AU THÉÂTRE, CE JOUR
25 Juin 2025 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ
Lorsque l’on écrit sur un sujet d’actualité, en pleine évolution de surcroit, on risque fort d’être démenti par les évènements, à peine l’encre séchée. Néanmoins, mon premier billet sur « Une guerre de plus contre l’Iran », me contraint à le compléter par un second.
Premier acte : Douze jours de guerre. Moins d’un millier de morts, principalement en Iran. De fortes destructions matérielles, surtout en Iran quoique non négligeables en Israël.
Deuxième acte : les Américains sont intervenus et le spectacle est devenu grandiose. Rassemblant des forces provenant de plusieurs bases militaires, de porte-avions et de sous-marins, l’armée US a délivré durant une nuit un cortège de bombes sur des sites nucléaires iraniens, que l’on est prié de croire très fortement endommagés.
Troisième acte : la guerre s’est brusquement arrêtée, car Trump a jugé que cette action spectaculaire terminait la guerre. Il lui a été facile de convaincre le pouvoir iranien qui, lui, ne voulait pas de cette guerre, imposée par Israël.
En revanche, Benyamin Netanyahou aurait bien voulu la continuer pour détruire les infrastructures militaires, politiques et économiques de l’Iran. Mais Donald Trump l’en a empêché, donnant même sa bénédiction à l’exportation du pétrole iranien vers la Chine, depuis des raffineries qui ont été curieusement épargnées, sans doute sur demande américaine.
Dans ce troisième acte, il a été convenu que les Iraniens feraient semblant de riposter, prévenant le Qatar de leur action. Ils répondaient ainsi à la politesse des Américains qui avaient informé de leur côté les Iraniens du bombardement à venir de leurs sites nucléaires.
Trump s’est alors félicité de son succès, qui montrait sa fermeté pour mettre fin à la menace nucléaire et sa détermination à obtenir la cessation des combats. Quant aux deux protagonistes, ils n’ont plus eu d’autre choix que de se réjouir de leurs victoires respectives, même si l’un est groggy et l’autre frustré.
Le spectacle est donc terminé, pour le moment. Mais le quatrième acte reste à écrire, et il faut que les spectateurs patientent encore pour connaitre la fin de l’histoire, qui reste incertaine.
Les Israéliens se sont résignés à retourner combattre à Gaza, tout en restant aux aguets pour attaquer à nouveau l’Iran dès qu’ils trouveront un prétexte. Mais le shérif Trump les a à l’œil : pas de bêtises qui compromettraient le scénario de la pax americana.
Les Iraniens vont à l'inverse faire tout leur possible pour ne pas donner ce prétexte à Israël. Ils sont fins prêts pour toute négociation, tout en veillant à ce que leur Guide Suprême ne fasse pas de déclarations intempestives.
Car cela bouillonne de partout. Du monde entier, on les observe. Où est leur uranium ? Qu’est-ce que c’est que ces exécutions d’un autre âge ? Comment peuvent-ils s’en prendre à leurs brillants cinéastes ? Sans même mentionner leur attitude vis-à-vis du voile...
À l’intérieur, le pouvoir iranien n’est guère plus tranquille car ça ne va pas tarder à chauffer, la population passant rapidement de la lutte pour la survie à la colère. Certes, les fusées ont fonctionné, le pays a tenu, mais tout ce que leur ayatollah leur a annoncé, a tout simplement échoué.
Il va falloir que le pouvoir se concentre sur la vie, et même la survie, des Iraniens, en laissant tout messianisme de côté. Les manifestations de retraités affamés vont reprendre : le pouvoir osera-t-il leur tirer dessus ? Ce qu’il faut, c’est plus d’argent, donc plus de commerce, donc moins de sanctions. Les Gardiens de la Révolution qui contrôlent 70% du PNB de l’Iran ne sont pas d’accord avec les religieux qu’ils sont censés protéger : ils ne vont pas les laisser, avec leurs grands principes creux, détruire leurs affaires lucratives. Ils sont d’accord, les Pasdarans, pour la paix et les accords avec les États-Unis, tandis que les ayatollahs n’ont plus beaucoup d’arguments à leur opposer et ils reçoivent cinq sur cinq le message de Trump : ce qu’il faut, c’est du business.
Si on compare la situation actuelle du régime iranien, vieux de près d’un demi-siècle à celle du régime soviétique qui s’est effondré deux ans après la chute du mur de Berlin et presque trois quarts de siècle de pouvoir, on voit une même dynamique à l'oeuvre : la croyance dans le régime a déserté le peuple tandis que les oligarques veillent à garder le pouvoir, quitte à en changer tous les oripeaux.
Mais le quatrième acte n’est pas encore écrit, car, dans les coulisses du théâtre, les acteurs n’ont pas dit leurs derniers mots. Les Israéliens luttent plus que jamais pour leur survie, les Iraniens gardent leur fier patriotisme qui les incitera à disposer, dans quelques années, des moyens d’une grande puissance, donc de l’arme atomique.
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