S'ÉCHAPPER À TOUT PRIX DE KRASNOÏ
21 Août 2025 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE
Le simulacre d’attaque ayant sauvé Davout, Napoléon envoie ce même 17 novembre 1812 à cinq heures de l'après-midi, onze mille soldats de la Garde pour sécuriser l'est et le sud-est de Krasnoï.
Cette manœuvre se décompose ainsi : tandis qu'une colonne de cinq mille hommes marche le long de la route de Smolensk, une autre de six mille hommes marche au sud vers Ouvarovo. Koutouzov, impressionné, annule l'offensive prévue, malgré l'écrasante supériorité numérique de ses troupes. Pendant ce temps, au nord de Krasnoï, les troupes de Davout ont réussi à atteindre Krasnoï, quoique fortement affaiblies par l’artillerie russe et le harcèlement des cosaques.
Tous ces combats ont consommé quantité de soldats : c’est ainsi que, près d’Ouvarovo, le 1er régiment d'infanterie légère de la Jeune Garde se retrouve réduit à onze officiers et cinquante soldats…
Afin de ne pas prendre le risque de se laisser encercler, la hantise de tout général, Napoléon décide de repartir aussitôt vers Orcha, quitte à sacrifier le IIIe Corps de Ney. Ce ne fut pas une décision facile, mais il finit par se résoudre à ordonner à la Vieille Garde de rejoindre le IVe Corps d'Eugène, à l'ouest de Krasnoï. De son côté, la Jeune Garde était relevée par les troupes de Davout, troupes qui ne comptaient plus que la moitié des hommes partis de Smolensk. Seule une division de trois régiments commandée par le général Friedrich était laissée à Krasnoï.
Koutousov finit la journée du 17 novembre en submergeant l’arrière-garde de Napoléon, qui perdit l’équivalent d'un régiment, tandis que sur la route d’Orcha, ce dernier pulvérisait un petit détachement de troupes russes dans un extraordinaire capharnaüm d'explosions, de wagons renversés et de fugitifs paniqués. Les cosaques parvinrent dans la confusion à s’emparer du train de bagages du Ier Corps et même des effets personnels de Davout !
À la nuit du 17 novembre, les soixante-dix mille soldats de Koutouzov occupaient Krasnoï et ses environs. Pendant ce temps, sans se douter que c’était Koutouzov, et non Napoléon, qui l’attendait à Krasnoï, le maréchal Ney, après avoir quitté Smolensk le matin même, se dirigeait droit dans le piège.
C’est le lendemain 18 novembre à trois heures de l'après-midi que se joua le dernier acte de cette sanglante représentation, une aventure extraordinaire qui commença lorsque le IIIe Corps de Ney rencontra les 12 000 hommes de Miloradovitch.
Ney disposait de 8 000 hommes qui furent pris sous le feu de l’artillerie russe. Miloradovitch, qui savait bien que Ney n’avait aucune chance de percer au travers de l’ensemble des armées russes qui l’entouraient et qui étaient presque dix fois plus nombreuses que les siennes, lui offrit une reddition honorable.
Ney la rejeta, croyant toujours que Davout se trouvait à Krasnoï. Il tenta au contraire de se frayer un chemin au travers des rangs ennemis et il parvint à percer les deux premières lignes d'infanterie, mais ses troupes épuisées succombèrent face à la troisième ligne.
Miloradovitch fit alors à Ney une seconde proposition de reddition, que ce dernier rejeta encore pour se lancer au combat à la tête de ses hommes, un fusil à la main.
Il résista jusqu’à la nuit, puis laissant ses feux de bivouac allumés, profita de l'obscurité pour s'échapper vers le Nord à travers la forêt. Il franchit à gué le Dniepr à peine gelé, se jeta dans la forêt avec deux mille rescapés (sur huit mille) poursuivis par les Cosaques de Platov et, exploit incroyable, finit par rejoindre les troupes françaises à Orcha le 20 novembre. Ils n’étaient alors plus que huit cents survivants !
Napoléon, qui les croyaient perdus, décernera à Ney le titre de « Brave des braves » et il puisa dans cet exploit de nouvelles espérances, même si les combats de Krasnoï avaient réduit la Grande Armée à trente mille hommes et vingt-cinq canons, sans aucune cavalerie. Mais l'armée française n'était pas totalement anéantie.
Il reste que, le 17 novembre au soir, Napoléon en était à essayer de durer, avant de faire des projets.Il prit quelques heures de repos, puis repartit dans la nuit alors que la température remontait quelque peu et que le dégel s’amorçait, ce qui rendait en contrepartie les chemins boueux. Il parvint néanmoins à atteindre Dubrovno le 18 novembre avant le jour, cinquante kilomètres plus loin.
Pendant que la troupe abattait des maisons pour alimenter les feux, il apprit la perte de Minsk, dont s’étaient emparées les troupes de l’amiral Tchitchakov. C’était une catastrophe majeure, puisque sa retraite était désormais coupée. Comme à son habitude, il réagit aussitôt en ordonnant à la division Drombrowski, chassée de Minsk, de se porter à Borisov et d’y défendre la tête de pont sur la rive droite de la Bérézina. Il ordonna aussi au corps d’armée du maréchal Oudinot, qui s’était replié de Polotsk deux cents kilomètres au Nord, de se joindre à la division Drombrowski afin de reprendre Minsk.
Mais comment enlever Minsk avec deux fois moins d’hommes que l’ennemi ?
À trois heures du matin, le 19 novembre, toujours depuis Dubrovno, Napoléon donna l’ordre au maréchal Victor de contenir autant que possible les troupes russes de Wittgenstein. Enfin, au petit matin du même jour, Il fit mettre la Vieille Garde en carré, puis, se plaçant au centre, il la fit témoin de la désorganisation de l’armée pour lui confier le soin de maintenir la discipline. Il était au fond du trou…
Sacrée nuit !
Malgré tout, il se remit aussitôt en marche vers Orsha, une ville de garnison située sur le Dniepr, à trente kilomètres de là. Il l’atteignit le 19 novembre à midi et c’est dans cette ville, le lendemain qu’il eut l’incroyable surprise et l’immense joie de voir réapparaitre, sortant de la forêt, Ney et ses troupes étiques…
À SUIVRE
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