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Le blog d'André Boyer
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TROIS ANNÉES ORDINAIRES

3 Octobre 2025 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

FEUILLE DE PAIE

FEUILLE DE PAIE

Entre 2000 et 2002, j’ai poursuivi des activités assez classiques pour un professeur d’université en Sciences de Gestion.

 

J’ai fait soutenir trois thèses, celle de Fatna Harrar sur la coopération verticale dans la grande distribution (2000), celle de Rim Dourai qui traitait aussi des hypermarchés, autour de la stratégie de différenciation à partir du prix (2001) et celle de Claude Alavoine sur la négociation internationale (2002), thèse à partir de laquelle il a construit une excellente carrière d’enseignant-chercheur à l’IPAG. 

J’ai aussi publié divers écrits, seize au total, durant la même période. Parmi ces derniers, je me suis intéressé à l’éthique de gestion, dont je commençais à soupçonner le caractère cosmétique, puis à la consommation du consommateur et à l’histoire du marketing, deux fondements de mon enseignement.

Dans la Revue Française de Gestion, je publiais en 2001 une Tribune Libre intitulée « Le Dirigeant, le salarié et la confiance » qui, à partir du cas de Danone, observait finement que la confiance était « une fleur fragile » que les dirigeants auraient piétiné vis-à-vis de leurs salariés en fermant inopinément une usine. Mais lorsque j’appris plus tard qu’une véritable mafia s’était installée dans cette usine, ce qui avait contraint la direction de Danone à la fermer, mes leçons sur la confiance m’apparurent fort mal appropriées et je me promis de ne plus écrire sur des cas pratiques sans avoir une connaissance approfondie de leur déroulement et de leur environnement.

Ces années furent aussi riches en éditions, deuxième édition du dictionnaire « L’Essentiel de la Gestion » (2001), traduction en portugais du manuel collectif « Panorama de la Gestion » (2002) et surtout publication de l’ouvrage collectif que j’avais dirigé « L’impossible éthique de l’entreprise » (2002).

Cet ouvrage soutient une thèse mettant en cause la confortable idée reçue de l’existence d’une éthique d’entreprise, une idée largement utilisée par les ONG qui font croire qu’elles défendent une cause alors qu’elles se contentent d’occuper un créneau au sein de la mauvaise conscience des gens. Bref, l’ouvrage dénonçait, pour chacun des grands domaines de la gestion, de la finance à la stratégie, l’utilisation mercantile de la supposée morale des entreprises.

Enfin, je publiais, à titre personnel, un ouvrage sur la philosophie de la recherche, intitulé « L’orphelin » (2002) qui traçait la quête de la vérité par les hommes au cours du temps et un cours roman, « L’antiquité de l’île » (2002) qui racontait l’histoire de deux héros, frère et sœur, en utilisant uniquement des citations des grands auteurs de l’antiquité. Une idée étrange, n’est-ce pas, qui avait toutefois pour but de présenter les grandes idées du monde antique à travers un récit romancé.

C’était une époque de mes pensées où j’aimais faire des synthèses, je ne sais pourquoi.

C’était aussi une époque où je recevais les dividendes de la création de l’IAE en Chine. J’avais participé au jury de soutenance de la thèse d’anthropologie de Sophie Faure, grande spécialiste des entreprises chinoises, sur « Culture, Pouvoir et Autorité en République Populaire de Chine : une problématique du management interculturel » (1999).

J’avais été très impressionné par son travail et je l’avais soutenue pour qu’elle synthétise sa thèse dans un ouvrage qu’elle appela « Manager à l'école de Confucius », ouvrage qui conduit, comme l’indique bien son titre, à une réflexion sur le management, en se fondant sur les principes du confucianisme.

Sophie me demanda de rédiger la préface de son ouvrage qui obtint, à juste titre, un certain retentissement et elle publia par la suite une sorte d’application du premier, « Sagesse chinoise : mettez du chat dans votre management !" qui comparait les entreprises chinoises à des chats, capables de bouger vite, de sauter et de retomber sur leurs pattes. Ce livre a le grand mérite de donner des clefs pour lutter contre les entreprises chinoises. Il me semble qu’il est tout à fait d’actualité, bien que publié en 2007, et Sophie Faure est aujourd’hui une experte reconnue des relations entre la Chine et l'Occident dans le domaine du management, une Chine qu’elle pratique assidûment depuis 1985.

La Chine était désormais pour moi un sujet de recherche, mais n’était plus un objet d’enseignement et d’organisation comme dans les années 1985-1990. Je me contentais d’enseigner au Maroc et en Italie dans différentes disciplines de gestion. Mais je ne pus m‘empêcher de créer en 2002, une formation sur la Paie, en tant que Diplôme d’Université de l’Université de Pau et du Pays de l’Adour, avec mes amis Jean-Jacques Fressin et Denis Durand.

C’était moins exotique que la Chine, mais très curieux tout de même : imaginez qu’à cette époque quasiment préhistorique de l’informatique et de l’intelligence artificielle, les cabinets d’expert-comptable avaient le plus grand mal à recruter du personnel pour rédiger les bulletins de paie. En effet, ils pouvaient contenir plus de cent lignes, les risques d’erreur étaient très élevés et les contestations conduire à des confrontations désagréables entre salariés, entreprise et cabinets comptables.

Pour attirer du personnel pour ces tâches, il fallait les rémunérer correctement et donc accroitre leur niveau de formation. D’où ce diplôme expérimental qui eut beaucoup de succès, puisqu’il passa de Pau à Paris puis à d’autres universités et monta progressivement du niveau 2 (DEUG) au niveau 5 (Maitrise). Pensez-donc, en invoquant Kafka ou Courteline au choix : on en arriva à consacrer cinq années de formation pour rédiger un bulletin de paie, jusqu’à l’automatisation du processus !

 

Vous le voyez, il m’a fallu presque mille mots pour vous raconter brièvement mon activité professionnelle en 2000-2002, signe que l’on s’ennuyait difficilement dans ce métier de professeur d’université, pour peu que l’on s’y investisse…

 

À SUIVRE

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