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VIVRE. POUR QUOI FAIRE?
10 Avril 2026 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE
En trois verbes, je vais vous décrire l’histoire de notre vie : nous naissons, nous vivons, nous mourrons.
C’est une histoire idiote : après être nés, nous passons beaucoup de temps à apprendre à vivre jusqu’au moment où nous réalisons que la vie, c’est bientôt fini.
C’est alors que nous nous posons quelquefois la question fondamentale sur cette vie pendant laquelle nous nous sommes beaucoup agités : pour quoi faire ? Bizarre que nous ne nous soyons pas interrogés au début de notre vie, c’était le bon moment. Il est vrai que nous avions à résoudre les nombreux problèmes qui l’agrémentent, ce qui ne nous laissait guère de loisirs pour regarder au-delà. Notre action parlait pour nous.
Maintenant qu’il n’est plus temps de « changer de vie », il ne reste plus qu’à nous soumettre aux simples règles du jeu que l’on nous propose : « jouir quand on peut, souffrir lorsque l’on ne peut pas l’éviter, puis mourir », en d’autres termes pratiquer le célèbre Carpe diem*. Concrètement, la vie se découpe alors en une succession d’instants de plaisir dont on jouit chaque fois que l’on peut, celui d’un repas, d’un film, d’une rencontre, d’une sensation, qui ne remplissent malheureusement pas notre vie car ces instants sont entrecoupés de périodes de souffrances, physiques ou morales, d'erreurs, de conflits, dont il est assez difficile de jouir.
Très bien, mais encore ?
Je me souviens d’un grand-oncle qui avait survécu difficilement mais longtemps à la guerre de 1914-1918, et qui me disait et me redisait, alors que j’avais 17 ans : « vivre, c’est durer ». Je me souviens aussi que cette affirmation me scandalisait instinctivement, encore que je ne susse pas pourquoi à l’époque. Maintenant je sais, parce qu’elle ne disait rien du sens de la vie. Il m’aurait pourtant aidé, s’il m’avait expliqué le sens qu’il donnait à sa vie, à part durer.
Alors vivre, c’est jouir quand on peut des moments dont on dispose ? C’est durer ? Est-ce que j’en sais plus aujourd’hui sur le sens de la vie ? De ma vie, oui, je vois quel sens je lui ai donné et je sais aussi quel sens je veux lui donner pour la suite, mais il est vain d’en faire état car ce n’est d’aucune utilité pour vous.
Je ne peux donc rien écrire de fécond sur cette question « À quoi ça sert la vie » ?
Je me suis arrêté à cette étape de ma réflexion, l’esprit vide, les bras ballants puis j’ai élargi le champ de ma pensée : je me suis dit qu’en observant les autres êtres vivants, on pouvait apprendre comment ils vivent, donc comment ils voient le sens de leur vie et en tirer des enseignements…
Mais pour le moment, à ma connaissance, nous ne savons rien sur le sens de la vie que se donnent les animaux, même les plus proches de nous, les chiens, les chats, les chevaux, les moutons, les porcs, sans même mentionner les insectes ou les papillons. Que faut-il penser du sens que donne à sa vie un chien pomponné et tenu en laisse ? Et un moustique pourchassé ? C’est à peine si l’on croit savoir qu’aucun être vivant n’aime mourir, même si certains semblent s’y résigner lorsqu’ils perçoivent que la vie va les quitter. Je crains même que les hommes estiment que les animaux ne se posent aucune question sur le sens de leur vie, sauf peut-être Schopenhauer.
Un peu simple, non ?
J’ai fini par penser que ma question sur le sens de la vie n’avait peut-être aucun sens. J’ai alors procédé comme tout le monde aujourd’hui devant une impasse, j’ai interrogé ChatGPT en lui jetant cette affirmation : « Se poser la question du sens de notre vie n’a aucun sens ».
Cette affirmation brutale ne l’a pas ému, ni fâché, c’est l’agrément de ChatGPT, qui en plus répond toujours quelque chose, gentiment, comme à un malade qu’il faut ménager.
Pour lui (bravo pour moi) c’était une question profonde, à laquelle les philosophes, les religions et les sagesses avaient toujours tenté de répondre. Mais ensuite il a déformé ma question en postulant que s’interroger sur le sens de la vie supposait qu’il existait un sens préalablement donné, inscrit quelque part dans la structure du monde ou dans une intention supérieure. Et il a rejeté cette idée.
Oh là, doucement ! cela voulait dire pour ChatGPT que, puisque le monde ne nous parle pas, inutile de chercher un sens à notre vie ? Heureusement, il avait un argument consolateur à me proposer : il me fallait accepter que le sens ne soit pas donné mais qu’il pouvait être construit. Cela tombait bien, c’était justement cette construction que je cherchais. Il enfonçait une porte ouverte. ChatGPT a cru alors nécessaire de citer ce vieux stalinien de Sartre, chez qui je n’aurai pourtant jamais eu l’idée de chercher une raison de vivre, qui a affirmé que l’homme n’était pas défini à l’avance et qu’il se définissait par ses choix. Oui, bien sûr, qui a dit le contraire ?
Et de conclure, sous plusieurs formes : « Ce n’est pas la vie qui a un sens, c’est l’homme qui en donne un à la vie. ».
Passez muscade ! Il ne m’avait rien appris, je n’avais pas avancé d’un millimètre. ChatGPT m’avait finalement renvoyé dans mes cordes, c’était bien fait pour moi…
C’est alors que je me suis dit que la vie humaine n’était pas une aventure si nouvelle que personne n’y ait jamais répondu correctement, alors que la religion, la philosophie, sans compter les milliers de livres consacrés à la question du « comment vivre » ou du « bien vivre » et même les proverbes prétendent, chacun pour leur part, nous apprendre à vivre…
*La formule provient de l’Ode 1.11 du poète Horace qui s’inspirait de la philosophie épicurienne.
À SUIVRE
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