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Le blog d'André Boyer

Avant les surprises de 2012...

31 Décembre 2011 Publié dans #ACTUALITÉ

...Un petit regard en arrière sur les surprises de 2011 et les leçons que l'on peut en tirer: 

annee.jpegLa révolte des peuples arabes : sans l’aide de personne, la Tunisie s’est révoltée contre son dictateur qui a pris sagement et rapidement le large. Après une période un peu désordonnée, le pays s’est doté d’une assemblée constituante dans laquelle domine le parti Ennahda. En Egypte, c’est une autre affaire. Le président Moubarak est en voie d’être jugé, l’armée tente de garder le pouvoir et les élections ont porté au pouvoir les Frères Musulmans et les Salafistes. Au Yémen le vieux chef s’en va et en Syrie le régime vacille sur ses bases.

     La leçon que l’on peut en tirer ici, c’est que ces vieilles dictatures, qui n’avaient plus que la police et des armées mercenaires comme appuis, sont désormais incapables de survivre. De nouveaux pouvoirs plus légitimes au regard  de populations plus jeunes et mieux au fait des évolutions du monde se mettent en place. Ce que seront ces pouvoirs, il est trop tôt pour le savoir et il nous faudra plus que toute l’année 2012 pour saisir la direction qu’ils vont prendre. 

   Accessoirement, j’ai observé le sans gêne de l’État français dans ses interventions en Afrique. Il ne s’est pas gêné pour virer Gbagbo par la force et installer à Abidjan le gouvernement qui lui convenait. Puis il s’est lancé dans une guerre punitive contre Kadhafi qu’il a éjecté du pouvoir. Non seulement l’impérialisme français n’est pas mort, mais en plus il a bonne conscience et la chance de s’appuyer sur une armée française extraordinairement expérimentée. Il est vrai que la France a probablement la plus longue tradition militaire du monde.

La catastrophe de Fukushima : elle restera probablement comme l’événement majeur de l’année 2011. Nous avons appris à cette occasion que toutes les précautions du monde ne pouvaient rien contre les catastrophes naturelles. On en a tiré la conséquence qu’il fallait renoncer à l’énergie nucléaire. Cela a été la décision des Allemands, qui, ces temps-ci, nous imposent leurs vues non du fait de leur volonté mais de celui de leur taille et de leur proximité.  Nous verrons ce qu’il en sera dans le futur, encore qu’il soit évident que les questions écologiques seront de plus en plus prégnantes dans la vie des êtres humains.

     Cette catastrophe nous a aussi rappelé combien le peuple japonais est extraordinaire et, je le pense, admirable. Nous redécouvrons que chaque Japonais, ou presque, est prêt à se dévouer pour la collectivité et à accepter son sort. Comme un défi, une de mes anciennes étudiantes japonaises m’a adressé, avec ses vœux, un dépliant touristique intitulé : « Everybody, Welcome to Fukushima ! ». Je ne l’ai pas pris pour une provocation, mais comme un appel à la solidarité. Oui, il serait bon que nous soyons solidaires des Japonais…

L’Euro, l’Euro, j’en ai assez d’écrire sur l’Euro et je pense que vous en avez également assez de lire mes prédictions apocalyptiques. Mais il reste que l’Euro, après avoir  fait tourner en bourrique les économistes, a finalement fait chavirer les économies européennes. Nous voilà maintenant en récession, en dépression peut-être, entraînant le monde entier dans la crise parce que, la croissance ayant été freinée par l'Euro, nos États ont accumulé d’énormes dettes pour y pallier qu’ils ne parviennent plus à rembourser.

   Et nous, nous découvrons, ébahis, que nos dépenses ont été financées par le « marché » qui, puisqu’il est inquiet, en profite pour accroître les taux d’intérêt et nous plonger un peu plus dans la crise. Mais qui a autorisé nos gouvernants à nous mettre à la merci des « marchés ? Je crois que 2012 verra cette crise se résoudre grâce à la prise de conscience collective de l’absurdité politique de cette situation et en revanche je ne crois pas du tout que nous allons rembourser ces montagnes de dettes.

 

Maintenant arrive 2012. Il est inutile de faire des prévisions, car rien d’important n’est prévisible et tout ce qui est prévisible est sans importance. Mais au fur et à mesure des événements, je suis sûr qu'elle nous apportera matière à réflexion pour mieux saisir où nous devons porter nos pas, 

C’est en quoi je vous souhaite une bonne année 2012, pleine de surprises, pleine de vie en somme !

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Un homme qui nous fait honneur

28 Décembre 2011 Publié dans #HISTOIRE

 

Le 28 novembre 2011, Hélie Denoix de Saint-Marc a été fait Grand-croix de la Légion d’honneur. C’est un événement extraordinaire pour qui connaît la vie de cet homme remarquable, condamné pour rébellion, dégradé, privé de sa Légion d’Honneur en 1961 et incarcéré durant cinq années à la Prison de Tulle : on peut donc à la fois faire partie des vaincus de l’histoire et être honoré par la République.

 

 

bonin.jpgCertains le regretteront en soulignant que c’est un rebelle à la République qui est honoré. D’autres souligneront le caractère probablement électoraliste de la remise de sa décoration par le Président de la République dans la cour des Invalides. Pour ma part, c’est la reconnaissance désormais universelle de cet homme de courage, de foi et de dignité, quinze fois décoré, que je souhaite souligner.

Hélie Denoix de Saint Marc est né le 11 février 1922 à Bordeaux. Il entre de manière active dans un réseau de la Résistance dés février 1941, à l'âge de 19 ans (deux ans après, François Mitterrand en était encore à recevoir la Francisque du Maréchal Pétain). Dénoncé, il est déporté au camp de Langeinstein-Zwieberge où il bénéficie de la protection d'un mineur letton qui lui sauve la vie en partageant avec lui la nourriture et en assumant l'essentiel du travail à sa place. Lorsque le camp est libéré, Hélie de Saint Marc fait encore partie des trois pour cent de survivants, mais il gît inconscient dans la baraque des mourants et il  a perdu la mémoire. 

Il a vingt-trois ans, il prépare l'École spéciale militaire de Saint-Cyr et part en Indochine en 1948 avec la Légion Étrangère. Affecté au poste de Talung, à la frontière de la Chine, au milieu du peuple Tho[1]. Les troupes chinoises de Mao Tsé-toung exercent une pression de plus en plus forte à la frontière, ce qui contraint l’armée française à évacuer le poste et à abandonner le peuple Tho à son sort. Il lui faut donner des coups de crosse sur les doigts des villageois et des partisans qui veulent monter dans les camions, une scène qui se reproduira massivement en Algérie en 1962 aux dépens des harkis. Les survivants qui parviennent à rejoindre les troupes françaises repliées lui raconteront le massacre de ceux qui avaient coopéré les Français. Hélie de Saint-Marc n’a jamais oublié cet abandon qu’il appelle sa blessure jaune.

Lorsqu’il retourne en Indochine au sein du 2e BEP (Bataillon Etranger de Parachutiste) en 1951, c’est pour assister au désastre du repli des troupes françaises de la RC4 qui voit l'anéantissement du régiment frère, le 1er BEP. Il commande alors la 2e CIPLE (Compagnie indochinoise parachutiste de la Légion étrangère) constituée principalement de vietnamiens. C’est à cette époque qu’il fait la rencontre de trois hommes remarquables, qui disparaîtront tous avant la fin de la Guerre d’Indochine :

Le général de Lattre de Tassigny, haut-commissaire et commandant en chef en Indochine du corps expéditionnaire français en Extrême-Orient de 1950 à sa mort. Épuisé par le surmenage, il ne survit pas longtemps au décès de son fils Bernard, tué au cours de la campagne d'Indochine. Mort à Paris le 11 janvier 1952, il est élevé à la dignité de maréchal de France à titre posthume.

 - Le chef d’escadron Rémy Raffalli, un niçois, commandant du 2e BEP, dont un camp militaire en Corse porte le nom. Mort en héros. Après avoir passé ses ordres au commandant Bloch, il commande une dernière fois son bataillon et se porte en première ligne où une balle sectionne sa moelle épinière. Transporté à Saigon, le message radio du 10 septembre 1952 est célèbre. Alors que le 2e B.E.P. est en pleine opération les postes-radio de ses commandants de compagnie grésillent: « Tous de Soleil, tous de Soleil, répondez. ». Lorsqu’ils répondent les uns après les autres, ils entendent le message suivant : « Le commandant est mort... la nuit dernière... à Saigon... »

 - L'adjudant Bonnin (auquel pour lui rendre hommage, j’ai consacré la photo de ce blog) dont il écrit ceci : « nom légion : Bonnin, adjudant à 27 ans (très rare) passé obscur, la plus belle figure militaire que j'ai connue. Saute sur une mine le 10 février 1952, avant de mourir dit au cdt de St Marc : « Il vaut mieux que ce soit moi qu'un de mes hommes », 3 séjours en Indo et 16 citations. » C’est à lui qu’Hélie de Saint- Marc a dédié son ouvrage « Les sentinelles du soir ».

 

 

 

À la guerre d’Indochine, perdue, succède pour Hélie de Saint-Marc la période de la Guerre d’Algérie, qui sera l’objet d’un blog suivant.

 

 

NB : je dédie cette série de blogs consacrés à Hélie de Saint-Marc à mon ami Jean-Louis Hautier, trop tôt disparu, qui admirait à juste titre l’homme Hélie de Saint-Marc et qui se serait très fortement réjoui du juste retour du balancier historique en sa faveur qui vient d’avoir lieu.

 

 

[1] Qui fait partie du groupe ethnique des Viets-Muongs. Les Tho sont aujourd’hui 68 000, soit un pour mille de la population du Viet-Nam. 

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Fable de Noël

24 Décembre 2011 Publié dans #INTERLUDE

ane-et-chien.jpg

Il se faut entr'aider, c'est la loi de nature :

L'Ane un jour pourtant s'en moqua :

Et ne sais comme il y manqua ;

Car il est bonne créature.

Il allait par pays accompagné du Chien,

Gravement, sans songer à rien,

Tous deux suivis d'un commun maître.

Ce maître s'endormit : l'Ane se mit à paître :

Il était alors dans un pré,

Dont l'herbe était fort à son gré.

Point de chardons pourtant ; il s'en passa pour l'heure :

Il ne faut pas toujours être si délicat ;

Et faute de servir ce plat

Rarement un festin demeure.

Notre Baudet s'en sut enfin

Passer pour cette fois. Le Chien mourant de faim

Lui dit : Cher compagnon, baisse-toi, je te prie ;

Je prendrai mon dîné dans le panier au pain.

Point de réponse, mot ; le Roussin d'Arcadie

Craignit qu'en perdant un moment,

Il ne perdît un coup de dent.

Il fit longtemps la sourde oreille :

Enfin il répondit : Ami, je te conseille

D'attendre que ton maître ait fini son sommeil ;

Car il te donnera sans faute à son réveil,

Ta portion accoutumée.

Il ne saurait tarder beaucoup.

Sur ces entrefaites un Loup

Sort du bois, et s'en vient ; autre bête affamée.

L'Ane appelle aussitôt le Chien à son secours.

Le Chien ne bouge, et dit : Ami, je te conseille

De fuir, en attendant que ton maître s'éveille ;

Il ne saurait tarder ; détale vite, et cours.

Que si ce Loup t'atteint, casse-lui la mâchoire.

On t'a ferré de neuf ; et si tu me veux croire,

Tu l'étendras tout plat. Pendant ce beau discours

Seigneur Loup étrangla le Baudet sans remède.

Je conclus qu'il faut qu'on s'entr'aide.

 

LE LOUP ET LE CHIEN, JEAN DE LA FONTAINE, FABLES, LIVRE VIII, 1678

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L'aventure au bureau (bis)

19 Décembre 2011 Publié dans #INTERLUDE

Vous pouvez relire le texte publié le 8 septembre intitulé « l’aventure au bureau »: cela s'est à nouveau produit ce soir, vers 19 heures 30!

Fantomas a encore sauté, cette fois ci dans la nuit et le vent sur un sol durci par le froid.

La leçon de cette histoire recommencée est que l'aventure est toujours présente, cachée dans les moindres replis de la vie, prête à sourdre doucement, comme une source dans un labyrinthe… 

On pourrait aussi reprendre cette magnifique image de Jules Renard qui écrivait que les papillons ne sont que "des billets doux pliés en deux cherchant l'adresse d'une fleur"...

En ce sens, ne sommes nous pas tous dans la vie des papillons à la recherche de l'adresse d'une fleur?


 

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Footnote

18 Décembre 2011 Publié dans #INTERLUDE

Je suis allé voir, il y a quelques jours, « Footnote » de Joseph Cedar qui était projeté dans une petite salle du Rialto à Nice, en version originale sous-titrée. Je n’ai pas été gêné par les autres spectateurs : j’étais tout seul.

 

Footnote-Film.03.jpgIl est vrai qu’à priori ce n’est pas un film grand public: l’histoire concerne une famille de chercheurs, les Shkolnik, père et fils, qui partagent le même champ d'étude, le Talmud, l'un des textes fondamentaux du judaïsme. La relation entre Eliezer, le père, et son fils Uriel, souffre de la différence de reconnaissance dont ils jouissent dans le monde académique : alors que le fils accumule les récompenses universitaires, ce n’est pas le cas du père qui a pourtant voué sa vie à examiner avec minutie des manuscrits anciens.

Il est vrai qu’Eliezer est la victime d’un de ses confrères, Yehuda Grossman, qui le poursuit par jalousie d'une haine tenace depuis des lustres. Il y a de quoi, en effet : un auteur majeur a cité les travaux d’Eliezer et non les siens dans une note de bas de page d’un ouvrage de référence ! La passion de Yehuda Grossman consiste à rechercher en permanence  ce qui peut rabaisser son confrère Eliezer Shkolnik. C’est ainsi, qu’il intrigue pour faire attribuer le Prix Israël, que convoite en vain depuis deux décennies Eliezer, à son fils Uriel…

Mais un grain de sel se glisse dans cette machination bien universitaire : la Ministre de la Culture félicite par erreur le père de l’attribution du prix. Yehuda Grossman imagine alors un piège  encore plus cruel. Il convoque le fils devant le comité de sélection qu’il préside pour l'informer de la méprise et lui demander d’en informer lui-même son père !

On observe ainsi, au cours d’une réunion hallucinante, les échanges extrêmement tendus entre des universitaires dont les passions et les haines recuites sont mises à nu. Mais le fils refuse le marché qui l’obligerait à commettre l’assassinat moral d’un père qu’il admire en échange du prix. Au contraire, il y renonce à jamais, ruinant les calculs de l’horrible professeur Grossman. C’est le moment que choisit son père, interviewé  avant la remise du prix, pour manifester la jalousie que lui inspire les succès de son fils, avant de comprendre qu’il ne doit ce prix qu’au sacrifice de ce dernier.

Il est alors pris  en tenaille entre son amour proclamé de la vérité qui devrait l’amener à renoncer à un prix qui lui est attribué par erreur et sa soif de reconnaissance. Et c’est cette dernière l’emporte…

 

« Footnote », comme tous les bons films, peut être vu sous plusieurs angles : le conflit entre le père et le fils, le paradoxe de consacrer sa vie à lutter contre la moindre erreur dans les textes talmudiques et le fait de ne devoir son prix qu’à une erreur commise par une standardiste du Ministère de la Culture. Quelle est la valeur de la notion de vérité ? Ne doit-on pas avoir l’humilité d’accepter les erreurs ?  Qu’est ce qui compte le plus, l’amour familial ou l’étude du Talmud ? 

Personnellement, ce film me paraît également utile au sens où il montre la violence des rapports humains au sein de l’université, une violence qui occulte chez certains universitaires la passion de la science et l’intérêt porté aux étudiants qui devraient en principe être le moteur de leur vie professionnelle…  

 

Il reste que le thème le plus universel  abordé par le film réside probablement dans les contradictions de l'âme humaine, qui conduit chacun d’entre nous, aussi vertueux et désintéressé qu'il se proclame, à succomber à la soif de reconnaissance...

 

 

 

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Travailler dans une entreprise francaise

15 Décembre 2011 Publié dans #ACTUALITÉ


Certains disent que les employés français sont fainéants, d’autres qu’ils sont particulièrement productifs. Ce qui ne va pas, à coup sûr, ce sont les rapports hiérarchiques qui expliquent nombre de dysfonctionnements dans les entreprises et les administrations.

Parachute.jpegChaque année, Sophie de Menton organise un événement appelé « J’aime ma boîte » à Paris. Son principe consiste à combattre l’idée reçue que les Français n’aiment pas leur travail. Le malheur, c’est que cette manifestation tombe souvent à plat : En 2007, une grève nationale a interrompu la fête et en 2009 une série de suicides chez France Télécom a gâté l'ambiance. Les sondages contredisent aussi le volontariste « J’aime ma boîte », puisque l’un d’entre eux nous indique que cette année seulement 64% des personnes interrogées déclarent indiquer qu’elles « aiment leur boîte », contre 79% en 2005.

Nous avons d’autre part une bonne indication du rapport frondeur des employés français avec leur entreprise lorsque nous apprenons que des employés de GDF-Suez ont recouvert les fenêtres de leurs bureaux du siège social de leur entreprise avec de grands panneaux couverts de Post-it qui représentaient Tintin. C’est ce qui a incité les employés de banque de la Société Générale, dont le siège se trouve en face de celui de GDF-Suez à la Défense, à répliquer par une image d'Astérix et Obélix qui s’étalait sur six étages. Les patrons de ces deux entreprises n’ont pas vraiment apprécié... 

Peut-on en conclure que les employés français sont simplement  des paresseux ? Le  livre polémique « Absolument Dé-bor-dée! » décrit comment les fonctionnaires des collectivités locales essaient d’en faire le moins possible. Un autre livre, intitulé  « Bonjour Paresse » écrit par l’économiste Corinne Maier, explique comment cette dernière est parvenue à ne rien faire du tout au sein d’EDF, tout en étant un cadre bien rémunéré.

Ces deux livres laissent plutôt penser que les employés français sont moins fainéants que mal gérés. Au plan de leur rapport au travail, il semble au contraire, selon un rapport récent publié  par le Forum économique mondial, que les Français aient une éthique de travail beaucoup plus élevée que celle des Américains, des Britanniques ou des Néerlandais.

De plus, les employés français sont en général satisfaits de leur travail, tout en exprimant un profond mécontentement quant à la manière dont ils sont gérés dans leurs entreprises ou administrations. Selon une étude de 2010 publiée par BVA, un tiers seulement des travailleurs français déclarent qu'ils ont des relations amicales avec leurs supérieurs hiérarchiques, contre les deux tiers des employés américains, britanniques et allemands.

Cela provient sans doute des méthodes particulières de management des entreprises françaises. La grande majorité des dirigeants de grandes entreprises proviennent en effet de quelques grandes écoles, comme Polytechnique, l’ENA ou HEC. Leurs diplômés sont souvent « parachutés » à la tête des grands groupes français. Par exemple, Air France KLM a annoncé le mois dernier l’arrivée, on devrait plutôt écrire le parachutage, d’un nouveau directeur général, Alexandre de Juniac, arrivant de la Lune ou plus exactement de l’ex-cabinet de Christine Lagarde, l’ancienne ministre des Finances et pas du tout du sérail de l’entreprise.  

Certes, l’entrée dans les grandes écoles s’effectue à l’issue d’un concours difficile, mais la récompense en est exorbitante : toute sa vie, on est « sorti » de Polytechnique, ce qui vous donne des droits imprescriptibles à diriger vos prochains dans les administrations et les grandes entreprises françaises. Il arrive couramment que des concurrents pour un poste se jettent à la figure leurs classements respectifs à l’entrée de leur école, classement intervenu des dizaines d’années auparavant, comme c’est intervenu récemment dans une grande banque française par un cadre supérieur évincé d’un poste qui contestait la nomination de son rival au motif que son classement au concours d’entrée à Polytechnique était meilleur que celui de son rival !

C’est cette fermeture que dénonce l’économiste Thomas Philippon dans « Le Capitalisme d'Héritiers » (2007). Pour lui, trop de grandes entreprises françaises sont dirigées par les élites  issues des grandes écoles plutôt que par des cadres promus en interne en raison de leur efficacité au travail. Si, pour les entreprises familiales françaises, on y ajoute que les possibilités de promotion  sont bloquées par les membres de la famille, on observe en France un manque global de mobilité ascendante qui participe fortement  à l'insatisfaction constatée des cadres français. Une étude de la TNS Sofres (2007) a ainsi montré que la France se distinguait des autres grandes économies par le manque d’implication vis-à-vis de l’entreprise de ses cadres intermédiaires comme de ses employés. Ces mauvaises relations entre les managers et les employés peuvent avoir un effet important sur la productivité.

En effet, les entreprises françaises sont fortement hiérarchisées et ne connaissent guère la notion d’« empowerment». De plus, il s’est produit récemment un changement négatif dans le management des entreprises françaises puisqu’un diplômé de grande école aurait travaillé dans la production avant de rejoindre le siège, il y a seulement quinze ans. Maintenant, beaucoup viennent au siège à partir de la finance ou de la stratégie.

Il existe cependant des exceptions, comme celle de Danone qui s’efforce de promouvoir les cadres en se fondant uniquement sur leur compétence ou celle d’Alcatel-Lucent qui encourage le télétravail, ce qui est encore rare en France car il implique de faire confiance aux employés.

Il reste aux dirigeants français issus des Grandes Écoles à se faire hara-kiri en promouvant les cadres issus du rang… 

À partir d’un article de « The Economist » du 19 novembre 2011

Alexandre Begougne de Juniac est né le 10 novembre 1962 à Neuilly-sur-Seine.

Formation :

École Polytechnique (entrée en 1981).

ENA (1988, promotion « Michel de Montaigne »)

Parcours professionnel :

Auditeur au Conseil d’État (1988, 26 ans)

Maître des Requêtes (juillet 1991, 29 ans)

Conseiller technique (1993-1994, 31 ans) puis directeur adjoint, chargé des questions relatives à la communication au cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère du Budget.

Diverses fonctions de direction au sein de Thomson SA (1995) et de Thalès 1998-2009). 

Directeur de cabinet (2009-2011, 47 ans) de Christine Lagarde, ministre de l'Économie, de l'Industrie et de l'Emploi.

Directeur général d'Air France-KLM et président-directeur général d'Air France (octobre 2011, 49 ans).

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La corde se tend...

11 Décembre 2011 Publié dans #ACTUALITÉ

Il arrive un moment où tout devient clair dans une situation qui apparaissait longtemps brouillée. Les relations de cause à effet deviennent apparentes, la solution apparaît à l’horizon, il suffit de se laisser guider par la lueur de plus en plus vive qu’elle dégage.

stretched.jpgOn l’observe au bridge comme aux échecs, sur un champ de bataille comme dans une négociation longtemps embrouillée. C’est désormais le cas de la crise qui se développe en Europe.

Nous démêlons dans ce blog les fils de la situation française, des fils très similaires à ceux qui se tissent dans les autres pays de l’Union Européenne. Ce sont des fils qui se tendent chaque jour un peu plus. Inévitablement, ils se rompront lorsque la tension deviendra trop forte. C'est alors que la crise, après un instant de paroxysme, sera résolue. 

Observons l’état de la tension de ces fils, un par un :

Fil no 1, l’accroissement du fédéralisme européen : les dirigeants de l’Union Européenne ont dramatisé la situation pour monter d’un cran le niveau de fédéralisme : pour sauver l’Euro, disent-ils, il faut obliger les États à réduire, sous contrainte centralisée, le déficit budgétaire. La relation entre le sauvetage de l’Euro, la réduction des déficits et la contrainte centralisée n’est nullement avérée, comme on le constatera en examinant les autres fils. Mais ce qui est acquis, c’est que s’est créée une nouvelle tension politique entre les partisans et les adversaires du fédéralisme européen qui ne demande qu’à grimper  avec la pression fiscale et sociale exercée sur les populations. Les partisans du fédéralisme répéteront alors que ce sera encore pire si ces contraintes se relâchent tandis que les adversaires dénonceront l’inutilité sinon la nuisance de contraintes supplémentaires. Jusqu’où ira la tension, vers encore plus de fédéralisme ou moins de fédéralisme ? 

Fil no 2, le déficit budgétaire : du fait du fil no 1 qui vient d’être tissé, sa  réduction, qui signifie l’accroissement des impôts et la réduction de la dépense de l’État, est désormais imputable aux nouvelles règles fédérales. Cette réduction sans croissance, puisque la situation économique et monétaire dans laquelle se trouve plongée les pays de la zone Euro interdit toute relance, va accroître les tensions économiques et sociales. Comment peut-on imaginer que cette tension va se réduire dans les quelques années qui viennent ? Jusqu’où ces tensions seront-elles considérées comme acceptables ? Or, si les taux d’intérêts montent en raison de la dégradation prévue de la dette de la France (voir fil no 4) ou si la croissance devient négative par excès de rigueur et par les réactions de défense de la population, cette tension budgétaire peut devenir en quelques mois insupportable…

Fil no 3, le déficit du commerce extérieur : pour la France, il devrait atteindre 77 milliards en 2011, en accroissement constant depuis 10 ans, période à laquelle il était à l’équilibre ou légèrement excédentaire. On peut envisager à long terme une amélioration de la compétitivité de l’économie française par des changements structurels, mais à moyen terme son redressement implique  une protection douanière ou une baisse du prix d’exportation des produits français. La première est exclue du fait des règles de l’OMC et de l’UE et la seconde du fait de l’existence de l’Euro. Jusqu’où peut-on accroître le déficit sans que ne se trouve posée la question du choix entre l’Euro et le rétablissement de la compétitivité de l’économie française ?

Fil no 4, le partage des revenus entre les détenteurs de capitaux et les emprunteurs :  Au fur et à mesure que la charge de la dette augmente, les premiers s’inquiètent des possibilités de remboursement des seconds, tandis que les seconds mettent en question la légitimité des premiers à fixer les intérêts et à exiger le remboursement intégral des sommes prêtées. Jusqu’où la tension entre prêteurs et emprunteurs peut-elle s’accroître avant que ne soit mis en question le remboursement des dettes elles-mêmes?

On observe donc que les logiques actuellement en oeuvre ne peuvent qu'accroître les tensions, si l’Europe continue sur sa pente fédérale naturelle, si les États s’obstinent, sous la houlette européenne, à rétablir l’équilibre des finances publiques par plus de rigueur, si le maintien de l’Euro est obtenu au détriment de la compétitivité des économies du sud de l’Europe, ou si les emprunteurs, qui ont eux mêmes défini les taux d’intérêt des emprunteurs en fonction du risque qu’ils estiment subir, exigent le remboursement intégral des créances.

Or, aucun des quatre fils ne pourra résister indéfiniment à l’augmentation illimitée de sa tension. Le fil no 1, politique, conduit à la remise en cause durable de l’objectif fédéraliste européen en raison des règles de plus en plus contraignantes qu’il veut imposer. Le fil no 2, la recherche de l’équilibre budgétaire, est gros de mouvements sociaux. Le fil no 3, le déficit commercial, contient en germe la nécessité d’une dévaluation des pays du sud de l’Europe. Le fil no 4, celui de l’équilibre des forces entre prêteurs et emprunteurs, conduit à un moratoire des dettes.

Aussi peut-on conclure que l’état de crise actuel conduit plutôt, après la période de forte tension dans laquelle l’Europe est actuellement plongée, à une nouvelle situation qui aura pour but de permettre aux différentes parties, États, banques, entreprises, salariés, de pouvoir conduire leur destin plutôt qu’à se contenter d'obéir aux injonctions, qu’elles viennent du « marché » ou des technocrates de toute obédience.   

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Apocalypse III

8 Décembre 2011 Publié dans #ACTUALITÉ

À l’objection de Paul Couturier observant que cette crise n’est que l’expression d’un déplacement de pouvoir et de richesse de l’Europe et des États-Unis vers l’Asie et non la fin du capitalisme ? Paul Jorion oppose une autre vision du développement des pays émergents.  

Paul JorionPour lui, ce qui a permis le développement de ces pays, c’est l’exploitation des richesses de la terre et n’importe quel système pouvait le faire. Quant au point de vue de Paul Couturier, il n’est que celui d’un représentant d’un système qui est en train de s’effondrer et qui n’est pas heureux de cette perspective. Le système actuel a entrainé une surexploitation des ressources du monde et à accroitre les inégalités. Quel sera le prochain système ? Paul Jorion avoue qu'il n’en sais rien, mais ce qu'il observe, c’est que tout le savoir du dernier carré des économistes fidèles au système actuel n’a rien produit de positif.

Il repète ce qu'il observe : ce système ne marche plus. Il observe que c’est la panique au sommet et en même temps qu’il y a un certain nombre de gens à qui on demande de déclarer que ce n’est pas la panique au sommet parce que ce n’est pas bon pour la population. Lui, il ne fait pas partie de ces gens et  se contente de répèter qu’il est urgent de penser tous ensemble à ce qui va succéder à ce système.

Marc Voinchet demande à Paul Jorion quelles sont les solutions, parmi celles qui sont proposées par les politiques, qui lui paraissent offrir des perspectives ? Ce dernier répond  que, pour lui, il faut casser la machine à concentrer la richesse, il faut éviter que le prochain système reconstitue une aristocratie. En 1789, il y avait une aristocratie qui était fondée sur la possession de la terre, et la Révolution a abouti à la reconstitution d’une nouvelle aristocratie fondée sur l’argent à la place de la terre. En 1917, on a fait une révolution en Russie qui a abouti à une bureaucratie qui est devenue à son tour une aristocratie. Désormais, il faut parvenir à casser la machine à reproduire des aristocraties, car lorsqu’un tiers du patrimoine appartient à un pour cent de la population comme aux États-Unis, la machine ne plus fonctionner. En effet, cette richesse concentrée entre trop peu de mains ne peut pas être investie dans la production, car l’immense majorité de la population ne dispose plus du coup d’assez de revenus  pour consommer; aussi se reporte t-elle sur la spéculation, ce qui déséquilibre le système des prix.

Si on ne se rend pas compte que ce système est grippé en raison de la concentration des richesses, alors on ne peut pas avancer. Or c’est ce que l’on fait en ce moment. On ne veut pas toucher aux privilèges des plus riches. On l’a bien vu en 2008, lorsqu’il y avait une fenêtre d’opportunité pour résoudre la crise, et que l’on n’a rien fait : on aurait pu redistribuer les richesses pour faire repartir l’économie et on ne l’a pas fait.

Marc Voinchet se demande si en Europe, l’ultime solution n’est pas de faire fonctionner la planche à billet, mais Paul Jorion estime que c’est la solution du désespoir et que cela ne peut pas marcher. En cela, les allemands ont raison car l’Euro n’est pas une monnaie de référence comme le dollar, et qu’une telle « solution » provoquerait une hyper inflation. L’idée que la BCE rachète les dettes de tout le monde est une idée folle. On peut par conte faire un moratoire, ne pas rembourser les dettes et remettre les compteurs à zéro.

Ce qui a fait basculer les différents États dans le trou, c’est la décision de se porter au secours du secteur bancaire. Quant à ce dernier, il était plombé parce que l’on avait remplacé le pouvoir d’achat des gens par la capacité qu’on leur avait donné d’emprunter. Au total, c’est la distribution des richesses qui est faussée dans le système capitaliste où le capital est rémunéré avant tout le reste. C’est pourquoi déclarer que ce système est fini est un constat, pas une prophétie.

Paul Jorion constate qu''il suffit d’observer les évènements suivre leur cours selon des enchainements inexorables, de les analyser et de les comprendre, pour faire le même constat : ce système est fini. 

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Apocalypse II

6 Décembre 2011 Publié dans #ACTUALITÉ

C’est alors que le journaliste Brice Couturier intervient. Il conte les pronostics apocalyptiques de ces prophètes tels que Roger Caillois avant la guerre de 1940, ou plus récemment Nouriel Roubini qui prévoyait un effondrement du dollar, ou encore Joseph Stiglitz qui pensait remplacer le dollar par une monnaie de reserve mondiale. On avait prédit que la FED allait être emportée dans la faillite, le Financial Time annonce tous les jours la fin de l’Euro depuis deux ans, Michael Boskin prévoit la disparition du welfare, mais rien de tout cela ne s’est passé. Il y a enfin ceux qui prévoient à chaque crise la fin du capitalisme sans remarquer que ce dernier se nourrit justement des crises. Paul Jorion lui-même écrivait, il y a deux ans, que le système capitaliste allait disparaître. BC se demande s’il y croit encore…

Paul JorionPaul Jorion lui répond vertement : « Vous n’avez pas l’air de croire à l’état de la situation que vous avez dressée. Vous dites que ce qui est en train de tomber n’est pas encore tombé. Vous ignorez que les chances de survie de l’euro sont pratiquement nulles, vous niez que la FED puisse faire faillite ou que l’hyperinflation puisse arriver…

C’est que, sans doute, vous ne lisez pas les journaux, vous n’écoutez pas la radio, vous ne regardez pas la télévision. Vous ne parlez donc ni aux banquiers ni aux politiques pour tenir ce genre de discours. C’est ce qui vous permet de me qualifier de « prophète » ! Car il y a d’un côté ceux qui n’arrêtent pas de se tromper, ceux-là vous les appelez des « experts » et ceux qui décrivent exactement ce qui est en train de se passer, vous les appelez des  prophètes ! Je crois pour ma part qu’il est important que le peuple sache que la machine ne marche plus et que les banquiers sont dans une panique totale.

Lorsque le journaliste lui fait observer que le système capitaliste a survécu à des crises beaucoup plus graves qu’aujourd’hui, PJ lui rétorque que non, jamais, le système capitaliste n’a vécu de crises aussi graves que celle qui est en cours. Et lorsqu’il lui demande quel est le système qui va lui succéder, Paul Jorion lui répond qu’il n’en sait rien. Ce ne sera pas en tout cas le communisme, car il appartient au même système et consiste simplement à remplacer une aristocratie par une autre.

Il ne sait pas ce qui va se passer. Savait-on ce qui allait se passer après l’Empire Maya ou l’Empire Romain ? Espérons que l’on pourra construire un système raisonnable à la place, qui ne soit pas fondé sur la raison des économistes, qui est une raison purement égoïste et qui conduit les banquiers comme Goldman Sachs à jouer contre le système afin de gagner de l’argent. Et ce sont les cadres de cette banque, avec cet état d’esprit, que l’on met à la tête de pays qu’il s’agit de redresser !  

Marc Voinchet objecte que le capitalisme fonctionne toujours très bien dans les pays émergents où il parvient à accroître le niveau de vie des populations de la Chine, de l’Inde ou du Brésil. Mais Paul Jorion objecte que ces pays font partie d’un système globalisé, que leurs principaux clients sont les Etats-Unis et l’Europe et qu’ils ne pourront pas fonctionner si nos économies s’effondrent. En outre, ils génèrent des inégalités encore plus fortes qu'aux Etats-Unis et c’est cela le fond du problème du capitalisme.

Car la grande question est de faire en sorte que les systèmes financiers deviennent vertueux. Pour que les gens soient vertueux, il faut qu’ils ne soient pas pénalisés par les institutions lorsqu’ils sont vertueux. Or aujourd’hui un  banquier vertueux est immédiatement balayé par le marché, c’est-à-dire par la concurrence.

Il faut concevoir une manière pacifiée de faire fonctionner l’économie.

Brice Couturier réitère son scepticisme quant aux prévisions apocalyptiques de Paul Jorion concernant le système capitaliste, en observant que la très forte croissance mondiale de ces dernières années a permis à des centaines de millions de Chinois et d’Indiens de sortir de l’extrême misère et de rejoindre désormais les classes moyennes. De leur côté, les Etats-Unis et l’Europe ne sont parvenus à maintenir le niveau de vie de leurs populations qu’en empruntant des sommes de plus en plus élevées, tandis que les banques ont abandonné toute prudence pour accroître leur profit.

Tout ce que l’on peut dire de la crise actuelle, c’est que c’est simplement un déplacement de pouvoir et de richesse de l’Europe et des États-Unis vers l’Asie et non la fin du capitalisme.  

La suite et la fin de cette série sera publiée aprés demain jeudi. 

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Apocalypse I

4 Décembre 2011 Publié dans #ACTUALITÉ

Apocalypse I

Mercredi dernier, Paul Jorion était interviewé dans le cadre des « Matins » de France Culture par des journalistes franchement sceptiques sur ses prévisions plus que sur les fondements de son analyse. Cela a donné un échange musclé au cours duquel Paul Jorion a rappelé les journalistes à leur devoir, devoir de sérieux et d’éthique. Je rapporte ci-dessous, à ma manière,  le contenu  de cette interview qui m’a fortement intéressé, vous allez découvrir pourquoi : 

 

Paul-Jorion.jpgMV (Marc Voinchet) : comment voyez vous la situation financière, économique et sociale en Europe ?

PJ (Paul Jorion) : En 2007, on n’a rien pu faire pour endiguer la crise. La crise de subprimes n’a pas été résolue. Elle a été colmatée brièvement, à la manière du petit hollandais qui mettait son doigt dans la digue en train de lâcher sous la pression de l’océan. Car, contrairement aux Etats-unis, on ne peut pas utiliser en Europe la planche à billet.

Aujourd’hui, nous sommes dans une nouvelle récession qui succède presque immédiatement à celle de 2008. Elle ouvre la porte à une dépression du même ordre que celle de 1929. Les Etats-Unis en sont très proches, L’Europe y entre et la Chine aura du mal à bien se porter s’il n’y a plus personne pour acheter ses produits et au final ce sera l’ensemble du monde qui se trouvera entraîné dans la dépression.

Quant à l’Euro, on ne sait pas combien de temps il va encore tenir, une semaine, sans doute moins d’un an, encore que l’on ne puisse pas faire de prédiction. Le fond de l’affaire, c’est que le monde est en train de sortir du système financier actuel. Au premier plan, tout fonctionne comme avant, mais en arrière plan il y a des pans entiers du système qui s’écroulent les uns après les autres. Le système financier américain est à bout et la zone euro est en train de se déliter sous nos yeux : il suffit de regarder les taux d’intérêt insoutenables que l’on demande à l’Espagne et à l’Italie.

Il nous faut reconstruire un système financier à partir de zéro, car celui que nous avions n’existe plus. Nous sommes comme ces tribus déboussolées qui faisaient des sacrifices devant les carcasses d’avion abandonnées par les Américains après la guerre, dans l’espoir que les avions allaient décoller à nouveau. Nous aussi, nous faisons des sacrifices sur l’autel de notre système financier que nous appelons « les marchés ». On a tué un chevreau, la machine n’est pas repartie, on a tué une vache, elle n’est toujours pas repartie, alors on commence à tuer des gens, mais rien à faire, la machine est fichue, on ne peut plus la remettre en marche, le cœur du système a fondu.

Les financiers  le savent, ils ne le proclament pas dans les medias, mais ils en conviennent dans les conversations privées, les dirigeants le savent aussi et c’est pourquoi la panique règne au sommet et les réunions se multiplient sans que ne soit prise la moindre décision.

On nous raconte que l’on va rassurer les marchés et que la machine va repartir. Mais les marchés ne savent pas ce qu’il faut faire. Ce qu’ils savent, c’est que la machine est cassée et que toutes les mesures que l’on peut prendre dans le cadre du système financier actuel ne servent à rien.

Je publierai la suite du compte-rendu de l’interview, mardi.

Vous pouvez regarder l’interview sur son blog, qui est actuellement l’un des blogs les plus lus en France, nettement plus que le mien en tout cas !

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