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Le blog d'André Boyer

Minable, vous avez dit minable...

20 Décembre 2012 Publié dans #ACTUALITÉ

La réplique du comédien Gérard Depardieu au Premier Ministre Jean-Marc Ayrault passera probablement à la postérité. Plutôt que d’y ajouter mon propre commentaire (sauf en conclusion), j’ai préféré m’intéresser aux réactions à chaud des internautes, et plus précisément aux 258 réactions que j’ai relevées à un article sur ce sujet du Parisien Libéré du 17 décembre 2012. Dans la mesure du possible, j’ai repris les expressions qu’utilisent les auteurs des réactions mentionnées.

Depardieu

Il faut constater en premier lieu que la majorité de ces réactions est plutôt favorable à Gérard Depardieu, ce qui se traduit le plus souvent par une opinion négative contre l’attitude du Premier Ministre, du gouvernement et des hommes politiques en général. Cependant, il n’est pas certain qu’elles expriment l’avis de l’opinion, car les opinions exprimées sont celles des lecteurs  du Parisien Libéré. Ces opinions peuvent être classées par thèmes :

Sur Gérard Depardieu et son comportement : peu trouvent Gérard Depardieu sympathique, mais la plupart reconnaissent qu’il est libre de faire ce qu'il veut, entre autres d'émigrer si ça lui chante. Tout ce qu’il fait est légal, alors pourquoi toutes ces histoires ? Il ne va pas dans un paradis fiscal, il quitte un « enfer fiscal ».





D’autres, au contraire, saisissent l’occasion de le critiquer personnellement : ils n’aiment pas ses films, il soutient les dictateurs, il a profité des subventions. Et puis, même si une majorité rend hommage à ses qualités d’acteur, d’autres pensent que c’est grâce aux subventions octroyées au cinéma français et aux intermittents du spectacle que Depardieu a gagné de l’argent.  En outre, c’est un grossier personnage, c’est un type qui « pisse » et insulte les gens dans un avion, qui roule sur son scooter en étant « bourré »:  qu’il s’en aille, c’est tant mieux pour la France !

À l’opposé, la critique des hommes politiques est quasi générale : ce qui émerge souvent, c’est que le Premier Ministre n’a pas à formuler de jugement moral sur un acte privé ; pas plus que les ministres, pour lesquels ils emploient le terme de « meute ministérielle ». Quant aux hommes politiques en général. qu’ils « balaient devant leur porte » ! On dénonce leur train de vie, leurs privilèges, leurs fraudes fiscales. On les invite à donner l’exemple en sabrant leurs revenus, avant de se hasarder à donner des leçons de morale. Certains qualifient de « totalitaire » le comportement d’un gouvernement qui insulte ses propres citoyens. Pourtant certains défendent le terme « minable » utilisé par le Premier Ministre en arguant que Depardieu le mérite.

Sur cette lancée, les commentateurs parlent beaucoup d’injustice, d’hypocrisie, d’écran de fumée : Il faudrait ne pas oublier les footballeurs, les joueurs de tennis domiciliés en Suisse, Noah, Cahuzac et son supposé compte en Suisse et taxer les oeuvres d'art. Certains dénoncent Mélenchon que d’autres défendent en observant que lui au moins, ne part pas à l’étranger.

Beaucoup pointent l’hypocrisie de ceux qui critiquent Depardieu, car ils feraient comme lui s’ils avaient de l’argent : ils sont « juste jaloux » !  Finalement, il y a toujours des finauds qui bottent en touche en remarquant que pendant que l’on parle de Depardieu, on ne parle pas des « vrais » problèmes, en d’autres termes des problèmes qui les intéressent eux… 

Les impôts, leur nécessité, leurs taux, suscitent de nombreux commentaires : on observe que les impôts sont nécessaires pour financer les aides sociales, avec les réserves que font certains sur les fraudes : « des profiteurs, il y en a en France et beaucoup. »
 Il est alors logique que les riches se « barrent », conséquence de la « politique d'assistés, du nivellement par le bas et de la jalousie maladive d'une partie des Français ». Ceux-là pensent qu’il est plus que temps de réduire la fiscalité. D’autres pensent que l’on ne peut pas défendre l’idée d’exil fiscal, car  être Français c'est d'abord et avant tout payer ses impôts !

Certains lecteurs contestent que Gérard Depardieu puisse être imposé à 85% sur ses revenus, mais il semble bien que les calculs des fiscalistes démontrent qu’un tel taux d’imposition est possible. Aussi nombre de commentateurs reconnaissent-ils que ce taux est excessif, voire confiscatoire.

Du coup, le débat porte sur les riches et les pauvres. Les uns regrettent que les riches partent de France et constatent qu’ils ont « les moyens de partir, eux ». Ils le regrettent, parce qu’ils observent que les impôts que paient les riches financent les prestations sociales et réduisent les impôts versés par les classes moyennes. Pour eux, il faut que la France évite de faire fuir les riches, les investisseurs, les créateurs d'emplois.

Mais à l’inverse, certains observent que les riches ne le sont que grâce aux pauvres, et ils trouvent que c’est « tant mieux que les riches partent » ! Encore que, de manière un peu contradictoire, certains proposent de faire  vraiment une politique de gauche en prononçant "a déchéance de la nationalité française" des fuyards et "la confiscation de leurs biens en France". D’autres vont encore plus loin, en recommandant d’extrader les exilés fiscaux et de les emprisonner si nécessaire (intéressant : voir mes articles sur la période de la Terreur).

Finalement, la réflexion se porte sur la France, sa nature, son avenir. Plusieurs n’hésitent pas à traiter la France de « démocratie populaire avec sa nomenklatura, son surnombre de fonctionnaires, ses régimes spéciaux de retraite ». Tant qu'il y a eu « des entrepreneurs riches pour alimenter les caisses de l'Etat, l’État a continué à dépenser ». Mais « le réveil des contribuables fortunés face au tonneau des Danaïdes que l’État baptise « dépenses de  solidarité » l’incite à sonner le tocsin contre les  mauvais Français qui partent investir ailleurs ».

Il faut donc s’attendre à des lendemains qui déchantent, car « aucun Gouvernement n'osera toucher à ces institutions privilégiées ». Il ne reste plus qu’à partir et quelques commentateurs proclament leur volonté, réelle ou supposée, de quitter la France. D’autres appellent à la révolte face aux politiciens, ou même aux bobos, qui les pillent, tandis qu’il reste des  optimistes qui mettent en avant la qualité de la vie en France…

courbe-de-Laffer.jpeg

Si l’on peut donc retenir de l’incident provoqué par le Premier Ministre qu’il s’agit d’une maladresse qui a provoqué un choc et une prise de conscience de l’opinion, je rappellerai en outre les enseignements de la courbe de Laffer (voir le graphique joint) : lorsque les prélèvements obligatoires sont déjà élevés, une augmentation de l’impôt conduit à une baisse des recettes de l'État, soit parce que les agents économiques surtaxés sont incités à moins travailler, soit parce qu’ils quittent le pays pour réduire leur taux d'imposition. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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