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Le blog d'André Boyer

La France de la Terreur se met en place

28 Novembre 2012 Publié dans #HISTOIRE

Le 13 octobre dernier, j’ai publié un blog sur « le jour de naissance du totalitarisme » qui est sans conteste le 10 août 1792, le jour où la France est devenue l’otage d’une faction terroriste.

 

barere.jpgMais ce n’est pas la version officielle, car sinon, par « devoir de mémoire » comme l’on dit aujourd’hui, on apprendrait à chaque citoyen l’horreur de la Terreur. Au contraire, on débat gravement des personnalités de Robespierre ou de Danton, sur lesquels les avis sont partagés. On leur trouve des excuses, on songe à réhabiliter le Comité de salut public. C’est tout juste si certains ne soutiennent pas qu’ils ont guillotiné au nom de la Nation.

Toutes les arguties ne peuvent cacher qu’ils n’étaient que des agitateurs, des factieuxdes assassins, auxquels on cherche aujourd’hui des excuses pour des raisons idéologiques. Je ne reviendrai pas sur la vie et l’œuvre de Danton ou de Robespierre dont chacun peut partout trouver les biographies, mais je vais rapidement relater le curriculum vitae édifiant de Bertrand Barère de Vieuzac (1755-1840), célèbre au moins pour avoir sinistrement écrit « il n’y a que les morts qui ne reviennent pas »:

C’est Bertrand Barère qui préside la Convention lors du procès de Louis XVI et qui, à ce titre, obtient la majorité pour que soit appliqué au roi déchu la peine de mort sans sursis.

En tant que membre du Comité de Salut Public, c’est lui qui demande la mise en accusation de la Reine et la destruction des tombeaux royaux de Saint-Denis.

C’est lui qui recommande l’assassinat, oui l’assassinat, des prisonniers de guerre anglais. 

C’est lui le démolisseur de la Ville de Lyon, une ville qui avait commis le crime impardonnable de se rebeller contre la Terreur.

Pourtant, en dépit de ce parcours repoussant, non seulement il termine sa vie paisiblement, mais aujourd’hui encore, plusieurs municipalités, comme celles de Tarbes ou de La Rochelle, n’ont toujours pas honte de donner son nom à leurs rues. Il nous faut donc prendre acte, avec grand regret, de l’indulgence de la République d’hier et d’aujourd’hui pour les terroristes des années 1792-1794, car cela signifie que cette République, la nôtre, justifie le terrorisme contre ses propres citoyens au nom de l’idéologie.

Des terroristes ? Après l’émeute, le coup d’État. L'assemblée qui ne comptait plus que 285 députés sur 750, les autres ayant fui l’insurrection et on les comprend, s’allie à la commune insurrectionnelle pour former un Conseil exécutif provisoire dominé par Danton. C’est ce dernier qui embauche Barère au  ministère de la Justice qu’il dirige.

Ce qui reste de l’assemblée législative prononce sa propre dissolution et son remplacement par une nouvelle assemblée constituante, la Convention. Le 11 août, les assemblées primaires sont convoquées pour élire cette constituante croupion. Selon la constitution royale de 1791, elles constituent la réunion des « citoyens actifs », formée des Français âgés de vingt-cinq ans au moins qui paient une contribution égale à trois journées de travail (200 jours par an aujourd’hui !) et qui n'étaient ni domestiques ni employés à gages. Ces derniers nommaient ensuite des électeurs, à raison d'un électeur pour cent citoyens actifs, qui nommaient à leur tour les députés. Le nombre de citoyens actifs s'élevait à quatre millions trois cent mille tandis que les citoyens passifs représentaient deux millions sept cent mille personnes. On ne pouvait donc pas qualifier les citoyens actifs de "riches" mais plutôt de classe moyenne.

Les conjurés balaient tout cela. Le décret du 11 août 1792 supprime la distinction entre citoyens actifs et passifs. Désormais,pour être électeur, il suffisait d’être français, âgé de vingt et un ans, de vivre de son revenu ou du produit de son travail et pour être éligible, outre les conditions précédentes, d’avoir vingt-cinq ans au moins. Il résulte de ce changement du corps électoral que le nombre d’électeurs était porté à sept millions.  

Mais le nombre de votants ne dépassera pas sept cent mille ! C’est cette petite minorité qui élit la Convention, qui décapite le Roi, qui supprime la Royauté et qui institue la Terreur…

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La crise de SciencesPo à son apogée

23 Novembre 2012 Publié dans #ACTUALITÉ

En quelques jours, la crise de SciencesPo, en gestation depuis des années et tout particulièrement depuis la disparition de Richard Descoings le 3 avril 2012, s'est approfondie et d'une certaine manière a commencé à se dénouer.

genevieve-fioraso-1244493.jpgTout au long des réformes de SciencesPo qu’il a mené depuis 1996 avec l’appui du Conseil d’Administration de la FNSP, Richard Descoings a subi nombre de critiques et de contestations qui ne l’ont pas déstabilisé :

- Lorsqu’il décide en 2001 de créer une filière d'accès à l'IEP de Paris pour les élèves issus des zones d’éducation prioritaire, les recours déposés par certains syndicats étudiants entraînent le 6 novembre 2003 l’annulation du dispositif  par la justice. Richard Descoings obtient alors une nouvelle délibération du conseil de direction de l'IEP pour maintenir le dispositif censuré.

- Lorsqu’en 2004, il institue des frais de scolarité fortement progressifs, il ignore l’opposition des syndicats UNEF et IDÉE.

- Lorsque, les 18 et 19 février 2005, l'Assemblée nationale vote à l'unanimité la généralisation à toutes les universités et grandes écoles de la possibilité d'accompagner les élèves issus de milieux modestes pour leur permettre de mieux réussir leurs études supérieures, il parvient à faire annuler ce vote afin de maintenir son propre dispositif.

- Lors des élections étudiantes de janvier 2009, l’UNI SciencesPo lance une pétition contre la suppression prévue du concours d'entrée, une décision qu’il maintient malgré tout.

- Son attitude autocratique provoque des attaques qui se concentrent de plus en plus sur sa personne. Chargé par Nicolas Sarkozy en 2009 d’un rapport sur la réforme du lycée, le coût de son rapport est critiqué : 836 252 euros pour les 87 pages du rapport!

- En 2011, il est attaqué par Mediapart qui révèle que son salaire mensuel dépasse 25000 euros, auquel s’ajoutent des avantages en nature, des primes qui doublent encore ses rémunérations et qui concernent aussi, hors de tout contrôle, son épouse Nadia Marik, directrice adjointe de l'IEP et le directoire de l’école.

- Le 3 avril 2012, les conditions particulières de son décès à la suite d’une crise cardiaque dans la chambre de son hôtel à New York, son téléphone portable et son ordinateur portable jetés par la fenêtre de sa chambre, le rôle particulier autour de sa dépouille de Guillaume Pepy, directeur de la SNCF, alimentent les rumeurs, alors que l’on apprend que la Cour des Comptes a initié une enquête sur la gestion de SciencesPo.   

La crise qui couvait se dévoile après la disparition de Richard Descoings. Un processus inhabituel de sélection abouti à confirmer le candidat des deux présidents, Hervé Crés, déjà directeur des études et directeur par intérim, qui est élu, non sans contestation, administrateur de la FNSP par son Conseil le 29 octobre 2012 par 20 voix sur 30, ce qui est le minimum requis, et 10 abstentions. Puis le conseil d’administration de l’IEP confirme ce choix le lendemain en le proposant comme Directeur de l’IEP par 13 voix sur 29, avec 14 bulletins blancs ou nuls et un vote contre. En l’occurrence, le duumvirat Michel Pébereau et Jean-Claude Casanova, ce dernier étant aussi membre de la commission chargée de la rénovation et de la déontologie de la vie publique  présidée par Lionel Jospin, a cru pouvoir ignorer la demande exprimée par le ministère de l’enseignement supérieur d’attendre la publication du Rapport de la Cour des Comptes avant de procéder à l’élection du directeur de l’IEP.

La crise s’aggrave encore lorsque, le mercredi 14 novembre, plus d’une centaine de membres du personnel de SciencesPo votent une résolution adressée à la Ministre de l'Enseignement Supérieur, Geneviève Fioraso. Cette motion mérite d’être retranscrite dans son intégralité, tant elle fait clairement le point, à mon avis, sur l’origine des dysfonctionnements de SciencesPo (c’est nous qui soulignons dans le texte): 

« Sciences Po traverse depuis près d’un an une crise inédite par son ampleur et sa durée. Cette crise révèle de profonds et gravissimes dysfonctionnements du Conseil d’administration de la Fondation et du Conseil de direction de l’IEP. La responsabilité de ces dysfonctionnements incombe en tout premier lieu à leurs présidents respectifs. Ceux-ci n’ont pas su, pu ou voulu exercer leurs missions de contrôle ; ils ont entretenu une opacité totale autour des processus de décision ; ils ont traité par le mépris les questions légitimes posées par les personnels et les étudiants. Plus récemment, par leur stratégie de passage en force pour imposer leur candidat au poste d’administrateur/directeur, ils ont affaibli notre institution en entamant sa crédibilité vis-à-vis de ses tutelles.
Nous considérons que ces présidents ont manqué à leurs devoirs vis-à-vis de Sciences Po, à commencer par celui qui consiste à adopter un comportement exemplaire lorsqu’on a l’honneur de présider aux destinées d’une institution qui forme les futures élites économiques, politiques et sociales du pays. Cela requiert le respect des principes que l’on professe, ainsi que celui des personnels qui travaillent à Sciences Po. On ne peut pas enseigner l’éthique de la responsabilité sans l’appliquer d’abord à soi-même. On ne peut pas vanter les mérites de la démocratie, de la transparence et du dialogue sans les mettre en œuvre au sein de sa propre institution. Alors qu’une nouvelle page de l’histoire de Sciences Po doit s’ouvrir, nous demandons aux deux présidents, Jean-Claude Casanova et Michel Pébereau, de se retirer tous deux des conseils qu’ils dirigent, l’un depuis 6 ans, l’autre depuis 24 ans. Nous ne nous sentons pas engagés par les résultats du Conseil d’administration de la FNSP et du Conseil de direction de l’IEP de Paris des 29 et 30 octobre 2012 et nous réclamons l’organisation d’une nouvelle procédure de recrutement et d’élection. »

Le 22 novembre, la Cour des Comptes rend son rapport qui demande la saisine de la Cour de discipline budgétaire et financière à la suite d’un certain nombre d’irrégularités dans la gestion du personnel incluant «la rémunération des cadres dirigeants et de l'administrateur.»

Ce même jour, la Ministre de l’Enseignement Supérieur fait connaître au journal Le Monde sa position. Elle indique qu’elle ne procédera pas à la nomination d’Hervé Crès à la Direction de l’IEP, qu’elle désignera dans quelques jours d’une part un nouvel administrateur provisoire avec pour mission d’aboutir à la nomination d’un nouveau directeur et d’autre part un représentant de l'Etat qui siégera au conseil d'administration de la FNSP.

On peut donc espérer, et même s’attendre, à ce que SciencesPo retrouve assez rapidement  sa sérénité. Mais cette crise en cours d’apaisement continue à poser un certain nombre de questions importantes pour SciencesPo et l’Université française, dont les suivantes :

 - La vocation de SciencesPo est-elle strictement  celles des sciences politiques ou concerne t-elle un champ plus large et dans ce cas lequel ?

- Le mode de gouvernance de SciencesPo est-il un modèle pour l'Université ou une anomalie à corriger ?

- La sélection et les droits d’entrée ont-ils vocation à se généraliser dans l’Université ?


Pour conclure, on peut s’interroger sur les raisons pour lesquelles j’ai cru utile de consacrer une série de six blogs à la crise de SciencesPo, comme j’en avais consacré cinq cet été à la crise syrienne. La raison principale est que SciencesPo est une institution assez emblématique dans la République Française pour que l’on ne se désintéresse pas de son évolution. Mais je dois indiquer aussi que j’ai quelques titres à m’y être particulierement attaché en tant qu’ancien président du jury « Gestion Publique » de l’ENA, en tant qu’ancien directeur d’une des rares structures mixtes public/privé de l’Université, l’IECS Strasbourg et bien sûr en tant que professeur en Sciences de Gestion à l’Université.

 

 

 

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SciencesPo, a Harvard French School?

17 Novembre 2012 Publié dans #ACTUALITÉ

Après avoir modifié les modalités d’entrée dans SciencesPo en  donnant des gages aux pouvoirs politiques et médiatiques avec l’introduction d’une voie d’accès réservée aux bacheliers issus de lycées "défavorisés", Richard Descoings et la FNSP avaient les mains à peu prés libres pour modifier en profondeur le recrutement périphérique de SciencesPo.

 

sciences-po-paris-selection-457053-jpg 308316J’écris « périphérique » parce qu’il a de fait entrepris d’ajouter des satellites à la maison-mère, selon un vaste programme d’expansion, sortant de la rue  Saint Guillaume à Paris pour s’installer sur six campus en province, mais au niveau de la licence seulement, ce que l’IEP appelle ses collèges universitaires.

À Poitiers, l’IEP installa un campus dédié au continent latino-américain et aux hispaniques, à Dijon un autre dédié à l’Europe centrale et orientale, au Havre ce fut un campus consacré à l’Asie, à Menton un campus voué au Moyen-Orient et au Maghreb, à Nancy un campus naturellement ouvert sur l’Allemagne et à Reims un campus pour les étudiants en provenance des Etats-Unis et des pays anglo-saxons. Le campus parisien s’adjoignit en outre un collège  destiné à l’Afrique.

Toutes ces installations furent accomplies avec la bénédiction des heureuses villes élues, et accessoirement avec l’aide substantielle de leurs subventions.

Adossée à sa réputation élitiste, la nouvelle offre de SciencesPo couvrait désormais l’ensemble du monde. Les étudiants étrangers affluèrent sur tous ses campus périphériques, mais beaucoup moins rue Saint Guillaume qui conserva l’essentiel de ses étudiants parisiens et élitistes. La structure de l’IEP en fut tout de même profondément modifiée puisqu’elle compte désormais 42% d’étudiants étrangers et que ses effectifs ont été multipliés par trois depuis l’arrivée de Richard Descoings à la direction de l’IEP, soit 11000 étudiants, la taille d’une université à part entière.

Au-delà de la licence qui rassemble la masse des étudiants, l’IEP propose désormais, à Paris, une longue série de masters en français et en anglais, rassemblés dans des « Écoles » de SciencesPo : la Paris School of International Affairs, l’Ecole de la Communication, l’École de Droit et l’École de Journalisme, cette dernière étant très utile pour se concilier les journalistes appelés à y officier comme « Maîtres de conférences à SciencesPo ».

Il s’y ajoute un empilement historique d’autres formations, le Département d’économie, les Affaires Européennes, le Corporate and Public Management, la Gestion des ressources humaines, Governing the Large Metropolis, Marketing et Études, le Master of Public Affairs, les Stratégies territoriales, l’Urbanisme et même le Master d’expérimentation en Arts et politique!

Enfin, coiffant le tout, on trouve à l’IEP le majestueux étage de l’École doctorale, où on s’inscrit encore pour la modique somme de 300 euros, comprenant pas moins de cinq doctorats, en Sciences Politiques évidemment, mais aussi en Droit, en Économie, en Histoire et en Sociologie et un centre de recherche qui semble recueillir tous les suffrages. Au total, un véritable Harvard à la Française…

 

Il restait à faire de l’argent, sans quoi rien de tout ce qui précède n’aurait eu de sens. Richard Descoings ne se gêna pas pour accroître les droits d’inscription qui furent multipliés par dix, passant de 1050 euros à 9800 euros pour le collège universitaire et à 13500 euros pour les Master. Échaudé par l’échec d’Alain Lancelot en 1994 qui avait abouti à une grève générale, il s’appuya sur l’idée de la redistribution vers les élèves les moins fortunés. Il fit d’ailleurs école puisque l’Université Paris Dauphine a suivi le même chemin. En même temps, il protégeait son accroissement des droits par l’argument, toujours politically correct en France, que ceux qui déclarent des revenus doivent payer plus cher que ceux qui en déclarent peu ou pas : l’impôt sur le revenu appliqué une deuxième fois à la dépense…

Réalisme oblige, les droits de l’IEP sont fortement progressifs. Une famille qui déclare aujourd’hui 5000 euros de revenus par mois paie déjà le maximum de droits et il faut qu’elle ait des revenus inférieurs à 1500 euros par mois pour ne pas payer plus que les droits qui avaient cours avant la réforme des droits. C’est ce que Richard Descoings appelait « la redistribution au sein de la communauté étudiante ».

Adossé à une structure privée, il pouvait en effet faire ce qu’il voulait en matière de droits d’inscription, alors que les universités et les écoles publiques en sont réduites en 2012 à percevoir la somme ridicule de  200 euros par étudiant et par an tandis que la moindre proposition de droits spécifiques supplémentaires provoque des recours indignés.

Le plus agréable pour la FNSP est que, malgré tout, SciencePo continue à recevoir des subventions de l’État, des régions et de l’Europe, et que ces subventions étaient même jusqu'à ce jour en forte croissance. 

Le mérite de Richard Descoings est sans aucun doute d’avoir transformé l’IEP en une sorte de business school mondialisée, segmentée par cultures, sans que personne, ou presque, ne proteste de ce qu’il ait du même coup galvaudé la vocation de SciencesPo.

 

 

La question reste de savoir si c’est un succès, voire un modèle, ou si c’est une voie sans issue…  

À suivre…

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Richard Descoings reformate SciencesPo

13 Novembre 2012 Publié dans #ACTUALITÉ

SciencesPo est-il un tel enjeu de pouvoir que les personnalités qui peuplent le Conseil de la FNSP estiment devoir se battre envers et contre tous pour protéger l’outil qu’ils ont forgé ou ne s’agit-il que d’un hochet pour retraités ?

 

Richard-Descoings-copie-3.pngAprès la direction d’Alain Lancelot, la FNSP a su trouver l’homme qu’il lui fallait pour développer l’IEP en la personne de Richard Descoings. Né le 23 juin 1958 et mort à New York le 3 avril 2012, Richard Descoings présentait toutes les caractéristiques pour être conforme et il possédait les relations et le dynamisme en sus. Conforme, il l’était, avec des parents médecins originaires du Valais, des études dans trois des meilleurs lycées parisiens, Montaigne, Louis le Grand et Henri IV (pourquoi trois lycées?), des études à SciencesPo dans la section Service public et l’entrée à l’ENA à sa troisième tentative.

Apparemment, c’est à l’ENA, où l’on prend plus de contacts que l’on étudie, qu’il s’affirme puisqu’il en sort parmi les premiers, ce qui lui permet d’intégrer le Conseil d’État en 1985. Il donne tout de suite des cours à l’IEP qui appelle ses vacataires des « Maîtres de conférence », puis devient Conseiller d’Alain Lancelot en 1987. Ce dernier est assez séduit par Richard Descoings pour le promouvoir, deux ans plus tard, Directeur adjoint. 

C’est la même année, 1989, qu’il quitte le Conseil d’État où il était devenu Maître des Requêtes pour intégrer les ministères puis leurs cabinets, tout d’abord au Budget avec Michel Charasse puis à l’Éducation nationale avec Jack Lang. En 1993, la gauche n’étant plus au gouvernement, il rejoint à nouveau le Conseil d’État, qui a le bon goût de le nommer Conseiller d’État.

À côté de sa carrière au Conseil d'État, il poursuit sa pénetration des arcanes de SciencesPo où il succéde à Alain Lancelot à la direction de l’IEP en 1996, avec l’onction du Conseil d’Administration de la FNSP.

Nous allons donc nous intéresser aux changements qu’il entreprend à l’IEP, avec l’accord, le soutien si ce n’est l’impulsion du Conseil d’administration de la FNSP. Il exprime clairement son objectif et ses choix dans une interview qu’il donne au New York Times le 14 septembre 2011 :

Il constate qu’à son entrée en fonction « Nous étions dans la même situation que les autres Grandes Écoles », c’est-à-dire une entrée à l’école après une classe préparatoire privée et un concours d’entrée. Oui, mais déclare Richard Descoings, « les étudiants qui venaient chez nous étaient presque tous blancs (sic), ils étaient issus de familles riches ; leurs parents et grands parents étaient diplômés de l’enseignement supérieur. Et dans un pays comme la France, avec de grandes différences sociales, c’était un gros problème ». Il déclare qu’il décida donc d’agir pour mettre fin à ce système et en même temps trouver le moyen de se passer de l’aide de l’État.

Croître, cela signifiait diversifier l’offre de formation de l’IEP ce qui impliquait de commencer par faire sauter le système d’admission. À la place de l’unique voie du concours, il institua une triple procédure d’admission :

- Les candidats français pouvaient se présenter à l'issue du Baccalauréat, les mentions "trés Bien" étant automatiquement admissibles. 

- Les candidats étrangers pouvaient se présenter sur examen d’un dossier incluant leurs notes et leurs diplômes obtenus à l’étranger.

-   Enfin, SciencesPo décida d’accepter les élèves doués provenant de 85 lycées situés dans les quartiers dits « défavorisés », et de financer leurs études, des élèves qui représentent aujourd’hui 10% de chaque promo.

Cette dernière décision fut son trait de génie. Elle donnait à SciencesPo, une des écoles les plus huppées de France, le leadership du « politically correct » en s’ouvrant, partiellement, aux fils et filles des immigrés pauvres. Toutes les réformes pro domo de SciencesPo pouvaient dès lors passer comme des lettres à la poste, et les opposants apparaître comme des réactionnaires défenseurs des privilégiés. C’est ainsi que SciencesPo passa de 6% de boursiers en 2001 à 27% en 2010, ce qui reste tout de même  encore légèrement inférieur au pourcentage des boursiers dans l’ensemble de l’enseignement supérieur français.

En même temps, le concours d’entrée était modifié. Pour écarter les prépas privées qui formataient les candidats au concours d’entrée durant les vacances d’été, SciencesPo décida d’avancer les épreuves de son concours en mars, avec une admissibilité sur dossier. L’épreuve de culture générale fut supprimée, non sans susciter des protestations, afin de sélectionner les candidats sur leurs aptitudes générales, y compris leur capacité à s’impliquer dans des activités dites « citoyennes ». Le concours gardait cependant une épreuve d’histoire et une épreuve sur option incluant au choix la littérature, la philosophie, les sciences économiques ou les mathématiques.

 

Il avait désormais les moyens de modifier profondément l’offre de formation, et pas avec des objectifs de pure justice sociale…

À SUIVRE...

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Les papys flingueurs de SciencesPo

10 Novembre 2012 Publié dans #ACTUALITÉ

 

Nous terminons ici la présentation des remarquables membres du Conseil d’administration de la FNSP, avec l’ensemble du groupe des plus de soixante-dix ans, plus ou moins retraités et pas forcément contents de l’être.

220px-Michel_Pebereau.jpgDans ce groupe, on y trouve tout d’abord, du fait de l’âge mais surtout de son importance en tant qu’acteur, le principal stratège du Conseil, à la manœuvre depuis la mort de Richard Descoings, Michel Pébereau, 70 ans, Polytechnique et ENA, ancien Président de BNP Paribas et actuel Président du Conseil d’administration de l’IEP. Inspecteur des finances, puis PDG du CCF qu’il privatise avant d’accéder à la direction et à la présidence de la BNP qu’il privatise également. Il a enseigné (quelques heures par an ?) à l’IEP de 1968 à 2000. Il n’a peur de personne, il l’a montré dans le passé face à l’État et à la Société Générale.

L’accompagne dans le Conseil un personnage plus important encore, si c’est possible, Jean-Claude Trichet, 70 ans aussi, IEP et ENA, ancien Président de la Banque Centrale Européenne. Inspecteur des Finances, ancien directeur du Trésor et à ce titre l’un des responsables de la faillite du Crédit Lyonnais pour laquelle il a été poursuivi, ancien gouverneur de la Banque de France et je n’ai sélectionné que quelques-unes de ses nombreuses fonctions passées. Jean-Claude Trichet est un homme qui pèse autant qu’il le souhaite dans ce Conseil. 

Cependant, l’un des poids lourds le plus considérable du Conseil est incontestablement Louis Schweitzer, 70 ans encore, IEP et ENA, fils de Pierre-Paul Schweitzer, directeur du FMI entre 1963 et 1973, petit-neveu d’Albert Schweitzer comme du chef d'orchestre Charles Munch, et cousin de Jean-Paul Sartre. À la sortie de l'ENA, il entre à la direction du Budget avant de devenir directeur de cabinet de Laurent Fabius, qu’il suit lorsqu’il devient Premier Ministre. C'est à ce poste qu'il est mêlé à l’affaire des écoutes de l’Elysée et il l'occupe également lors de celle du sang contaminé. Il bénéficie d’un non-lieu pour la première affaire et est condamné pour la seconde, mais, surprise, dispensé de peine. Il entre ensuite chez Renault dont il devient PDG. Il a été président de la HALDE dont  la Cour des Comptes a fortement critiqué sa gestion, notamment en raison des rémunérations qu’il s’était attribuées. Il a été également président du conseil de surveillance du journal Le Monde. Il est l’un des retraités les mieux payés, grâce à ses postes d'administrateurs de Volvo, BNP Paribas, EDF, L’Oréal, Philips. Rien que pour la présidence non exécutive d'AstraZeneca, il reçoit un million de livres sterling par an. Il connaît tout le monde et tout le monde le craint.

Incontestablement moins en vue, mais chéri des médias et du milieu politique, Jean-Paul Fitoussi, 70 ans toujours, économiste, ancien directeur de l'OFCE, professeur émérite de l’IEP, président du conseil scientifique de l’IEP, a une place plus modeste dans ce Conseil composé de personnalités exceptionnelles. Il est là pour servir de caution scientifique.

Isabelle Renouard, 72 ans, IEP et ENA, compte tenu des ses fonctions, n’est pas une enfant de choeur: ancienne Secrétaire Générale de la Défense Nationale (SGDN) et jusqu’à ce jour la seule femme à occuper ce poste, elle a eu accès aux secrets de la défense et d’une partie de ceux des services secrets. Elle a fait sa carrière dans la diplomatie en réussissant aussi l’exploit d’être l’un des directeurs d’administration centrale qui a connu la plus grande longévité, ayant été onze ans directrice des Français de l'étranger et des étrangers en France. Certainement un membre influent et redoutable du Conseil.

Hélène Gisserot, 74 ans, IEP et ENA, n’est pas non plus une personnalité négligeable. Procureur général honoraire près la Cour des Comptes, elle est actuellement Présidente de l’importante association Notre-Dame de Bon Secours, fondée en 1868 par l’abbé Carton pour secourir les  vieillards et les orphelins et qui élabore actuellement un important projet de pôle médico-social. Elle n’est pas forcément dans la majorité.

On rencontre tout naturellement dans ce conseil Alain Lancelot, 75 ans, IEP, qui a été directeur de SciencesPo avant Richard Descoings, qu’il avait pris pour adjoint avant de lui céder la place. Alain Lancelot est un politologue bien connu des médias. Naturellement, il suit la majorité.

S’y retrouve aussi Jean-Claude Paye, 78 ans, ENA. Fils de Lucien Paye, ministre de l’éducation dans le gouvernement Michel Debré et gendre de Jean-Marcel Jeanneney, il est ainsi curieusement lié aux deux hommes auxquels De Gaulle avait, sans succès, confié la mission de nationaliser SciencesPo en 1945. Il a fait carrière au Quai d’Orsay. Ancien collaborateur de Raymond Barre, il est désormais avocat. Jean-Claude Paye sait manœuvrer.

Apparaît également Jean-Claude Casanova, 78 ans, IEP puis professeur à l’IEP, qui joue le rôle du second auprès de Michel Pébereau en tant que président du Conseil d’administration de la FNSP depuis 7 ans.

Les membres du Conseil de la FNSP qui suivent ont 80 ans ou plus :

Il s’agit tout d’abord de ce personnage fort influent que fut Jacques Rigaud, 80 ans, IEP et ENA, Conseiller d’État, ancien PDG de RTL et ancien directeur de cabinet du ministre Jacques Duhamel, le père d’Olivier Duhamel qui siège aussi dans ce Conseil. On ne sait s’il est toujours actif mais il serait étonnant qu’il s’oppose frontalement à Michel Pébereau.

Plus surprenante est la présence d’Hélène Carrere d’Encausse, Secrétaire perpétuelle de l’Académie Française, 83 ans, historienne, tout de même ancienne professeur à l’IEP et auteur de l’Empire Éclaté. Pour qui la connait un peu, elle devrait avoir une position indépendante dans ce Conseil.

On y rencontre enfin le doyen de l’assemblée, Serge Hurtig, 85 ans, IEP, où il a poursuivi sa carrière professionnelle en tant que professeur de sciences politiques, une carrière qui l’a menée à la direction scientifique de la FNSP jusqu'à sa retraite en 1995. Ce fut un ami proche de l’ancien ministre Alain Savary, dont il a recueilli les mémoires. Il doit jouer un rôle discret, comme il le fut toujours.

Si l’on en ôte les quatorze représentants des professeurs du personnel administratif de la direction de l’IEP, de l’ENA et du CNRS, qui ne sont pas tous forcément des individualités négligeables, le Conseil est composé d’une majorité de personnalités de haut niveau. Elles proviennent majoritairement de l’IEP et de l’ENA et elles sont le plus souvent parvenues au bout d’un parcours professionnel exceptionnel. Nombre d’entre elles se retrouvent au sein du club Le Siècle dont les sept cent cinquante membres réunissent tout le gotha du pouvoir français.

 

Que veulent-ils? Ils ont soutenu, suivi et encouragé l’action de Richard Descoings pour faire de SciencesPo une Business School tentaculaire, avec son École de Journalisme pour s’annexer les medias et son ouverture à la diversité pour se protéger des accusations d’élitisme. Aujourd’hui les papys flingueurs sont en pleine manoeuvre pour préserver ce qu’ils ont fait de SciencesPo avec Richard Descoings, prêts à affronter sans crainte la Cour des Comptes, le gouvernement et l’ensemble des corps constitués ou des individus qui osent s’opposer à eux.

 

Mais qu’ont-ils donc bâti avec Richard Descoings qui a eu la malencontreuse idée de disparaître dans de troubles circonstances, en ouvrant la porte à d’indiscrets regards sur SciencesPo ?

 

À suivre…

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Le Tout Paris au Conseil de SciencesPo

8 Novembre 2012 Publié dans #ACTUALITÉ

Le conseil d'admainistration de la FNSP a d’autant plus d’influence que ses administrateurs sont des personnages du Tout Paris, qui n’ont nullement l’intention de rester inertes. 

 

Conseil-ScPo.jpgLe lourd Conseil d’Administration de la FNSP est en premier lieu composé de six professeurs et de cinq représentants du personnel de l’IEP élus pour cinq ans. Il s’y ajoute le directeur de SciencesPo, celui de l’ENA et un représentant du CNRS. Rien d’étonnant. C’est tout juste si l’on remarque que l’on n’y trouve pas d’étudiants. Mais au second regard, on se demande s’il leur arrive d’y prendre la parole, sinon sur ordre. 

Car les autres membres du Conseil sont de véritables poids lourds, des spécialistes du pouvoir au plus haut niveau, qui ont l’habitude d’être craints et obéis. Le Premier Ministre a ainsi désigné deux hauts fonctionnaires pour le représenter. En l’occurrence, il ne s’agit pas de n’importe qui :

Le premier de ces représentants est Jean-Pierre Jouyet, 58 ans, l’ancien président de l’Autorité des Marchés Financiers, ami de trente-cinq ans de François Hollande, récemment nommé Directeur Géneral de la Caisse des Dépôts et Consignations et plus récemment encore Président de la Banque Publique d’Investissement. C’est lui qui a indirectement traité le site sidérurgique de Florange de « canard boiteux », un couac parmi d’autres.

Quant au second représentant du Premier Ministre, il s’agit de Jean-Marc Sauvé, 63 ans, Vice-Président du Conseil d’État, président du comité chargé d'évaluer les candidats aux fonctions de juge à la Cour de justice et au Tribunal de l'Union européenne et président de l’Institut Français des Sciences Administratives.

Tous deux, bien sûr, ont fait leurs études à l’IEP avant d’intégrer l’ENA. C’est leur maison.

S’y ajoute quatre personnalités, choisies par le  Premier Ministre, en tant que représentantes des syndicats patronaux, ouvriers et, curieusement, agricole :

Jean-François Cirelli, 54 ans, vice Président de GDF Suez, qui a fait ses études à SciencesPo pour intégrer l’ENA. Il commence sa carrière à la Direction du Trésor, avant de devenir PDG de Gaz de France puis le numéro de deux de GDF Suez, derrière Gérard Mestrallet. Un vrai poids lourd.

Marc Ladreit de Lacharrière, 72 ans, né à Nice. PDG de Fimalac, il a fait l’ENA en passant par des études de sciences économiques à Paris, pas à SciencesPo. Il est l’un des fondateurs de SOS Racisme et créateur de la Fondation « Culture et Diversité » et de la Fondation « Agir contre l’exclusion » proche de Martine Aubry. Il possède une fortune estimée à 1,6 milliard d’Euros en 2007. Un poids lourd chenu.

François Chérèque, 56 ans, qui n’a pas eu besoin de préparer l’ENA pour devenir éducateur spécialisé dans le centre hospitalier de Digne avant de monter les échelons au sein de la CFDT, jusqu’à en devenir le Secrétaire Géneral, un poste qu’il va quitter dans quelques semaines. Il semble jouer un rôle d’opposant à la majorité du Conseil.  

À côté de ces trois personnages, Marion Guillou, 58 ans, ex-PDG de l’INRA, de formation agronomique après être sortie de Polytechnique dont elle préside tout de même le Conseil d’Administration n’est pas forcément une actrice majeure du Conseil.

 

Mais le Conseil comprend encore quinze représentants des « auteurs de libéralité », en d’autres termes les actionnaires de la FNSP, nommés par ces derniers pour dix ans. Ces représentants, on va le voir, sont des personnalités de premier plan représentatives du Tout Paris, ou du microcosme comme aurait dit Raymond Barre, dont la réunion au sein de ce Conseil aurait ravi Honoré de Balzac.

J’ai décidé de les présenter par âge croissant : 

Le plus jeune, mais pas le moins intéressant est Henri de Castries, 58 ans, PDG d’Axa, HEC et ENA, de la même promotion que François Hollande et Jean-Pierre Jouyet, 2,5 millions d’euros de salaire par an et accessoirement lointain descendant du marquis de Sade ! On serait surpris qu’il ne soit pas un des principaux acteurs du Conseil.

On n’est pas surpris non plus de trouver dans ce Conseil d’Administration Olivier Duhamel, 62 ans, juriste et politologue, fils de l'ancien ministre Jacques Duhamel, ancien professeur de droit public à Paris I et bien sûr à SciencesPo, ex-conseiller de Richard Descoings.  Sans aucun doute, il suit, peut-être avec quelques états d’âme, la majorité.

S’y ajoute une personnalité très en vue, Pascal Lamy, 65 ans, HEC, IEP et ENA, actuel directeur de l’OMC, Inspecteur des Finances, ancien directeur adjoint du Premier Ministre Pierre Mauroy, ancien directeur de cabinet du président de la Commission Européenne Jacques Delors, ancien directeur du Crédit Lyonnais, ancien commissaire européen au commerce. Si Pascal Lamy participe aux réunions du Conseil, il doit s’y faire entendre.


À l’exception de ces trois jeunots, tous les autres papys flingueurs (et mamys) ont au moins 70 ans, mais ce sont ces derniers qui sont les plus influents et les plus manœuvriers au sein du Conseil…

 

À suivre… 

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Le cas SciencesPo

4 Novembre 2012 Publié dans #ACTUALITÉ

Sciences Po est une institution prestigieuse, capitale pour le recrutement des élites de l’Etat. On peut donc s’attendre à ce qu’elle constitue une vitrine du management public de la France.

 

sciencepo.jpg« Sciences Po, résume un ancien élève, produit des énarques comme un pommier produit des pommes ». Pour les élèves présentant le concours externe, Sciences Po demeure en effet le passage quasi obligé en vue de la réussite du concours d’entrée. En 2010, trente-cinq des quarante étudiants admis au concours externe de l’ENA provenaient de la « Prep Ena » de Sciences Po, qui en présentait 200, tandis que les 724 autres candidats se partageaient les cinq places restantes, ne laissant que quelques miettes aux Instituts d’Études Politiques de province.

On explique ce permanent succès de Sciences Po par les accointances qu’il entretient avec l’ENA. Sciences Po, pour les candidats à l’ENA, c’est la machine à être conforme. À Sciences Po, on mime les manières de faire et de penser de professeurs, eux-mêmes issus du moule « Sciences Po ENA ». Dans ses locaux de la rue Saint Guillaume, Sciences Po porte donc la responsabilité d’être la matrice des cadres supérieurs de l’État. On imagine que ce dernier soit particulièrement attentif à son bon fonctionnement : c’est à Sciences Po que les jeunes étudiants s’initient aux arcanes du service public et  comprennent de quelle manière ils peuvent se mettre au service de l’État, avant que l’ENA ne les introduise au cœur de la machine. 

Est ce pour cette raison qu’une incroyable structure ait été mise en place depuis 1945 pour y veiller ? L'institution « Sciences Po » est en effet composée de deux structures juridiques :

 L'Institut d'Études Politiques de Paris (IEP) est un grand établissement public qui assure la formation et délivre les diplômes. En sus d’une préparation aux concours administratifs, c’est-à-dire avant tout à l’ENA, l’IEP propose sur sept campus à près de neuf mille étudiants, un « collège universitaire », en pratique des licences en sciences humaines, seize masters allant des affaires internationales à l’urbanisme en passant par le journalisme et les affaires publiques, et une école doctorale. 

Mais, ce qui a fait la réputation de Sciences Po depuis 1975, et même depuis 1872 par la création de l’École Libre des Sciences Politiques qui l’a précédée y compris dans son appellation familière « Sciences Po », reste la capacité de l’école à fournir à l’État ses cadres supérieurs. C’est cette réputation qui a permis à l’IEP de devenir aujourd’hui une business school mondialisée, car, comme l’indique sa plaquette « Science Po has cultivated the mind of leading government officials ».

Or ce grand établissement public, d’une si haute importance pour l’Etat et ses élites, n’est pas autonome : il est curieusement contrôlé, comme le manipulateur contrôle la marionnette, par un organisme privé, la Fondation Nationale des Sciences Politiques.

La Fondation Nationale des Sciences Politiques (FNSP) est une fondation privée d'utilité publique, sans but lucratif, qui gère l’Institut d’Études Politiques de Paris et ses activités annexes. Elle reçoit l'ensemble des ressources financières de Sciences Po provenant de l'État, des collectivités locales, de l'Union européenne, des entreprises ou des élèves. C’est la FNSP qui  est propriétaire ou locataire de l'ensemble des immeubles de Sciences Po. Disposant de ses recettes, elle contrôle entièrement l’IEP, fixant indirectement les droits de scolarité des formations de l’IEP comme le montant des bourses ou les salaires du personnel, enseignants et administratifs. 

Cette étonnante structure bicéphale, pour ne pas écrire cette structure contre nature, est le résultat d’un compromis initial suivi d’une bataille continue de la FNSP pour contrôler toujours plus l’IEP, tout en recevant de plus en plus de subventions de l’Etat.

À l’origine, en 1945, Roger Seydoux, André Siegfried et Jacques Chapsal, responsables de l’École Libre de Sciences Politiques remportent le bras de fer engagé avec  Michel Debré et Jean-Marcel Jeanneney, chargés par Charles De Gaulle de nationaliser l’école. Ils obtinrent en effet une nationalisation en trompe l’œil qui ne concernait qu’une structure vide de biens, l’IEP, tandis qu’une structure privée, la FNSP, conservait le patrimoine de l’Ecole Libre de Sciences Politiques et recevait les revenus, droits, subventions et dons. Dans un premier temps, l'Université de Paris délégua par convention la gestion administrative et financière de l'IEP à la FNSP, puis en 1969, le démembrement de l’Université de Paris, à la suite de la loi Edgar Faure, permit à l'IEP de devenir autonome. La FNSP obtint alors, à la place de la convention, un solide décret qui lui confiait la gestion de l’IEP. Plus fort encore, elle obtint trente ans plus tard de modifier le décret en loi par l’article 74 de la loi du  2 juillet 1998, afin de renforcer encore sa main mise sur l’IEP !

C’est une magnifique leçon de gestion publique qu’offrent donc les structures de leur école aux étudiants Sciences Po, en particulier à ceux  qui se destinent à l’ENA, que je propose de formuler ainsi :

« Montrer comment, grâce à un solide réseau de connivences, un bras de fer avec l’État et d’habiles glissements législatifs, un organisme privé parvient à s’emparer d’un prestigieux organisme public d’importance stratégique ».

 

D’autant plus que le Conseil d’Administration de la FNSP rassemble de considérables personnalités… 

 

À suivre...

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