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Le blog d'André Boyer

histoire

LA FRANCE, UNE SUPERPUISSANCE MALMENÉE

23 Janvier 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

BATAILLE DE PAVIE (1525): FRANÇOIS 1ER SE REND À CHARLES QUINT

BATAILLE DE PAVIE (1525): FRANÇOIS 1ER SE REND À CHARLES QUINT

Philippe le Bel peut être considéré comme le véritable  créateur du pouvoir centralisé de l'Etat Français. Après son règne, viennent les temps de crise du XIVe et XVe siècles, avec rien moins que la guerre de Cent Ans à partir de 1328 en France et la Peste ravageant l’Europe en 1347-1351.

 

La guerre de Cent Ans est le résultat du conflit entre deux prétendants au pouvoir de la superpuissance qu’était alors la France. En 1328, Philippe de Valois a été choisi comme Roi de France parce que l’entourage du roi défunt, son cousin Charles IV Le Bel, ne voulait pas être évincé par l’équipe du roi d’Angleterre, Edouard III, pourtant petit fils de Philippe le Bel alors que Philippe de Valois n’était que son neveu.

Elle met en relief l’inefficacité de l’armée française, qui s’appuie sur un pays exploité, démoralisé, appauvri par Philippe Le Bel et ses successeurs. Philippe VI envoie à la bataille de Crécy (1346) ses chevaliers accompagnés d’une mauvaise piétaille, composée à cinquante pour cent de mercenaires génois. Ils trouvent en face d’eux une petite armée d’un modeste royaume.

D’un côté trente mille hommes d'armes français et génois qui font face à moins de sept mille anglais, et ces derniers les battent à plat de couture. La victoire des Anglais à Crécy a été la victoire de l'obéissance sur l'indiscipline, de l'organisation sur l'imprévoyance, du commandement anglais sur le commandement français. Elle fut la première d’une longue série de batailles perdues par un pouvoir arrogant, désorganisé et prodigue du sang de ses soldats.

À partir de 1347, ce ne fut que successions de défaites, de révoltes, de complots, de trahisons, de capitulations. Le royaume de France en profita pour inventer l’impôt permanent, sous la forme d'une gabelle sur le sel, de taxes indirectes et d'impôts directs levés sur chaque feu : les fouages. 

En août 1415, la même catastrophe militaire se reproduisit lorsque le Roi Henry V d'Angleterre débarqua dans l'estuaire de la Seine.Charles VI envoya à sa rencontre une armée forte d'environ vingt-cinq mille hommes, alors qu’Henry V ne disposait que de six mille hommes. Près d’Azincourt, la tactique française conduisit à une débandade pire encore que celle qui avait suivi la bataille de Crécy, puisqu’il y eut dix mille morts du côté français contre six-cents du côté anglais.

Finalement, le nombre et les progrès tactiques permirent à Charles VII, Jeanne d’Arc représentant symboliquement le peuple français, de reconquérir les territoires perdus et d’inventer incidemment le premier impôt permanent institué en France, la taille.

Cessant provisoirement d’accroitre la pression fiscale, Louis XI  se préoccupa, malgré l’image de dureté qu’il a laissée aux écoliers avec ses cages de fer où il emprisonnait ses ennemis, d’encourager la prospérité économique, se montrant souple à l’égard des franchises des villes et du pouvoir de l’Église et parvenant même, vertu rarissime, à réduire la pression fiscale. Un roi libéral.

Après Louis XI, de 1483 à 1515, vinrent Charles VIII, Louis XII et François Ier. Leur obsession commune fut de conquérir l’Italie, en utilisant la supériorité démographique de la France sur les villes et les duchés italiens désunis.

Les défaites succédèrent aux victoires, si bien que le seul avantage de ces guerres, si l’on compte pour rien les morts et les destructions, fût d’aider la France à rattraper son retard culturel et artistique sur l’Italie. Encore que Louis XII soit resté dans la mémoire nationale comme celui qui a su humaniser la justice de l’époque et qui parvint à réduire les impôts grâce aux richesses de l’Italie si bien qu’il fut sans doute, de son vivant, le plus populaire des rois de France.

En revanche, François Ier continua dans la lignée de Philippe le Bel en donnant une impulsion décisive à la pratique de la « monarchie absolue ». C’est lui qui a forgé la formule « Car tel est notre bon plaisir », et c’est lui aussi qui, en matière religieuse, signa le concordat de Bologne qui plaçait l’épiscopat français sous la coupe du roi.

Il imposa aux prêtres d'enregistrer les naissances et de tenir à jour un registre, fondant de la sorte l'État Civil en France, avec l’obsession du contrôle de la population. L’économie du pays fut sacrifiée à des constructions excessives qui furent autant de gouffres financiers et surtout à ses guerres contre les Habsbourg qui mobilisèrent des sommes énormes et obtinrent des résultats calamiteux.

Il est frappant, à cet égard, que tout le monde connaisse la victoire de Marignan (1515), mais c’est sans doute pour mieux oublier la défaite de Pavie dix ans plus tard qui entraîna la capture du roi par Charles-Quint et le désastreux traité de Madrid par lequel le roi renonçait au quart de la France.

Pour faire face à toutes ces calamités provoquées par sa mauvaise politique extérieure, François Ier doubla la taille et tripla l'impôt sur le sel, la gabelle ! Il se sépara aussi de pierres précieuses appartenant à la couronne, aliéna des territoires royaux et fut le premier roi à vendre des charges et des offices pour obtenir des liquidités !

 

On se demande encore pourquoi il est resté un roi populaire dans la mémoire collective.

 

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LE POUVOIR CENTRALISÉ DE PHILIPPE LE BEL

28 Décembre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

PHILIPPE LE BEL FAIT ARRÊTER LES TEMPLIERS

PHILIPPE LE BEL FAIT ARRÊTER LES TEMPLIERS

Les Rois ont très rapidement cherché à accroître leur contrôle sur la société française et cette tendance permanente au renforcement du pouvoir de l’Etat pointe déjà sous Philippe Auguste (1180-1223).

 

Ce dernier assure la diffusion de l’autorité du monarque par la mise en place des baillis, investis de pouvoirs d’administration, de justice et de finances, qui ne porte que sur son domaine royal, un domaine qui ne comprend pas encore les possessions de ses vassaux, comme la Bretagne par exemple.

Saint Louis (1226-1270), qui succède à Philippe Auguste, acquiert pour sa part une réputation d’arbitre international qui est sanctionnée par sa canonisation, équivalente au prix Nobel de la Paix d’aujourd’hui. Après lui commence à s’affirmer la toute puissance de la monarchie française, qui fait aujourd’hui de la France le seul véritable État centralisé du continent européen, sinon du monde.

Alors que Philippe Auguste régnait en France, la Grande Charte, appelée Magna Carta, était concédée aux Anglais en juin 1215 par Jean sans Terre sous la pression des barons et de l’Église. Elle garantissait à tous les hommes libres le droit de propriété, la liberté d’aller et de venir en temps de paix. Elle donnait aussi des garanties en cas de procès criminel, comme l’impartialité des juges ou la nécessité et la proportionnalité des peines. Elle posait le principe essentiel, pour un régime parlementaire, qu’aucun impôt ne serait levé sans le consentement du Conseil du royaume, un Conseil où siégeaient les barons, les comtes et les hauts dignitaires ecclésiastiques.

Pendant ce temps, les souverains hispaniques ne parvenaient pas encore à obtenir l’unité politique de la péninsule, les principautés italiennes se livraient à des luttes intestines, l’Allemagne était éclatée entre de multiples souverainetés hétérogènes coiffées par un Saint Empire Romain Germanique qui servait de cadre juridique à la cohabitation de princes et de ducs quasi autonomes dirigés par un Empereur qu’ils élisaient eux-mêmes. Mais les habitants du Saint Empire Romain Germanique n’étaient pas les sujets directs de l'Empereur, contrairement aux sujets du Roi de France, car ils avaient soit leur propre seigneur, soit ils appartenaient à une ville d’Empire dirigée par un Maire élu.

Dans cette Europe des libertés et des  autonomies, Philippe IV le Bel (1285-1314), Roi de France, agit en sens contraire. Il devient le maître d’œuvre d’une monarchie française qui ne cesse de s’affermir en droit et en fait, dotée d’une très nombreuse administration centrale. C’est lui qui procède massivement à la confiscation des biens des particuliers et à l’expulsion collective des groupes qu’il considère comme des obstacles à son pouvoir.

Il innove aussi en lançant de grandes campagnes d’opinion, en recourant au nom de la raison d’État, à la calomnie, à l’intimidation et à la désignation de boucs émissaires individuels ou collectifs. L’affaire des Templiers est ainsi montée de façon à attiser les fantasmes d’une population appauvrie par l’Etat et la conjoncture. On voit les conseillers du roi accuser sans vergogne les Templiers d’être secrètement affiliés à l’islam, de cracher sur la croix ou de pratiquer des rites obscènes, avec pour objectif central d’obtenir l’adhésion de l’opinion publique à la confiscation de leurs biens.

Au total, Philippe le Bel n’a de cesse d’accroître sa puissance par la guerre et par de nouveaux carcans administratifs. Il est le premier à oser dévaluer la monnaie.

En mettant en œuvre pendant ses vingt-neuf années de règne la plupart des outils de pouvoir qui fondent encore aujourd’hui la spécificité de la France, Philippe Le Bel se retrouve à la tête d’un Etat puissant qui compte plus de sujets que tout autre Etat en Europe.

Il reste que ses difficultés financières le contraignent à convoquer des assemblées appelées à le soutenir par des subsides, les premiers « États Généraux », dont on retrouvera l’écho à l’aube de la Révolution Française. Il échoue aussi dans sa tentative d’inventer l’impôt permanent en raison de l’incapacité de son administration, encore trop faible, à fixer l’assiette de l’impôt.

 

Après le règne de Philippe le Bel, les XIVe et XVe siècles furent des temps de crise. La guerre de Cent Ans entraîna la révolte des campagnes et des villes, ce qui provoqua en retour un nouveau durcissement du corset étatique et fiscal de la France.

 

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LE POUVOIR CENTRALISÉ FRANÇAIS

18 Décembre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

PHILIPPE LE BEL (1268-1314)

PHILIPPE LE BEL (1268-1314)

J’ai commencé, il y a plusieurs années, à conter l’histoire du pouvoir politique en France, une histoire que je reprends aujourd’hui.

 

Vous trouverez ci-après l’essentiel de l’histoire de la centralisation du pouvoir depuis Philippe Le Bel jusqu’à Napoléon III, avant que je ne la reprenne avec de plus grands détails à partir des années 1850. L’histoire du pouvoir politique français est en effet pleine d’enseignement pour le présent et pour le futur de la France, car,  sous les masques alternatifs de la Monarchie, de l’Empire et de la République, l’histoire du pouvoir en France est celle de l’installation d’un système politique qui veille sans cesse à renforcer son pouvoir central,

En effet, du point de vue de la centralisation du pouvoir, tout commence au XIIe siècle, dans cette zone géographique que l’on appelle aujourd’hui la France, où les conditions de sécurité ont permis un certain développement économique dans le cadre fragmenté de royaumes ou de principautés relativement indépendants. En outre, gouvernées par des marchands, des villes semi autonomes émergeaient, qui devenaient des havres de liberté par rapport aux sociétés agraires asservies.

C’est justement à ce morcellement que se sont toujours opposés les rois de France, qui ont réussi à constituer dès le XIIIe siècle l’ensemble unitaire le plus puissant d’Europe. C’est dans ce dessein qu’ils s’opposèrent au cours des siècles à la prétention de l’Eglise de leur dicter leurs conduites. Les Rois de France firent de même barrage au protestantisme qui introduisait dans leur royaume de dangereux ferments de liberté. Fera-t-il de même face l’Islam ? Sans doute, à mon avis.

Au plan économique, la centralisation française du pouvoir a été tout de suite perçue à l’extérieur comme une erreur et un échec. C’est ainsi que  John Fortescue, qui combattit le roi de France pendant la guerre de Cent Ans, mentionne dans son essai, De laudibus legum Angliae (1470), la mauvaise gestion de la France par comparaison avec celle de l’Angleterre. Il observe que le Roi de France a tellement appauvri son peuple qui peine à survivre. Il s’étonne que, contrairement à l’Angleterre, les gens en France boivent de l’eau et non de la bière ou du cidre, se nourrissent de pain noir au lieu de pain blanc, ne peuvent pas consommer de la viande mais seulement un peu de graisse et des tripes. Il note que les gens en France ne portent pas de laine mais des blouses de canevas ou des braies qui ne descendent pas en dessous du genou et que leurs épouses et leurs enfants vont nu-pieds. Et bien sûr, que ces gens n’ont ni armes, ni argent pour en acheter.

L’étonnement de Fortescue porte sur le fait que les Français puissent vivre dans la pauvreté la plus rigoureuse alors qu’ils habitent le royaume le plus fertile du monde. L’image que donnait alors la France était celle d’un pays tellement mal gouverné et surexploité qu’il rendait pauvres ses habitants alors que toutes les conditions étaient réunies pour qu’il soit riche.

Un siècle après Fortescue, Machiavel trouve les rois de France « plus gaillards, plus riches et plus puissants qu’ils ne le furent jamais »*, dans son Rapport sur les choses d'Allemagne qu’il écrit en 1508. Cette force des Rois de France provient d’après lui de la taille toujours plus vaste du domaine qui appartient en propre au Roi de France et de la soumission de ses vassaux. Aucun ne peut lutter contre le roi, contre lequel les puissances voisines ont également du mal à faire face.

Cette soumission a un revers, note Machiavel, car elle affaiblit le peuple : « Le reste de la population, roture et gens de métier, est tellement asservie à la noblesse et bridée en toute chose qu’elle en est avilie.»*. Or, ajoute t-il, « la France, grâce à son étendue et à l’avantage de ses grandes rivières, est grasse et opulente, les denrées et la main-d’œuvre y sont à bon marché, sinon pour rien, à cause du peu d’argent qui circule parmi le peuple ; c’est à peine si les sujets peuvent amasser de quoi payer leurs redevances, si minces qu’elles soient (…) Tandis que nobles et prélats prélèvent, le Roi n’a pas besoin de dépenser trop en forteresses, grâce à la parfaite soumission de son peuple, humble et vénérant le Roi, vivant à peu de frais »*.

Ces deux témoignages anciens présentent une France accablée sous le poids du pouvoir royal, mais qui s’y résigne. Car, depuis le règne de Philippe le Bel, le pouvoir du roi s’appesantit sur un espace de plus en plus étendu et une population toujours plus nombreuse. Ce pouvoir cherche à contrôler au plus prés un peuple qui s’efforce d’éviter des impôts toujours plus lourds, du fait des ambitions guerrières du royaume, de ses coûts d’administration jamais satisfaits et des goûts de luxe des privilégiés au pouvoir.

Dans la suite du déroulement de l’histoire, le pouvoir central qui passera du Roi à l’Empire ou à la République, ne s’est jamais départi de ses prérogatives, cherchant à en rajouter presque toujours de nouvelles sauf lorsqu’il était en position de faiblesse.

 

C’est ainsi que la France détient aujourd’hui le record du monde des prélèvements obligatoires. Par hasard ? 

 

*Machiavel, Rapport sur les choses d'Allemagne, 1508.

 

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L'IRAN FAIT FACE AUX ÉTATS-UNIS

7 Novembre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LE PRÉSIDENT ACTUEL DE L'IRAN, EBRAHIM RAÏSSI

LE PRÉSIDENT ACTUEL DE L'IRAN, EBRAHIM RAÏSSI

Après la mort de Khomeiny le 3 juin 1989, l’Assemblée des experts, un corps élu de religieux expérimentés,  a choisi le président sortant, l’ayatollah Ali Khamenei, comme Guide Suprême.

L’Iran se garda bien de participer à la Guerre du Golfe en 1991, tout en condamnant l’action des États-Unis et en permettant, sans rancune, à l’aviation irakienne de se poser en Iran et aux réfugiés irakiens de pénétrer sur son territoire.

Le président Hachemi Rafsandjani fut réélu en 1993 avec une majorité plus faible, qui fut attribuée par les observateurs au désenchantement engendré par une économie mal en point. C’est un religieux modéré, Mohammad Khatami, qui succède à Rafsandjani en 1997. Il a pour tâche d’entreprendre des réformes conduisant à une libéralisation modérée, sans trop mécontenter un clergé́ très conservateur. C’est une tâche classiquement difficile en Iran, qui aboutit à des protestations massives contre le gouvernement dans les rues de Téhéran en juillet 1999.

Malgré ces dernières, Khatami est réélu en juin 2001, mais les éléments conservateurs du gouvernement iranien œuvrent pour déstabiliser le mouvement réformateur, bannissant les journaux libéraux et disqualifiant les candidats aux élections parlementaires. Ce travail de sape entraine l’élection en 2005 du maire ultra-conservateur de Téhéran, Mahmoud Ahmadinejad. Son mandat se caractérise par des prises de position hostiles à l'égard d'Israël, l'arrêt des négociations sur le nucléaire et corrélativement des tensions croissantes avec les pays occidentaux.

À l’opposé de cette politique, Hassan Rohani, élu en juin 2013 à la présidence de la République iranienne, fait publiquement part de sa plus grande disposition à trouver un accord sur le nucléaire, alors que les sanctions prises par les pays occidentaux depuis plusieurs années sont de plus en plus difficiles à supporter.

Fin novembre 2013, un accord est trouvé́ entre Téhéran et le groupe 5 + 1 (États-Unis, Royaume-Uni, France, Chine, Russie + l'Allemagne), qui prévoit notamment que l'Iran n'enrichisse pas d'uranium à plus de 5 % pendant six mois, dilue la moitié de ses stocks actuels, suspende le fonctionnement de ses usines de Natanz, Fordow et Arak sans construire de nouveaux sites d'enrichissement et permette à l'AIEA d’avoir aura un accès quotidien et sans préavis à Natanz et Fordow.

En contrepartie, les Occidentaux s'engagent à̀ suspendre leurs sanctions économiques sur l'industrie, l'automobile, le commerce de l'or et surtout les exportations pétrochimiques, à ne pas essayer d'entraver la vente du pétrole iranien, encore que ces levées de sanction soient « limitées, temporaires et ciblées » et peuvent à tout moment être annulées en cas de non-respect de ses engagements par l’Iran.

Selon ces derniers termes, , un nouvel accord entre en application le 13 juillet 2015, après douze années de crise du nucléaire iranien. Puis le Président des États-Unis, Donald Trump remet en question cet accord en 2018, au grand dam des autres participants à l’accord, mais il parvient à  imposer de nouvelles sanctions qui frappent durement l’Iran au plan économique. L’Iran réplique par une guerre larvée, au Yémen par l’intermédiaire des Houthis, sous couvert desquels il frappe l’Arabie Saoudite. Le conflit touche aussi l’arc chiite, de l’Irak au Liban en passant par la Syrie, impliquant Israël.

La victoire en novembre 2020 d’un Président démocrate aux États-Unis, Joe Biden, ouvre la voie à une nouvelle négociation, mais l’élection, le 18 juin 2021 d’un nouveau Président iranien, conservateur cette fois-ci, Ebrahim Raïssi laisse entrevoir une plus grande rigidité des participants iraniens, encore que les 72% des votes obtenus par Raïssi occultent les 50% d’abstention qui le fragilise.

L’histoire de l’Iran, et de ses conflits, reste ouverte, encore qu’elle s’inscrive dans une continuité historique liée au voisinage conflictuel avec les Arabes, soumise qu’elle est au Grand Jeu entre les Anglo-saxons, les Russes et désormais les Chinois. Cette continuité est aussi déterminée par la volonté farouche des Iraniens, depuis des millénaires, à rester eux-mêmes et par conséquent à ne pas se soumettre à la domination de qui que ce soit.

 

C’est pourquoi les Américains, s’ils s’attendent à ce que les Iraniens finissent par capituler sous le poids des sanctions, se trompent, tout simplement.

 

                                                FIN

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L'IRAN MET L'IRAK EN ÉCHEC

12 Octobre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

SADDAM HUSSEIN

SADDAM HUSSEIN

Si la création d’une république islamique est approuvée à 98% les 30 et 31 mars 1979, il faut préciser que le vote de ce referendum n’a pas eu lieu à bulletin secret.

 

Après la tenue du référendum, le premier ministre Bazargan démissionne et le nouveau gouvernement de la République Islamique se révèle particulièrement conservateur. Il nationalise l’industrie, en particulier pétrolière, et rétablit les traditions islamiques dans la culture et la loi. L’influence occidentale se trouve bannie, contraignant l’élite pro-occidentale à s’exiler à son tour, après le Shah.

Après le referendum, les élections présidentielles se tiennent en janvier 1980 qui voient Bani Sadr, associé à Khomeiny, être élu avec 76 % des votes en janvier 1980.

Entretemps a eu lieu la prise de l’Ambassade des États-Unis à Téhéran le 4 novembre 1979 par les Mujaheddin-e-Khalq, des étudiants iraniens militants, qui l’occupent jusqu’au 20 janvier 1981. Le personnel de l’ambassade américaine est pris en otage. L’administration Carter riposte par le gel de ses relations diplomatiques avec l’Iran, par des sanctions économiques et par une tentative avortée de libération des otages. Finalement, Ronald Reagan mettra fin à̀ la crise le jour de son entrée en fonction, en acceptant pratiquement toutes les conditions iraniennes.

Puis, le 22 septembre 1980, l’Irak envahit l’Iran. Saddam Hussein invoque un désaccord frontalier, tout en ayant l’objectif de réduire l’influence du régime fondamentaliste iranien sur le mouvement islamique et de s’emparer à cette occasion du  leadership dans le monde arabe.

Ce désaccord frontalier officiel invoqué par Saddam Hussein porte sur le déplacement de la frontière entre l'Irak et l'Iran jusqu’à la rive orientale du Chatt-el-Arab afin de mieux assurer la sécurité́ de Bassorah, d’obtenir la restitution des trois iles du détroit d'Ormuz annexées par le Shah en 1971 et d’annexer la province iranienne du Khuzestan, peuplée d'Arabes.

L’Irak était un pays considéré comme puissant, en raison de ses revenus pétroliers et comme un pays en voie de modernisation. Les grandes puissances estimaient qu’il pouvait faire contrepoids à la République islamique iranienne. Elles ont donc approuvé tacitement puis militairement l'offensive irakienne, votant pour la résolution 479 de l'ONU qui demandait un cessez-le-feu sans exiger le retrait par l'Irak des territoires iraniens qu'il occupait.

Or, malgré́ l'avantage de la surprise, l'invasion irakienne fut rapidement repoussée par une série de contre-attaques iraniennes provenant plus de la milice chiite créée par Khomeini le 5 mai 1979, le « corps des Gardiens de la révolution islamique »  que des  forces armées affaiblies par les purges qu’elles avaient subi sous l’autorité de Khomeini. Pour sa part, Saddam Hussein surestimait la puissance de son armée qui, si elle était largement pourvue en équipements modernes, manquait de cadres expérimentés pour mener une guerre d’envergure.

En 1981, les Mujaheddin-e-Khalq font exploser des bombes dans le bureau principal du parti de la république islamique et au bureau du premier ministre, tuant 70 officiels de haut rang, dont le ministre de la justice), le président du parti et le  Premier ministre. Cela n’a pas empêché, au début de la même année, l'armée iranienne de contre-attaquer et de libérer l'essentiel de son territoire, avant d’envahir à son tour une partie du territoire irakien. L’Iran demande désormais le départ de Saddam Hussein et son remplacement par un régime islamique.

S’opposent désormais un enrôlement de masse et une exaltation des martyrs coté iranien et une armée bien équipée avec des professionnels encadrant des conscrits peu motivés, souvent chiites ou kurdes.

La ligne de front se stabilise à la frontière commune jusqu’à ce que l’Iran lance deux grandes offensives en janvier 1987: Kerbala 5, à l’est de Bassorah, où Téhéran voulait établir un gouvernement provisoire de la République islamique irakienne avec les chefs des opposants chiites irakiens refugiés en Iran et Kerbala 6, à 150 kilomètres au nord de Bagdad en direction des grands barrages de l’Euphrate. Les pertes sont énormes de part et d’autre mais les forces iraniennes sont finalement bloquées.

Puis, en 1988, l'armée irakienne parvient à reprendre le dessus avant d'être vaincue lors de l'opération Mersad du 26 au 30 juillet 1988. Le 18 juillet 1988, Khomeini accepte le cessez-le-feu exigé par la résolution 598 du Conseil de sécurité́ et le secrétaire général de l'ONU annonce la fin des hostilités pour le 20 août. C'est un retour au statu quo ante, sans traité de paix entre l’Irak et l’Iran qui ne sera envisagé qu'en 2005. Les estimations des pertes en vies humaines sont de 300 000 à plus d'un million de morts iraniens et de 200 000 Irakiens et les dépenses militaires auraient dépassé́ 500 milliards de dollars pour les deux pays.

 

La guerre Iran-Irak a souvent été́ comparée à la Première Guerre mondiale : le conflit se caractérise par une guerre de tranchées, avec des fils de fer barbelés, des postes de mitrailleuse, des charges à la baïonnette qui induisent  par des pertes considérables. L’Irak a aussi beaucoup utilisé les armes chimiques notamment contre les populations civiles.

 

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APOGÉE ET CHUTE DU SHAH D'IRAN

28 Septembre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

APOGÉE ET CHUTE DU SHAH D'IRAN

Après la chute de Mossadegh, Mohammad Reza Shah Pahlavi va progressivement mettre en place un régime autocratique fondé sur l’appui américain.

 

Pour lutter contre la baisse du prix du baril, l’OPEP est créée le 14 septembre 1960, lors de la Conférence de Bagdad, principalement à l’initiative du Shah d’Iran et du Venezuela. À l’intérieur du pays, le Shah jouit du soutien de l’élite technocratique et éduquée ; en revanche, il provoque le ressentiment de la population iranienne lorsqu’il fait voter une loi sur le statut des personnels militaires américains et de leurs familles qui leur accorde l’immunité sur le territoire iranien.

Des émeutes ont lieu en juin 1963 et Khomeiny, chef de file de l’opposition religieuse, dénonce cette loi devant une grande assemblée à Qom, ce qui provoque son expulsion du pays en octobre 1964. Cependant le ressentiment de la population à la suite de cette loi d’immunité est tel que le Premier Ministre Hassan Ali Mansour est assassiné et que le Shah lui-même fait l’objet d’une  tentative d’assassinat sur sa personne le 21 janvier 1965 par un membre d’un groupe islamique lié à Khomeiny. Le Shah est  également fragilisé, en 1966, par le mouvement de protestation en faveur des membres du Tudeh, ce dernier devenant l'un des piliers de la résistance clandestine au régime.

En octobre 1967, le Shah se couronne lui-même, ainsi que la Shahbanou Farah. Puis, quatre ans plus tard, il invite des dignitaires étrangers à Persépolis pour une célébration très fastueuse sur le thème de « 2500 ans de continuité monarchique en Iran ». L’adulation étrangère à la personne du Shah n’est pas toujours partagée par la population iranienne, travaillée par les discours d’opposition que distille Khomeiny depuis son exil.

Vis-à-vis de l’étranger, le Shah utilise la baisse de la tension entre Est et Ouest pour améliorer ses relations avec l’URSS et jouer un rôle plus important dans le golfe Persique, notamment en acceptant l’indépendance de Bahreïn, iranienne jusqu'en 1820 puis pour devenir ensuite Protectorat britannique, tout en s’emparant des iles Tunb et Abu Moussa, ce qui provoque la protestation de l’Irak.  

Dans les années 70, les États-Unis soutiennent le rôle grandissant de l’Iran, en autorisant l’Iran à leur acheter n’importe quelle arme conventionnelle. C’est l’époque aussi, grâce à l’accroissement du prix du pétrole, pendant laquelle l’Iran entre dans une période de prospérité́ et de modernisation accélérées. La société́ iranienne s’en trouve bouleversée dans ses racines par une occidentalisation rapide du pays, tandis que le règne autocratique du Shah,  accompagné de l’absence de la liberté́ d’opinion et la répression violente des opposants conjuguées à une occidentalisation rapide créent les conditions d’une révolte du clergé́ chiite et des mouvements intellectuels de gauche.

Après des mois de protestations populaires et de manifestations contre le régime du Shah, Mohammad Reza Pahlavi finit par quitter l’Iran le 16 janvier 1979. Quinze jours après, Rouhollah Khomeiny revient en Iran après un exil de quinze ans en Turquie, en Irak et en France et le gouvernement du Shah ne résiste que quelques jours à ce retour.

La destitution du Shah provoque de grandes manifestations de joie en Iran sans que les désaccords entre les différentes forces politiques ne s’apaisent. Certes, Khomeiny est la figure politique la plus populaire, mais des dizaines de groupes politiques, religieux, libéraux, marxistes, anarchistes ou laïques cherchent à̀ s’imposer.

Au début, le gouvernement est partagé entre deux groupes. D’un côté, le premier ministre du gouvernement provisoire, Mehdi Bazargan, cherche à établir un gouvernement libéral et laïc, mais il doit faire face d’un autre côté aux religieux chiites, conduits par Khomeiny, qui sont majoritaire dans le Conseil révolutionnaire.

Ces théologiens qui s’appelleront ensuite, à partir de mai 1979, les Gardiens de la Révolution, commencent par s’emparer de la plupart des pouvoirs locaux. Les théologiens, par le biais de comités qui prennent le pouvoir dans les gouvernements locaux dans tout l’Iran.

 

Puis un referendum permet de faire approuver une République Islamique dirigée par un guide suprême, conçue par Khomeiny.

 

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MOSSADEGH JOUE ET PERD

11 Septembre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

MOSSADEGH JOUE ET PERD

Au printemps de 1953, Mossadegh essaie de contester le droit du Chah à agir sur le pouvoir exécutif, en clair à l’écarter du pouvoir.

 

Les mois passent et le pétrole iranien ne se vend toujours pas. Parce qu’il soupçonne que nombre de députés sont stipendiés par des puissances étrangères, Mossadegh décide de dissoudre le Parlement en procédant par référendum. Ce dernier, qui a lieu le 3 août 1953, approuve la dissolution du parlement à une large majorité conduisant à la tenue prochaine d'élections que le Premier Ministre espère remporter largement.  

Le 2 août 1953, Mossadegh interdit au Chah de recevoir des visiteurs étrangers sans son autorisation préalable. Cependant, le 11 août 1953, le Chah quitte Téhéran avec son épouse et une petite suite se rend dans une de ses résidences années près de la mer Caspienne, où se trouve une de ses résidences d'été́. Quatre jours plus tard, il signe un décret impérial qui renvoie Mossadegh et le remplace par le Général Zahedi.

Le décret est porté à Mossadegh par le commandant de la garde impériale, le colonel Nassiri. Mossadegh ordonne l'arrestation de ce dernier, ce qui provoque  la fuite du Chah, qui gagne Rome, en passant par Bagdad.

Mossadegh prétendait que seul le parlement avait le droit de révoquer le Premier ministre, mais il occultait le fait que la dissolution du Parlement donnait au Chah le droit de le déposer. En outre, il pensait que Mohammad Reza Shah Pahlavi n'oserait pas le faire, car il ignorait que la décision du chah avait été prise en collaboration avec les services secrets américains et britanniques.

En effet, après que Mossadegh ait refusé en janvier 1953 la proposition d’Einsenhower et de Churchill, Washington craignait que Mossadegh ne se tourne vers l'Union Soviétique. Il décida de remplacer Mossadegh en organisant un coup d’état (opération TP-AJAX). La Garde Impériale avait été chargée par le Chah d'occuper les endroits stratégiques, tandis que Mossadegh diffusait à la radio un message qui dénonçait un coup d'État contre le gouvernement, mettait en place un conseil de régence et organisait des manifestations en sa faveur.

Mais, le 19 août 1953, des manifestants pro-Chah défilèrent dans les rues de Téhéran. Ils furent rejoints par des unités policières et militaires qui prennent d’assaut le quartier général de l'état-major de l'armée, tandis que la publication par la presse de copies du décret impérial, qui avait été caché par Mossadegh, le déstabilisait. S’y ajoutait la position des forces religieuses menées par les ayatollahs Kashani, Bouroudjerdi et Behabahni qui appelaient à soutenir le Chah et Zahedi. À Tabriz, Ispahan et Chiraz, les manifestants occupaient les bâtiments publics et les stations de radio locales annonçaient leur soutien au Chah Mohammad Reza Pahlavi.

Des affrontements armés eurent lieu entre les partisans de Mossadegh et les forces de Zahedi devant la résidence de Mossadegh où il s’était barricadé, faisant plus de 200 morts. Mossadegh et ses plus fidèles partisans s'enfuirent, avant que la maison ne soit incendiée. Apprenant la fuite de son rival, le général Zahedi apparut enfin et se rendit maitre de la capitale.

Cinq jours plus tard, alors que le Chah rentrait en Iran,  Mossadegh se rendit. Il fut inculpé de haute trahison et déféré́ devant un tribunal militaire.

Le 22 décembre 1953, il fut condamné à mort, condamnation que le Chah réduisit à trois ans d’emprisonnement. Libéré en décembre 1956, il est assigné à résidence dans son village ancestral d’Ahmadabad, dans la province de Qazvin. Plus tard, lorsque le Chah lui fera savoir, qu’il se devait de rester en dehors de la politique, Mossadegh répondit, avec quelque amertume : « Je serais fou de vouloir à nouveau me battre pour un peuple qui ne s'est pas battu pour moi quand j'en ai eu besoin ! »

Mossadegh était un homme politique plein d'énergie et charismatique. Fervent nationaliste, il ne lui manquait probablement qu'une appréciation réaliste des rapports de force.  Sa destitution permit la reprise des négociations sur la question pétrolière et l'arrivée massive des Américains dans le grand jeu pétrolier du pays. Mais Mossadegh avait rendu toute dénationalisation du pétrole iranien impossible. C’est pourquoi, en 1954,un consortium international fut créé́ pour gérer la production pétrolière de l'Iran, dont le pays restait propriétaire.

 

Mirza Mohammad, dit Mohammad Mossadegh, décéda à son domicile le 7 mars 1967. Il fut enterré sous la salle à manger de sa propriété́ familiale, où son corps se trouve toujours.

 

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L'INCROYABLE MOSSADEGH

29 Août 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

L'INCROYABLE MOSSADEGH

Après la deuxième guerre mondiale, l’Iran lutte contre l’influence de l’URSS avec l’aide des États-Unis qui soutiennent l’armée iranienne.

 

C’est ici qu’intervient le rôle extraordinaire de Mossadegh, symbole du refus des ingérences étrangères, qui permet de mieux comprendre la position actuelle de l’Iran.

Mohammad Mossadegh (1882-1967) est le fils d’un riche dignitaire iranien.  

Trois ans après la mort de son père, il est nommé à l’âge de quinze ans inspecteur des finances de la province du Khorassan et en dix ans, il devint l'un des plus grands propriétaires fonciers iranien mais il échoue à devenir député pendant la révolution constitutionnelle iranienne, malgré l’intervention de son influente famille.

Le 23 juin 1908, le Chah fit bombarder le Parlement qui fut remplacé un Haut Conseil composé de 50 membres personnellement sélectionnés par le Chah dont Mohammad Mossadegh, qui obtint aussi l’autorisation de se rendre à Paris pour s’inscrire tout d’abord à l'École libre des sciences politiques puis ensuite en Suisse où il poursuit des études de droit à l’université́ de Neuchâtel, obtient sa licence en droit avant de passer une thèse qu’il soutient en juillet 1914 et de rentrer à Téhéran.

Il occupe plusieurs fonctions administratives puis, le 21 novembre 1921, devient ministre des Finances. En 1923, il est élu député, mais comme il s’oppose à la nomination de Reza Khan comme Chah, il doit se retirer pendant seize ans de la vie politique dans le village d'Ahmadabad dont il est originaire.

Revenu à la politique en 1942, Mohammad Mossadegh va se tailler progressivement, un rôle de tribun nationaliste, adversaire de toutes les ingérences estrangères, ce qui lui vaudra une très grande popularité́. Il commence par déposer un projet de loi visant à̀ empêcher l'URSS de prendre possession des exploitations pétrolières au nord du pays.

À l’époque, le pétrole iranien, concédé à la toute-puissante Anglo-Iranian Oil Company (AIOC) ne rapporte que 10% des revenus à l'État  iranien. Mais en 1950, l'Arabian-American Oil Company (ARAMCO) accorde 50% des revenus pétroliers à l’Arabie Saoudite. L’Iran s’empresse de demander la même répartition des bénéfices à l’AOIC, agitant, en cas de refus, la nationalisation de l'industrie pétrolière.

Mais Mossadegh s’oppose à un accord avec l’AOIC, déclarant avec virulence  au Premier Ministre, Haj Ali Razmara : « ... Je jure devant Dieu, que le sang coulera, le sang coulera. Nous nous battrons, et nous pourrons nous tuer. Si vous êtes un militaire, je suis plus soldat que vous. Je vais tuer, dans ce Parlement je vais vous tuer ». Le 7 mars 1951, après un communiqué violent de Mossadegh contre le Premier Ministre Razmara, ce dernier est assassiné par un islamiste et, une semaine plus tard, le parlement adopte la loi sur la nationalisation de l'industrie pétrolière.

Le 29 avril 1951, Mossadegh devient Premier Ministre avec l'appui des religieux et des communistes. Mais l’AOIC rejette les termes de la nationalisation et fait appel à l'arbitrage de la Cour internationale de Justice de La Haye qui n’aboutit pas. Mossadegh ferme les consulats britanniques tandis que le Royaume-Uni organise efficacement le blocus naval des exportations pétrolières de l'Iran.

Mossadegh, qui veut les pleins pouvoirs, se heurte au Parlement et au Chah qui les lui refusent. Il décide donc de démissionner. Mais Mossadegh symbolisait l'orgueil national et les sanglantes manifestations qui succèdent à cette démission, avec l’appui du parti Tudeh et des dignitaires religieux, contraignent le Chah à le rappeler, le 20 juillet 1952.   

Pendant ce temps, la production pétrolière iranienne est devenue quasiment nulle. Mossadegh réussit cette fois à̀ obtenir un mandat de six mois pour faire adopter des lois par décision gouvernementale sans le consentement du Parlement, ce qui commence à susciter de fortes critiques.

Il utilise ses pouvoirs pour faire adopter une réforme agraire qui réduit de 20 % la part du revenu annuel des propriétaires fonciers. Le Sénat, dominés par les élites du pays s’opposent à sa politique intérieure. Mossadegh réagit contre cette opposition en demandant au Parlement la dissolution du Sénat,  que le Chah et le Parlement acceptent.

Alors que le boycott des exportations pétrolières entraine l’économie iranienne dans sa chute. Mossadegh poursuit sa politique intransigeante en rompant, le 23 octobre 1952, les relations diplomatiques de l’Iran avec le Royaume-Uni. Deux jours auparavant, il avait promulgué une loi interdisant toute grève, remplissant rapidement les prisons. Mozaffar Baghai, co-fondateur avec Mossadegh du Front national et l’ayatollah Kashani, président du Parlement s’opposent alors à lui, si bien qu’à la fin de l’année 1952, seules les forces du parti communiste Tudeh le soutenaient encore.

Le pouvoir de Mossadegh est fortement affaibli, lorsque, le 6 janvier 1953, il demande une prorogation pour continuer à statuer par décret, provoquant des batailles de rue à Téhéran entre les partisans et les opposants à Mossadegh, prorogation qui est finalement acceptée. Mais il reste parfaitement intransigeant. Fin janvier, Churchill et Eisenhower, font une nouvelle offre d'accord à Mossadegh, que ce dernier rejette.

Le Chah commence à juger sévèrement l’inaptitude de Mossadegh à négocier avec l'AIOC. Comme Mossadegh a vidé́ la cour de tous ses opposants réels ou supposés, le Chah et son épouse envisagent, avec l’accord du Premier Ministre, de partir pour l'étranger afin de fuir une capitale de moins en moins sûre pour eux.

 

Lorsque la nouvelle se répand, la rue se soulève en faveur du Chah, qui annule son voyage.  

 

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LA MONTÉE DU NATIONALISME EN IRAN

21 Août 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

REZA SHAH PAHLAVI

REZA SHAH PAHLAVI

Au début du XXe siècle, le Chah était en butte à de plus en plus de contestations, notamment en raison de sa faiblesse face aux ingérences étrangères.

 

Il lui fallut accepter la création d’un Parlement, la Majles, en octobre 1906.  

Le pays est alors partagé en deux sphères d’influence, le nord aux Russes et le sud aux Britanniques en vertu de la convention anglo-russe de 1907. Lorsque les Britanniques essaient d’imposer un accord pétrolier anglo-persan en 1919, ce dernier est refusé par le Parlement : on constate que le mouvement nationaliste iranien est une constante du pays.

En 1921, un jeune officier de l’unité́ des cosaques, le général Reza Khan Mir Panj, effectue un coup d’État militaire, devient chef de l’armée et prend le nom de Reza Khan Sardar Sepah, renversant ainsi la dynastie kadjar.  

Reza Khan s’attribue tout d’abord le poste de premier ministre, envisage de faire de la Perse une république selon le modèle d’Atatürk, puis y renonce face à̀ l’opposition du clergé chiite et se fait nommer par la Majles, réunie en tant qu’Assemblée constituante, nouveau Shah de la Perse, sous le nom de Reza Shah Pahlavi, le 12 décembre 1925.

Reza Shah a des plans ambitieux pour moderniser la Perse. Il tente, sans grand succès de renégocier avec l'Anglo-Persian Oil Company un accord plus favorable à la Perse. Parallèlement, il cherche  à créer une industrie lourde, construit un chemin de fer national, le Trans-persan (aujourd’hui inscrit au Patrimoine mondial par l’Unesco)  créé un système d’éducation public, encore très performant aujourd’hui, améliore le système de santé, réforme la justice jusque-là̀ contrôlée par le clergé́ chiite et promulgue un Code civil.

En 1935, il interdit le port du voile pour les femmes et fait  obligation pour les hommes de porter un habit à l’occidentale. En même temps, il cherche à être moins dépendant de la Grande- Bretagne et de la Russie, en annulant les droits spéciaux accordés aux étrangers pendant l’époque Qajar. Symboliquement, le 21 mars 1935, il demande à la communauté́ internationale de ne plus désigner son pays par le terme Perse mais de l’appeler Iran, qui signifie « Perse » en iranien.  

Durant la Seconde Guerre Mondiale, Reza Shah proclame la neutralité́ de l’Iran, ce qui entraine, le 25 aout 1941, l’invasion du pays par la Grande-Bretagne et l’URSS qui forcent Reza Shah à abdiquer en faveur de son fils Mohammad Reza Pahlavi.

L’Iran est alors contraint de signer un traité avec la Grande-Bretagne et l’Union soviétique par lequel le pays accepte de livrer son pétrole aux alliés en échange de quoi ces derniers s’engagent à respecter l’intégrité́ territoriale de l’Iran et à retirer leurs troupes au maximum six mois après la fin de la guerre.

On ne s’étonnera donc pas aujourd’hui que, face aux dictats des grandes puissances, le sentiment nationaliste se soit encore renforcé en Iran.  

L’Iran, selon l’accord tripartie devait être évacué par les troupes soviétiques et anglaises au plus tard le 2 mars 1946, mais l’Iran demande une évacuation anticipée, le 19 mai 1945. Les Britanniques s’y plient partiellement, gardant leurs troupes dans la zone pétrolière du sud de l’Iran. En revanche, les Soviétiques refusent, restent à Téhéran et organisent en août 1945 une révolte du parti procommuniste Tudeh, fondée sur le séparatisme des Azéris. En même temps, le Parti démocratique du Kurdistan, un mouvement autonomiste, crée la République de Mahabad au Kurdistan iranien. Ces deux républiques autonomes bénéficient du soutien de l’URSS, tandis que des troupes soviétiques occupent des parties du Khorasan, du Gorgān, du Māzandarān et du Gīlān.

L'Iran porte alors la question de l’évacuation des troupes soviétiques devant le Conseil de sécurité́ des Nations unies de l'ONU et les négociations aboutissent le 4 avril 1946 à un accord russo-iranien sur le retrait des troupes soviétiques.

 

Le gouvernement iranien reprend alors le contrôle du pays, notamment sous la législature du Front national de Mohammad Mossadegh.

 

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L'IRAN RENAÎT, L'IRAN SE RÉFORME

9 Août 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

NADIR SHAH, LE CONQUÉRANT

NADIR SHAH, LE CONQUÉRANT

Du début du XVIe siècle remonte la renaissance d’un Iran autonome qui avait disparu pendant presque un millénaire, à partir des conquêtes arabes du VIIe siècle. 

 

Sous l’impulsion d’Ismail Ier, premier souverain safavide, l’Iran décida de se convertir au chiisme, afin de s’affirmer religieusement face à̀ la domination des Ottomans sunnites. Il fallut alors, comme aujourd’hui avec le régime des mollahs, faire cohabiter l’idéologie messianique du Chiisme avec les exigences administratives d’un État territorial.

Les Safavides durent faire face aux Ouzbeks, qui attaquaient le Khorasan et aux Ottomans qui se confrontaient aux Iraniens dans le Caucase et en Anatolie. Ce conflit avec les Ottomans se poursuivit jusqu’en 1639, date du traité de Qasr-i-Chirin qui a défini les frontières entre l’Iran et la Turquie jusqu’au début du XXe siècle.

L’apogée des Safavides fut atteinte sous le Shah Abbas Ier le Grand (1587-1629) qui parvint à réduire les menaces extérieures, à réorganiser l’armée et l’administration tout en soutenant les institutions religieuses. Il développa le commerce et les arts, notamment dans sa nouvelle capitale Ispahan qu’il dota de magnifiques palais et mosquées.

Puis vint, comme toujours en Iran, le déclin de la dynastie safavide, du fait de la faiblesse des souverains et avec ce déclin vinrent la défaite et l’occupation étrangère, face à des tribus afghanes qui prirent Ispahan après 1722. Mais le triomphe des afghans fut de courte durée.

Se substituant à la dynastie safavide, un chef de tribu nommé Tahmasp Quli chassa les Afghans et prit le pouvoir en 1736 sous le nom de Nâdir Shâh. Il reconquit alors le territoire iranien d’origine en englobant la Géorgie et l’Arménie comme l'Afghanistan, menant  campagnes militaires sur campagnes militaires qui le conduisirent jusqu’à̀ Delhi en 1739, dont il ramena des trésors fabuleux, tel le trône du Paon.

Mais Nadir Shah était impopulaire du fait des guerres incessantes et des lourds impôts qu’elles entrainaient. Il fut finalement assassiné en 1747, provoquant une période d’anarchie qui dura jusqu’en 1795, lorsque Mohammad Shah Qajar prit le pouvoir, installant la dynastie des Qâdjârs qui se maintint jusqu’en 1925.

Les guerres ottomano-persanes reprirent sporadiquement et sans résultat décisif jusqu'aux Traités d'Erzurum de 1823 et 1847, tandis que l'expansion de l'Empire russe provoquait quatre guerres russo-persanes entre 1722 et 1828 qui entrainèrent la perte des provinces du Caucase.

L’Iran retrouva progressivement l’indépendance, l’ordre, la stabilité́ et l’unité́ jusqu’à ce que, à la fin du XIXe siècle, les pressions de la Russie et la Grande-Bretagne s'exercent sur le pays. C’est alors que l’Iran fut obligé d’abandonner ses territoires en Asie centrale et que la Grande-Bretagne envoya des troupes en Iran pour l’empêcher de récupérer des territoires afghans perdus sous le règne depuis les Safavides.

L’interférence de la Russie et de la Grande-Bretagne dans les affaires internes de l’Iran se produisit alors que le pouvoir était, comme d’habitude, devenu faible. Elle eut pour effet de moderniser le système fiscal iranien et de réduire l’influence du clergé́ chiite sous l’impulsion du premier ministre Amir Kabir qui fonda en 1851 Dar-ol Fonoun, le premier établissement d’enseignement supérieur en Iran, avant d’être assassiné parce qu’il gênait la famille du Shah.

La réforme des institutions se poursuivit cependant. En 1871, Mirza Hosein Khan Moshir od-Dowleh, nouveau premier ministre du Shah, mit en place un gouvernement de style européen qui marqua fortement le début du mouvement de réforme en Iran.

 

Puis les souverains qâdjârs suivants provoquèrent la colère populaire par les concessions qu’ils firent aux puissances étrangères, comme celle du pétrole remis à une société anglaise, la Persian Oil Company, en 1901.

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