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Le blog d'André Boyer

interlude

MEMBRE D'UN JURY DE CONCOURS D'AGRÉGATION

16 Mai 2026 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

 MEMBRE D'UN JURY DE CONCOURS D'AGRÉGATION

Fin 2004, j’avais été sollicité par le Professeur Jean-Pierre Vedrine, avec qui j’avais des relations amicales et professionnelles depuis longtemps, à participer en tant que membre du jury d’agrégation interne des professeurs en Sciences de Gestion.

 

Jean-Pierre Vedrine avait en effet été choisi, sur proposition du CNU (Conseil National des Universités) pour présider ce jury de concours sur lequel il me semble nécessaire de fournir quelques précisions pour ceux de mes lecteurs qui en ignorent tout, car le concours d’agrégation de l’enseignement supérieur n’a pas grand-chose à voir dans ses objectifs, ses modalités et son organisation avec le concours d’agrégation du secondaire.

Ce concours a en effet été organisé pour le recrutement des professeurs des universités depuis 1840. Actuellement, seules cinq sections organisent un tel concours sur les cinquante-deux sections de l’enseignement supérieur. Ces cinq sections comprennent quatre agrégations de droit et l’agrégation de sciences de gestion, alors que l’agrégation de sciences économiques a été supprimée en 2022, faute de candidats en nombre suffisant.

Il faut ajouter qu’en 2005 il existait deux concours, un concours externe destiné aux titulaires du doctorat ou de l'habilitation à diriger des recherches (HDR) et un concours interne destiné aux Maîtres de conférences remplissant certaines conditions. Ce système de recrutement a été sans cesse contesté et modifié au fil des ans, si bien que le concours interne de 2005 a été le troisième et le dernier de ce type en Sciences de Gestion, à ce jour.  

Les inscriptions aux concours eurent lieu fin 2004 et le concours proprement dit se déroula au printemps 2005. Il y eut 23 candidats pour 5 places mises au concours, ce qui était un ratio courant. Le jury, outre le Président Jean-Pierre Vedrine et moi-même, comprenait quatre autres universitaires, Daniel Caumont (Nancy), Yves Chirouze (Montpellier 1), Jean Mathis (Paris IX), Hervé Penan (Toulouse 1) et un professionnel, Gérard Tortoling (Crédit Agricole), ce qui permettait de couvrir la plupart des spécialités de l’époque en Sciences de Gestion, qui ont changé en partie avec l'émergence des réseaux et de l'intelligence artificielle, par exemple. 

Le concours se déroulait en deux étapes, une première étape d’admissibilité portant sur les travaux des candidats, qui permettait de retenir ceux parmi les candidats paraissant les plus aptes à enseigner dans l’enseignement supérieur et à diriger des équipes universitaires. Cette étape débutait par l’avis donné par deux rapporteurs sur le candidat, suivi d’une discussion avec tous les membres du jury. C’était une étape ouverte, qui recélait le risque de subjectivité dans les avis, l’opinion de chacun s’appuyant sur des éléments très divers, mais qui était en revanche révélatrice des informations dont chacun disposait sur la ou le candidat, parfois surprenantes. Chaque membre du jury se révélait alors dans ses choix, ses analyses, ses préférences voire ses a priori et à cette occasion le jury se structurait autour de points de vue fort différents voire opposés. Il fallut ainsi que je dise, dès ce moment, que je connaissais personnellement deux candidats.

Après cet échange entre nous, nous écoutions la ou le candidat pendant un quart d’heure, montre en main, avant de le questionner pendant 45 minutes et d’échanger hors de sa présence sur la valeur de sa candidature. Cette étape, pendant laquelle nous écoutâmes 23 candidats, nous convainquîmes d’écarter une dizaine de candidats de la poursuite du concours.  

À la deuxième étape, celle de l’admission, nous sommes passés aux choses sérieuses, avec deux épreuves en loge de huit heures portant respectivement sur un sujet de large réflexion théorique et sur un cas pratique. « En loge » signifiait que le candidat était isolé pendant huit heures pour préparer sa présentation qui durait 30 minutes, suivie, pour le cas pratique d’un échange avec le jury.

Toutes ces épreuves se sont déroulées sur une période de quelques mois, dont deux mois intenses qui impliquaient de nombreux déplacements à Paris pour les provinciaux. Si vous avez lu mes billets relatant mes activités de 2005, elles ne se réduisaient pas au Concours d’agrégation, d’où stress, d’où calculs rénaux qui faillirent être opérés en plein concours, mais qui eurent l’élégance de s’éliminer par eux-mêmes, avec l’aide conjointe d’un ami médecin, Patrice Junker, et de mon mauvais caractère.

Petit à petit, un consensus se dégagea au sein du jury, qui devenait de plus en plus une équipe, pour retenir cinq candidats au titre de professeurs dans l’ordre suivant : Patrick Boisselier, Christine Buttin épouse Pochet, Jean-Claude Dandouau, Isabelle Martinet épouse Barth et Éric Paget-Blanc, qui choisirent leurs universités respectives dans le même ordre.

 

Après la proclamation des résultats il fallut se séparer. Mes amis, Jean-Pierre Vedrine et Yves Chirouze le restèrent. Nous gardâmes tous le souvenir de cette importante mais éphémère mission qui nous avait été confiée, de choisir cinq nouveaux collègues qui vinrent étoffer brillamment la communauté des professeurs en sciences de gestion.

 

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