histoire
UN EQUILIBRE POLITIQUE PRÉCAIRE
L’équilibre politique restait en effet instable, avec un régime pris entre deux feux, les républicains et les légitimistes.
En effet, le parti légitimiste n’avait pas accepté le règne de Louis Philippe.
En février 1832, des conjurés qui projetaient d’enlever Louis-Philippe pour proclamer roi le petit-fils de Charles X furent arrêtés. Puis, le 29 avril 1832, la Duchesse de Berry débarqua de manière romanesque à Marseille, afin de susciter une insurrection en faveur de son fils, le duc de Bordeaux. Elle n’y parvint pas, se réfugia en Vendée, où l’armée dut intervenir face aux rassemblements de légitimistes, puis se rendit à Nantes où elle fut arrêtée le 7 novembre 1832 et incarcérée au fort de Blaye en compagnie de Chateaubriand qui était jugé complice de la conjuration. Finalement, elle fut expulsée vers Palerme le 8 juin 1833, après avoir accouché d’une fille en prison.
Auparavant, le 5 juin 1832, l’enterrement du général Lamarque déclencha une émeute à Paris, provoquée par les républicains organisés en sociétés secrètes, telle que les « Amis du peuple » dans laquelle milite Auguste Blanqui, le Pugétois. L’émeute est réprimée de manière sanglante par le général Mouton, puisqu’elle fait au total huit cent morts et blessés.
Cette double victoire sur les légitimistes et les républicains conforte d’autant plus le régime qu’au même moment le Duc de Reichstadt, le fils de Napoléon 1er, meurt à Vienne le 22 juillet 1832.
Tous les opposants à la Monarchie de Juillet sont à terre, légitimistes, bonapartistes et républicains mais les condamnations des émeutiers à des peines relativement légères, puisque la première condamnation à mort est cassée par la Cour de cassation et que les autres sont toutes commuées en peines de prison montrent que les républicains ont le vent en poupe. Dans ce climat politique, Laponneraye et Carrel publient les œuvres choisies de Robespierre, le 8 septembre 1832, afin de réhabiliter le grand homme de la Terreur.
L’agitation politique s’accompagne de mouvements sociaux permanents : rien qu’en mai 1833, quatre-vingt-dix mouvements de grève sont enregistrés. Quant à l’agitation politique, les attentats contre Louis-Philippe ne cessent plus. Ainsi, le 19 novembre 1832, un coup de feu est tiré contre le Roi Louis-Philippe au moment où il traversait le pont Royal. Son auteur présumé, le journaliste Louis Bergeron est acquitté, faute de preuves.
Mais le gouvernement n’en est pas pour autant paralysé.
Il le démontre en effectuant l’une de ses plus importantes réformes, la loi Guizot de juin 1833 qui organise l’enseignement public primaire des garçons Selon cette loi, chaque département doit ouvrir une école normale d’instituteurs, et chaque commune doit entretenir une école primaire. L’école est gratuite pour les familles indigentes. Des postes d’inspecteurs et des manuels sont prévus. La loi est destinée à « moraliser » la population et à préparer l’élargissement du nombre des électeurs. Grâce à cette œuvre législative, le nombre d’enfants scolarisés sera multiplié par plus de dix, passant de trois cent soixante-douze mille en 1829 à trois millions deux cent quarante mille garçons et sept cent quatre-vingt-quinze mille filles en 1846.
En octobre 1832, Louis-Philippe appelle à la présidence du Conseil un homme de confiance, le maréchal Soult, première incarnation de la figure politique dite de l'« illustre épée », que la monarchie de Juillet reproduira à l'envi. Soult peut s'appuyer sur un triumvirat constitué des trois principales figures politiques du moment, Adolphe Thiers, le Duc de Broglie et François Guizot.
Mais les révoltes ne cessent pas :
- Le 21 novembre 1832, éclate à Lyon la révolte des canuts à la suite du refus des maisons de commerce d’augmenter leurs rémunérations. L’armée doit évacuer la ville mais parvient à rétablir l’ordre sans effusion de sang.
- Le 13 avril 1834, une nouvelle insurrection des ouvriers et des artisans, organisée par la Société des droits de l’homme reconstituée par les républicains fin 1832, provoque trois cent trente morts à Lyon. Le soulèvement, après s’être propagé dans le Sud-Est de la France, atteint Paris où quarante mille soldats reprennent le contrôle des quartiers insurgés, au prix d’une bataille de rues.
Le gouvernement accroit les crédits militaires pour assurer le maintien de l’ordre tandis que cette intense agitation provoque un réflexe conservateur au cours des élections qui suivent. Les candidats républicains sont tous battus, alors que ceux du gouvernement obtiennent trois cent vingt sièges sur quatre cent cinquante-neuf, le reste se répartissant entre opposition dynastique et légitimiste. Les républicains en concluent qu’ils sont désavantagés par un corps électoral trop restreint et qui leur faut une réforme électorale qui l’élargisse, y compris en allant jusqu’au suffrage universel.
Dès lors, ils vont faire sans cesse campagne sur ce thème et lorsqu’ils seront rejoints dans cette revendication par les monarchistes les plus libéraux, cela aboutira à la révolution de 1848. En attendant, les conspirations et les affaires continuent, dans une France qui passe de l’agriculture au capitalisme industriel.
La France connaît un début d’expansion économique entraînée par l’extension du chemin de fer qui stimule la métallurgie et la banque et se traduit par un taux de croissance de 2,4% par an entre 1836 et 1848, contre 1,2% entre 1825 et 1835.
Les tensions s’accroissent entre la précarité de la condition ouvrière et de fortes aspirations au progrès social qui trouvent leurs théoriciens avec Saint-Simon et Charles Fourier. Ils sont rejoints par Proudhon qui exprime les aspirations égalitaires de l’artisanat et par Louis Blanc qui demande que l’activité économique nationale soit organisée par l’État.
Le partage égalitaire des biens lui-même commence à être théorisé par le communisme que Karl Marx élabore dans ses ouvrages…
À SUIVRE
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