histoire
LA TRAVERSÉE DE LA BÉRÉZINA, ENFIN!
Le 26 novembre 1812, Napoléon se rend à 6 heures du matin chez Oudinot à Studianka pour évaluer la situation tactique.
Il ne sait pas que la construction n’a pas encore commencé. Sa présence accélère tout. Il fait passer à la nage quelques cavaliers et, par radeaux, quelques centaines d’hommes qui chassent les cosaques, mais pas les vedettes russes qui courent prévenir Tchichakov de ce qui se trame à Studianka.
Quelques canons russes sont foudroyés par le feu des quarante canons disposés par Napoléon pour protéger le passage. On se rassure lorsque les prisonniers interrogés confirment que Tchichakov ne réagit pas, pas encore, puisqu’il est toujours en face de Borisov.
La construction des ponts commence donc dans la matinée du 26 novembre. Elle comprend deux ponts séparés de 200 mètres, l’un à droite pour les cavaliers et l’infanterie, l’autre à gauche plus solide, pour l’artillerie et les voitures. La longueur des ponts est de 100 mètres, plus que prévu, et la profondeur maximale est déjà de deux mètres à cause de la crue en cours.
En silence, Napoléon assiste à la construction et, avec lui, toute l’armée. Ils regardent les pontonniers d’Éblé se jeter à l’eau jusqu’à la poitrine, ce qui, chacun le sait et eux les premiers, les condamne à une mort certaine, compte tenu du froid, de leur condition physique et de l’état de la médecine de l'époque : ils sacrifient leur vie pour que la Grande Armée vive…
Une Grande Armée, qui, ce matin du 26 novembre, n’est plus composée que de vingt-neuf mille sept cents combattants, dont quatre mille cavaliers, sans compter les traînards. Autour d’elle, cent quarante mille Russes l'encercle.
Le général Eblé a établi les plans, 24 travées de 4,30 mètres, 23 chevalets par pont de 1 à 3 mètres avec des chapeaux de 4,50 mètres et des poutrelles de 5,50 mètres de longueur et de 15 cm de diamètre. Il a organisé le travail des pontonniers et Napoléon n’a pas quitté les travaux du regard depuis qu’ils ont commencé.
Et le jour même, le 26 novembre 1812 à une heure de l’après-midi, le pont de droite, celui réservé aux cavaliers et à l’infanterie, est achevé !
La Grande Armée avait quitté Moscou le 19 octobre.
Napoléon fait passer tout de suite devant lui le 2e corps d’Oudinot, sept mille hommes. Ce dernier repousse aussitôt vers Borisov les troupes légères de Tchitchakov, commandées par Tchapanitz. Puis il dirige un détachement vers Zembin, ce qui permet de contrôler le débouché de la route de Vilnius.
Pendant ce temps, Tchitchakov reste étrangement inactif. Il avait reçu un message de Koutousov qui lui indiquait que Napoléon allait tenter de passer la Berezina par Bérézino, au sud de Borisov. Tchitchakov n’y croyait pas ; il pensait pour sa part que le passage serait Borisov, dont le pont n’était pas détruit, mais seulement coupé et où il croyait voir de ses yeux la plus grande partie des troupes de Napoléon.
Même lorsque Tchapanitz, qui est en face de Studianka, informe Tchitchakov que Napoléon y fait des préparatifs évidents de passage, il n’est pas entendu et reçoit l’ordre de ramener la plupart de ses troupes devant Borisov.
Si bien que la nuit du 25 au 26 novembre, juste avant la construction du pont, il n’y avait plus que deux régiments et 12 canons russes face à Studianka ; par crainte de les voir détruits, ces canons n’avaient pas été mis en batterie.
Bref, Napoléon avait trompé Tchitchakov.
Trois heures après la mise en service du premier pont, le 26 novembre à 4 heures de l’après-midi, le pont de gauche, destiné à l’artillerie et aux voitures, est à son tour terminé. Aussitôt l'artillerie du 2e corps passe, suivie par celle de la Garde. Au débouché du pont, la gelée permettait le passage du marais alors que deux jours auparavant, cela n’aurait pas été possible.
Toute l’armée se met en mouvement.
Ney arrive et se prépare à passer dans la nuit, Davout se rapproche. Le 9e corps de Victor décroche du contact des troupes russes de Wittgenstein pour rejoindre Borisov. Les soldats dépenaillés de la Grande Armée, épuisés par la faim, le manque de sommeil et les marches, sont tout surpris de les voir avancer avec leurs armes, en rang et en uniforme.
Dans la nuit du 26 au 27 novembre, deux ruptures de chevalets se produisent à une heure d’intervalle. Les pontonniers harassés sont tirés du bivouac par Eblé qui parvient à en mobiliser la moitié. L’encombrement s’accroit devant le pont. On répare et à 6 heures du matin la communication est rétablie.
Napoléon a passé la nuit du 26 au 27 dans une chaumière à Studianka. Au matin du 27 novembre, aidé par Berthier, Murat ou Lauriston, il s’occupe personnellement de réguler le passage, puis il se décide à traverser la Bérézina à une heure de l’après-midi. Il s’installe à quatre kilomètres du pont, à Zavniki, puis revient à cheval près des ponts et s’efforce d’accélérer le passage des 3e, 4e, 5e et 6e corps.
Davout arrive, suivi par Victor qui est parti de Borisov à 4 heures du matin. Il a laissé la division Partouneaux, forte de 5000 hommes dans la direction de Borisov, pour tenir le passage jusqu'à ce que le 1er corps et la cohue des traînards, qui le suivent, se soient écoulés. Mais Wittgenstein se rapproche et Partouneaux se rend compte qu’il est désormais coupé de Studianka.
Pour se frayer un passage vers le pont de Studianka, il passe avec résolution à l’attaque avec ses trois brigades, environné par une foule désordonnée de trainards. Mais ses efforts se brisent contre la supériorité numérique des troupes russes ; il est fait prisonnier avec l’une de ses brigades. Les deux autres brigades et la cavalerie se replient à Borisov; encerclées, elles doivent capituler le 28 novembre au matin. Dans le combat, la moitié des troupes ont été tuées ou blessées, et en sus des troupes combattantes, cinq mille trainards sont faits prisonniers par Wittgenstein ; seul un bataillon de 150 hommes parvient à rejoindre Studianka.
Pendant que Partouneaux était pris à la gorge le 27 novembre, le franchissement de la Bérézina continuait en assez bon ordre.
Je ne sais pas si nous pouvons imaginer le passage des régiments de Davout qui se présentent le soir devant les ponts, dans leur plus belle tenue, au son des fifres et des tambours !
À SUIVRE
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