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Le blog d'André Boyer
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BULL LE PHENIX

30 Octobre 2026 , Rédigé par André Boyer

En 2026, l’enjeu pour la France est donc clair. Soit elle s’empare franchement du domaine industriel et scientifique de l’IA, soit elle l’abandonne et elle perd pour longtemps toute possibilité de maitriser ce domaine majeur.

 

La bataille a commencé avec l’émergence de l’industrie informatique pendant la guerre de 1940-1945, avec quelques prototypes comme Colossus en Grande Bretagne et son démarrage scientifique à partir des travaux de John von Neumann.
Le premier ordinateur, l’UNIVAC I, est livré en 1951 au Bureau du recensement américain. IBM, qui dispose de la clientèle considérable de ses machines mécanographiques à cartes perforées, passe à l’informatique qu’elle produit de manière industrielle. La France n’est pas en retard avec la production du Gamma 3 par la Compagnie des Machines Bull qui devient l'un des principaux constructeurs européens.

Dans les années 1960, l'industrie française éprouve des difficultés à conserver son autonomie face à la croissance extrêmement rapide d'IBM et c’est alors, en 1966-1967, lorsque Bull passe sous le contrôle américain, que le général de Gaulle créé le Plan Calcul qui doit permettre à la France de conserver une industrie informatique autonome. Ce Plan Calcul comprend un volet industriel avec la création de la CII le 6 décembre 1966 et un volet scientifique avec la création de l’IRIA (Institut de recherche d'informatique et d'automatique) le 25 août 1967.

La CII est, dès l’origine, en concurrence avec Bull désormais contrôlée par General Electric. Elle est principalement fondée à partir de deux sociétés, la SEA lié à Schneider qui était un des pionniers de l’informatique et la CAE contrôlée par les groupes CGE et CSF. C’est un regroupement hétérogène qui va rejoindre Bull en 1975.

De son côté, Bull a été créé en 1921 par un ingénieur norvégien du même nom, pour fabriquer des cartes perforées, et qui s’installe en France où il dépasse IBM en 1948. Puis Bull passe des machines mécanographiques à l’informatique dans les années 1950. Il connait des difficultés financières qui entraine la création de Bull-General Electric en 1964 et entraine la réaction des pouvoirs publics avec le Plan Calcul. Mais General Electric abandonne bientôt l’informatique et vend sa part de Bull à Honeywell, d’où la constitution d’Honeywell-Bull en 1970.

Pendant ce temps, la CII réussissait son démarrage technique et sa croissance dépassait 25 % par an entre 1967 et 1971. Elle employait environ 6 000 personnes en 1971 mais elle vendait ses ordinateurs à perte. Les responsables politiques français cherchèrent alors à construire un champion européen. À cet effet, ils rassemblèrent la CII, Siemens et Philips dans Unidata en 1973 pour atteindre une taille critique.

Mais l’élection de Valéry Giscard d'Estaing (VGE) entraina le renoncement à cette solution, qui fut abandonnée pour rapprocher la CII de Honeywell-Bull jusqu’à un accord soit signé en mai 1975 avec cette société, ce qui entraina la dissolution d’Unidata. Cet accord CII–Honeywell-Bull contraignit le groupe à construire une identité commune et à établir une stratégie cohérente entre les différentes gammes provenant de CII, Honeywell, Bull-GE et Honeywell-Bull.

L’arrivée au pouvoir de François Mitterrand entraina un nouveau bouleversement stratégique :Honeywell-Bull fut nationalisé en 1982, tandis qu’Honeywell s’en retirait partiellement. L’État dépensa alors des sommes importantes pour soutenir l’entreprise.

À la fin des années 80, Bull comptait environ 45 000 salariés. Cependant elle arrivait trop tard dans la micro-informatique alors qu'elle avait pourtant pris le contrôle de R2E, créateur du Micral, l'un des tout premiers micro-ordinateurs. De plus, sa stratégie de rachat de Zenith Data Systems en 1989 se révéla très coûteux. 

En 1994-1997, Bull, après de lourdes pertes et d'importantes recapitalisations publiques, fut progressivement privatisée.  L’entreprise se spécialisa alors dans les serveurs, le calcul intensif (HPC), les supercalculateurs et les technologies critiques, où elle obtint de bons résultats.

Mais les tribulations industrielles de Bull n’étaient pas terminées. Il fallut qu’Atos rachète Bull en 2014, selon la stratégie de son PDG, Thierry Breton, qui souhaitait diversifier ses produits par des acquisitions, avec pour objectif d’ajouter à sa SSII, qui vendait des journées d'ingénieurs, des activités technologiques ayant une plus forte valeur ajoutée.

Bull réalisait environ 1,26 milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2013, employait environ 9 200 personnes, dont quelque 700 en R&D et il était présent dans plus de 50 pays. 

Mais Thierry Breton, qui dirigea Atos, de 2009 à 2019, était trop ambitieux par rapport aux capacités financières d’Atos. L’entreprise s’est retrouvée étranglé financièrement, ce qui l’a contraint à une restructuration massive en 2024.

Atos vendit alors à l’État français certains de ses actifs, dont les activités les plus stratégiques de Bull, les supercalculateurs, les systèmes critiques, la cybersécurité, parce qu’ils concernaient la défense et en particulier la dissuasion nucléaire. Puis Atos finit par vendre la quasi-totalité de Bull, qu’il avait regroupé dans une filiale appelée Eviden, le 31 mars 2026 et l’État devint l’unique actionnaire de Bull.

Bull renaissait alors de ses cendres, avec l’ensemble des activités qu’il avait apporté à Atos ou développé depuis, sauf le conseil en Big Data. Il s’agit principalement du HPC (High Performance Computing), du quantique, du Business Computing et de certaines activités d'intelligence artificielle, le tout représentant environ 700 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025.

Bull compte aujourd’hui plus de 2 500 ingénieurs et experts, dispose d'environ 1 500 brevets et conserve son outil industriel. L’entreprise possède en effet à Angers la seule usine de fabrication de supercalculateurs en Europe. Ces machines sont utilisées pour la recherche, l'industrie, l'intelligence artificielle et des applications de défense. 

 

C’est ainsi que, soixante ans après le Plan Calcul, l'État français se retrouve à nouveau directement propriétaire d'un constructeur stratégique français de calculateurs, tout en dirigeant la recherche conduite sur l’IA, notamment par le biais de l’INRIA.

 

À SUIVRE

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