REQUIEM
20 Janvier 2026 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ
En d’autres termes, une messe des morts.
En France, aujourd’hui même, nous avons de nombreux requiem à faire dire et à entendre. Requiem pour Camélia, requiem pour les futurs euthanasiés, requiem pour les agriculteurs, requiem pour le Groenland, la liste est longue des deuils que nous pouvons faire chaque jour dans ce pays presque heureux.
Mais en Iran ? Avant d’enterrer les morts abattus par une répression féroce, il faut payer pour chaque balle tirée sur la fille ou le fils que les parents ont perdu : à la peine infinie s’ajoutent l’argent, la rage et l’humiliation.
En quelques semaines, des milliers voire des dizaines de milliers de personnes à travers tout l’Iran sont morts, victimes des diverses forces de répression dans l’ensemble du pays. Depuis le 1eravril 1979, bientôt 47 ans si le régime survit encore deux mois, peut être un million de morts ont été les proies de ces tueurs.
Requiem pour ces innombrables vies brisées.
Elles ont été les cibles d’un régime politique très particulier. D’une part un régime politique normal, avec des élections, un parlement, un président. De l’autre, un pouvoir religieux hiérarchisé, avec comme chef un ayatollah qui domine le premier pouvoir, à commencer par une armée de cent vingt-cinq mille hommes, les Pasdarans, qui sont sous l’autorité directe de celui que l’on appelle le Guide Suprême.
Et cet homme de 87 ans, qui prétend avoir une relation directe avec Dieu, s’en sert cyniquement pour justifier ses oukases, auxquels obéit l’État et que subit la population qu’il domine.
Le système de pouvoir est bien verrouillé. D’un côté la force pour réprimer toute révolte et de l’autre côté Dieu, pour expliquer aux révoltés pourquoi ils ont tort. Si le Guide Suprême meurt, pas d’inquiétude pour le pouvoir, un autre est nommé par l’Assemblée des experts, l’un des cinq conseils qui entourent le Guide Suprême, tandis que l’armée des Pasdarans veille au maintien de l’ordre et de la fidélité du cercle du pouvoir.
Puisque ce système féroce tient depuis plus de 46 ans, il faut prendre acte de sa solidité passée. Mais il n’est pas plus immortel que les autres, les nazis ou le pouvoir soviétique. Car, aujourd’hui, de très nombreux piliers du pouvoir du Guide Suprême branlent, à commencer par sa raison d’être.
Il voulait menacer et neutraliser Israël avec ses proxys au Liban, en Syrie, en Irak et au Yémen. Seuls ses alliés irakiens subsistent. Il voulait à tout le moins se protéger de toute attaque extérieure qui lui aurait permis de réprimer sans freins sa population et, si possible, détruire Israël. Ses moyens de production atomique ont été endommagés et surtout, personne dans le monde n’acceptera plus jamais qu’il détienne la moindre bombe atomique, paradoxalement en raison de la répression sauvage qu’il vient d’infliger à son peuple.
Car il s’est passé, de manière inattendue, un miracle. Jusqu’aux dernières manifestations du peuple iranien, l’opinion mondiale ne soutenait pas le régime mais croyait en sa solidité. La révolte de la population a déchiré les oripeaux du pouvoir aux yeux du monde entier. C’est fini.
Si bien que l’objectif du Guide Suprême en est réduit au simple maintien de son pouvoir sur l’Iran par la seule répression. Dieu a sans doute oublié de lui dire que ce n’était pas recevable, car plus personne ne croit que son régime puisse se maintenir en faisant sombrer sa population dans une pauvreté sans espoir et dans la répression sans limite.
Que le Guide Suprême n’ait plus d’objectif, plus de crédibilité et plus de moyens à offrir à un peuple iranien qui détient l’une des plus anciennes, des plus grandes civilisations du monde et qui sait tout faire, est une insulte à l’Iran et au monde entier.
Requiem pour son régime.
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