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Le blog d'André Boyer

GUERRE TOTALE EN INDE

29 Mai 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

BATAILLE DE GONDELOUR

BATAILLE DE GONDELOUR

Mais le combat du 3 septembre 1782 se révèle tout aussi acharné et confus que les précédents.

 

Les Français ont beaucoup de mal à former leur ligne et à suivre les ordres de Suffren qui veut profiter de sa supériorité pour envelopper l’arrière-garde de Hughes, qui essuie de gros dommages mais fait retraite en bon ordre et sauve de nouveau son escadre.

L’explication qui s’ensuit entre Suffren et ses officiers provoque une deuxième purge dans l’état-major avec quatre démissions de capitaines.  

Cette première partie de la campagne des Indes montre un Suffren offensif, mais mal obéi ou compris à cause des insuffisances de ses subordonnés mais aussi de son caractère difficile.

Elle révèle aussi les qualités de Suffren qui, outre ses qualités militaires, sait s’improviser diplomate et logisticien. Il noue un partenariat stratégique avec le gouverneur néerlandais de Ceylan, Iman Willem Falk qui comprend qu’en combattant Hughes, il protège l’immense empire néerlandais des Indes. Suffren passe aussi des accords militaires avec le nabab Haidar Alî, qui apporte aux troupes françaises qui débarquent à Porto Novo, fourrage, vivres et argent.

Outre ces alliances, Suffren s’affirme comme le roi de la récupération et du bricolage, adaptant hommes et matériaux aux besoins de sa stratégie. Trinquemalay se transforme en chantier naval improvisé pour redonner de la voilure aux trois bâtiments endommagés lors du combat devant le port.

Suffren utilise aussi ses bâtiments les plus rapides pour ratisser les cô̂tes et capturer plus de cinquante navires de commerce, apportant à son escadre vivres, poudre, boulets et matériel divers. Cette active campagne corsaire permet à Suffren de vivre littéralement sur le dos des Anglais, au point de ne plus savoir quoi faire des prisonniers que l’on est contraint de confier à la garde d’Haidar Alî.

La question la plus délicate est celle de la gestion des équipages, dont on ne peut combler les pertes. Suffren résout le problème comme il peut en faisant tourner les équipages selon les missions et en embarquant des matelots tirés des navires de transport ou des soldats, voire des ouvriers du port et comme cela ne suffit pas, il utilise des marins locaux, les Lascars, ou les Cipayes que lui fournit Haidar Alî.

Suffren gère au mieux ses possibilités. Du 3 novembre au 20 décembre 1782, il fait hiverner sa flotte à Sumatra, dans le port d'Aceh, bien abrité, qui reçoit facilement  du ravitaillement des postes néerlandais voisins de Batavia et de Malacca et qui n’est qu’à vingt jours de navigation de la côte de Coromandel. Cette proximité lui permet de maintenir une pression maximum sur les Anglais. Le 8 janvier 1783, il est de retour sur les côtes indiennes et capture par ruse une frégate anglaise. Son absence n’a pas duré trois mois et sa campagne hors norme suscite l’admiration des Anglais.  

Les rapports rendus par Suffren montrent que la France peut espérer retourner la situation aux Indes à son profit et porter un coup terrible à l’économie anglaise qui tire de très gros revenus de cet immense pays. Aussi le ministre de la Marine, de Castries, s’active pour y expédier des renforts.

Mais l’acheminement de ces derniers connait de multiples déboires. Le premier convoi quitte Brest le 11 février 1782 et traverse l’Atlantique sans encombre. Le second convoi, beaucoup plus faiblement protégé, voit treize des dix-neuf transports ainsi que deux de ses trois vaisseaux capturés le 21 avril 1782, deux jours après leur sortie de Brest. De plus, la croisière doit s’arrêter longuement au Cap car une grosse épidémie s’est déclarée à bord et elle rallie difficilement l’Île-de-France, ne permettant de  faire passer à Suffirent qu'un petit effectif en août 1782, peu avant la prise de Trinquemalay.

Le plus gros des renforts arrive le 11 mars 1783, trente-cinq voiles portant environ 2 500 hommes de troupes escortés par trois vaisseaux et une frégate avec 5 millions pour le financement des opérations futures. Les soldats sont rapidement transférés sur la côte indienne, où les attend avec impatience TipûSâhib, qui a succédé à Haidar Alî, décédé.

Mais cette troupe, qui s’agrège à celle débarquée par Suffren un an auparavant, subit des aléas de commandement : le premier chef, le général Duchemin décède. Son successeur, M. d’Hoffelize, perd des mois en inaction. Le chef suivant, Bussy-Castelnau, est devenu en 1783 un vieillard impotent, qui reste inactif à Gondelour avec ses 5 000 hommes.

L'initiative repasse donc aux Anglais qui ont reçdes renforts et, au mois de mai 1783, une forte armée de 15000 hommes aux ordres du général Stuart engage l'offensive depuis Madras et vient mettre le siégé devant la place. Au large, les forces de Hughes assurent le blocus naval.

À Trinquemalay, l’escadre française est désormais inférieure à l’escadre anglaise. Hughes dispose maintenant de dix-huit vaisseaux, tous doublés de cuivre, alors que Suffirent n'en a que quinze, dont sept seulement sont doublés. En outre, Suffren n'a qu'une confiance incertaine dans les capacités de ses capitaines, et même s’il dispose désormais d’un bon chef d'escadre, les équipages manquent. 

 

Cela n’empêche pas Suffren de lancer son escadre à l’assaut de celle d’Hughes. Il lève l’ancre le 11 juin 1783 pour sauver l’armée de Gondelour pressée par terre et par mer ».

 

À SUIVRE

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CHANGER DE CAP AVANT DE SOMBRER

24 Mai 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

CHANGER DE CAP AVANT DE SOMBRER

Sur une durée un peu plus longue que l’année et demie de crise du coronavirus, l’émergence progressive à compter de la Renaissance de l’esprit scientifique en Europe a modifié radicalement la condition humaine.

 

Le nombre des êtres humains  a suivi l’accroissement des moyens matériels : de 1500 à 1750 on passe de quatre cent soixante à sept cent soixante-dix millions d’hommes sur Terre. Auparavant, il avait fallu quinze siècles pour que la population double, entre l’époque du Christ et la découverte de l’Amérique, de 250 à 460 millions d’habitants. L’accroissement de population s’accélère encore par la suite, puisqu’elle s’est accrue de sept cent soixante-dix millions à plus de sept milliards cinq cent millions entre 1750 à 2020, soit une multiplication par dix en 270 ans. Qui croit que cette croissance va pouvoir se poursuivre sans d’immenses désordres ?

Cette croissance est, bien entendu, directement liée à la révolution industrielle qui s’est traduite par une succession ininterrompue d’innovations techniques qui substituent les machines à l’habileté humaine et qui permettent de remplacer la force humaine et animale par l’énergie mécanique. Le muscle est remplacé par le moteur, la main par la machine, la mémoire humaine par la mémoire informatique. Cette révolution est étroitement  liée à la croissance de l’information.

Toute la dynamique de la révolution industrielle est  fondée sur les innovations générées par un petit nombre d’hommes et aussitôt mises en pratique au profit du plus grand nombre. Cette dynamique a naturellement un coût en termes de déracinement, de bouleversement des modes de vie et désormais de crise sanitaire, un coût qui s’étend au monde entier dès lors que la vague de mutation est sortie de son giron occidental pour toucher toutes les sociétés du monde.

Le monde entier se trouve désormais intégré dans un système condamné à la surenchère : toujours plus de produits, de croissance, de nouveautés, sans que la direction religieuse, philosophique ou politique de cette course ne soit clairement définie par quiconque, d’autant plus que l’objectif individuel prend le pas sur l’objectif collectif de manière spectaculaire, au moins dans le monde occidental.

La situation évolue rapidement. Avant que la mondialisation ne produise d’importants effets pervers, comme l'a montré la crise de la Covid-19, il existait un vague consensus autour de quatre orientations :

  • l’incapacité à imaginer une autre direction que celle de l’économie de marché,
  • la nécessité d’intégrer tous les peuples dans un processus de mondialisation,
  • la validité du système politique démocratique,
  • l’universalité de la notion de droits de l’homme.

Désormais, tous ces principes vacillent presque en même temps:

  • L’économie de marché, du point de vue de la justice, de l’écologie et même de l’efficacité, provoque une profonde perte de confiance dans la validité universelle de ses principes.
  • L’intégration des populations dans le processus de mondialisation perturbe profondément les équilibres internes de sociétés fondées sur des principes séculaires. Vers les zones les plus riches, elle entraîne une migration massive des populations  menacées de disparition, ce qui altère les fondements des cultures qui ont engendré la révolution scientifique et industrielle. A contrario, si la Chine continue à croitre rapidement, c’est qu’elle maintient son homogénéité culturelle.
  • Le système politique démocratique fondé sur les opinions de populations stables et peu nombreuses, résiste mal aux changements de styles de vie. Appliqué à des populations urbanisées et hétérogènes, il doit désormais être piloté par des professionnels de la politique et des medias dont la légitimité est visiblement inconsistante. 
  • Les droits de l’homme appliqués de manière élastique par des sociétés qui en contestent les fondements culturels sont dénoncés comme une arme stratégique de domination, tandis que les inégalités matérielles et éthiques rendent vaine la revendication toute théorique de leur application.

En outre, la mécanique du développement s’enraye d’elle-même. L’explosion démographique s’installe comme une menace qui aboutira à la disparition de l’humanité si elle se prolonge, tandis que son impact sur la  surexploitation des  ressources de la biosphère, engendre à la fois une pollution de moins en moins supportable par l’espèce humaine et l’épuisement des matériaux nécessaires au système de vie de la société post industrielle.

Il semble donc manifeste qu’en ce XXIe siècle, l’humanité se rapproche de ses limites de survie. Il lui faut donc  inventer une nouvelle métamorphose, comme celle de l’agriculture qui suivit la fin de la période de chasse et de cueillette.  Il s’agissait alors de trouver les moyens de croitre démographiquement, alors qu’il faut aujourd’hui trouver ceux qui permettront à l’homme de réduire sa population, sans aller jusqu’à disparaître.

 

La situation est donc énigmatique, mais heureusement pour les perspectives de l’humanité, l’homo faber ne s’arrêtera jamais.  

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SUFFREN EN ACTION

20 Mai 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

SUFFREN

SUFFREN

La campagne américaine se termine par de petits engagements où alternent succès et revers, tandis qu’en Europe, les derniers grands affrontements se déroulent lors du siège de Gibraltar.

 

Gibraltar tient bon depuis 1779 parce que la flotte espagnole s’est montrée incapable depuis trois ans d’intercepter les convois de ravitaillement escortés par la Navy. Les Espagnols, qui bénéficient de l’aide de douze vaisseaux français, en réclament en vain quarante à Louis XVI.  

Le commandement du siège de Gibraltar est confié à un Français, le duc de Crillon, qui retient l’idée de l’ingénieur militaire Le Michaud d'Arçon d’attaquer la place avec des batteries flottantes « insubmersibles et incombustibles ». Dix batteries sont mises en action à partir de septembre 1782, servies par 5200 hommes qui mettent en action 172 canons de 24 dont le déluge de feu doit venir à bout des fortifications anglaises.

Lorsque les batteries flottantes s’approchent du rocher de Gibraltar, soutenues par les quarante-huit vaisseaux franco-espagnols de Cordoba et Guichen, elles sont accueillies par l’artillerie anglaise qui ouvre le feu à boulets rouges depuis des galeries creusées dans la falaise. Contrairement aux espoirs de Le Michaud d'Arçon, le blindage de chêne n’y résiste pas : trois des machines flottantes, touchées dans leurs réserves de poudre, explosent en formant de terrifiants champignons de feu et de fumée et la panique s'empare des autres batteries. Toutes les batteries sont englouties au pied de la falaise, avec plus de 2 000 marins espagnols noyés ou brulés.

Ne reste plus comme solution pour obtenir la reddition de la forteresse britannique qu’à affamer la garnison en bloquant le dernier convoi de ravitaillement anglais, mais le 11 octobre 1782, Howe se joue de la flotte franco espagnole, si bien que la prise de Gibraltar est remise sine die.

En revanche, la campagne des Indes de Suffren est victorieuse. Lorsque Pierre André́ de Suffren appareille de Brest, le 22 mars 1781, il est à̀ la tête d’une division de cinq vaisseaux et d’une corvette chargée d’une opération de diversion. Cette petite force est chargée d'escorter huit navires de transports embarquant un millier de soldats à destination du Cap et cinq navires de commerce pour le Sénégal. Il s’agit de garder ouverte la route des Indes orientales.

Cette première mission est un succès, avec une victoire contre l’escadre de Johnstone qui se ravitaille dans les iles portugaises du Cap Vert, ce qui permet aux Français d’arriver avant les Anglais au Cap. Lorsque Johnstone se présente en juillet 1781 devant Le Cap, il est contraint de se retirer.    

La flotte française reste deux mois et demi en Afrique du Sud afin de réparer les vaisseaux, tandis que Suffren a reçu l’ordre de passer dans l’océan Indien et de joindre ses vaisseaux à ceux de l’Ile-de-France pour revenir en Inde, où le conflit est resté en sommeil après la chute des comptoirs français à l’automne 1978, malgré la défense énergique de Pondichéry par le gouverneur de Bellecombe. Depuis, la flotte française s’était repliée sur l’Ile-de-France où l’on semblait se résigner à attendre tranquillement la fin de la guerre en cours.

L’arrivée de Suffren à l’Île de France, le 25 octobre 1781, change radicalement la donne. L’addition de ses cinq vaisseaux aux six vaisseaux et trois frégates stationnés sur l’île donne aux Français leur plus puissante escadre jamais engagée en Inde, ce qui correspond à la volonté́ du ministre de Castries d’accentuer la guerre dans l’océan Indien. Les ordres sont d’attaquer les Anglais partout où ils se trouvent et de leur causer le plus de dégâts possibles, ce qui convient parfaitement au caractère offensif de Suffren.

L’escadre appareille pour l’Inde le 7 décembre 1781, accompagnée de dix navires de transports embarquant 3 000 hommes et un détachement d’artillerie. Elle est initialement placée sous les ordres de d’Orves qui décède en mer, laissant le commandement à Suffren.  En face, les forces navales sont dirigées par le contre-amiral Edward Hughes qui connait parfaitement les eaux indiennes et  s’appuie sur la base bien équipée de Bombay où il peut se mettre à̀ l’abri de la mousson et y réparer ses vaisseaux alors que Suffren, à deux mois de navigation de l’Ile-de-France, est presque coupé de tout et découvre les eaux indiennes.

Suffren veut détruire les forces anglaises pour rétablir la place que la France occupait en Inde avant les traités de 1763, avec l’aide d’un puissant nabab du sud du pays, Haidar Alî,  qui mène depuis des années une guerre impitoyable contre les Anglais à l’appui de laquelle il sollicite l’alliance française. Suffren dispose d’une nette supériorité́ navale sur Hugues qui n’a que neuf bâtiments  alors que son escadre en possède maintenant douze avec la capture d’un vaisseau anglais.

Suffren et Hughes s’affrontent pour la première fois le 17 février 1782 au large du petit port de Sadras, sur la côte de Coromandel. Suffren, qui cherche à envelopper l’arrière garde anglaise, obtient une réussite partielle qui oblige l’escadre anglaise à fuir, mais ce premier combat met en lumière le manque de cohésion des capitaines autour de Suffren.  

Un deuxième combat intervient deux mois plus tard, le 12 avril 1782, au large des côtes de Ceylan ou Suffren est venu se ravitailler après avoir débarqué́ à Porto Novo les troupes destinées à faire leur jonction avec celles d'Haidar Alî. Hughes est désormais presque à parité́ avec son adversaire. Après de longues manœuvres, le combat s’engage en ligne de file. Comme à̀ Sadras, une partie des vaisseaux seulement suivent les ordres de Suffren et la bataille tourne finalement à la confusion générale, alors que beaucoup de vaisseaux sont très endommagés des deux côtés.

Après cinq heures de canonnade acharnée, les deux protagonistes, les voiles en lambeaux, sont contraints de jeter l'ancre alors que se lève un violent orage tropical à la nuit tombante. Suffren tente pendant une semaine de reprendre le combat, mais Hughes se dérobe et le 19 avril, l’escadre française décroche pour aller réparer et se ravitailler à Batticaloa.

Le troisième affrontement se passe au large de Négapatam, le 6 juillet 1782, alors que Suffren cherche à reconquérir ce comptoir néerlandais. Le combat tourne à la mêlée générale, cette fois à̀ cause du vent qui tourne brutalement et disperse les navires. Trois vaisseaux anglais et deux  vaisseaux français sont gravement touchés. Trois navires français n’ont que peu ou pas participé à l’engagement, ce qui pousse Suffren à démettre de leur commandement  leurs trois capitaines et à remplacer un quatrième pour cause de sénilité.  

Hughes fait retraite et Suffren reste maitre des eaux entre la côte de Coromandel et Ceylan. Suffren appuie dans un premier temps sa logistique sur les petits ports de la région, Porto Novo et Gondelour sur la côte de Coromandel et Batticaloa sur l’ile de Ceylan. Pour tenir plus longtemps, il lui faut une base bien abritée, équipée et facile à̀ défendre. Il décide pour cela d’attaquer Trinquemalay, sur la côte est de Ceylan. L’opération est menée depuis le mouillage voisin de Batticaloa. Elle est montée avec 2 300 hommes combinant cipayes et troupes de marine. Le 26 août 1782, le débarquement se passe sans encombre et les deux forts qui défendent la rade capitulent rapidement,

 

Hughes arrive trop tard pour secourir sa base, mais provoque une quatrième bataille navale, car Suffren l’attaque immédiatement pour essayer encore une fois de l’anéantir.

 

A SUIVRE 

 

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À ALGER, UN RAPPORT DE FORCE HOTELIER

12 Mai 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

À ALGER, UN RAPPORT DE FORCE HOTELIER

Tout était bon, en cette année 1989 qui allait se clore par la chute du Mur de Berlin, pour exalter l’économie de marché et le capitalisme qui va avec, même en Algérie

 

Au moment où Bernard Tapie est en procès pour l’affaire Adidas, je me souviens qu’il réalisait des émissions de TV où il présentait  la création d’entreprise comme une aventure exaltante, émissions que nous présentions fièrement dans notre programme, avant que l’aventure Tapie ne subisse toutes sortes d’aléas.

Les aventures étaient d’un autre ordre à Alger. J’avais découvert que je pouvais être logé ailleurs qu’à l’Hôtel El Djezair, lorsque le chauffeur chargé de mes déplacements m’avait transporté jusqu’à un hôtel situé à une quinzaine de kilomètres d’Alger, me mettant dans une situation d’insécurité physique et sanitaire, car à la localisation dangereuse et incommode de l’hôtel, s’ajoutait un niveau d’entretien loin d’être acceptable. J’avais donc demandé à être logé à nouveau à l’hôtel El Djezair et l’on m’avait assuré que l’on n’y manquerait pas lors de ma prochaine venue à Alger.

Je n’ai pas suffisamment cru à cette promesse pour m’en tenir là. Il m’a semblé que c’était le bon moment pour imposer à mes homologues algériens le respect de leurs engagements, comme ils exigeaient que nous tenions tous les nôtres, à bon droit d’ailleurs. Passant aux actes, j’ai réservé simultanément deux retours, l’un correspondant à la réunion qui devait se tenir à Alger, l’autre prévoyant un retour immédiat aux frais de la partie algérienne et annulant de fait la réunion, si la promesse de me loger correctement n’était pas tenue.

À l’arrivée de l’avion, le pauvre chauffeur s’est lancé dans des explications ampoulées pour m’expliquer que malheureusement ils n’avaient pu me loger que dans l’hôtel exécrable où il m’avait conduit la dernière fois. Je l’ai laissé finir ses justifications pour lui annoncer que, dans ses conditions, je ne pouvais pas rester à Alger et que je reprenais aussitôt l’avion que je venais de quitter, mais dans l’autre sens, d’Alger vers Paris puis Nice.

Finalement, j’ai passé la journée dans l’avion, le programme a supporté des frais supplémentaires et la réunion prévue a du être reportée, mais j’ai modifié les rapports de force. Non seulement je fus mieux logé lors de mes déplacements ultérieurs, mais les engagements ont été mieux tenus de part et d’autre, puisque qu’il me fallait veiller plus que jamais à ne pas être pris en défaut.

Nous nous acheminions donc vers une coopération quasi exemplaire lorsque se tint une réunion de mi-parcours  rassemblant le ban et l’arrière ban des acteurs de notre programme.
Quand j’écris l’arrière-ban, je veux dire qu’aux véritables organisateurs s’était rajouté toute une série d’analystes et de consultants issus des milieux universitaires et administratifs, qui étaient vent debout contre  un programme en contradiction avec les principes qui déterminaient leurs emplois. On y trouvait des économistes et des sociologues, parmi lesquels quelques Français qui avaient ainsi trouvé un travail autour de « l’industrie industrialisante » du professeur grenoblois De Bernis, lequel avait largement contribué à installer en Algérie de magnifiques usines vides, sans débouchés, donc sans production et vides d’employés.

Il leur fallait trouver un angle d’attaque contre ce programme, sans toutefois affronter directement la volonté du Ministre de créer ce projet de formation. Ils crurent identifier la cible idéale, en s’attaquant à moi, seul français présent et coresponsable du programme, en mettant en doute le sérieux de la « partie française », qui n’était pas toujours présente sur le sol algérien pour diriger correctement les formations. Peut-être visaient-ils simplement à me remplacer par un enseignant local.

 

Le sérieux de la partie française ? j’allais leur fournir une réponse en deux temps qui permit de situer nettement la responsabilité  de chacun dans ce programme hélas bicéphale…

 

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UNE GUERRE GAGNÉE QUI TOURNE COURT

9 Mai 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

BATAILLE DES SAINTES (1782)

BATAILLE DES SAINTES (1782)

En Méditerranée, les Franco-Espagnols ont pris Minorque en aoû1781; en Inde, Suffren arrive sur les cotes en février 1782 avec pour objectif de reconquérir les comptoirs français et néerlandais saisis par la Navy. Cependant, c’est toujours dans les Antilles qu’ont lieu les opérations de grande envergure, tant elles sont essentielles au commerce colonial.

 

Leur défaite en Virginie a fait prendre conscience aux Anglais que les Treize Colonies étaient perdues. Un armistice de fait s’installe, préparatoire de négociations de paix qui libère la Royal Navy et lui permet de redresser la tête : en décembre, soit à peine deux mois après la victoire de Yorktown, Le convoi de Brest, mal escorté par Guichen est en partie capturé par Kempenfeld et prive Grasse d’un important ravitaillement alors que son escadre a reçul’ordre d’attaquer la Jamaïque, la plus forte possession anglaise du secteur. Pourtant Guichen n’est pas destitué, le faible Louis XVI l’absolvant de ses erreurs.

En février 1782, un autre convoi part de Brest avec des renforts pour les Antilles et les Indes, tandis que côté anglais l’effort de guerre s’intensifie : tous leurs vaisseaux sont maintenant doublés de cuivre et porteur de caronades, alors qu’aucun navire français ne dispose de cette arme. Insensiblement, la balance des forces navales penche à nouveau en faveur de l'Angleterre.

Quoi qu’il en soit, Grasse, qui dispose encore de la supériorité numérique, assure la protection des convois et cherche à passer à l’offensive avec les troupes de Bouillé. Il attaque Saint Christophe (Saint-Kitts). Le 11 janvier, l’escadre se présente devant la petite ile. Grasse, avec vingt-six vaisseaux, couvre le débarquement tandis que les troupes de Bouillé refoulent la garnison anglaise vers l’intérieur de l’ile. Le 25 janvier, Hood se porte au secours de la position avec vingt-deux navires, réussît à se glisser entre l’escadre française et l’ile, mais  Grasse attaque alors que les Anglais se disposent à jeter l’ancre. Hood réussît finalement à s’échapper, après avoir endommagé plusieurs vaisseaux français. La garnison anglaise capitule le 12 février et les iles voisines de Nevis et Montserrat sont saisies par Barras de Saint-Laurent. Simultanément à ces combats, le comte de Kersaint délivre les établissements néerlandais d'Essequibo et Démérara qui avaient été capturés par les Anglais en 1781. Le 22 janvier, il débarque aussi sur la cote guyanaise une petite troupe qui force les garnisons anglaises à la capitulation.

L’essentiel se joue ailleurs car Hood fait peu de temps après sa jonction avec Rodney qui arrive avec des navires neufs d’Angleterre et prend le commandement général. Ce dernier, qui dispose maintenant de trente vaisseaux concentre ses forces à la Barbade. Grasse regroupe ses unités à la Martinique, soit trente-cinq vaisseaux, et se décide à tenter la conquête de la Jamaïque, en coordination avec les forces espagnoles de l’amiral Don Solano qui dispose de douze vaisseaux et de 15 000 hommes.

Encombré d’un lourd convoi marchand, Grasse prend la mer le 7 avril 1782 pour Saint-Domingue et, le 9 avril, l’escadre anglaise est repérée à l’ouest de la Dominique. La bataille, à la suite d’une série d’incidents tourne à l’avantage des Anglais, tandis que les Français perdent sept grosses unîtes et que l’amiral De Grasse est fait prisonnier. Il sera libéré au bout de quelques mois.

Vaudreuil, qui commande l’arrière-garde ne peut que se retirer pour sauver le reste de l'escadre. Il prend le commandement et Bougainville le rejoint quelques jours plus tard avec l'avant-garde. Les deux hommes font sans encombre leur jonction avec la flotte espagnole et le convoi marchand qui suit, sain et sauf. Le bilan de la journée est extrêmement lourd : 2 000 morts, 7000 blessés et 5 000 prisonniers. C’en est fait du projet de débarquement sur la Jamaïque. La bataille des Saintes rend le sourire à l'amirauté anglaise, tandis que cette défaite provoque un sursaut côté français : le Roi ordonne de construire douze vaisseaux pour remplacer les sept qui ont été perdus.

La bataille des Saintes ne gèle pas totalement les opérations navales. Vaudreuil décide d’attaquer les établissements anglais de la baie d'Hudson, mais il est hors de question de se lancer à la reconquête du Canada, action qui serait perçue comme une rupture de l’alliance avec le gouvernement américain ! Quant à Lapérouse,  qui capture les établissements anglais de la Baie d’Hudson, il est loué  aussi bien pour le succès de l’expédition que pour le traitement humain des prisonniers…

Arrêtons-nous un instant sur la signification de ce petit évènement qu’est la prise de la Baie d’Hudson. Les Français se refusent à reconquérir le Canada pour de profondes raisons stratégiques, car ce dernier compte moins que les Antilles dans la France de 1782, mais aussi parce qu’ils ne veulent pas se fâcher avec les futurs Etats-Unis, qui pourtant leur doivent l’indépendance. D’autre part, on se loue à Paris de l’humanité de Bougainville envers ses prisonniers anglais, tandis que les Anglais maltraitent sans vergogne les cinq mille prisonniers de la bataille des Saintes, qui mourront presque tous du fait des mauvais traitements qu’ils subissent.

 

La France révèle ainsi la faiblesse de sa volonté stratégique alors qu'elle a les moyens d'agir, se couchant devant ses alliés américains, espagnols et hollandais et s'attendrissant sur le sort de ses prisonniers. On ne peut que constater que la grandeur morale de la France constitue une faiblesse majeure face à l'impitoyable détermination anglaise. 

 

À SUIVRE

 

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À ALGER, DES CONTRADICTIONS, DES TENSIONS

5 Mai 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

L'HÔTEL EL DJEZAÏR À ALGER

L'HÔTEL EL DJEZAÏR À ALGER

J’étais donc chargé de mettre en place, dans le cadre du CNAT, un cycle de formation à la gestion destiné à un groupe d’ingénieurs rattachés au Ministère de l’Équipement algérien. Une expérience très formatrice, pour moi en tout cas.

 

J’ai commencé par le processus d’obtention du visa algérien, payant et bien bureaucratisé ; heureusement, le Consulat et la résidence même du Consul se trouvaient être mes voisins. Puis je me suis rendu sans difficulté à Alger, où j’ai été logé dans l’un des meilleurs hôtels de la ville, l’Hôtel El Djezaïr, l’ancien Hôtel Saint-Georges, qui a abrité toutes les célébrités de passage à Alger depuis des décennies.

Nous étions en 1988, trois ans avant le début de la guerre civile, sous la présidence de Chadli Bedjedid. L’hôtel était déjà très protégé, avec des contrôles stricts à l’entrée et de nombreux véhicules militaires sur son parking.

On ressentait donc une certaine tension.

La réunion préalable à l’organisation de la formation mobilisa de nombreux responsables, surtout administratifs mais aussi politiques, au premier rang desquels nous vimes le Ministre de l’Équipement. On convint d’une direction bicéphale, lourde d’ambiguïté et donc de conflits.

D’un côté, un responsable du CNAT était chargé de la mobilisation des cadres destinés à être formés et je savais que ce n’était pas facile de les distraire de leurs tâches quotidiennes alors qu’ils intervenaient sur tout le territoire algérien. Il était aussi chargé de l’organisation matérielle des cours et de l’assistance aux enseignants étrangers envoyés à Alger. D’un autre côté, j’étais chargé de l’organisation pédagogique du programme, de l’encadrement des enseignants et de la délivrance du diplôme.

Tout cela se mit en place sans précipitation excessive de part et d’autre, d’autant plus que notre réunion se tint avant le Ramadan qui débuta le 7 avril, il y eut ensuite une courte période avant les vacances d’été peu propices au démarrage de la formation et nous commençâmes les  cours en octobre 1989.

Tous les professeurs que nous avions sollicités n’étaient pas enthousiastes pour venir donner des cours à Alger, surtout en raison du sentiment d’insécurité diffus qui régnait dans la ville. Certains se désistèrent et furent remplacés par de plus courageux comme Jean-Marie Peretti, ce qui fut à l’origine d’une amitié durable. D’autres, intrépides, comme Michel Kalika, n’hésitèrent pas à se transformer en preux chevaliers de l’économie de marché et du capitalisme provoquant un incident tragi-comique avec la « partie » algérienne comme on disait.

Alors que ce dernier  développait une étude de cas comme il en a le secret sur la stratégie d’une grande entreprise capitaliste, je crois qu’il s’agissait de Total,   ce qui heurtait la sensibilité de cadres qui étaient tous plus ou moins passés  par la grande entreprise nationale algérienne qu’est la Sonatrach, ces cadres déclarèrent qu’ils étaient contre le capitalisme et que par conséquent ils ne voulaient plus rien entendre sur ce sujet et refusaient tout de go de passer l’examen relatif à cette matière.

Lorsque mon homologue algérien me fit part de cette révolte, je lui fis remarquer que tout le programme, à la demande des autorités algériennes, était conçu pour initier à l’économie de marché les cadres sélectionnés pour la formation. Aussi, s’il approuvait la position des stagiaires, il convenait d’en prendre acte pour demander au Ministre de mettre fin à la formation pour cause d’incompatibilité idéologique de ses propres cadres avec le sujet qu’il avait lui-même initié.

À vrai dire, si les responsables algériens en assumaient la responsabilité, je n’aurais pas été fâché de devoir stopper le programme en cours de route alors que j’étais sollicité par deux autres programmes que je mettais en place en même temps, en Bulgarie et en Chine.  

Mais mon attente fut déçue, car ma position ferme mit définitivement fin à cette rébellion idéologique de façade et les stagiaires acceptèrent, de bonne grâce semble t-il, de reprendre la formation et de se prêter à l’examen organisé par Michel Kalika.

 

D’autres incidents, tout aussi spécifiques à la comédie de boulevard que mettaient ensemble en scène les autorités françaises et algériennes à un niveau souvent subalterne,  m’attendaient avant la fin du programme.

 

À SUIVRE

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