elle ne s'éteindra plus.

Dans le pays, au péril de sa vie

Ou à l’étranger, au prix d’une douleur aigue et permanente.

Chaque femme non voilée,

Chaque étudiant qui scande des slogans,

Chaque prisonnier qui refuse de se rétracter,

Jette cette lumière de toutes ses forces à la tête de ses oppresseurs

Et à celle de ces étrangers qui, par leur silence, restent complices.

 

L'histoire ne se souviendra que de ceux qui ont dit la vérité lorsque cela comptait.

Et aujourd’hui cela compte.

Chaque mot compte.  

 

 

PS : je me suis inspiré d’une tribune écrite par Catherine Perez-Shakdam pour écrire mon propre billet.

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