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Le blog d'André Boyer

CORTÈS, L'ÂME DU GÉNOCIDE

9 Août 2026 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

TECHNOCHTITLAN AVANT CORTÈS

TECHNOCHTITLAN AVANT CORTÈS

Cortès et sa troupe surchargée de butin quittent Tenochtitlan le 30 juin 1520, durant ce qu’ils appellent la « Noche Triste ».

 

Le combat est meurtrier pour les soldats espagnols et leurs alliés, les premiers perdant environ quatre cent hommes et les seconds deux mille . Ils doivent abandonner chevaux, pièces d’artillerie et presque tout le trésor dont ils s’étaient emparés, raison probable de leur tristesse.

Les fuyards contournent la ville et ses lacs par le Nord. Poursuivis par les Aztèques, ils livrent une bataille acharnée à Otompan le 7 juillet, pendant laquelle ils parviennent à tuer le général aztèque, ce qui leur permet de poursuivre leur retraite jusqu’à Tlaxcallan, la capitale des Tlaxcaltèques qui continuent de soutenir Cortès et sa troupe.

Il y prépare pour l’année suivante le siège de Tenochtitlan, qui débute le 30 mai 1521, avec l’aide des Indiens hostiles aux Aztèques. Le siège dure jusqu’au 13 août 1521, pendant lequel il affame la ville et livre le combat rue par rue, aidé par la variole qui fait des ravages parmi les assiégés.

La ville est progressivement réduite à des monceaux de ruines, les morts aztèques s’élèvent à cent-vingt mille voire deux cent quarante mille morts. Cortès triomphe, capture l’empereur Cuauhtémoc et le torture personnellement pour savoir où sont cachés les trésors. En 1525, il le fera pendre.

Il est désormais le seul maître d’un ex-empire Inca couvert de cadavres et de ruines. Il l’apporte en trophée à Charles Quint en proposant de l’appeler « Nouvelle-Espagne ». Ce dernier est bien contraint de l’accepter, mais ne lui en confie pas pour autant la gestion, se contentant de confirmer son titre de "Capitaine Général" qu’il avait déjà.

Cortès fonde alors la ville de Mexico sur les ruines de Tenochtitlan, la capitale aztèque. L’ancienne ville est détruite pierre par pierre, afin d’ériger une ville organisée en damier autour du palais de Moctezuma, seul bâtiment conservé. Un quartier central est réservé aux Espagnols, protégé par un canal et des pont-levis, entouré de quatre quartiers indigènes. Ce Mexico sera peuplé en 1524 par trois mille Espagnols et trente mille Indiens.

Commence alors une sombre période pendant laquelle les Indiens meurent de la variole et les conquistadors espagnols se déchirent, plus que jamais alléchés par l’or, les terres à conquérir et le pouvoir. Cortès, pour lutter contre les dissidences, organise, malgré l’opposition de ses lieutenants inquiets, une stupide expédition de deux ans et demi (1524-1526) vers le Honduras, qui se révélera infructueuse. Pendant ce temps, le pouvoir à Mexico échoit à quatre officiers royaux qui s’entredéchirent. Lorsque Cortès réapparait à Mexico, il a perdu le contrôle absolu qu’il avait sur l'ancien Empire aztèque.

L’audiencia de Mexico est en effet créée en 1528 et confiée à Nuño Beltrán de Guzmán. Cortès décide alors de conquérir de nouvelles terres, qu’il appelle « Californie » au nord de Mexico. Se rendant en Espagne afin d’obtenir l’aval de la Couronne pour ses futures conquêtes, il est gratifié du titre de marquis de la Vallée d'Oaxaca, située au sein des hauts plateaux du sud du Mexique et l’un des centres de la civilisation zapotèque, distincte de la civilisation aztèque, qu’il détruira également.

Lorsque Guzmán est remplacé à la tête de l’audiencia de Mexico en 1530, ce dernier décide de quitter la ville pour conquérir les régions du nord-ouest du Mexique où il créé une principauté de fait, qu'il appelle Nouvelle-Galice et qui se trouve sur le chemin des expéditions projetées par Cortés vers la « Californie », territoire alors mythique.

Pour y accéder, Cortés, fort de l’appui de la Couronne Espagnole, créé en 1530 un chantier naval à Tehuantepec, au sud de Mexico, pour construire les bateaux destinés à l’exploration.

Une première expédition a lieu en 1532 avec deux navires : le premier est capturé par Guzmán en Nouvelle-Galice, le second disparait corps et biens.

Une deuxième expédition a lieu fin 1533, avec deux autres navires. L’un revient rapidement après avoir découvert les quatre îles Revillagigedo, l’autre, la Concepción, subit la mutinerie de son second, Fortún Ximénez, qui découvre l’emplacement de La Paz en Basse Californie début 1534, mais meurt victime de ses exactions contre les Indiens. Les survivants et leur navire sont capturés par les soldats de Guzmán.

Une troisième expédition est conduite par Cortès en personne fin 1534 avec trois navires. Il décide de la commencer en affrontant Guzmán mais ce dernier l’accueille amicalement. Puis il continue vers le Nord Est et débarque à La Paz, un an après Fortún Ximénez, où il fonde la colonie de Santa Cruz qui sera rapidement abandonnée faute de subsistances.

Une quatrième expédition est organisée par Cortès vers la Basse Californie en juillet 1539 avec trois navires. Elle atteint tout d’abord la colonie abandonnée de Santa Cruz puis l'extrême nord du golfe de Californie, mais ne créée aucune colonie.

Cortès décide alors de revenir en Espagne. En 1541, il se joint à l’expédition de Charles Quint contre Alger qui échoue et il manque s’y noyer. De retour en Espagne, il y meurt six ans plus tard de dysenterie, le 2 décembre 1547, en disgrâce et oublié de tous, paradoxalement en raison des exploits de son cousin Francisco Pizarro qui envoie d’énormes quantités d’or depuis le Pérou où il avait détruit l’empire inca à partir de 1532: bon sang ne saurait mentir.

Pour le seul Cortès, l’effondrement démographique qu’il provoque fait passer la population du Mexique de vingt-cinq millions d'habitants en 1519, date de son arrivée au Mexique à trois millions d'habitants en 1568 ! Le choc viral l’explique quantitativement, mais la destruction des sociétés indiennes, remplacées par l’esclavage marqué au fer rouge, en est le fondement.  

Le pouvoir espagnol n’approuve pas la férocité de Cortès. Il ne lui octroie que le moins de pouvoir possible et l’Église espagnole déclare, par la publication de la bulle Sublimis Deus de Paul III que les Indiens, baptisés ou non, ne peuvent être réduits en esclavage, alors que Cortès utilisait massivement des esclaves pour ses mines d’or et d’argent, ainsi que pour ses plantations.

Le chroniqueur Bernal Diaz del Castillo, qui l’a rencontré, trouve que Cortés, de belle taille, avait des manières de grand seigneur. Sous ces manières, nous pouvons voir avec Diderot qu’il n’était qu’un homme « despotique et cruel, un meurtrier de masse qui baignait dans le sang innocent et dont les actes étaient impitoyables, barbares et injustifiés ».

 

Car, de mon point de vue, Hernán Cortés fait partie de l’affreuse cohorte des individus démoniaques qui ont marqué l’histoire par l’étendue démesurée des effets catastrophiques de leurs actes.

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