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CES RAISINS SONT TROP VERTS
4 Septembre 2025 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE
Pour clore la liste des candidatures que j’ai formulées, issues de cette soif d’agir que je revendiquais, il me reste à mentionner celle du Rectorat de Corse.
Grâce au soutien d’un collègue et ami recteur, je fus invité à envoyer mon CV puis à rencontrer le Directeur de l’Enseignement Supérieur, Jean-Marc Monteil, en plein mois d’août 2002. Cette invitation soudaine en plein été et de toute urgence me convainquit que j’étais quasiment pré recruté et c’est avec confiance que je me rendis au ministère de l’Enseignement Supérieur, rue Descartes.
Le Directeur me reçut avec courtoisie, me présenta quelques autres directeurs avec qui « j’aurai probablement à travailler » et m’interrogea une heure durant sur le style de management que j’adopterai en tant que Recteur. Convaincu que le Ministère avait déjà acté ma candidature, je me livrais sans retenue, affirmant par exemple que je ne serai jamais l’otage des syndicats. Cet entretien démontra au contraire au Directeur que je manquais de modération et je suis convaincu que ce constat scella le rejet de ma candidature alors que j’étais convaincu du contraire, tandis qu’il me raccompagnait tout en m’indiquant qu’il reprendrait bientôt contact avec moi.
Je savais qu’il s’agissait du Rectorat de Corse. Plus tard, lorsque je compris que l’on ne ferait pas appel à moi pour ce poste, on me fit savoir qu’il avait semblé préférable au Ministère de recruter un Recteur corse. Le problème est que l’on ne fit jamais appel à moi, ce qui signifiait que mon profil avait été rejeté.
Ces raisins étaient donc trop verts et je me fis une raison, d’autant plus que les possibilités de s’investir dans les tâches de direction de thèse, d’enseignement et d’administration ne manquaient pas. J’ai écrit que j’avais dirigé 18 thèses jusqu’en l’an 2000 compris et 23 thèses ensuite. Parmi ces dix-huit thèses, je me dois de citer quelques-uns de ses auteurs qui m’ont accompagné tout au long de ma carrière.
On sait que l’une des récompenses favorites de tout enseignant, y compris et peut-être surtout à la retraite, consiste à rencontrer inopinément un de ses anciens élèves, de la maternelle à la maitrise, parfois dans un endroit parfaitement inattendu, qui vous salue en vous rappelant des souvenirs largement oubliés. Tout d’un coup, pour quelques instants, le lien magique se recrée entre l’élève et son professeur au-delà de toutes les vicissitudes et les contingences de la vie.
Mais entre un doctorant et son directeur de thèse, le lien est souvent permanent, en raison des travaux post thèses ou des responsabilités menés en commun, et il se prolonge parfois toute la vie. Ainsi hier, 3 septembre 2025, mon téléphone a sonné et j’ai eu l’immense joie et la surprise d’entendre mon ancien directeur de thèse, le Professeur et Recteur Jean-Claude Dischamps me demander de mes nouvelles. Il ne l’avait pas fait depuis des années et je me trouvais tout à coup prié de lui résumer mes dernières activités, lui avec qui j’avais partagé tant d’idées et de combats depuis 1968.
J’ai partagé cette forme de relation très particulière entre un doctorant et son directeur de thèse avec nombre de mes doctorants, avec des intensités diverses. Je reviendrai ultérieurement sur mes doctorants les plus récents, mais, depuis 1983 jusqu’en l’an 2000 et dans l’ordre chronologique des thèses, j’ai gardé des contacts étroits avec Bassirou Tidjani au Sénégal, Ali El Idrissi à l’IUT de Nice, Adnen Ben Fadhel à l’Université de Tunis. Djamila El Madjeri à l’IAE de Nice, Jean-Marc Ferrandi à l’Université de Nantes, Henri Alexis à l’IUT de Nice et Cécile Dejoux au CNAM.
Si l’on y réfléchit, le travail de thèse s’est sublimé en une coopération durable pour sept personnes sur dix-huit, par un partage de valeurs et des combats menés en commun. C’est ainsi que se crée une communauté de pensées et un relais entre générations que je cherche à prolonger avec ce blog.
Au fond, grâce à ces responsabilités que j’ai réussi involontairement à éviter, direction de l’IUT, direction de l’IUFM, présidence de l’Université et Rectorat, j’ai pu tisser et maintenir des liens avec toute une communauté formée avec mes anciens doctorants.
Est-ce la leçon à en tirer ? Décidément, ces raisins étaient bien trop verts…
À SUIVRE
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