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Le blog d'André Boyer
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UN PARALLÉLE ENTRE 1958 ET 2027

1 Septembre 2026 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

UN PARALLÉLE ENTRE 1958 ET 2027

 

 

D’après nombre d’analystes, l’enjeu de l’élection présidentielle de 2007 serait aussi important que la révolution constitutionnelle que réalisa le Général de Gaulle en 1958.

 

Le 13 juin 1957, Maurice Bourgès-Maunoury est investi président du Conseil et constitue son gouvernement.

En août 1957, le franc est dévalué de 20%, et le gouvernement Bourgès-Maunoury chute, du fait du refus de confiance de l'Assemblée nationale sur sa politique algérienne.

Le 12 novembre 1957, Félix Gaillard est investi président du Conseil, constitue son gouvernement et l’Assemblée approuve de nouveaux pouvoirs spéciaux concernant l'Algérie.

Le 8 février 1958, l'aviation française bombarde Sakiet Sidi Youssef, en Tunisie, provoquant une grave crise internationale et la chute du gouvernement Félix Gaillard le 15 avril 1958.

Le 13 mai 1958, le Gouvernement général à Alger est envahi et un Comité de salut public est constitué, présidé par le général Massu.

Le 14 mai 1958, Pierre Pflimlin est investi président du Conseil par l'Assemblée nationale.

Le 15 mai 1958, De Gaulle annonce qu'il est « prêt à assumer les pouvoirs de la République ».

Le 16 mai 1958, l’Assemblée nationale vote l’état d’urgence en métropole.

Le 24 mai 1958, des parachutistes venus d'Algérie prennent le contrôle de la Corse.

Le 28 mai 1958, Pierre Pflimlin démissionne.

Le 29 mai 1958, le président René Coty annonce qu'il fait appel au général de Gaulle pour former un gouvernement.

Le 1er juin 1958, De Gaulle est investi président du Conseil par l'Assemblée nationale.

Derrière cette chronologie, il existe quatre analogies marquantes entre la période 1957-1958 et celle de 2026-2027, deux d’ordre spirituel et deux d’ordre matériel : tout d’abord, une crise de confiance et de légitimité. Dans les deux périodes apparaît en effet l'impression que les institutions existantes ont de plus en plus de difficulté à produire des décisions collectivement acceptées. À l'approche de 2027, le signe de cette défiance est clairement visible dans les propositions de recours au référendum comme une réponse à la crise de la démocratie représentative, de la part de candidats de sensibilités très différentes.

Ensuite, la difficulté nationale à construire un récit collectif commun : en 1958, le conflit concernait fondamentalement l'avenir de l'Empire et la place de l'Algérie dans la nation ; aujourd’hui, les lignes de fracture concernent l'immigration, l'Europe, la mondialisation pour le rapport avec l’extérieur, que le modèle social, l'environnement, l'identité ou les retraites pour les questions internes.

Dans les deux situations du passé et du présent, il s’est avéré difficile hier comme aujourd’hui, d’obtenir suffisamment de consensus pour gouverner. D’où le nœud gordien du drame algérien que trancha De Gaulle en 1958-1962 et l’attente d’un véritable leadership aujourd’hui.

Plus concrètement, les deux périodes souffrent de l’absence de majorités stables. En 1957-1958, la IVe République souffrait de coalitions fragiles et de gouvernements qui échouaient après quelques mois d’exercice. Aujourd'hui, la fragmentation provient de l’absence de majorité absolue à l'Assemblée nationale : les motions de censure successives témoignent de cette difficulté à constituer une majorité durable. 

Finalement les contraintes financières contribuent à renforcer le sentiment de crise. En 1958, la France connaissait une forte inflation, un grave déficit extérieur et une grande fragilité du franc. En 2026, le déficit public français dépasse 5,1 % du PIB avec une dette publique de 118 % du PIB, tandis que l’activité économique est toute proche de la déflation.

Mais l’essentiel, dans le rapprochement des deux périodes, réside peut-être dans l'épuisement d'une certaine manière de gouverner.

En 1958, une partie croissante de la société considérait que les institutions de la IVe République ne permettaient plus de répondre aux problèmes du pays et De Gaulle apporta une nouvelle conception de l'autorité politique. En 2027, la question pourrait être de reconstruire une autorité politique légitime dans une société plus fragmentée qu'en 1958.

Le prochain président devra sans doute sortir d'un cycle politique épuisé, reconstruire une capacité à décider et surtout rétablir une confiance collective. En 1958, il s’agissait de restaurer l'autorité en renforçant le pouvoir exécutif, c’est pourquoi De Gaulle commença par rétablir l'autorité de l'État, puis à changer les institutions avec la Ve République, avant de proposer une certaine idée de la France : indépendance nationale, modernisation économique, État stratège et ambition internationale. C’est ainsi qu’il transforma une crise en projet à long terme.

Le président élu en 2027 devra sans doute restaurer de même l'autorité en reconstruisant la légitimité du pouvoir, face à quatre nécessités analogues à celles de 1958 : retrouver une capacité de gouvernement, restaurer la confiance, définir les priorités nationales de long terme et proposer un récit collectif.

Ce président pourrait avoir besoin d'une autorité aussi forte dans ses finalités que celle de De Gaulle, mais sans doute moins verticale dans son exercice. Le problème de demain sera peut-être moins de restaurer l'État que de reconstruire le consentement autour de son action, par la participation, la négociation et la recherche du compromis, et non par la seule verticalité présidentielle.

 

C’est à ce prix qu’il pourrait accomplir ce que De Gaulle a réussi en 1958 : transformer une crise de confiance en nouveau cycle politique. À moins qu'il ne se passe rien...

 

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