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Le blog d'André Boyer

histoire

L'IRAN MET L'IRAK EN ÉCHEC

12 Octobre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

SADDAM HUSSEIN

SADDAM HUSSEIN

Si la création d’une république islamique est approuvée à 98% les 30 et 31 mars 1979, il faut préciser que le vote de ce referendum n’a pas eu lieu à bulletin secret.

 

Après la tenue du référendum, le premier ministre Bazargan démissionne et le nouveau gouvernement de la République Islamique se révèle particulièrement conservateur. Il nationalise l’industrie, en particulier pétrolière, et rétablit les traditions islamiques dans la culture et la loi. L’influence occidentale se trouve bannie, contraignant l’élite pro-occidentale à s’exiler à son tour, après le Shah.

Après le referendum, les élections présidentielles se tiennent en janvier 1980 qui voient Bani Sadr, associé à Khomeiny, être élu avec 76 % des votes en janvier 1980.

Entretemps a eu lieu la prise de l’Ambassade des États-Unis à Téhéran le 4 novembre 1979 par les Mujaheddin-e-Khalq, des étudiants iraniens militants, qui l’occupent jusqu’au 20 janvier 1981. Le personnel de l’ambassade américaine est pris en otage. L’administration Carter riposte par le gel de ses relations diplomatiques avec l’Iran, par des sanctions économiques et par une tentative avortée de libération des otages. Finalement, Ronald Reagan mettra fin à̀ la crise le jour de son entrée en fonction, en acceptant pratiquement toutes les conditions iraniennes.

Puis, le 22 septembre 1980, l’Irak envahit l’Iran. Saddam Hussein invoque un désaccord frontalier, tout en ayant l’objectif de réduire l’influence du régime fondamentaliste iranien sur le mouvement islamique et de s’emparer à cette occasion du  leadership dans le monde arabe.

Ce désaccord frontalier officiel invoqué par Saddam Hussein porte sur le déplacement de la frontière entre l'Irak et l'Iran jusqu’à la rive orientale du Chatt-el-Arab afin de mieux assurer la sécurité́ de Bassorah, d’obtenir la restitution des trois iles du détroit d'Ormuz annexées par le Shah en 1971 et d’annexer la province iranienne du Khuzestan, peuplée d'Arabes.

L’Irak était un pays considéré comme puissant, en raison de ses revenus pétroliers et comme un pays en voie de modernisation. Les grandes puissances estimaient qu’il pouvait faire contrepoids à la République islamique iranienne. Elles ont donc approuvé tacitement puis militairement l'offensive irakienne, votant pour la résolution 479 de l'ONU qui demandait un cessez-le-feu sans exiger le retrait par l'Irak des territoires iraniens qu'il occupait.

Or, malgré́ l'avantage de la surprise, l'invasion irakienne fut rapidement repoussée par une série de contre-attaques iraniennes provenant plus de la milice chiite créée par Khomeini le 5 mai 1979, le « corps des Gardiens de la révolution islamique »  que des  forces armées affaiblies par les purges qu’elles avaient subi sous l’autorité de Khomeini. Pour sa part, Saddam Hussein surestimait la puissance de son armée qui, si elle était largement pourvue en équipements modernes, manquait de cadres expérimentés pour mener une guerre d’envergure.

En 1981, les Mujaheddin-e-Khalq font exploser des bombes dans le bureau principal du parti de la république islamique et au bureau du premier ministre, tuant 70 officiels de haut rang, dont le ministre de la justice), le président du parti et le  Premier ministre. Cela n’a pas empêché, au début de la même année, l'armée iranienne de contre-attaquer et de libérer l'essentiel de son territoire, avant d’envahir à son tour une partie du territoire irakien. L’Iran demande désormais le départ de Saddam Hussein et son remplacement par un régime islamique.

S’opposent désormais un enrôlement de masse et une exaltation des martyrs coté iranien et une armée bien équipée avec des professionnels encadrant des conscrits peu motivés, souvent chiites ou kurdes.

La ligne de front se stabilise à la frontière commune jusqu’à ce que l’Iran lance deux grandes offensives en janvier 1987: Kerbala 5, à l’est de Bassorah, où Téhéran voulait établir un gouvernement provisoire de la République islamique irakienne avec les chefs des opposants chiites irakiens refugiés en Iran et Kerbala 6, à 150 kilomètres au nord de Bagdad en direction des grands barrages de l’Euphrate. Les pertes sont énormes de part et d’autre mais les forces iraniennes sont finalement bloquées.

Puis, en 1988, l'armée irakienne parvient à reprendre le dessus avant d'être vaincue lors de l'opération Mersad du 26 au 30 juillet 1988. Le 18 juillet 1988, Khomeini accepte le cessez-le-feu exigé par la résolution 598 du Conseil de sécurité́ et le secrétaire général de l'ONU annonce la fin des hostilités pour le 20 août. C'est un retour au statu quo ante, sans traité de paix entre l’Irak et l’Iran qui ne sera envisagé qu'en 2005. Les estimations des pertes en vies humaines sont de 300 000 à plus d'un million de morts iraniens et de 200 000 Irakiens et les dépenses militaires auraient dépassé́ 500 milliards de dollars pour les deux pays.

 

La guerre Iran-Irak a souvent été́ comparée à la Première Guerre mondiale : le conflit se caractérise par une guerre de tranchées, avec des fils de fer barbelés, des postes de mitrailleuse, des charges à la baïonnette qui induisent  par des pertes considérables. L’Irak a aussi beaucoup utilisé les armes chimiques notamment contre les populations civiles.

 

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APOGÉE ET CHUTE DU SHAH D'IRAN

28 Septembre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

APOGÉE ET CHUTE DU SHAH D'IRAN

Après la chute de Mossadegh, Mohammad Reza Shah Pahlavi va progressivement mettre en place un régime autocratique fondé sur l’appui américain.

 

Pour lutter contre la baisse du prix du baril, l’OPEP est créée le 14 septembre 1960, lors de la Conférence de Bagdad, principalement à l’initiative du Shah d’Iran et du Venezuela. À l’intérieur du pays, le Shah jouit du soutien de l’élite technocratique et éduquée ; en revanche, il provoque le ressentiment de la population iranienne lorsqu’il fait voter une loi sur le statut des personnels militaires américains et de leurs familles qui leur accorde l’immunité sur le territoire iranien.

Des émeutes ont lieu en juin 1963 et Khomeiny, chef de file de l’opposition religieuse, dénonce cette loi devant une grande assemblée à Qom, ce qui provoque son expulsion du pays en octobre 1964. Cependant le ressentiment de la population à la suite de cette loi d’immunité est tel que le Premier Ministre Hassan Ali Mansour est assassiné et que le Shah lui-même fait l’objet d’une  tentative d’assassinat sur sa personne le 21 janvier 1965 par un membre d’un groupe islamique lié à Khomeiny. Le Shah est  également fragilisé, en 1966, par le mouvement de protestation en faveur des membres du Tudeh, ce dernier devenant l'un des piliers de la résistance clandestine au régime.

En octobre 1967, le Shah se couronne lui-même, ainsi que la Shahbanou Farah. Puis, quatre ans plus tard, il invite des dignitaires étrangers à Persépolis pour une célébration très fastueuse sur le thème de « 2500 ans de continuité monarchique en Iran ». L’adulation étrangère à la personne du Shah n’est pas toujours partagée par la population iranienne, travaillée par les discours d’opposition que distille Khomeiny depuis son exil.

Vis-à-vis de l’étranger, le Shah utilise la baisse de la tension entre Est et Ouest pour améliorer ses relations avec l’URSS et jouer un rôle plus important dans le golfe Persique, notamment en acceptant l’indépendance de Bahreïn, iranienne jusqu'en 1820 puis pour devenir ensuite Protectorat britannique, tout en s’emparant des iles Tunb et Abu Moussa, ce qui provoque la protestation de l’Irak.  

Dans les années 70, les États-Unis soutiennent le rôle grandissant de l’Iran, en autorisant l’Iran à leur acheter n’importe quelle arme conventionnelle. C’est l’époque aussi, grâce à l’accroissement du prix du pétrole, pendant laquelle l’Iran entre dans une période de prospérité́ et de modernisation accélérées. La société́ iranienne s’en trouve bouleversée dans ses racines par une occidentalisation rapide du pays, tandis que le règne autocratique du Shah,  accompagné de l’absence de la liberté́ d’opinion et la répression violente des opposants conjuguées à une occidentalisation rapide créent les conditions d’une révolte du clergé́ chiite et des mouvements intellectuels de gauche.

Après des mois de protestations populaires et de manifestations contre le régime du Shah, Mohammad Reza Pahlavi finit par quitter l’Iran le 16 janvier 1979. Quinze jours après, Rouhollah Khomeiny revient en Iran après un exil de quinze ans en Turquie, en Irak et en France et le gouvernement du Shah ne résiste que quelques jours à ce retour.

La destitution du Shah provoque de grandes manifestations de joie en Iran sans que les désaccords entre les différentes forces politiques ne s’apaisent. Certes, Khomeiny est la figure politique la plus populaire, mais des dizaines de groupes politiques, religieux, libéraux, marxistes, anarchistes ou laïques cherchent à̀ s’imposer.

Au début, le gouvernement est partagé entre deux groupes. D’un côté, le premier ministre du gouvernement provisoire, Mehdi Bazargan, cherche à établir un gouvernement libéral et laïc, mais il doit faire face d’un autre côté aux religieux chiites, conduits par Khomeiny, qui sont majoritaire dans le Conseil révolutionnaire.

Ces théologiens qui s’appelleront ensuite, à partir de mai 1979, les Gardiens de la Révolution, commencent par s’emparer de la plupart des pouvoirs locaux. Les théologiens, par le biais de comités qui prennent le pouvoir dans les gouvernements locaux dans tout l’Iran.

 

Puis un referendum permet de faire approuver une République Islamique dirigée par un guide suprême, conçue par Khomeiny.

 

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MOSSADEGH JOUE ET PERD

11 Septembre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

MOSSADEGH JOUE ET PERD

Au printemps de 1953, Mossadegh essaie de contester le droit du Chah à agir sur le pouvoir exécutif, en clair à l’écarter du pouvoir.

 

Les mois passent et le pétrole iranien ne se vend toujours pas. Parce qu’il soupçonne que nombre de députés sont stipendiés par des puissances étrangères, Mossadegh décide de dissoudre le Parlement en procédant par référendum. Ce dernier, qui a lieu le 3 août 1953, approuve la dissolution du parlement à une large majorité conduisant à la tenue prochaine d'élections que le Premier Ministre espère remporter largement.  

Le 2 août 1953, Mossadegh interdit au Chah de recevoir des visiteurs étrangers sans son autorisation préalable. Cependant, le 11 août 1953, le Chah quitte Téhéran avec son épouse et une petite suite se rend dans une de ses résidences années près de la mer Caspienne, où se trouve une de ses résidences d'été́. Quatre jours plus tard, il signe un décret impérial qui renvoie Mossadegh et le remplace par le Général Zahedi.

Le décret est porté à Mossadegh par le commandant de la garde impériale, le colonel Nassiri. Mossadegh ordonne l'arrestation de ce dernier, ce qui provoque  la fuite du Chah, qui gagne Rome, en passant par Bagdad.

Mossadegh prétendait que seul le parlement avait le droit de révoquer le Premier ministre, mais il occultait le fait que la dissolution du Parlement donnait au Chah le droit de le déposer. En outre, il pensait que Mohammad Reza Shah Pahlavi n'oserait pas le faire, car il ignorait que la décision du chah avait été prise en collaboration avec les services secrets américains et britanniques.

En effet, après que Mossadegh ait refusé en janvier 1953 la proposition d’Einsenhower et de Churchill, Washington craignait que Mossadegh ne se tourne vers l'Union Soviétique. Il décida de remplacer Mossadegh en organisant un coup d’état (opération TP-AJAX). La Garde Impériale avait été chargée par le Chah d'occuper les endroits stratégiques, tandis que Mossadegh diffusait à la radio un message qui dénonçait un coup d'État contre le gouvernement, mettait en place un conseil de régence et organisait des manifestations en sa faveur.

Mais, le 19 août 1953, des manifestants pro-Chah défilèrent dans les rues de Téhéran. Ils furent rejoints par des unités policières et militaires qui prennent d’assaut le quartier général de l'état-major de l'armée, tandis que la publication par la presse de copies du décret impérial, qui avait été caché par Mossadegh, le déstabilisait. S’y ajoutait la position des forces religieuses menées par les ayatollahs Kashani, Bouroudjerdi et Behabahni qui appelaient à soutenir le Chah et Zahedi. À Tabriz, Ispahan et Chiraz, les manifestants occupaient les bâtiments publics et les stations de radio locales annonçaient leur soutien au Chah Mohammad Reza Pahlavi.

Des affrontements armés eurent lieu entre les partisans de Mossadegh et les forces de Zahedi devant la résidence de Mossadegh où il s’était barricadé, faisant plus de 200 morts. Mossadegh et ses plus fidèles partisans s'enfuirent, avant que la maison ne soit incendiée. Apprenant la fuite de son rival, le général Zahedi apparut enfin et se rendit maitre de la capitale.

Cinq jours plus tard, alors que le Chah rentrait en Iran,  Mossadegh se rendit. Il fut inculpé de haute trahison et déféré́ devant un tribunal militaire.

Le 22 décembre 1953, il fut condamné à mort, condamnation que le Chah réduisit à trois ans d’emprisonnement. Libéré en décembre 1956, il est assigné à résidence dans son village ancestral d’Ahmadabad, dans la province de Qazvin. Plus tard, lorsque le Chah lui fera savoir, qu’il se devait de rester en dehors de la politique, Mossadegh répondit, avec quelque amertume : « Je serais fou de vouloir à nouveau me battre pour un peuple qui ne s'est pas battu pour moi quand j'en ai eu besoin ! »

Mossadegh était un homme politique plein d'énergie et charismatique. Fervent nationaliste, il ne lui manquait probablement qu'une appréciation réaliste des rapports de force.  Sa destitution permit la reprise des négociations sur la question pétrolière et l'arrivée massive des Américains dans le grand jeu pétrolier du pays. Mais Mossadegh avait rendu toute dénationalisation du pétrole iranien impossible. C’est pourquoi, en 1954,un consortium international fut créé́ pour gérer la production pétrolière de l'Iran, dont le pays restait propriétaire.

 

Mirza Mohammad, dit Mohammad Mossadegh, décéda à son domicile le 7 mars 1967. Il fut enterré sous la salle à manger de sa propriété́ familiale, où son corps se trouve toujours.

 

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L'INCROYABLE MOSSADEGH

29 Août 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

L'INCROYABLE MOSSADEGH

Après la deuxième guerre mondiale, l’Iran lutte contre l’influence de l’URSS avec l’aide des États-Unis qui soutiennent l’armée iranienne.

 

C’est ici qu’intervient le rôle extraordinaire de Mossadegh, symbole du refus des ingérences étrangères, qui permet de mieux comprendre la position actuelle de l’Iran.

Mohammad Mossadegh (1882-1967) est le fils d’un riche dignitaire iranien.  

Trois ans après la mort de son père, il est nommé à l’âge de quinze ans inspecteur des finances de la province du Khorassan et en dix ans, il devint l'un des plus grands propriétaires fonciers iranien mais il échoue à devenir député pendant la révolution constitutionnelle iranienne, malgré l’intervention de son influente famille.

Le 23 juin 1908, le Chah fit bombarder le Parlement qui fut remplacé un Haut Conseil composé de 50 membres personnellement sélectionnés par le Chah dont Mohammad Mossadegh, qui obtint aussi l’autorisation de se rendre à Paris pour s’inscrire tout d’abord à l'École libre des sciences politiques puis ensuite en Suisse où il poursuit des études de droit à l’université́ de Neuchâtel, obtient sa licence en droit avant de passer une thèse qu’il soutient en juillet 1914 et de rentrer à Téhéran.

Il occupe plusieurs fonctions administratives puis, le 21 novembre 1921, devient ministre des Finances. En 1923, il est élu député, mais comme il s’oppose à la nomination de Reza Khan comme Chah, il doit se retirer pendant seize ans de la vie politique dans le village d'Ahmadabad dont il est originaire.

Revenu à la politique en 1942, Mohammad Mossadegh va se tailler progressivement, un rôle de tribun nationaliste, adversaire de toutes les ingérences estrangères, ce qui lui vaudra une très grande popularité́. Il commence par déposer un projet de loi visant à̀ empêcher l'URSS de prendre possession des exploitations pétrolières au nord du pays.

À l’époque, le pétrole iranien, concédé à la toute-puissante Anglo-Iranian Oil Company (AIOC) ne rapporte que 10% des revenus à l'État  iranien. Mais en 1950, l'Arabian-American Oil Company (ARAMCO) accorde 50% des revenus pétroliers à l’Arabie Saoudite. L’Iran s’empresse de demander la même répartition des bénéfices à l’AOIC, agitant, en cas de refus, la nationalisation de l'industrie pétrolière.

Mais Mossadegh s’oppose à un accord avec l’AOIC, déclarant avec virulence  au Premier Ministre, Haj Ali Razmara : « ... Je jure devant Dieu, que le sang coulera, le sang coulera. Nous nous battrons, et nous pourrons nous tuer. Si vous êtes un militaire, je suis plus soldat que vous. Je vais tuer, dans ce Parlement je vais vous tuer ». Le 7 mars 1951, après un communiqué violent de Mossadegh contre le Premier Ministre Razmara, ce dernier est assassiné par un islamiste et, une semaine plus tard, le parlement adopte la loi sur la nationalisation de l'industrie pétrolière.

Le 29 avril 1951, Mossadegh devient Premier Ministre avec l'appui des religieux et des communistes. Mais l’AOIC rejette les termes de la nationalisation et fait appel à l'arbitrage de la Cour internationale de Justice de La Haye qui n’aboutit pas. Mossadegh ferme les consulats britanniques tandis que le Royaume-Uni organise efficacement le blocus naval des exportations pétrolières de l'Iran.

Mossadegh, qui veut les pleins pouvoirs, se heurte au Parlement et au Chah qui les lui refusent. Il décide donc de démissionner. Mais Mossadegh symbolisait l'orgueil national et les sanglantes manifestations qui succèdent à cette démission, avec l’appui du parti Tudeh et des dignitaires religieux, contraignent le Chah à le rappeler, le 20 juillet 1952.   

Pendant ce temps, la production pétrolière iranienne est devenue quasiment nulle. Mossadegh réussit cette fois à̀ obtenir un mandat de six mois pour faire adopter des lois par décision gouvernementale sans le consentement du Parlement, ce qui commence à susciter de fortes critiques.

Il utilise ses pouvoirs pour faire adopter une réforme agraire qui réduit de 20 % la part du revenu annuel des propriétaires fonciers. Le Sénat, dominés par les élites du pays s’opposent à sa politique intérieure. Mossadegh réagit contre cette opposition en demandant au Parlement la dissolution du Sénat,  que le Chah et le Parlement acceptent.

Alors que le boycott des exportations pétrolières entraine l’économie iranienne dans sa chute. Mossadegh poursuit sa politique intransigeante en rompant, le 23 octobre 1952, les relations diplomatiques de l’Iran avec le Royaume-Uni. Deux jours auparavant, il avait promulgué une loi interdisant toute grève, remplissant rapidement les prisons. Mozaffar Baghai, co-fondateur avec Mossadegh du Front national et l’ayatollah Kashani, président du Parlement s’opposent alors à lui, si bien qu’à la fin de l’année 1952, seules les forces du parti communiste Tudeh le soutenaient encore.

Le pouvoir de Mossadegh est fortement affaibli, lorsque, le 6 janvier 1953, il demande une prorogation pour continuer à statuer par décret, provoquant des batailles de rue à Téhéran entre les partisans et les opposants à Mossadegh, prorogation qui est finalement acceptée. Mais il reste parfaitement intransigeant. Fin janvier, Churchill et Eisenhower, font une nouvelle offre d'accord à Mossadegh, que ce dernier rejette.

Le Chah commence à juger sévèrement l’inaptitude de Mossadegh à négocier avec l'AIOC. Comme Mossadegh a vidé́ la cour de tous ses opposants réels ou supposés, le Chah et son épouse envisagent, avec l’accord du Premier Ministre, de partir pour l'étranger afin de fuir une capitale de moins en moins sûre pour eux.

 

Lorsque la nouvelle se répand, la rue se soulève en faveur du Chah, qui annule son voyage.  

 

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LA MONTÉE DU NATIONALISME EN IRAN

21 Août 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

REZA SHAH PAHLAVI

REZA SHAH PAHLAVI

Au début du XXe siècle, le Chah était en butte à de plus en plus de contestations, notamment en raison de sa faiblesse face aux ingérences étrangères.

 

Il lui fallut accepter la création d’un Parlement, la Majles, en octobre 1906.  

Le pays est alors partagé en deux sphères d’influence, le nord aux Russes et le sud aux Britanniques en vertu de la convention anglo-russe de 1907. Lorsque les Britanniques essaient d’imposer un accord pétrolier anglo-persan en 1919, ce dernier est refusé par le Parlement : on constate que le mouvement nationaliste iranien est une constante du pays.

En 1921, un jeune officier de l’unité́ des cosaques, le général Reza Khan Mir Panj, effectue un coup d’État militaire, devient chef de l’armée et prend le nom de Reza Khan Sardar Sepah, renversant ainsi la dynastie kadjar.  

Reza Khan s’attribue tout d’abord le poste de premier ministre, envisage de faire de la Perse une république selon le modèle d’Atatürk, puis y renonce face à̀ l’opposition du clergé chiite et se fait nommer par la Majles, réunie en tant qu’Assemblée constituante, nouveau Shah de la Perse, sous le nom de Reza Shah Pahlavi, le 12 décembre 1925.

Reza Shah a des plans ambitieux pour moderniser la Perse. Il tente, sans grand succès de renégocier avec l'Anglo-Persian Oil Company un accord plus favorable à la Perse. Parallèlement, il cherche  à créer une industrie lourde, construit un chemin de fer national, le Trans-persan (aujourd’hui inscrit au Patrimoine mondial par l’Unesco)  créé un système d’éducation public, encore très performant aujourd’hui, améliore le système de santé, réforme la justice jusque-là̀ contrôlée par le clergé́ chiite et promulgue un Code civil.

En 1935, il interdit le port du voile pour les femmes et fait  obligation pour les hommes de porter un habit à l’occidentale. En même temps, il cherche à être moins dépendant de la Grande- Bretagne et de la Russie, en annulant les droits spéciaux accordés aux étrangers pendant l’époque Qajar. Symboliquement, le 21 mars 1935, il demande à la communauté́ internationale de ne plus désigner son pays par le terme Perse mais de l’appeler Iran, qui signifie « Perse » en iranien.  

Durant la Seconde Guerre Mondiale, Reza Shah proclame la neutralité́ de l’Iran, ce qui entraine, le 25 aout 1941, l’invasion du pays par la Grande-Bretagne et l’URSS qui forcent Reza Shah à abdiquer en faveur de son fils Mohammad Reza Pahlavi.

L’Iran est alors contraint de signer un traité avec la Grande-Bretagne et l’Union soviétique par lequel le pays accepte de livrer son pétrole aux alliés en échange de quoi ces derniers s’engagent à respecter l’intégrité́ territoriale de l’Iran et à retirer leurs troupes au maximum six mois après la fin de la guerre.

On ne s’étonnera donc pas aujourd’hui que, face aux dictats des grandes puissances, le sentiment nationaliste se soit encore renforcé en Iran.  

L’Iran, selon l’accord tripartie devait être évacué par les troupes soviétiques et anglaises au plus tard le 2 mars 1946, mais l’Iran demande une évacuation anticipée, le 19 mai 1945. Les Britanniques s’y plient partiellement, gardant leurs troupes dans la zone pétrolière du sud de l’Iran. En revanche, les Soviétiques refusent, restent à Téhéran et organisent en août 1945 une révolte du parti procommuniste Tudeh, fondée sur le séparatisme des Azéris. En même temps, le Parti démocratique du Kurdistan, un mouvement autonomiste, crée la République de Mahabad au Kurdistan iranien. Ces deux républiques autonomes bénéficient du soutien de l’URSS, tandis que des troupes soviétiques occupent des parties du Khorasan, du Gorgān, du Māzandarān et du Gīlān.

L'Iran porte alors la question de l’évacuation des troupes soviétiques devant le Conseil de sécurité́ des Nations unies de l'ONU et les négociations aboutissent le 4 avril 1946 à un accord russo-iranien sur le retrait des troupes soviétiques.

 

Le gouvernement iranien reprend alors le contrôle du pays, notamment sous la législature du Front national de Mohammad Mossadegh.

 

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L'IRAN RENAÎT, L'IRAN SE RÉFORME

9 Août 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

NADIR SHAH, LE CONQUÉRANT

NADIR SHAH, LE CONQUÉRANT

Du début du XVIe siècle remonte la renaissance d’un Iran autonome qui avait disparu pendant presque un millénaire, à partir des conquêtes arabes du VIIe siècle. 

 

Sous l’impulsion d’Ismail Ier, premier souverain safavide, l’Iran décida de se convertir au chiisme, afin de s’affirmer religieusement face à̀ la domination des Ottomans sunnites. Il fallut alors, comme aujourd’hui avec le régime des mollahs, faire cohabiter l’idéologie messianique du Chiisme avec les exigences administratives d’un État territorial.

Les Safavides durent faire face aux Ouzbeks, qui attaquaient le Khorasan et aux Ottomans qui se confrontaient aux Iraniens dans le Caucase et en Anatolie. Ce conflit avec les Ottomans se poursuivit jusqu’en 1639, date du traité de Qasr-i-Chirin qui a défini les frontières entre l’Iran et la Turquie jusqu’au début du XXe siècle.

L’apogée des Safavides fut atteinte sous le Shah Abbas Ier le Grand (1587-1629) qui parvint à réduire les menaces extérieures, à réorganiser l’armée et l’administration tout en soutenant les institutions religieuses. Il développa le commerce et les arts, notamment dans sa nouvelle capitale Ispahan qu’il dota de magnifiques palais et mosquées.

Puis vint, comme toujours en Iran, le déclin de la dynastie safavide, du fait de la faiblesse des souverains et avec ce déclin vinrent la défaite et l’occupation étrangère, face à des tribus afghanes qui prirent Ispahan après 1722. Mais le triomphe des afghans fut de courte durée.

Se substituant à la dynastie safavide, un chef de tribu nommé Tahmasp Quli chassa les Afghans et prit le pouvoir en 1736 sous le nom de Nâdir Shâh. Il reconquit alors le territoire iranien d’origine en englobant la Géorgie et l’Arménie comme l'Afghanistan, menant  campagnes militaires sur campagnes militaires qui le conduisirent jusqu’à̀ Delhi en 1739, dont il ramena des trésors fabuleux, tel le trône du Paon.

Mais Nadir Shah était impopulaire du fait des guerres incessantes et des lourds impôts qu’elles entrainaient. Il fut finalement assassiné en 1747, provoquant une période d’anarchie qui dura jusqu’en 1795, lorsque Mohammad Shah Qajar prit le pouvoir, installant la dynastie des Qâdjârs qui se maintint jusqu’en 1925.

Les guerres ottomano-persanes reprirent sporadiquement et sans résultat décisif jusqu'aux Traités d'Erzurum de 1823 et 1847, tandis que l'expansion de l'Empire russe provoquait quatre guerres russo-persanes entre 1722 et 1828 qui entrainèrent la perte des provinces du Caucase.

L’Iran retrouva progressivement l’indépendance, l’ordre, la stabilité́ et l’unité́ jusqu’à ce que, à la fin du XIXe siècle, les pressions de la Russie et la Grande-Bretagne s'exercent sur le pays. C’est alors que l’Iran fut obligé d’abandonner ses territoires en Asie centrale et que la Grande-Bretagne envoya des troupes en Iran pour l’empêcher de récupérer des territoires afghans perdus sous le règne depuis les Safavides.

L’interférence de la Russie et de la Grande-Bretagne dans les affaires internes de l’Iran se produisit alors que le pouvoir était, comme d’habitude, devenu faible. Elle eut pour effet de moderniser le système fiscal iranien et de réduire l’influence du clergé́ chiite sous l’impulsion du premier ministre Amir Kabir qui fonda en 1851 Dar-ol Fonoun, le premier établissement d’enseignement supérieur en Iran, avant d’être assassiné parce qu’il gênait la famille du Shah.

La réforme des institutions se poursuivit cependant. En 1871, Mirza Hosein Khan Moshir od-Dowleh, nouveau premier ministre du Shah, mit en place un gouvernement de style européen qui marqua fortement le début du mouvement de réforme en Iran.

 

Puis les souverains qâdjârs suivants provoquèrent la colère populaire par les concessions qu’ils firent aux puissances étrangères, comme celle du pétrole remis à une société anglaise, la Persian Oil Company, en 1901.

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LE DESTIN DU CANADA APRÉS LE RETRAIT FRANÇAIS

13 Juillet 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LA REBELLION DES PATRIOTES

LA REBELLION DES PATRIOTES

Nous avons relaté le conflit qui a opposé la France et le Royaume Uni pour contrôler l’Amérique du Nord, et plus particulièrement autour de la Nouvelle France entre 1747 et 1783.

 

Après la conquête par les Anglais des territoires de la Nouvelle-France, l’histoire du Canada s’amorce. À cet égard, il est saisissant de constater que rien dans cette histoire du Canada ne révèle une volonté d’inclusion de la part des Canadiens anglais, ni des Amérindiens, ni des Canadiens français.

Les premiers seront éliminés démographiquement, avant que les survivants ne soient confinés dans des réserves et liquidés en détail, comme le montrent les découvertes récentes de sépultures des orphelinats amérindiens.

Les seconds, trop nombreux du fait de la séparation entre le Canada et les États-Unis, n’ont pu être ni déplacés comme les Acadiens, ni éliminés démographiquement. Les Canadiens Anglais ont donc tenté de les assimiler au plan juridique et pratique. N’y étant pas parvenus, ils les ont maintenus dans une position subalterne, mais en aucun cas ils ne les ont inclus dans leur propre société.

La Nouvelle-France a été placée sous un régime militaire anglais, avant que le Traité de Paris en 1763 n’attribue définitivement à la Grande-Bretagne l'Acadie, le Canada et la partie orientale de la Louisiane, entre le Mississippi et les Appalaches. Le Canada devint la « Province of Quebec », avec un gouverneur général reprenant les rôles du gouverneur et de l'intendant de la Nouvelle-France, sous l'autorité de la Couronne britannique.

Les institutions issues de la France furent abolies, privant officiellement les Canadiens français de la pratique de leur religion. En outre l'utilisation de la Coutume de Paris fut remplacée par la Common Law, droit coutumier britannique.

Mais en 1774, devant les menaces d'insurrection de la Province of Quebec concomitantes avec la révolte latente des Treize Colonies, le gouvernement britannique proclama « l'Acte de Quebec » qui élargissait les frontières de la colonie en y incluant les territoires de l’Ontario actuel et de la vallée de l’Ohio, et qui permettait aux Canadiens français de conserver le régime seigneurial, de pratiquer la religion catholique et d'utiliser la Coutume de Paris pour régir le commerce et les rapports civils, tout en maintenant le droit pénal britannique.

Mais pendant les années suivantes, les efforts des Canadiens anglais ont visé à faire disparaître progressivement les Canadiens français,  provoquant la révolte de ces derniers:

  • En 1791, l’arrivée de nombreux loyalistes britanniques dans les provinces of Québec et limitrophes conduisit à l'Acte constitutionnel qui divisait le Canada en deux, Le Haut-Canada, peuplé des loyalistes anglais et le Bas-Canada, peuplé des Canadiens français et qui accordait à chacune des deux colonies une Chambre d'assemblée soumise au veto du Gouverneur nommé par le Roi d'Angleterre.
  • En 1822, un projet d'union législative des deux Canadas est soumis au Parlement de Londres, afin d’obtenir que les francophones deviennent minoritaires. Mais de nombreux représentants bas-canadiens s’y opposent et le projet est abandonné devant leur résistance.
  • En 1828, les représentants du Parti patriote fondé par les Canadiens français déposent des pétitions à la Chambre des Communes britannique pour se plaindre des actes du gouverneur général George Ramsay à l'endroit des francophones.
  • En 1834, le Parti Patriote du Bas-Canada demande à Londres l'indépendance politique qui lui est refusée. Le Parti patriote organise alors de nombreuses réunions qui demandent le respect des droits de l’homme, proposent une lutte constitutionnelle, le boycott des produits britanniques et l'organisation paramilitaire des jeunes Patriotes, la Société des Fils de la Liberté.
  • En 1837-1838 se déroule la Rébellion des Patriotes qui dégénère en guerre civile dans le Bas-Canada. La Rébellion propose de déclarer d'indépendance du Bas-Canada et de promulguer la séparation de l'Église et de l'État afin de créer la République du Bas-Canada. La révolte est violemment réprimée par l'armée britannique. 
  • En 1840, Le rapport Durham recommande de réunifier les deux colonies afin d’assurer une présence plus importante de la culture britannique auprès des francophones. Le rapport donne lieu à la création du Canada-Uni, qui abroge une partie des droits octroyés aux Canadiens français par l'Acte de Québec de 1774. Dans les années qui suivent, de nombreux Canadiens français émigrent dans les États de la Nouvelle-Angleterre afin de fuir l'oppression anglaise (la Grande Hémorragie).
  • En 1848, la nouvelle colonie du Canada-Uni obtient la Responsabilité ministérielle et l'Institut canadien de Québec est créé afin de contrecarrer l'influence grandissante de la culture britannique.

 

À partir des années 1850, les riches familles anglaises du Canada s'établissent dans la ville de Montréal, fondent des entreprises avec des Canadiens anglais aux postes de contremaîtres et des Canadiens français comme ouvriers, tandis que la majorité de ces derniers, soutenus par l'Église catholique, vivent repliés sur eux-mêmes dans les activités agricoles.

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MOLLE VICTOIRE

9 Juin 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LOUIS XVI

LOUIS XVI

Avec des moyens inférieurs à ceux de son adversaire, Suffren refoule devant lui l’escadre anglaise dont le chef hésite à engager le combat.

 

Le 18 juin 1783, le blocus de Gondelour est levé sans avoir eu besoin de livrer bataille. Bussy fait transférer mille deux cent de ses hommes sur les vaisseaux de Suffren pour en renforcer les effectifs. Le 20 juin, Suffren impose le combat à son adversaire. La bataille, en ligne de file, se termine par la retraite de l’escadre anglaise qui a subi de gros dégâts. Il cherche à reprendre le combat mais l’escadre anglaise prend la fuite sur Madras. Gondelour est sauvée, mais le 29 juin 1783, la frégate anglaise Medea vient sous pavillon parlementaire apporter la nouvelle officielle des préliminaires d'un traité de paix, qui ont été  arrêtés le 30 novembre 1782. En attendant la signature du futur traité de paix, les hostilités sont suspendues.

Puis intervient, le 3 septembre 1783, la signature du traité de Paris et le même jour du traité de Versailles. Le traité de Paris permet aux Etats-Unis d’être reconnus par la Grande-Bretagne, de définir les frontières entre les États-Unis et les colonies britanniques d'Amérique du Nord : Grands Lacs au nord, Mississippi à l'ouest, 31eparallèle au sud et de garantir les droits des pêcheurs américains au large de Terre Neuve et du golfe du Saint-Laurent.  

Le traité de Versailles est composé de deux traités bilatéraux entre la Grande-Bretagne et la France d’une part et entre la Grande-Bretagne et l’Espagne d’autre part, qui sera complété par un autre traité de Paris signé entre la Grande-Bretagne et les Provinces-Unies le 20 mai 1784.

En vertu des traités de Versailles, la Grande-Bretagne restitue une partie des possessions qu'elle avait acquise lors du traité de Paris de 1763, mais pas le Canada. L'Espagne récupère Minorque et les deux Floride, mais la Grande-Bretagne garde Gibraltar. La France récupère ses comptoirs en Inde, huit loges (Balassore, Cassimbazar, Yougdia, Dacca, Patna, Mazulipatam, Calicut et Surat. En Afrique, elle garde l'île de Gorée et le Sénégal. Aux Antilles, elle récupère Tobago et la Trinité, mais cède Saint-Vincent et les Grenadines à la Grande-Bretagne. En Amérique du Nord, elle garde Saint Pierre et Miquelon et obtient un droit de pêche étendu sur les Grand Bancs de Terre-Neuve. Mais elle ne récupère pas la Nouvelle-France qui est divisée en deux au niveau des Grands Lacs: la partie au nord (Québec et le futur Ontario) reste sous domination britannique, tandis que la partie au sud, la Louisiane française, allant du sud des Grands Lacs au golfe du Mexique reste coupée en deux par le Mississippi, avec à l'ouest la Louisiane espagnole et à l'est, les Etats-Unis. 

La guerre entre la France et la Grande-Bretagne, déclenchée le 6 février 1978, a duré plus de cinq ans. La France a soutenu à bout de bras ses alliés, les Etats-Unis, l’Espagne et les Provinces-Unies. Elle a été victorieuse à de nombreuses reprises, à Yorktown, dans les Antilles et aux Indes. La victoire de Yorktown a offert l’indépendance aux Etats-Unis et la guerre menée par Suffren a conduit les Britanniques au bord de la rupture en Inde. Certes, la flotte britannique reste redoutable mais la flotte française est désormais capable de la vaincre et elle dispose d’alliés.

Malgré des efforts militaires immenses, notamment navals, malgré les dépenses considérables engagées par le Trésor royal qui le contraindront à convoquer les États Généraux avec les conséquences que l’on connaît, malgré les victoires obtenues, malgré le nouveau rapport de force avec la Grande-Bretagne qui penche désormais en faveur de la France, le Roi de France ne demande rien. Ni la récupération de la Nouvelle-France, ni la main mise sur l’Inde, ni la restitution d'îles importantes dans les Antilles.

Concernant la Nouvelle-France, dés la signature du traité du 6 février 1978 avec les 13 colonies, la France s’était engagée à ne pas accroitre ses territoires en Amérique pour ne pas s’aliéner les colons américains, donc à ne pas reconquérir la Nouvelle-France. Mais cinq ans après, les rapports de force avaient changé car les Français seuls avaient imposés la création des Etats-Unis.

 

Louis XIII avait installé la France au Canada. Louis XIV y avait construit la Nouvelle-France que Louis XV avait défendu en vain mais avec détermination contre la conquête anglaise. Finalement, c’est la molle inconséquence de Louis XVI et de sa cour, vainqueurs sans buts, qui a conduit à abandonner la Nouvelle-France alors que la fortune des armes permettait de mettre un terme à la conquête britannique.

 

 

 

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GUERRE TOTALE EN INDE

29 Mai 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

BATAILLE DE GONDELOUR

BATAILLE DE GONDELOUR

Mais le combat du 3 septembre 1782 se révèle tout aussi acharné et confus que les précédents.

 

Les Français ont beaucoup de mal à former leur ligne et à suivre les ordres de Suffren qui veut profiter de sa supériorité pour envelopper l’arrière-garde de Hughes, qui essuie de gros dommages mais fait retraite en bon ordre et sauve de nouveau son escadre.

L’explication qui s’ensuit entre Suffren et ses officiers provoque une deuxième purge dans l’état-major avec quatre démissions de capitaines.  

Cette première partie de la campagne des Indes montre un Suffren offensif, mais mal obéi ou compris à cause des insuffisances de ses subordonnés mais aussi de son caractère difficile.

Elle révèle aussi les qualités de Suffren qui, outre ses qualités militaires, sait s’improviser diplomate et logisticien. Il noue un partenariat stratégique avec le gouverneur néerlandais de Ceylan, Iman Willem Falk qui comprend qu’en combattant Hughes, il protège l’immense empire néerlandais des Indes. Suffren passe aussi des accords militaires avec le nabab Haidar Alî, qui apporte aux troupes françaises qui débarquent à Porto Novo, fourrage, vivres et argent.

Outre ces alliances, Suffren s’affirme comme le roi de la récupération et du bricolage, adaptant hommes et matériaux aux besoins de sa stratégie. Trinquemalay se transforme en chantier naval improvisé pour redonner de la voilure aux trois bâtiments endommagés lors du combat devant le port.

Suffren utilise aussi ses bâtiments les plus rapides pour ratisser les cô̂tes et capturer plus de cinquante navires de commerce, apportant à son escadre vivres, poudre, boulets et matériel divers. Cette active campagne corsaire permet à Suffren de vivre littéralement sur le dos des Anglais, au point de ne plus savoir quoi faire des prisonniers que l’on est contraint de confier à la garde d’Haidar Alî.

La question la plus délicate est celle de la gestion des équipages, dont on ne peut combler les pertes. Suffren résout le problème comme il peut en faisant tourner les équipages selon les missions et en embarquant des matelots tirés des navires de transport ou des soldats, voire des ouvriers du port et comme cela ne suffit pas, il utilise des marins locaux, les Lascars, ou les Cipayes que lui fournit Haidar Alî.

Suffren gère au mieux ses possibilités. Du 3 novembre au 20 décembre 1782, il fait hiverner sa flotte à Sumatra, dans le port d'Aceh, bien abrité, qui reçoit facilement  du ravitaillement des postes néerlandais voisins de Batavia et de Malacca et qui n’est qu’à vingt jours de navigation de la côte de Coromandel. Cette proximité lui permet de maintenir une pression maximum sur les Anglais. Le 8 janvier 1783, il est de retour sur les côtes indiennes et capture par ruse une frégate anglaise. Son absence n’a pas duré trois mois et sa campagne hors norme suscite l’admiration des Anglais.  

Les rapports rendus par Suffren montrent que la France peut espérer retourner la situation aux Indes à son profit et porter un coup terrible à l’économie anglaise qui tire de très gros revenus de cet immense pays. Aussi le ministre de la Marine, de Castries, s’active pour y expédier des renforts.

Mais l’acheminement de ces derniers connait de multiples déboires. Le premier convoi quitte Brest le 11 février 1782 et traverse l’Atlantique sans encombre. Le second convoi, beaucoup plus faiblement protégé, voit treize des dix-neuf transports ainsi que deux de ses trois vaisseaux capturés le 21 avril 1782, deux jours après leur sortie de Brest. De plus, la croisière doit s’arrêter longuement au Cap car une grosse épidémie s’est déclarée à bord et elle rallie difficilement l’Île-de-France, ne permettant de  faire passer à Suffirent qu'un petit effectif en août 1782, peu avant la prise de Trinquemalay.

Le plus gros des renforts arrive le 11 mars 1783, trente-cinq voiles portant environ 2 500 hommes de troupes escortés par trois vaisseaux et une frégate avec 5 millions pour le financement des opérations futures. Les soldats sont rapidement transférés sur la côte indienne, où les attend avec impatience TipûSâhib, qui a succédé à Haidar Alî, décédé.

Mais cette troupe, qui s’agrège à celle débarquée par Suffren un an auparavant, subit des aléas de commandement : le premier chef, le général Duchemin décède. Son successeur, M. d’Hoffelize, perd des mois en inaction. Le chef suivant, Bussy-Castelnau, est devenu en 1783 un vieillard impotent, qui reste inactif à Gondelour avec ses 5 000 hommes.

L'initiative repasse donc aux Anglais qui ont reçdes renforts et, au mois de mai 1783, une forte armée de 15000 hommes aux ordres du général Stuart engage l'offensive depuis Madras et vient mettre le siégé devant la place. Au large, les forces de Hughes assurent le blocus naval.

À Trinquemalay, l’escadre française est désormais inférieure à l’escadre anglaise. Hughes dispose maintenant de dix-huit vaisseaux, tous doublés de cuivre, alors que Suffirent n'en a que quinze, dont sept seulement sont doublés. En outre, Suffren n'a qu'une confiance incertaine dans les capacités de ses capitaines, et même s’il dispose désormais d’un bon chef d'escadre, les équipages manquent. 

 

Cela n’empêche pas Suffren de lancer son escadre à l’assaut de celle d’Hughes. Il lève l’ancre le 11 juin 1783 pour sauver l’armée de Gondelour pressée par terre et par mer ».

 

À SUIVRE

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SUFFREN EN ACTION

20 Mai 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

SUFFREN

SUFFREN

La campagne américaine se termine par de petits engagements où alternent succès et revers, tandis qu’en Europe, les derniers grands affrontements se déroulent lors du siège de Gibraltar.

 

Gibraltar tient bon depuis 1779 parce que la flotte espagnole s’est montrée incapable depuis trois ans d’intercepter les convois de ravitaillement escortés par la Navy. Les Espagnols, qui bénéficient de l’aide de douze vaisseaux français, en réclament en vain quarante à Louis XVI.  

Le commandement du siège de Gibraltar est confié à un Français, le duc de Crillon, qui retient l’idée de l’ingénieur militaire Le Michaud d'Arçon d’attaquer la place avec des batteries flottantes « insubmersibles et incombustibles ». Dix batteries sont mises en action à partir de septembre 1782, servies par 5200 hommes qui mettent en action 172 canons de 24 dont le déluge de feu doit venir à bout des fortifications anglaises.

Lorsque les batteries flottantes s’approchent du rocher de Gibraltar, soutenues par les quarante-huit vaisseaux franco-espagnols de Cordoba et Guichen, elles sont accueillies par l’artillerie anglaise qui ouvre le feu à boulets rouges depuis des galeries creusées dans la falaise. Contrairement aux espoirs de Le Michaud d'Arçon, le blindage de chêne n’y résiste pas : trois des machines flottantes, touchées dans leurs réserves de poudre, explosent en formant de terrifiants champignons de feu et de fumée et la panique s'empare des autres batteries. Toutes les batteries sont englouties au pied de la falaise, avec plus de 2 000 marins espagnols noyés ou brulés.

Ne reste plus comme solution pour obtenir la reddition de la forteresse britannique qu’à affamer la garnison en bloquant le dernier convoi de ravitaillement anglais, mais le 11 octobre 1782, Howe se joue de la flotte franco espagnole, si bien que la prise de Gibraltar est remise sine die.

En revanche, la campagne des Indes de Suffren est victorieuse. Lorsque Pierre André́ de Suffren appareille de Brest, le 22 mars 1781, il est à̀ la tête d’une division de cinq vaisseaux et d’une corvette chargée d’une opération de diversion. Cette petite force est chargée d'escorter huit navires de transports embarquant un millier de soldats à destination du Cap et cinq navires de commerce pour le Sénégal. Il s’agit de garder ouverte la route des Indes orientales.

Cette première mission est un succès, avec une victoire contre l’escadre de Johnstone qui se ravitaille dans les iles portugaises du Cap Vert, ce qui permet aux Français d’arriver avant les Anglais au Cap. Lorsque Johnstone se présente en juillet 1781 devant Le Cap, il est contraint de se retirer.    

La flotte française reste deux mois et demi en Afrique du Sud afin de réparer les vaisseaux, tandis que Suffren a reçu l’ordre de passer dans l’océan Indien et de joindre ses vaisseaux à ceux de l’Ile-de-France pour revenir en Inde, où le conflit est resté en sommeil après la chute des comptoirs français à l’automne 1978, malgré la défense énergique de Pondichéry par le gouverneur de Bellecombe. Depuis, la flotte française s’était repliée sur l’Ile-de-France où l’on semblait se résigner à attendre tranquillement la fin de la guerre en cours.

L’arrivée de Suffren à l’Île de France, le 25 octobre 1781, change radicalement la donne. L’addition de ses cinq vaisseaux aux six vaisseaux et trois frégates stationnés sur l’île donne aux Français leur plus puissante escadre jamais engagée en Inde, ce qui correspond à la volonté́ du ministre de Castries d’accentuer la guerre dans l’océan Indien. Les ordres sont d’attaquer les Anglais partout où ils se trouvent et de leur causer le plus de dégâts possibles, ce qui convient parfaitement au caractère offensif de Suffren.

L’escadre appareille pour l’Inde le 7 décembre 1781, accompagnée de dix navires de transports embarquant 3 000 hommes et un détachement d’artillerie. Elle est initialement placée sous les ordres de d’Orves qui décède en mer, laissant le commandement à Suffren.  En face, les forces navales sont dirigées par le contre-amiral Edward Hughes qui connait parfaitement les eaux indiennes et  s’appuie sur la base bien équipée de Bombay où il peut se mettre à̀ l’abri de la mousson et y réparer ses vaisseaux alors que Suffren, à deux mois de navigation de l’Ile-de-France, est presque coupé de tout et découvre les eaux indiennes.

Suffren veut détruire les forces anglaises pour rétablir la place que la France occupait en Inde avant les traités de 1763, avec l’aide d’un puissant nabab du sud du pays, Haidar Alî,  qui mène depuis des années une guerre impitoyable contre les Anglais à l’appui de laquelle il sollicite l’alliance française. Suffren dispose d’une nette supériorité́ navale sur Hugues qui n’a que neuf bâtiments  alors que son escadre en possède maintenant douze avec la capture d’un vaisseau anglais.

Suffren et Hughes s’affrontent pour la première fois le 17 février 1782 au large du petit port de Sadras, sur la côte de Coromandel. Suffren, qui cherche à envelopper l’arrière garde anglaise, obtient une réussite partielle qui oblige l’escadre anglaise à fuir, mais ce premier combat met en lumière le manque de cohésion des capitaines autour de Suffren.  

Un deuxième combat intervient deux mois plus tard, le 12 avril 1782, au large des côtes de Ceylan ou Suffren est venu se ravitailler après avoir débarqué́ à Porto Novo les troupes destinées à faire leur jonction avec celles d'Haidar Alî. Hughes est désormais presque à parité́ avec son adversaire. Après de longues manœuvres, le combat s’engage en ligne de file. Comme à̀ Sadras, une partie des vaisseaux seulement suivent les ordres de Suffren et la bataille tourne finalement à la confusion générale, alors que beaucoup de vaisseaux sont très endommagés des deux côtés.

Après cinq heures de canonnade acharnée, les deux protagonistes, les voiles en lambeaux, sont contraints de jeter l'ancre alors que se lève un violent orage tropical à la nuit tombante. Suffren tente pendant une semaine de reprendre le combat, mais Hughes se dérobe et le 19 avril, l’escadre française décroche pour aller réparer et se ravitailler à Batticaloa.

Le troisième affrontement se passe au large de Négapatam, le 6 juillet 1782, alors que Suffren cherche à reconquérir ce comptoir néerlandais. Le combat tourne à la mêlée générale, cette fois à̀ cause du vent qui tourne brutalement et disperse les navires. Trois vaisseaux anglais et deux  vaisseaux français sont gravement touchés. Trois navires français n’ont que peu ou pas participé à l’engagement, ce qui pousse Suffren à démettre de leur commandement  leurs trois capitaines et à remplacer un quatrième pour cause de sénilité.  

Hughes fait retraite et Suffren reste maitre des eaux entre la côte de Coromandel et Ceylan. Suffren appuie dans un premier temps sa logistique sur les petits ports de la région, Porto Novo et Gondelour sur la côte de Coromandel et Batticaloa sur l’ile de Ceylan. Pour tenir plus longtemps, il lui faut une base bien abritée, équipée et facile à̀ défendre. Il décide pour cela d’attaquer Trinquemalay, sur la côte est de Ceylan. L’opération est menée depuis le mouillage voisin de Batticaloa. Elle est montée avec 2 300 hommes combinant cipayes et troupes de marine. Le 26 août 1782, le débarquement se passe sans encombre et les deux forts qui défendent la rade capitulent rapidement,

 

Hughes arrive trop tard pour secourir sa base, mais provoque une quatrième bataille navale, car Suffren l’attaque immédiatement pour essayer encore une fois de l’anéantir.

 

A SUIVRE 

 

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