VOUS VOULEZ LA GUERRE? LA VOILÀ
Par ce billet, j’appelle mes lecteurs à la réflexion face à ces personnages qui nous invitent ingénument à la guerre sur nos écrans.
Me fondant sur une pensée de Machiavel, selon laquelle « On peut commencer la guerre quand on veut, mais on ne la finit pas de même », je m’autorise à vous présenter un scénario de guerre parmi d’autres, heureusement imaginaire, voire carrément impensable :
Nous sommes au printemps 2027.
Notre Président n’a plus que quelques semaines de mandat, il n’a donc plus de temps à perdre et c’est pourquoi il a fini par répondre à la demande ukrainienne, en envoyant l’escadron de chasse 1/5 Vendée basé à Orange et composé de Rafales de reconnaissance et d’interception, vers un aéroport ukrainien proche de la Moldavie.
La Russie, fidèle à ses avertissements antérieurs, a aussitôt lancé une série d’attaques contre cette unité qui a perdu plusieurs pilotes et avions. Pour appuyer l’action française, certains alliés, dont la Pologne, ont effectué quelques opérations limitées, tandis que la totalité des membres de l’UE manifestaient bruyamment leur soutien à l’intervention française et que les États-Unis assuraient leurs alliés de leur solidarité virtuelle.
Pour sa part, la France a riposté en engageant contre les faibles troupes russes stationnées en Moldavie le 92e RI et le 16e RCP prépositionnés en Roumanie, appuyés par des éléments de la Légion Étrangère qui y avaient été secrètement transportés, le 2e REI, le 2e REP et la 13e DBLE.
Or, les troupes russes en Moldavie n’étaient pas préparées à affronter cette offensive et l’État-major russe répugnait à envoyer des renforts pour ne pas affaiblir son front principal. Cependant le même État-major russe estimait qu’il fallait arrêter net l’intervention française et dissuader en même temps les autres pays européens de s’y joindre.
À cet effet il a demandé à son Président l’autorisation d’utiliser une arme nucléaire tactique de faible puissance qu’il souhaitait tirer, non pas sur les assaillants avec des retombées en Moldavie, Ukraine et Roumanie mais directement sur le siège de l’État-major français.
On sait que cet État-Major français est situé en plein Paris, à l’Hexagone Balard, 60 boulevard du Général Martial Valin, dans le 15e arrondissement et que cette localisation fait partie de la dissuasion, car qui oserait bombarder une zone entourée de centaines de milliers de civils ?
Mais voilà, le chef d’état-major russe propose justement d’oser un bombardement nucléaire tactique sur ce lieu stratégique afin de montrer la détermination de la Russie. Il décide en même temps de modérer les effets de la bombe en la déclenchant à 150 mètres du sol et en utilisant la plus faible puissance disponible, une kilotonne (la bombe utilisée à Hiroshima faisait 15 kilotonnes), ce qui limitera les pertes civiles collatérales et la diffusion de la radioactivité. Il obtient l’accord des plus hautes autorités politiques.
Pour des tirs à portée intermédiaire, la Russie dispose de l’Orechnik, missile hypersonique équipé de têtes multiples, conventionnelles ou nucléaires. Pour porter une petite charge nucléaire unique, l’Orechnik sera sous utilisé, mais il a l’avantage d’être pratiquement inarrêtable puisqu’il se déplace à la vitesse de 12000 km/h (mach 10) et qu’il dépasse les capacités de calcul et de réaction du système actuel de défense antiaérienne franco-italien, le SAMP/T Mamba. Il a été décidé d’envoyer ce missile depuis le cosmodrome Kapoustine Iar et d’en préparer un second en réserve, à lancer depuis la Biélorussie en cas d’incident sur le premier missile.
Toujours dans le but de minimiser les pertes civiles tout en permettant aux secours de s’organiser, le missile est lancé à 5 heures du matin heure française.
Il va atteindre Balard à 05 h 18.
Le Président est prévenu du tir par les satellites américains de l'OTAN qui détectent le flash thermique du lancement une minute plus tard et transmettent l’alerte au CDAOA (Centre de conduite des opérations aériennes français, implanté sur la base aérienne 942 de Lyon-Mont Verdun) et le radar transhorizon Nostradamus confirme la trajectoire balistique vers Balard après quelques longues minutes plus tard.
Un ordre d’évacuation de l’Hexagone est lancé immédiatement. Le Président dispose d’une dizaine de minutes pour ordonner une réponse nucléaire avant l’impact, mais comme il ne sait pas encore s’il s’agit d’une attaque nucléaire ou non nucléaire, la logique de la dissuasion le contraint à attendre l’arrivée du missile. En attendant il demande aux deux sous-marins nucléaires stratégiques actuellement en mer de se préparer au lancement de missiles M51, parmi les 16 dont est doté chaque SLNE, chaque missile pouvant porter une à dix têtes nucléaires.
À 05 h 18, la bombe nucléaire de 1 kilotonne explose au-dessus de l’Hexagone Balard. Une boule de feu, combinant souffle et rayonnement thermique, fait fondre tout ce qui existait dans un rayon de 200 mètres, pulvérisant l’Hexagone. Au-delà de cette distance de l’explosion, certains bâtiments résistent et certaines personnes survivent dans un rayon allant jusqu’à 5 km, les blessures et les dégâts étant de moins en moins graves avec la distance. On signale presque immédiatement la mort de plusieurs milliers de personnes, peut-être de plusieurs dizaines de milliers et des blessés en plus grand nombre encore, que les services de secours ne parviennent pas tout de suite à évaluer. Certains quartiers de Paris sont fortement endommagés, dont une partie du XVe ainsi qu’Issy-Les-Moulineaux et Boulogne-Billancourt mais pas tous, loin de là. D’ailleurs la Tour Eiffel, symbole s’il en est, n’a pas bougé.
Quelques minutes après l’explosion, le Président est informé qu’il s’agit d’une explosion nucléaire et selon la doctrine de la dissuasion du même nom, il lui faut répondre par une attaque nucléaire plus ou moins graduée contre Moscou, qui entrainera à son tour, avec une très grande probabilité, un bombardement massif de la France. Au même moment, l’ambassade russe lui transmet un message, émanant des plus hautes autorités, qui lui propose de retirer ses troupes d’Ukraine et de Moldavie en échange de l’ouverture de négociations de paix tripartites entre la Russie, l’Ukraine et l’UE qui pourraient débuter dans une semaine.
Que choisit-il ? La mort ou la négociation ?
NB : à dessin, j’ai évité toute scénarisation de l’explosion, telles que les comptes à rebours, les effroyables souffrances des victimes et la mise en scène politique par l’application de l’article 16 qui suspend les élections, pour ramener la question de la guerre à celle d’une décision dont on ne peut jamais maitriser les conséquences.
C’est en raison de la nature particulière de cette décision que je me permets de recommander humblement aux décideurs en ce domaine guerrier la plus grande retenue et aux spectateurs le mutisme. On ne doit jamais franchir le Rubicon par inadvertance.
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