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Le blog d'André Boyer
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L'ESCAMOTAGE DE CHARLES X

5 Avril 2026 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

CHARLES X (1757-1836)

CHARLES X (1757-1836)

La nomination de Polignac est actée par Charles X alors que ce prince est connu comme étant « l’homme de Coblence et de la contre-révolution », comme l’accuse dès le surlendemain le Journal des Débats, qui engage aussitôt une campagne de presse contre lui et le Roi.

 

La défiance contre Polignac est telle que, quelques jours après l’ouverture de la session parlementaire, le 16 mars 1830, 221 députés adoptent une adresse de défiance contre le ministère qui met en demeure le Roi de renvoyer les ministres ou de dissoudre la Chambre.

C’est à ce dernier choix que se résout Charles X le 16 mai 1830, ce qui aboutit à l’élection de 274 députés pour l’opposition contre seulement 143 députés pour le ministère.

Le Roi réplique à ce désaveu le 25 juillet en signant quatre ordonnances. La première procède à  une nouvelle dissolution, la seconde modifie le système électoral, la troisième convoque de nouvelles élections pour le mois de septembre et la quatrième  suspend la liberté de la presse. En somme, il institue une dictature, qu’il  justifie dans l’exposé des motifs par la dénonciation d’une « démocratie turbulente »  qui « fausse les conditions ordinaires du gouvernement représentatif ».

À l’initiative de Thiers, quarante-quatre journalistes signent une protestation contre la suspension de la liberté de la presse, ce qui pousse quatre journaux d’opposition à paraître sans autorisation le 27 juillet. Des émeutes s’amorcent, menées par des artisans, des boutiquiers, des typographes, des étudiants tandis qu’une trentaine de députés réunis chez Casimir Perier décident de protester contre les ordonnances, sans toutefois soutenir l’insurrection armée.

Le 28 juillet, les émeutes s’étendent sur la rive droite de Paris. Les troupes de Marmont se regroupent autour du Louvre et des Tuileries, en attendant des renforts. On commence à évoquer le nom du duc d’Orléans. Le 29 juillet, Paris échappe en grande partie au contrôle de Marmont dont deux régiments font défection.

Le Duc d’Angoulême remplace Marmont à la tête des troupes regroupées autour de Saint-Cloud, où le roi et les ministres se regroupent. Pendant ce temps à Paris, les députés reconstituent la garde nationale dissoute en 1827 et nomment La Fayette à leur tête. Une commission municipale est organisée pour maintenir l’ordre.

Le 30 juillet, Charles X cède, en retirant les ordonnances et en nommant le Duc de Mortemart président du Conseil, mais la révolte se poursuit. Thiers entretient le feu en faisant placarder dans Paris une proclamation en faveur du duc d’Orléans : « Charles X ne peut plus rentrer dans Paris, il a fait couler le sang du peuple. La république nous exposerait à d'affreuses divisions, elle nous brouillerait avec l'Europe. Le duc d’Orléans est un prince dévoué à la cause de la Révolution. Le duc d’Orléans ne s’est jamais battu contre nous. Le duc d'Orléans était à Jemmapes. Le Duc d’Orléans a porté au feu les couleurs tricolores, le duc d’Orléans peut seul les porter encore ; nous n’en voulons pas d’autres. Le duc d’Orléans s’est prononcé ; il accepte la Charte comme nous l'avons toujours voulue et entendue. C'est du peuple français qu'il tiendra sa couronne ».

Thiers est rejoint par soixante députés menés par Jacques Laffitte qui invitent le duc d’Orléans à venir à Paris pour être nommé Lieutenant du royaume. De leur côté, les républicains demandent à Lafayette de les aider à abolir la Royauté, pour la remplacer par une République.

Cette forte agitation incite le Roi Charles X à se retirer à Rambouillet le 31 juillet, laissant la place libre à Paris où une commission municipale forme un gouvernement provisoire.

De son côté, le duc d’Orléans accepte la Lieutenance générale du royaume proposée par les députés. Il paraît à l’Hôtel de Ville où Lafayette se rallie officiellement à lui, écartant du même mouvement l’hypothèse républicaine.

Le 1er août, le duc nomme un nouveau gouvernement provisoire et convoque les Chambres pour le 3 août. Deux rois s’opposent ce jour-là, le Roi légitime à Rambouillet et un roi putschiste à Paris.

Le premier se décide, le lendemain 2 août 1830, à céder au second. Charles X est effrayé par le maréchal de Maison, un orléaniste qui lui annonce qu’une offensive orléaniste se prépare contre lui. Il se décide alors à abdiquer et convainc en outre son fils d’en faire autant, afin de se donner les gants de nommer régent le héros du jour, le duc d’Orléans, à charge pour lui de « faire proclamer l’avènement d’Henry V à la couronne », son petit-fils le duc de Bordeaux, âgé de dix ans.

Cette proposition de régence est rejetée par le duc d’Orléans qui déclare ne tenir son autorité que des représentants de la France, tandis que Charles X jette définitivement l’éponge et se retire en Angleterre. 

Le régime a été renversé par l’émeute, même si l’abdication du roi sauve vaguement les apparences. Certes le régime avait souvent modifié le système électoral et les nombreuses conspirations montraient que les Bourbons étaient difficilement acceptés, mais la Charte faisait vivre la France sous un régime en grande partie parlementaire.

Le roi avait agi de façon particulièrement maladroite en juillet 1830, mais fallait-il pour autant que les parlementaires l’escamotent, lui, sa dynastie et son régime ?


 

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