OBSERVEZ L'ÉVOLUTION DES E.A.U.
Les Émirats Arabes Unis (E.A.U.) viennent de sortir de l’OPEP et se sont révélés être les cibles préférées de l’Iran, pour ses missiles et ses drones. Que se passe-t-il donc avec les Émirats et ses voisins?
Frontaliers du sultanat d'Oman et de l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis (en abrégé E.A.U. ou Émirats) forment un État fédéral depuis 1971, qui réunit sept émirats dont la capitale fédérale est Abou Dhabi, mais dont la plus grande ville est Dubaï.
Parmi les 12 millions d’habitants des E.A.U., 89 % sont des immigrés, dont plus de 3 millions d’Indiens et 18 mille Français, attirés par les activités que génère l’importante production gazière et pétrolière des Émirats auquel s’ajoute le tourisme de luxe.
La totalité du territoire, soit 82880 km2, est désertique ou semi-désertique et la côte Nord est quasiment la seule partie habitée des Émirats. Depuis 630 apr. J.-C., année qui acte la conversion de la population de la région à l’islam, de grandes familles ont pris progressivement le contrôle des émirats, comme la famille des Bani Yas et ses différentes branches, dont les Qawasim.
La défaite de ces derniers a permis en 1820 aux Britanniques de signer une série de traités avec les cheikhs des émirats de la côte du Golfe Persique, celui de 1853 garantissant en particulier l'arrêt de la piraterie contre les navires britanniques, d'où le nom d’« États de la Trêve » donné aux émirats. En 1892, un nouveau traité érigea les États de la Trêve en protectorat et les fit entrer dans l'empire colonial britannique. C’est alors que s’y développera une industrie perlière qui se maintiendra jusque dans les années 1950.
Au début des années 1960, un premier gisement de pétrole est découvert à Abou Dhabi, ce qui permet le développement rapide de l’émirat qui en profite pour se rapprocher des autres émirats et reprendre le contrôle de la région. Ce mouvement aboutit au retrait des Anglais en 1968, qui mettent fin aux États de la Trêve, composés des actuels E.A.U. mais aussi de Bahreïn et du Qatar. Ces deux derniers déclarent leur indépendance respectivement en août et en septembre 1971. Le 30 novembre 1971 les îlots d'Abou Moussa, de Grande Tombe et de Petite Tombe proches du détroit d’Ormuz sont envahis par les troupes du Shah d’Iran, deux jours avant l’accession à l’indépendance des sept autres émirats, ce qui provoque un contentieux persistant entre les E.A.U et l’Iran. Depuis leur indépendance, les E.A.U. connaissent un essor fulgurant de leur développement économique, sous la présidence de Zayed ben Sultan Al Nahyane, qui sera réélu jusqu’à sa mort en 2004.
Son fils aîné, Khalifa ben Zayed Al Nahyane, lui succède en qualité de président des E.A.U. et de souverain d'Abou Dhabi jusqu’en 2014. Victime d’un accident cérébral, il est remplacé par son demi-frère Mohammed ben Zayed Al Nahyane (MBZ), aujourd’hui âgé de 65 ans.
MBZ a pris très récemment des orientations stratégiques majeures, qui l’éloignent de ses voisins, l’Arabie Saoudite et le Qatar, et qui le conduisent surtout à une confrontation avec l’Iran, raison pour laquelle les E.A.U. ont été particulièrement visés par les missiles et drones iraniens.
La guerre avec l’Iran a en effet révélé une rupture stratégique entre l’Arabie Saoudite et les E.A.U., alors que les deux pays avaient livré bataille ensemble contre les islamistes lors des printemps arabes dans les années 2010. Depuis, ces deux pays ont choisi progressivement des camps opposés en Libye, au Soudan, au Somaliland et au Yémen, dernier pays dans lequel les E.A.U. envoient des convois d’armes aux séparatistes yéménites que les Saoudiens bombardent.
En outre, depuis longtemps, MBZ est obsédé par la menace iranienne. Il a demandé à Chirac puis à Sarkozy la construction d’une base navale adossée à une présence aérienne et terrestre à Abu Dhabi, pour s’assurer contre une attaque de l’Iran.
Cette attaque est venue depuis fin février 2026, sous forme de missiles et de drones, y compris contre la seule centrale nucléaire du pays ; la France a appliqué ses accords de défense et MBZ l’a complété par un bouclier antimissile israélien. Pendant ce temps, l’Arabie Saoudite s’était rapprochée du Pakistan, avec lequel les E.A.U. avaient une forte coopération depuis longtemps, en signant un accord de défense mutuelle en septembre 2025 et c’est à ce titre que le Pakistan a demandé à l’Iran de ne pas frapper les installations saoudiennes, mais n’a pas fait la même demande pour les E.A.U.
En représailles contre l’Arabie saoudite et le Pakistan, les E.A.U. se sont retirés de l’OPEP le 28 avril 2026 et ont exigé du Pakistan le retour immédiat d’un dépôt de 3,5 milliards déposé depuis 2018 auprès de sa banque centrale, demande qui a été aussitôt compensée par un prêt de 3 milliards de dollars de l’Arabie saoudite au Pakistan.
Dans le conflit avec l’Iran, l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie jouent les bons offices, ce qui a amené l’Arabie saoudite à s’opposer au survol de son territoire, obligeant Trump à annuler le « Projet Liberté » pour ouvrir le détroit d’Ormuz.
En face, les E.A.U. veulent mettre fin à la menace iranienne, qu’elle soit nucléaire ou qu’elle soit celle du contrôle du détroit d’Ormuz. Ils font par conséquent cause commune avec Israël et les États-Unis, tandis que la France se trouve aspirée dans le conflit, quoiqu’elle le nie, du fait de son traité avec les E.A.U..
Le sort des armes décidera donc du statut des E.A.U. pour les prochaines années, tête de pont de la coalition face à un Iran affaibli ou au contraire renforcé, à moins que le régime iranien ne s’effondre et ne bouleverse tous les rapports de force au Moyen Orient.
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