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Le blog d'André Boyer
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DE SKOPJE À MITROVICA, UNE INCURSION DANS UN AUTRE MONDE

14 Janvier 2026 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

LA BASE KFOR DE PLANA

LA BASE KFOR DE PLANA

Au titre d’une sorte de réparation de la traduction volée, je fus invité en Macédoine du Nord durant une semaine au début juin 2005. Rendu sur place, je transformais radicalement le sens de ma visite au fil de mon inspiration.

 

Le voyage était organisé autour de deux universités, celle de Skopje, la capitale et celle de Tetovo, proche de l’Albanie et du Kosovo. J’étais logé dans un hôtel correct en banlieue de Skopje avec des personnalités européennes qui effectuaient théoriquement un diagnostic des universités macédoniennes, et en pratique une mission d’espionnage, comme me l’a benoitement avouée une collègue.

Rien à dire de particulier sur Skopje, ville moyenne de quatre cent mille habitants, avec une partie ancienne assez pittoresque et sur son université publique de facture standard. Rien qui m’ait étonné en tout cas. C’est ici qu’il faut rappeler que la Macédoine du Nord compte deux millions d’habitants au maximum car il y a beaucoup d’émigration, sur vingt-cinq mille kilomètres carrés. C’est presque la surface de la Belgique où s’entassent douze millions d’habitants.

Il faut aussi ajouter que la Macédoine du Nord possède deux langues officielles, le macédonien et l’albanais. La population est en effet pluri ethnique, selon le recensement de 2002: 64 % de Macédoniens, 25,2 % d’Albanais, le reste de la population se revendiquant Turcs, Roms, Serbes, Bosniaques et Valaques dans l’ordre. Dans cette diversité, les Macédoniens dominent et les Albanais s’opposent.

C’est dans ce contexte que je me rendis à l'université privée, aujourd'hui publique, de Tetovo, en zone albanaise de la Macédoine, avec quelques collègues-espions de l’UE et une interprète. Elle avait été fondée illégalement en 1994 par la minorité albanaise et était financée par l’UE sous couvert humanitaire avec, à l’époque, le soutien actif de la France et l’Autriche,  avec l'objectif réel de renforcer la minorité albanaise en Macédoine.

J’ai donc visité cette petite université de Tetovo qui comptait alors trois mille étudiants. Alors que je regardais le paysage à l’ouest vers les frontières toute proches du Kosovo et de l’Albanie, mon interprète, une étudiante macédonienne qui semblait mal à l’aise en zone albanaise, me signala malicieusement la bonne dizaine de minarets qui dépassaient à quelques kilomètres de Tetovo dans la brume.

Comme je l’interrogeais sur cette profusion inattendue de mosquées dans une zone manifestement peu peuplée, elle me précisa que les habitants de cette banlieue de Tetovo cherchaient, en construisant ces bâtiments à compenser leurs péchés par une démonstration ostensible de leur foi.

Ma question suivante fut naturellement de lui demander quels péchés ils pouvaient bien commettre. Encore plus mal à l’aise, elle me raconta que, dans cette zone carrefour, des bandes mafieuses rassemblaient, après les y avoir attirées, des femmes venues de tous les pays de l’Est et naturellement d’Albanie et de Macédoine dans des entrepôts où ils les « dressaient » en vue de les envoyer se prostituer en Europe de l’Ouest.

Je lui demandais pourquoi la police ou l’armée macédonienne ou l’Otan tout proche n’intervenaient pas pour les libérer. Elle déclara qu’elle ne savait pas.

Cette conversation glaçante nous conduisit à parler du Kosovo, qu’elle connaissait bien et je lui dis que mon fils ainé s’y trouvait, en mission pour l’Otan, dans un camp militaire au nord du Kosovo.

L’échange ayant eu lieu en début d’après-midi, je lui demandais si elle pouvait, contre rémunération, me conduire avec sa voiture jusqu’à ce camp proche de Mitrovica, afin de tenter de voir mon fils, que je n’avais pas la possibilité de prévenir.  Elle accepta et nous prirent tout de suite la direction de la frontière du Kosovo, qui n’était qu’à quelques dizaines de kilomètres de Tetovo, mais où il fallait encore que la police kosovare me laissât entrer.

Moyennant un bakchich versé à un policier, nous pûmes continuer notre chemin. Le trajet total n’était que de cent soixante kilomètres, mais c'était plus ou moins en zone de guerre et il passait par la capitale du Kosovo, Pristina, où nous fîmes une pause. Entretemps, nous avions pu vérifier que les Églises et les cimetières orthodoxes n’avaient pas tous été détruits par les Kosovars, infirmant de visu les généralisations journalistiques.

Nous sommes arrivés à Plana, à côté de Mitrovica, en milieu d’après-midi, où se situait le détachement ALAT (hélicoptères de combat) des forces françaises présentes au Kosovo dans le cadre de l'opération "Trident" sous mandat OTAN,  détachement militaire appelé la "KFOR", destiné au maintien de la sécurité entre les Serbes et les Kosovars.

Les missions des hélicoptères du détachement ALAT de Plana concernaient l'évacuation médicale, le transport de troupes, l'appui protection des troupes, mais surtout le renseignement. L’escadrille d’hélicoptères français était commandée par mon fils dans un camp qui abritait environ deux cent cinquante personnels, dont 70 personnels de l’ALAT, avec 3 hélicoptères Puma et 2 Gazelle, mais aussi un centre médico-chirurgical, un bataillon du Train (logistique), et des spécialistes des actions civilo-militaires. Le DETALAT, commandé par un chef de bataillon, était composé d’une unité d’hélicoptères, d’une unité de maintenance des aéronefs et d’un peloton de commandement et soutien.

Nous nous sommes présentés comme des fleurs devant la porte du camp, mais les hurlements des soldats armés jusqu’aux dents nous ont obligé à nous garer plus loin et à nous présenter à pied à la barrière d’accès. J’ai indiqué que j’étais le père du capitaine d’escadrille, ils m’ont répondu que ce dernier était en mission mais n’allait pas tarder à revenir, puis, après quelques palabres, m’ont laissé entrer avec l’interprète jusqu’à la partie détente du camp (prés des arbres en bas à droite de la photo).

Mon fils est arrivé en fin d’après-midi. Il était surpris de me retrouver dans le camp et ses camarades aussi, qui se sont demandé si j’étais vraiment professeur. Il nous a fait visiter la base des hélicoptères, nous avons partagé un rafraichissement en terrasse du Mess, puis nous sommes rapidement repartis, car il nous restait plus de deux cents kilomètres à faire dans une région pas toujours sûre et le problème du passage de la frontière entre le Kosovo et la Macédoine subsistait. Mais finalement, tout s’est bien passé et nous avons fini ce périple vers minuit devant une pizza à Skopje.

 

Voici donc comment une traduction pirate m’a conduit à la proximité de campements mafieux à la frontière de l’Albanie, à la traversée du Kosovo en situation incertaine, à la découverte d’un camp de l’Otan à la frontière du Kosovo et de la Serbie et à la rencontre de mon fils ainé à la tête de ses hélicoptères : le métier de professeur mène à tout, à condition de s’en servir.

 

À SUIVRE

 

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