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Le blog d'André Boyer
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À LA RECHERCHE DE LA PRODUCTIVITÉ PERDUE

17 Juin 2026 , Rédigé par André Boyer Publié dans #CULTURE

À LA RECHERCHE DE LA PRODUCTIVITÉ PERDUE

Né en 1989, Antonin Bergeaud est professeur d'économie à HEC. Il est diplômé de l’École polytechnique, docteur de la London School of Economics et de l’École d’économie de Paris. Il a reçu en 2025 le prix du meilleur jeune économiste français, remis par le journal Le Monde et le Cercle des économistes, et depuis il s’exprime souvent dans les médias.

Tout pour plaire et s’intéresser à ses idées. C’est pourquoi j’ai lu son ouvrage récent, intitulé « La prospérité retrouvée. Les leviers de la croissance au XXIe siècle », dont je vous fais ici le compte rendu.  

L’auteur ne craint pas de commencer par une évidence : le décrochage économique de l’Europe par rapport aux États-Unis provient principalement de la différence de productivité entre les deux régions, plus que de l’insuffisance du temps de travail des Européens par rapport aux Américains, encore que... Il y ajoute une autre évidence qui consiste à observer que la faible croissance de la productivité rend plus difficile à financer l’augmentation des revenus et le maintien de la protection sociale.

Après avoir enfoncé ces deux portes largement ouvertes, l’auteur s’emploie à réhabiliter le concept de productivité, mal compris selon lui. Car les gains de productivité consistent, selon l’auteur, non pas à exercer une pression sur les salariés mais produire mieux. En somme il redécouvre Taylor et son Organisation Scientifique du Travail. Il redécouvre aussi que, historiquement, l’amélioration de la productivité a transformé les sociétés occidentales. Une évidence de plus, avant d’entrer dans le vif du sujet, à savoir les raisons du retard européen.

Ces raisons invoquées sont bien connues :

  • Tout d’abord un sous-investissement dans la recherche, qui constitue 2% du PIB européen contre 3,5% aux USA. On en conclut assez aisément qu’il faudrait investir plus dans la recherche et lui donner la priorité sur d’autres dépenses, mais sur lesquelles ?
  • Ensuite, il faudrait délaisser les secteurs traditionnels comme l’automobile, la chimie, la pharmacie, l’aéronautique ou la mécanique pour investir davantage dans les technologies de rupture, comme les microprocesseurs, les systèmes d’exploitation, les moteurs de recherche, les réseaux sociaux, le cloud computing ou bien sûr l’IA. Bonne idée : si les Européens achetaient Google, Amazon, Nvidia, Tencent ou OpenAI ? Parce que lutter contre ces entreprises ou même devenir leurs sous-traitants n’ouvre pas de grandes perspectives de succès et de revenus.  
  • Il note également que l’Union européenne est moins intégrée que les États-Unis avec des marchés financiers fragmentés, des fiscalités différentes et l’absence d’un budget fédéral. C’est le fantasme d’une fédération européenne qu’il fait resurgir, ignorant les différences historiques, politiques, culturelles qu’il veut escamoter, parce que cette fragmentation empêcherait les entreprises innovantes de changer rapidement d’échelle. Vraiment ?
  • Cependant, il n’occulte pas l’effet de la normalisation européenne en matière d’environnement, de protection sociale, de sécurité, de protection des données, qui « peuvent », note-t-il avec prudence, ralentir l’innovation et l’investissement.  

À la suite de ce diagnostic, notre auteur invoque, avec, à mon avis un profond irréalisme, une troisième voie pour l’Europe entre la préservation du modèle social européen au prix de l’appauvrissement ou la dérégulation massive pour retrouver de la croissance à partir de deux propositions :

  • La priorité absolue donnée à l’éducation, à la recherche, à l’enseignement supérieur et aux technologies de pointe. Bonne idée, dont il n’analyse ni les moyens ni les conséquences. Accroitre le niveau scolaire, par exemple, cela implique quels efforts?
  • Le soutien de l’Europe aux innovations de rupture comme l’intelligence artificielle, les biotechnologies, les semi-conducteurs, les technologies vertes, les infrastructures numériques, sans sacrifier la protection sociale, les droits des travailleurs, la transition écologique, la protection de la vie privée et la transition écologique. Il s’attaque ainsi à la quadrature du cercle et démontre définitivement à quel point son ouvrage ne constitue qu’une pétition de principe.

Cela ne l’empêche pas de redécouvrir que les pays européens qui ont le mieux réussi économiquement sont les pays scandinaves et la Suisse (je le savais déjà il y a un demi-siècle) parce qu’ils ont plus investi dans la recherche, ont des taux d’emplois plus élevés, des administrations plus efficaces et finalement une meilleure productivité. La solution serait donc, d’après l’auteur, de « scandinaviser » le reste de l’Europe ?

Les leçons à tirer de cet ouvrage sont, de mon point de vue, à l’opposé des objectifs de l’auteur. Il n’existe aucune « solution » qui permette de transformer l’Europe en appliquant des recettes chinoises, américaines ou même scandinaves. Si l’on veut modifier les statistiques économiques de l’Europe telles que la productivité, il ne s’agit pas de prétendre appliquer des recettes pour y parvenir, mais d’observer sans répugnance l’ensemble des problèmes non seulement économiques, mais aussi démographiques, sociaux, pédagogiques, politiques, culturels, et j’en oublie, pour les résoudre ou au minimum les atténuer, et ceci au niveau où ils apparaissent, européens, nationaux voire régionaux.

 

Oublions donc les faibles recettes de cuisine de notre auteur, pour continuer à analyser les différentes facettes de la réalité européenne sans céder à la tentation des simplifications inopérantes.    

 

La prospérité retrouvée. Les leviers de la croissance au XXIe siècle d’Antonin Bergeaud (2026) 

 

 

 

 

 

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