Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog d'André Boyer
  • : Commenter les événements de l'actualité, tirer les leçons de l'histoire. Ne pas cesser de philosopher. Relater les expériences de ma vie.
  • Contact

andreboyer

Recherche

Pages

Catégories

13 juillet 2021 2 13 /07 /juillet /2021 20:29
LA REBELLION DES PATRIOTES

LA REBELLION DES PATRIOTES

Nous avons relaté le conflit qui a opposé la France et le Royaume Uni pour contrôler l’Amérique du Nord, et plus particulièrement autour de la Nouvelle France entre 1747 et 1783.

 

Après la conquête par les Anglais des territoires de la Nouvelle-France, l’histoire du Canada s’amorce. À cet égard, il est saisissant de constater que rien dans cette histoire du Canada ne révèle une volonté d’inclusion de la part des Canadiens anglais, ni des Amérindiens, ni des Canadiens français.

Les premiers seront éliminés démographiquement, avant que les survivants ne soient confinés dans des réserves et liquidés en détail, comme le montrent les découvertes récentes de sépultures des orphelinats amérindiens.

Les seconds, trop nombreux du fait de la séparation entre le Canada et les États-Unis, n’ont pu être ni déplacés comme les Acadiens, ni éliminés démographiquement. Les Canadiens Anglais ont donc tenté de les assimiler au plan juridique et pratique. N’y étant pas parvenus, ils les ont maintenus dans une position subalterne, mais en aucun cas ils ne les ont inclus dans leur propre société.

La Nouvelle-France a été placée sous un régime militaire anglais, avant que le Traité de Paris en 1763 n’attribue définitivement à la Grande-Bretagne l'Acadie, le Canada et la partie orientale de la Louisiane, entre le Mississippi et les Appalaches. Le Canada devint la « Province of Quebec », avec un gouverneur général reprenant les rôles du gouverneur et de l'intendant de la Nouvelle-France, sous l'autorité de la Couronne britannique.

Les institutions issues de la France furent abolies, privant officiellement les Canadiens français de la pratique de leur religion. En outre l'utilisation de la Coutume de Paris fut remplacée par la Common Law, droit coutumier britannique.

Mais en 1774, devant les menaces d'insurrection de la Province of Quebec concomitantes avec la révolte latente des Treize Colonies, le gouvernement britannique proclama « l'Acte de Quebec » qui élargissait les frontières de la colonie en y incluant les territoires de l’Ontario actuel et de la vallée de l’Ohio, et qui permettait aux Canadiens français de conserver le régime seigneurial, de pratiquer la religion catholique et d'utiliser la Coutume de Paris pour régir le commerce et les rapports civils, tout en maintenant le droit pénal britannique.

Mais pendant les années suivantes, les efforts des Canadiens anglais ont visé à faire disparaître progressivement les Canadiens français,  provoquant la révolte de ces derniers:

  • En 1791, l’arrivée de nombreux loyalistes britanniques dans les provinces of Québec et limitrophes conduisit à l'Acte constitutionnel qui divisait le Canada en deux, Le Haut-Canada, peuplé des loyalistes anglais et le Bas-Canada, peuplé des Canadiens français et qui accordait à chacune des deux colonies une Chambre d'assemblée soumise au veto du Gouverneur nommé par le Roi d'Angleterre.
  • En 1822, un projet d'union législative des deux Canadas est soumis au Parlement de Londres, afin d’obtenir que les francophones deviennent minoritaires. Mais de nombreux représentants bas-canadiens s’y opposent et le projet est abandonné devant leur résistance.
  • En 1828, les représentants du Parti patriote fondé par les Canadiens français déposent des pétitions à la Chambre des Communes britannique pour se plaindre des actes du gouverneur général George Ramsay à l'endroit des francophones.
  • En 1834, le Parti Patriote du Bas-Canada demande à Londres l'indépendance politique qui lui est refusée. Le Parti patriote organise alors de nombreuses réunions qui demandent le respect des droits de l’homme, proposent une lutte constitutionnelle, le boycott des produits britanniques et l'organisation paramilitaire des jeunes Patriotes, la Société des Fils de la Liberté.
  • En 1837-1838 se déroule la Rébellion des Patriotes qui dégénère en guerre civile dans le Bas-Canada. La Rébellion propose de déclarer d'indépendance du Bas-Canada et de promulguer la séparation de l'Église et de l'État afin de créer la République du Bas-Canada. La révolte est violemment réprimée par l'armée britannique. 
  • En 1840, Le rapport Durham recommande de réunifier les deux colonies afin d’assurer une présence plus importante de la culture britannique auprès des francophones. Le rapport donne lieu à la création du Canada-Uni, qui abroge une partie des droits octroyés aux Canadiens français par l'Acte de Québec de 1774. Dans les années qui suivent, de nombreux Canadiens français émigrent dans les États de la Nouvelle-Angleterre afin de fuir l'oppression anglaise (la Grande Hémorragie).
  • En 1848, la nouvelle colonie du Canada-Uni obtient la Responsabilité ministérielle et l'Institut canadien de Québec est créé afin de contrecarrer l'influence grandissante de la culture britannique.

 

À partir des années 1850, les riches familles anglaises du Canada s'établissent dans la ville de Montréal, fondent des entreprises avec des Canadiens anglais aux postes de contremaîtres et des Canadiens français comme ouvriers, tandis que la majorité de ces derniers, soutenus par l'Église catholique, vivent repliés sur eux-mêmes dans les activités agricoles.

Partager cet article
Repost0
9 juin 2021 3 09 /06 /juin /2021 18:37
LOUIS XVI

LOUIS XVI

Avec des moyens inférieurs à ceux de son adversaire, Suffren refoule devant lui l’escadre anglaise dont le chef hésite à engager le combat.

 

Le 18 juin 1783, le blocus de Gondelour est levé sans avoir eu besoin de livrer bataille. Bussy fait transférer mille deux cent de ses hommes sur les vaisseaux de Suffren pour en renforcer les effectifs. Le 20 juin, Suffren impose le combat à son adversaire. La bataille, en ligne de file, se termine par la retraite de l’escadre anglaise qui a subi de gros dégâts. Il cherche à reprendre le combat mais l’escadre anglaise prend la fuite sur Madras. Gondelour est sauvée, mais le 29 juin 1783, la frégate anglaise Medea vient sous pavillon parlementaire apporter la nouvelle officielle des préliminaires d'un traité de paix, qui ont été  arrêtés le 30 novembre 1782. En attendant la signature du futur traité de paix, les hostilités sont suspendues.

Puis intervient, le 3 septembre 1783, la signature du traité de Paris et le même jour du traité de Versailles. Le traité de Paris permet aux Etats-Unis d’être reconnus par la Grande-Bretagne, de définir les frontières entre les États-Unis et les colonies britanniques d'Amérique du Nord : Grands Lacs au nord, Mississippi à l'ouest, 31eparallèle au sud et de garantir les droits des pêcheurs américains au large de Terre Neuve et du golfe du Saint-Laurent.  

Le traité de Versailles est composé de deux traités bilatéraux entre la Grande-Bretagne et la France d’une part et entre la Grande-Bretagne et l’Espagne d’autre part, qui sera complété par un autre traité de Paris signé entre la Grande-Bretagne et les Provinces-Unies le 20 mai 1784.

En vertu des traités de Versailles, la Grande-Bretagne restitue une partie des possessions qu'elle avait acquise lors du traité de Paris de 1763, mais pas le Canada. L'Espagne récupère Minorque et les deux Floride, mais la Grande-Bretagne garde Gibraltar. La France récupère ses comptoirs en Inde, huit loges (Balassore, Cassimbazar, Yougdia, Dacca, Patna, Mazulipatam, Calicut et Surat. En Afrique, elle garde l'île de Gorée et le Sénégal. Aux Antilles, elle récupère Tobago et la Trinité, mais cède Saint-Vincent et les Grenadines à la Grande-Bretagne. En Amérique du Nord, elle garde Saint Pierre et Miquelon et obtient un droit de pêche étendu sur les Grand Bancs de Terre-Neuve. Mais elle ne récupère pas la Nouvelle-France qui est divisée en deux au niveau des Grands Lacs: la partie au nord (Québec et le futur Ontario) reste sous domination britannique, tandis que la partie au sud, la Louisiane française, allant du sud des Grands Lacs au golfe du Mexique reste coupée en deux par le Mississippi, avec à l'ouest la Louisiane espagnole et à l'est, les Etats-Unis. 

La guerre entre la France et la Grande-Bretagne, déclenchée le 6 février 1978, a duré plus de cinq ans. La France a soutenu à bout de bras ses alliés, les Etats-Unis, l’Espagne et les Provinces-Unies. Elle a été victorieuse à de nombreuses reprises, à Yorktown, dans les Antilles et aux Indes. La victoire de Yorktown a offert l’indépendance aux Etats-Unis et la guerre menée par Suffren a conduit les Britanniques au bord de la rupture en Inde. Certes, la flotte britannique reste redoutable mais la flotte française est désormais capable de la vaincre et elle dispose d’alliés.

Malgré des efforts militaires immenses, notamment navals, malgré les dépenses considérables engagées par le Trésor royal qui le contraindront à convoquer les États Généraux avec les conséquences que l’on connaît, malgré les victoires obtenues, malgré le nouveau rapport de force avec la Grande-Bretagne qui penche désormais en faveur de la France, le Roi de France ne demande rien. Ni la récupération de la Nouvelle-France, ni la main mise sur l’Inde, ni la restitution d'îles importantes dans les Antilles.

Concernant la Nouvelle-France, dés la signature du traité du 6 février 1978 avec les 13 colonies, la France s’était engagée à ne pas accroitre ses territoires en Amérique pour ne pas s’aliéner les colons américains, donc à ne pas reconquérir la Nouvelle-France. Mais cinq ans après, les rapports de force avaient changé car les Français seuls avaient imposés la création des Etats-Unis.

 

Louis XIII avait installé la France au Canada. Louis XIV y avait construit la Nouvelle-France que Louis XV avait défendu en vain mais avec détermination contre la conquête anglaise. Finalement, c’est la molle inconséquence de Louis XVI et de sa cour, vainqueurs sans buts, qui a conduit à abandonner la Nouvelle-France alors que la fortune des armes permettait de mettre un terme à la conquête britannique.

 

 

 

Partager cet article
Repost0
29 mai 2021 6 29 /05 /mai /2021 14:00
BATAILLE DE GONDELOUR

BATAILLE DE GONDELOUR

Mais le combat du 3 septembre 1782 se révèle tout aussi acharné et confus que les précédents.

 

Les Français ont beaucoup de mal à former leur ligne et à suivre les ordres de Suffren qui veut profiter de sa supériorité pour envelopper l’arrière-garde de Hughes, qui essuie de gros dommages mais fait retraite en bon ordre et sauve de nouveau son escadre.

L’explication qui s’ensuit entre Suffren et ses officiers provoque une deuxième purge dans l’état-major avec quatre démissions de capitaines.  

Cette première partie de la campagne des Indes montre un Suffren offensif, mais mal obéi ou compris à cause des insuffisances de ses subordonnés mais aussi de son caractère difficile.

Elle révèle aussi les qualités de Suffren qui, outre ses qualités militaires, sait s’improviser diplomate et logisticien. Il noue un partenariat stratégique avec le gouverneur néerlandais de Ceylan, Iman Willem Falk qui comprend qu’en combattant Hughes, il protège l’immense empire néerlandais des Indes. Suffren passe aussi des accords militaires avec le nabab Haidar Alî, qui apporte aux troupes françaises qui débarquent à Porto Novo, fourrage, vivres et argent.

Outre ces alliances, Suffren s’affirme comme le roi de la récupération et du bricolage, adaptant hommes et matériaux aux besoins de sa stratégie. Trinquemalay se transforme en chantier naval improvisé pour redonner de la voilure aux trois bâtiments endommagés lors du combat devant le port.

Suffren utilise aussi ses bâtiments les plus rapides pour ratisser les cô̂tes et capturer plus de cinquante navires de commerce, apportant à son escadre vivres, poudre, boulets et matériel divers. Cette active campagne corsaire permet à Suffren de vivre littéralement sur le dos des Anglais, au point de ne plus savoir quoi faire des prisonniers que l’on est contraint de confier à la garde d’Haidar Alî.

La question la plus délicate est celle de la gestion des équipages, dont on ne peut combler les pertes. Suffren résout le problème comme il peut en faisant tourner les équipages selon les missions et en embarquant des matelots tirés des navires de transport ou des soldats, voire des ouvriers du port et comme cela ne suffit pas, il utilise des marins locaux, les Lascars, ou les Cipayes que lui fournit Haidar Alî.

Suffren gère au mieux ses possibilités. Du 3 novembre au 20 décembre 1782, il fait hiverner sa flotte à Sumatra, dans le port d'Aceh, bien abrité, qui reçoit facilement  du ravitaillement des postes néerlandais voisins de Batavia et de Malacca et qui n’est qu’à vingt jours de navigation de la côte de Coromandel. Cette proximité lui permet de maintenir une pression maximum sur les Anglais. Le 8 janvier 1783, il est de retour sur les côtes indiennes et capture par ruse une frégate anglaise. Son absence n’a pas duré trois mois et sa campagne hors norme suscite l’admiration des Anglais.  

Les rapports rendus par Suffren montrent que la France peut espérer retourner la situation aux Indes à son profit et porter un coup terrible à l’économie anglaise qui tire de très gros revenus de cet immense pays. Aussi le ministre de la Marine, de Castries, s’active pour y expédier des renforts.

Mais l’acheminement de ces derniers connait de multiples déboires. Le premier convoi quitte Brest le 11 février 1782 et traverse l’Atlantique sans encombre. Le second convoi, beaucoup plus faiblement protégé, voit treize des dix-neuf transports ainsi que deux de ses trois vaisseaux capturés le 21 avril 1782, deux jours après leur sortie de Brest. De plus, la croisière doit s’arrêter longuement au Cap car une grosse épidémie s’est déclarée à bord et elle rallie difficilement l’Île-de-France, ne permettant de  faire passer à Suffirent qu'un petit effectif en août 1782, peu avant la prise de Trinquemalay.

Le plus gros des renforts arrive le 11 mars 1783, trente-cinq voiles portant environ 2 500 hommes de troupes escortés par trois vaisseaux et une frégate avec 5 millions pour le financement des opérations futures. Les soldats sont rapidement transférés sur la côte indienne, où les attend avec impatience TipûSâhib, qui a succédé à Haidar Alî, décédé.

Mais cette troupe, qui s’agrège à celle débarquée par Suffren un an auparavant, subit des aléas de commandement : le premier chef, le général Duchemin décède. Son successeur, M. d’Hoffelize, perd des mois en inaction. Le chef suivant, Bussy-Castelnau, est devenu en 1783 un vieillard impotent, qui reste inactif à Gondelour avec ses 5 000 hommes.

L'initiative repasse donc aux Anglais qui ont reçdes renforts et, au mois de mai 1783, une forte armée de 15000 hommes aux ordres du général Stuart engage l'offensive depuis Madras et vient mettre le siégé devant la place. Au large, les forces de Hughes assurent le blocus naval.

À Trinquemalay, l’escadre française est désormais inférieure à l’escadre anglaise. Hughes dispose maintenant de dix-huit vaisseaux, tous doublés de cuivre, alors que Suffirent n'en a que quinze, dont sept seulement sont doublés. En outre, Suffren n'a qu'une confiance incertaine dans les capacités de ses capitaines, et même s’il dispose désormais d’un bon chef d'escadre, les équipages manquent. 

 

Cela n’empêche pas Suffren de lancer son escadre à l’assaut de celle d’Hughes. Il lève l’ancre le 11 juin 1783 pour sauver l’armée de Gondelour pressée par terre et par mer ».

 

À SUIVRE

Partager cet article
Repost0
20 mai 2021 4 20 /05 /mai /2021 09:09
SUFFREN

SUFFREN

La campagne américaine se termine par de petits engagements où alternent succès et revers, tandis qu’en Europe, les derniers grands affrontements se déroulent lors du siège de Gibraltar.

 

Gibraltar tient bon depuis 1779 parce que la flotte espagnole s’est montrée incapable depuis trois ans d’intercepter les convois de ravitaillement escortés par la Navy. Les Espagnols, qui bénéficient de l’aide de douze vaisseaux français, en réclament en vain quarante à Louis XVI.  

Le commandement du siège de Gibraltar est confié à un Français, le duc de Crillon, qui retient l’idée de l’ingénieur militaire Le Michaud d'Arçon d’attaquer la place avec des batteries flottantes « insubmersibles et incombustibles ». Dix batteries sont mises en action à partir de septembre 1782, servies par 5200 hommes qui mettent en action 172 canons de 24 dont le déluge de feu doit venir à bout des fortifications anglaises.

Lorsque les batteries flottantes s’approchent du rocher de Gibraltar, soutenues par les quarante-huit vaisseaux franco-espagnols de Cordoba et Guichen, elles sont accueillies par l’artillerie anglaise qui ouvre le feu à boulets rouges depuis des galeries creusées dans la falaise. Contrairement aux espoirs de Le Michaud d'Arçon, le blindage de chêne n’y résiste pas : trois des machines flottantes, touchées dans leurs réserves de poudre, explosent en formant de terrifiants champignons de feu et de fumée et la panique s'empare des autres batteries. Toutes les batteries sont englouties au pied de la falaise, avec plus de 2 000 marins espagnols noyés ou brulés.

Ne reste plus comme solution pour obtenir la reddition de la forteresse britannique qu’à affamer la garnison en bloquant le dernier convoi de ravitaillement anglais, mais le 11 octobre 1782, Howe se joue de la flotte franco espagnole, si bien que la prise de Gibraltar est remise sine die.

En revanche, la campagne des Indes de Suffren est victorieuse. Lorsque Pierre André́ de Suffren appareille de Brest, le 22 mars 1781, il est à̀ la tête d’une division de cinq vaisseaux et d’une corvette chargée d’une opération de diversion. Cette petite force est chargée d'escorter huit navires de transports embarquant un millier de soldats à destination du Cap et cinq navires de commerce pour le Sénégal. Il s’agit de garder ouverte la route des Indes orientales.

Cette première mission est un succès, avec une victoire contre l’escadre de Johnstone qui se ravitaille dans les iles portugaises du Cap Vert, ce qui permet aux Français d’arriver avant les Anglais au Cap. Lorsque Johnstone se présente en juillet 1781 devant Le Cap, il est contraint de se retirer.    

La flotte française reste deux mois et demi en Afrique du Sud afin de réparer les vaisseaux, tandis que Suffren a reçu l’ordre de passer dans l’océan Indien et de joindre ses vaisseaux à ceux de l’Ile-de-France pour revenir en Inde, où le conflit est resté en sommeil après la chute des comptoirs français à l’automne 1978, malgré la défense énergique de Pondichéry par le gouverneur de Bellecombe. Depuis, la flotte française s’était repliée sur l’Ile-de-France où l’on semblait se résigner à attendre tranquillement la fin de la guerre en cours.

L’arrivée de Suffren à l’Île de France, le 25 octobre 1781, change radicalement la donne. L’addition de ses cinq vaisseaux aux six vaisseaux et trois frégates stationnés sur l’île donne aux Français leur plus puissante escadre jamais engagée en Inde, ce qui correspond à la volonté́ du ministre de Castries d’accentuer la guerre dans l’océan Indien. Les ordres sont d’attaquer les Anglais partout où ils se trouvent et de leur causer le plus de dégâts possibles, ce qui convient parfaitement au caractère offensif de Suffren.

L’escadre appareille pour l’Inde le 7 décembre 1781, accompagnée de dix navires de transports embarquant 3 000 hommes et un détachement d’artillerie. Elle est initialement placée sous les ordres de d’Orves qui décède en mer, laissant le commandement à Suffren.  En face, les forces navales sont dirigées par le contre-amiral Edward Hughes qui connait parfaitement les eaux indiennes et  s’appuie sur la base bien équipée de Bombay où il peut se mettre à̀ l’abri de la mousson et y réparer ses vaisseaux alors que Suffren, à deux mois de navigation de l’Ile-de-France, est presque coupé de tout et découvre les eaux indiennes.

Suffren veut détruire les forces anglaises pour rétablir la place que la France occupait en Inde avant les traités de 1763, avec l’aide d’un puissant nabab du sud du pays, Haidar Alî,  qui mène depuis des années une guerre impitoyable contre les Anglais à l’appui de laquelle il sollicite l’alliance française. Suffren dispose d’une nette supériorité́ navale sur Hugues qui n’a que neuf bâtiments  alors que son escadre en possède maintenant douze avec la capture d’un vaisseau anglais.

Suffren et Hughes s’affrontent pour la première fois le 17 février 1782 au large du petit port de Sadras, sur la côte de Coromandel. Suffren, qui cherche à envelopper l’arrière garde anglaise, obtient une réussite partielle qui oblige l’escadre anglaise à fuir, mais ce premier combat met en lumière le manque de cohésion des capitaines autour de Suffren.  

Un deuxième combat intervient deux mois plus tard, le 12 avril 1782, au large des côtes de Ceylan ou Suffren est venu se ravitailler après avoir débarqué́ à Porto Novo les troupes destinées à faire leur jonction avec celles d'Haidar Alî. Hughes est désormais presque à parité́ avec son adversaire. Après de longues manœuvres, le combat s’engage en ligne de file. Comme à̀ Sadras, une partie des vaisseaux seulement suivent les ordres de Suffren et la bataille tourne finalement à la confusion générale, alors que beaucoup de vaisseaux sont très endommagés des deux côtés.

Après cinq heures de canonnade acharnée, les deux protagonistes, les voiles en lambeaux, sont contraints de jeter l'ancre alors que se lève un violent orage tropical à la nuit tombante. Suffren tente pendant une semaine de reprendre le combat, mais Hughes se dérobe et le 19 avril, l’escadre française décroche pour aller réparer et se ravitailler à Batticaloa.

Le troisième affrontement se passe au large de Négapatam, le 6 juillet 1782, alors que Suffren cherche à reconquérir ce comptoir néerlandais. Le combat tourne à la mêlée générale, cette fois à̀ cause du vent qui tourne brutalement et disperse les navires. Trois vaisseaux anglais et deux  vaisseaux français sont gravement touchés. Trois navires français n’ont que peu ou pas participé à l’engagement, ce qui pousse Suffren à démettre de leur commandement  leurs trois capitaines et à remplacer un quatrième pour cause de sénilité.  

Hughes fait retraite et Suffren reste maitre des eaux entre la côte de Coromandel et Ceylan. Suffren appuie dans un premier temps sa logistique sur les petits ports de la région, Porto Novo et Gondelour sur la côte de Coromandel et Batticaloa sur l’ile de Ceylan. Pour tenir plus longtemps, il lui faut une base bien abritée, équipée et facile à̀ défendre. Il décide pour cela d’attaquer Trinquemalay, sur la côte est de Ceylan. L’opération est menée depuis le mouillage voisin de Batticaloa. Elle est montée avec 2 300 hommes combinant cipayes et troupes de marine. Le 26 août 1782, le débarquement se passe sans encombre et les deux forts qui défendent la rade capitulent rapidement,

 

Hughes arrive trop tard pour secourir sa base, mais provoque une quatrième bataille navale, car Suffren l’attaque immédiatement pour essayer encore une fois de l’anéantir.

 

A SUIVRE 

 

Partager cet article
Repost0
9 mai 2021 7 09 /05 /mai /2021 13:46
BATAILLE DES SAINTES (1782)

BATAILLE DES SAINTES (1782)

En Méditerranée, les Franco-Espagnols ont pris Minorque en aoû1781; en Inde, Suffren arrive sur les cotes en février 1782 avec pour objectif de reconquérir les comptoirs français et néerlandais saisis par la Navy. Cependant, c’est toujours dans les Antilles qu’ont lieu les opérations de grande envergure, tant elles sont essentielles au commerce colonial.

 

Leur défaite en Virginie a fait prendre conscience aux Anglais que les Treize Colonies étaient perdues. Un armistice de fait s’installe, préparatoire de négociations de paix qui libère la Royal Navy et lui permet de redresser la tête : en décembre, soit à peine deux mois après la victoire de Yorktown, Le convoi de Brest, mal escorté par Guichen est en partie capturé par Kempenfeld et prive Grasse d’un important ravitaillement alors que son escadre a reçul’ordre d’attaquer la Jamaïque, la plus forte possession anglaise du secteur. Pourtant Guichen n’est pas destitué, le faible Louis XVI l’absolvant de ses erreurs.

En février 1782, un autre convoi part de Brest avec des renforts pour les Antilles et les Indes, tandis que côté anglais l’effort de guerre s’intensifie : tous leurs vaisseaux sont maintenant doublés de cuivre et porteur de caronades, alors qu’aucun navire français ne dispose de cette arme. Insensiblement, la balance des forces navales penche à nouveau en faveur de l'Angleterre.

Quoi qu’il en soit, Grasse, qui dispose encore de la supériorité numérique, assure la protection des convois et cherche à passer à l’offensive avec les troupes de Bouillé. Il attaque Saint Christophe (Saint-Kitts). Le 11 janvier, l’escadre se présente devant la petite ile. Grasse, avec vingt-six vaisseaux, couvre le débarquement tandis que les troupes de Bouillé refoulent la garnison anglaise vers l’intérieur de l’ile. Le 25 janvier, Hood se porte au secours de la position avec vingt-deux navires, réussît à se glisser entre l’escadre française et l’ile, mais  Grasse attaque alors que les Anglais se disposent à jeter l’ancre. Hood réussît finalement à s’échapper, après avoir endommagé plusieurs vaisseaux français. La garnison anglaise capitule le 12 février et les iles voisines de Nevis et Montserrat sont saisies par Barras de Saint-Laurent. Simultanément à ces combats, le comte de Kersaint délivre les établissements néerlandais d'Essequibo et Démérara qui avaient été capturés par les Anglais en 1781. Le 22 janvier, il débarque aussi sur la cote guyanaise une petite troupe qui force les garnisons anglaises à la capitulation.

L’essentiel se joue ailleurs car Hood fait peu de temps après sa jonction avec Rodney qui arrive avec des navires neufs d’Angleterre et prend le commandement général. Ce dernier, qui dispose maintenant de trente vaisseaux concentre ses forces à la Barbade. Grasse regroupe ses unités à la Martinique, soit trente-cinq vaisseaux, et se décide à tenter la conquête de la Jamaïque, en coordination avec les forces espagnoles de l’amiral Don Solano qui dispose de douze vaisseaux et de 15 000 hommes.

Encombré d’un lourd convoi marchand, Grasse prend la mer le 7 avril 1782 pour Saint-Domingue et, le 9 avril, l’escadre anglaise est repérée à l’ouest de la Dominique. La bataille, à la suite d’une série d’incidents tourne à l’avantage des Anglais, tandis que les Français perdent sept grosses unîtes et que l’amiral De Grasse est fait prisonnier. Il sera libéré au bout de quelques mois.

Vaudreuil, qui commande l’arrière-garde ne peut que se retirer pour sauver le reste de l'escadre. Il prend le commandement et Bougainville le rejoint quelques jours plus tard avec l'avant-garde. Les deux hommes font sans encombre leur jonction avec la flotte espagnole et le convoi marchand qui suit, sain et sauf. Le bilan de la journée est extrêmement lourd : 2 000 morts, 7000 blessés et 5 000 prisonniers. C’en est fait du projet de débarquement sur la Jamaïque. La bataille des Saintes rend le sourire à l'amirauté anglaise, tandis que cette défaite provoque un sursaut côté français : le Roi ordonne de construire douze vaisseaux pour remplacer les sept qui ont été perdus.

La bataille des Saintes ne gèle pas totalement les opérations navales. Vaudreuil décide d’attaquer les établissements anglais de la baie d'Hudson, mais il est hors de question de se lancer à la reconquête du Canada, action qui serait perçue comme une rupture de l’alliance avec le gouvernement américain ! Quant à Lapérouse,  qui capture les établissements anglais de la Baie d’Hudson, il est loué  aussi bien pour le succès de l’expédition que pour le traitement humain des prisonniers…

Arrêtons-nous un instant sur la signification de ce petit évènement qu’est la prise de la Baie d’Hudson. Les Français se refusent à reconquérir le Canada pour de profondes raisons stratégiques, car ce dernier compte moins que les Antilles dans la France de 1782, mais aussi parce qu’ils ne veulent pas se fâcher avec les futurs Etats-Unis, qui pourtant leur doivent l’indépendance. D’autre part, on se loue à Paris de l’humanité de Bougainville envers ses prisonniers anglais, tandis que les Anglais maltraitent sans vergogne les cinq mille prisonniers de la bataille des Saintes, qui mourront presque tous du fait des mauvais traitements qu’ils subissent.

 

La France révèle ainsi la faiblesse de sa volonté stratégique alors qu'elle a les moyens d'agir, se couchant devant ses alliés américains, espagnols et hollandais et s'attendrissant sur le sort de ses prisonniers. On ne peut que constater que la grandeur morale de la France constitue une faiblesse majeure face à l'impitoyable détermination anglaise. 

 

À SUIVRE

 

Partager cet article
Repost0
28 avril 2021 3 28 /04 /avril /2021 16:22
REDDITION DE CORNWALLIS

REDDITION DE CORNWALLIS

Le blocus reprend aussitôt après le départ de la flotte anglaise. Grasse débarque deux mille cinq cents marins pour renforcer les trois mille deux cents hommes de Saint-Simon. Le 9 septembre, arrive Barras de Saint-Laurent avec ses douze vaisseaux et frégates accompagnés des dix-huit transports chargés de l’artillerie et des munitions pour le siège.

 

À New York, Clinton reste sans réaction, car il ne comprend pas la destination prise par Rochambeau et Washington. Lorsqu'il se décidera enfin un mois plus tard, le 17 octobre, à envoyer sept mille hommes en renfort vers le sud, il sera trop tard.

Cornwallis, qui n’a plus rien à̀ espérer de la mer, se retranche au bout de la presqu’ile, dans la petite bourgade de Yorktown. Le 29 septembre, les coalisés, onze mille Français et seulement trois mille six cents  Américains et commencent le siège. Washington doit laisser le commandement effectif aux Français. La place forte anglaise ne résiste pas au feu conjugué de l’artillerie terrestre et des pièces de marine et Cornwallis, qui n’a pratiquement plus de munitions et de vivres capitule sans conditions le 19 octobre 1781. Cette éclatante victoire laisse aux Franco-Américains deux-cent-quatorze canons, vingt-deux étendards et huit mille prisonniers.  

Pour être au plus près de l’histoire, La bataille de Yorktown n’est ni une victoire américaine obtenue par Washington, ni une victoire terrestre obtenue par Rochambeau, mais une victoire navale française remportée par l’amiral De Grasse.  Elle se traduit par la prise de deux-cent-quatorze canons, vingt-deux étendards et huit mille prisonniers.  

Une fois la victoire acquise, Grasse rembarque ses troupes et lève l’ancre pour les Antilles le 4 novembre, pour les Antilles. Le 26 novembre, Bouillé débarque sur l’île de Saint-Eustache, territoire néerlandais, force la garnison anglaise à la capitulation et restitue aux Néerlandais trois millions du butin accumulé par  Rodney.  

Par ailleurs, dans l’Atlantique,  Suffren a surpris le 16 avril au Cap-Vert, les forces de Johnstone au mouillage et leur a infligé de sérieux dégâts, ce qui lui permet d’arriver le premier au Cap, en juin 1781, d’y débarquer des troupes, de sauver la colonie néerlandaise de l’invasion anglaise et de maintenir ouverte la route des Indes.

En Méditerranée, la flotte française a également manœuvré avec succès au profit de l’Espagne comme après la prise de la Floride. Le 19 août, une flotte de vingt vaisseaux français sous les ordres de Guichen, rejointe par cinquante-et-un navires de transports de troupes espagnols et leurs dix-huit vaisseaux d’escorte, deux vaisseaux de bombardement et plus de vingt navires auxiliaires a débarqué́ une forte armée pour s’emparer de la base anglaise de Minorque. L’opération a parfaitement réussie, s’accompagnant de la saisie de plusieurs frégates, encore que la citadelle, assiégée par le duc de Crillon, tiendra jusqu’en janvier 1782.

Si 1781 apparaît comme une année de victoire, la flotte française atteint cette année-là les limites de ses possibilités, en raison des progrès techniques de la Royal Navy qui introduit l’utilisation du cuivre pour doubler les carènes dés 1775, ce qui lui permet  d’accélérer la vitesse des navires et de les protéger des algues, des coquillages et des vers. Il s’y ajoute la nouveauté de la caronade, apparue  en 1774 aux forges Caron, en Ecosse. Son feu déverse un torrent de boulets de tout calibre ou de mitraille qui balaye le pont adverse et pénètre jusque dans les entrailles du navire. L’arme a été adoptée par la Navy en 1779 sans que les Français ne réagissent.

Aux limites techniques de la Marine Royale en retard par rapport à la Royal Navy, s'joutent des limites financières. Louis XVI accorde à la flotte et au financement de ce conflit des crédits presque illimités. Le budget de la Marine passe de 17,7 millions de livres en 1774 à 189 millions de livres en 1782, bien au-dessus du budget de l’armée de terre.

Lors de la troisième année de guerre, la gestion de Sartine est discutée et les rapports avec Necker, le ministre des Finances, tournent peu à peu à l’aigre. La crise ministérielle éclate en septembre 1780 lorsque le trésorier payeur général de la Marine est mis en cause pour des emprunts émis sans accord du Ministère des Finances. Sartine est renvoyé le 13 octobre 1780, remplacé par De Castries qui va conduire la guerre à son terme victorieux.

Le financement du conflit se pose dans les mêmes termes au Royaume Uni et en France. Les deux pays ont recours à l’emprunt, mais les Anglais le finance en partie par l’augmentation de la fiscalité, tandis que les seconds y renoncent, sachant que cette augmentation ne serait pas acceptée alors que la Noblesse et le Clergé y échappent. Un rapport remis au roi en mars 1782 estime le coût des cinq années de guerre à un milliard deux cents millions de livres tournois, financés par des emprunts quasiment impossibles à rembourser et  qui seront l’une des grandes causes de la Révolution française.

 

La victoire de Yorktown ne signe donc pas la fin des hostilités. Le conflit va se poursuivre avec une haute intensité pendant toute l’année 1782 et au-delà̀ avec une Marine Royale qui va souffrir. 

À SUIVRE

 

Partager cet article
Repost0
8 avril 2021 4 08 /04 /avril /2021 13:02
VICTOIRE NAVALE DEVANT CHESAPEAKE

Grasse quitte Brest le 22 mars 1781. Le 28 avril, il arrive sans encombre à la Martinique, avec presque un mois d'avance sur le temps habituel de traversée. En face, se trouvent deux des meilleurs amiraux anglais, Rodney et Hood. Ce dernier, avec dix-huit vaisseaux, fait le blocus de Fort-Royal. Après quatre heures de canonnade, l’Anglais fuit et Grasse lui donne la chasse durant 30 lieues à l’ouest de Sainte-Lucie.

 

Le blocus levé́, Grasse entre à Fort Royal avec le convoi, puis passe à l’offensive de concert avec le gouverneur des îles, le marquis de Bouillé. Ils tentent un coup de main sur Sainte-Lucie qui échoue, mais prennent ensuite Tobago. On constate par ailleurs que toute la région s’anime d’une intense activité́ militaire, indépendamment de l’arrivée des forces du comte de Grasse.

Le 25 avril, La Motte-Picquet appareille de Brest avec six vaisseaux et trois frégates. Le 1er mai, il intercepte le gros convoi de Rodney chargé du pillage de Saint-Eustache : vingt-deux navires richement chargés sont capturés. Peu après, la Floride est visée par les Franco-Espagnols. Avec quatre vaisseaux et deux frégates, le chef d’escadre de Monteil, à la demande du gouverneur de Louisiane, vient soutenir l’attaque du poste anglais de Pensacola aux cotés de dix navires espagnols. Les troupes espagnoles renforcées de 700 Français s’emparent la place le 9 mai. C’est une belle victoire qui prive les Anglais de base dans le golfe du Mexique.

Sur les côtes américaines, on tente aussi l’offensive malgré́ l’absence de renforts. Les deux escadres, française et britannique, sont à̀ parité́. Ternay, décédé́ pendant l’hiver, a été́ remplacé par Destouches. Rochambeau et Destouches, sollicités par Washington, acceptent de tenter une opération dans le sud contre une petite armée anglaise retranchée à Portsmouth, en Virginie, une attaque qui échoue.

Le 5 juillet, Grasse appareille pour Saint Domingue en escortant un gros convoi qui doit ensuite partir pour la métropole. À ce moment, Grasse n’a pas d’ordres précis pour la suite des opérations, mais il est sollicité par Washington et Rochambeau qui lui proposent un plan qui relève d’un véritable coup de dés : attaquer et encercler les huit mille hommes de Cornwallis qui stationnent dans la péninsule de Yorktown (Virginie) en combinant une marche forcée des troupes franco-américaines avec un blocus naval qui doit tenir la Royal Navy au loin.

Grasse accepte ce plan audacieux, prend en main toute l’opération et en augmente les moyens. Il emprunte sous sa signature 500 000 piastres à des banquiers espagnols et fait embarquer les sept régiments destines à attaquer la Jamaïque, avec un petit corps de dragons et d’artilleurs : 3 200 hommes en tout, avec du matériel de siège, des canons et des mortiers. Le moral, stimulé par les victoires précédentes est très élevé́. L'escadre se sent forte au point de couper au travers des écueils du canal de Bahamas, jusqu'alors inconnu des flottes françaises.

Grasse joue alors sur les distances maritimes qui séparent les
différents théât
res d’opération pour créer la surprise, une surprise comme les Anglais aiment à en créer, afin d'obtenir une supériorité́ décisive face à̀ un ennemi qui ne s’y attend pas. Les troupes de Rochambeau, très éloignées de Yorktown, entament une marche vers le sud de plus de six cent km en laissant de côté́ l’armée anglaise de New York, alors que les quelques centaines de cavaliers de La Fayette et du général Waine remontent vers la baie jusqu’à̀ Williamsburg.

Mais l’essentiel vient de la mer : le 30 août, les vingt-huit navires de ligne et les quatre frégates de Grasse se présentent à l’entrée de la Chesapeake et jettent l'ancre dans la baie de Lynnhaven. Le débarquement des troupes commence aussitôt, sous les ordres du marquis de Saint-Simon. La situation des Français reste pendant plusieurs jours extrêmement aventureuse, car avec 8 000 soldats réguliers et 9 000 Américains loyalistes, Cornwallis dispose de forces très supérieures. L’armée de Rochambeau est encore loin, mais Grasse envoie quatre navires bloquer les rivières James et York.

Pour marcher plus rapidement, les troupes de Rochambeau ont laissé́ leur matériel lourd à Newport. Celui-ci est confié́ à la petite escadre de Barras de Saint-Laurent qui a pris la relève de Destouches et reçoit la tache délicate de transporter le matériel sans se faire repérer par l’escadre anglaise de New York qui, au printemps, avait fait échouer la tentative de Destouches.

Le 5 septembre, alors que l’opération de débarquement n’est pas encore achevée, une flotte se présente à l’horizon : ce sont les pavillons des Anglais Hood et Graves qui apparaissent, avec vingt vaisseaux et sept frégates. Pour ne pas se laisser enfermer dans la baie, Grasse stoppe aussitôt le débarquement, laisse filer les ancres et engage le combat avant que l’escadre anglaise ne bloque la baie entre les caps Charles et Henry. Il dispose de plus de vaisseaux que les amiraux anglais, même en n'engageant que vingt-quatre de ses vingt-huit vaisseaux et si plus de mille marins n'ont pas eu le temps de rembarquer.

Pour sa part, Hood, sûr de lui car il est du côté́ du vent, laisse passer sa chance en attendant que les Français se déploient pour ouvrir le feu. À cette première erreur s’ajoute une confusion dans la compréhension des signaux : l’avant-garde anglaise s’éloigne de son centre et de son arrière-garde alors que les Français commencent à tirer. Après quatre heures de canonnade, la nuit tombante sépare les combattants alors que la bataille est considérée comme indécise, même si l’escadre anglaise compte six vaisseaux très abimés.

Hood et Graves restent encore au large jusqu’au 9 septembre tandis que Grasse cherche à reprendre le combat, mais les deux chefs anglais finissent par rentrer sur New York pour réparer.

 

Cette retraite signe la victoire française à la bataille de la baie de Chesapeake. La nasse de Yorktown est désormais fermée : Cornwallis ne peut plus attendre aucun secours de la mer.

 

À SUIVRE

Partager cet article
Repost0
27 mars 2021 6 27 /03 /mars /2021 16:49
CHARLES EUGÈNE GABRIEL DE LA CROIX DE CASTRIES

CHARLES EUGÈNE GABRIEL DE LA CROIX DE CASTRIES

Cette opération de débarquement en Angleterre a manqué d’ordres clairs et c’est ainsi que l’escadre franco-espagnole a laissé passer une occasion exceptionnelle de défaire les Anglais qui avaient peu de troupes sur leur sol et aucun port fortifié.

 

Après cet échec que l’on peut qualifier de volontaire, s’ouvre une période de guerre périphérique. Tandis que les Espagnols, obnubilés par la reconquête de Gibraltar (ils le sont encore), y concentrent l’essentiel de leurs moyens, les  Français reportent leur attention sur les Amériques, avec deux axes d’action, l’aide aux « Insurgents » et la guerre dans les Antilles.

Au début de l’année 1780, les nouvelles qui arrivent des treize colonies en révolte sont mauvaises. La guerre s’enlise, les maigres troupes de Washington ne parviennent pas à faire face aux dizaines de milliers de tuniques rouges qui tiennent les principales villes. Le Congrès, miné par une puissante faction pro anglaise, risque à tout moment de trouver un compromis avec Londres en tournant le dos à l’alliance franco-américaine de 1778.

La Fayette plaide en cet hiver 1780 pour l’envoi d’un corps expéditionnaire que le Conseil du Roi décide finalement de créer en février 1780, en envoyant cinq mille cinq cent hommes prélevés sur les régiments concentrés en Normandie pour le débarquement en Angleterre. Ce corps expéditionnaire sera commandé par un vétéran de la guerre de Sept Ans, le comte de Rochambeau. Le 2 mai, les troupes quittent Brest sur vingt-six navires de transport escortés par sept vaisseaux de ligne et trois frégates commandés par Ternay, qui repousse au large des Bermudes, une tentative d’interception anglaise et débarque le 11 juillet 1780 dans le Rhode Island avec son artillerie et son matériel de siège.

Cependant, le rapport des forces restent favorable aux Anglais qui alignent cinquante mille hommes contre les quatorze mille hommes de Washington et les cinq mille cinq cent hommes de Rochambeau qui se retranchent dans l’île de Newport. 

La Royal Navy, qui n’a pu empêcher le débarquement français à Newport, mobilisée sur de trop nombreux théâtres d’opération,  perd la maitrise de l'Atlantique lors de l'intense guerre des convois que lui mène la Marine Royale. De leur côté, les grands convois commerciaux français naviguent sous l’escorte des grandes escadres, ce qui permet le passage des marchandises coloniales.

C’est d’ailleurs aux Antilles qu’ont lieu les affrontements importants. Guichen, qui croise Rodney à trois reprises au large de la Dominique les 17 avril, 15 et 18 mai 1780, montre que la Marine Royale est  désormais au même niveau que la Royal Navy en termes de manœuvre et de capacité de tir.

Puis, dans les premiers jours de juin, arrive une escadre espagnole de douze vaisseaux avec un énorme convoi portant dix mille hommes de troupes. Aussitôt, Guichen propose de combiner les forces françaises et espagnoles pour attaquer la Jamaïque, pièce maitresse du dispositif anglais dans les iles. Mais les Espagnols n’ont qu’une idée, se réfugier à La Havane sous escorte d’une escadre française.

L'opinion commence à gronder contre cette guerre interminable et ruineuse. Louis XVI doit renvoyer, en octobre, le ministre de la Marine, Sartine, et le ministre de la Guerre, Montbarrey. C’est que le poids de plus en plus élevé que ce conflit fait peser sur les épaules de la France, inquiète le Roi et l’opinion. L’Espagne se concentre sur la reprise de Gibraltar pour laquelle elle mobilise une grande partie de ses forces et les échecs qu’elle subit force la Marine Royale à détacher une quinzaine  de ses unités pour la soutenir.

Le nouveau ministre de la Marine et des Colonies, de Castries, redéploie une partie de ses navires pour tenir compte de la mondialisation du conflit. Comme la Royal Navy applique avec une rigueur renforcée le droit de visite et de prise, elle exaspère les Neutres, au point qu’à la fin de l’année 1980, la Russie, la Prusse, le Portugal, l’Autriche, le Royaume des Deux-Siciles et l’Espagne proclament une « Ligue de la neutralité armée », auxquelles la France se rallie aussi. Comme les Provinces-Unies envisagent d’y adhérer, l’Angleterre, ulcérée, fait monter les enchères en leur déclarant la guerre en décembre 1780 alors qu’ils étaient depuis longtemps alliés.

Aussi, pour la première fois au XVIIIe siècle, l'Angleterre se retrouve t-elle isolée. Les États Généraux des Provinces-Unies rallient l’alliance française en apportant le renfort de trente-deux vaisseaux et dix-sept frégates. Mais il en résulte que les colonies néerlandaises se transforment en proie pour la Royal Navy, aux Antilles, à Ceylan, en Indonésie et en Afrique du Sud.

Pour la campagne de 1781, on prévoit un effort militaire colossal des Français et des Anglais. Pour y faire face, le maréchal, marquis de Castries, le nouveau ministre de la Marine, déploie une vision globale des opérations à entreprendre.  Dans l'Atlantique, Guichen passe la main à De Grasse qui reçoit le commandement d'une grande escadre de vingt vaisseaux et trois frégates à destination des Antilles où se porte toujours l’essentiel de l’effort de guerre.

De Castries renonce à envoyer des renforts à Rochambeau pour ne pas trop alourdir le coût de la guerre. L'engagement auprès des « Insurgents » apparaît désormais comme une diversion. Suffren reçoit le commandement d’une division de cinq vaisseaux et une corvette pour escorter des troupes vers la colonie néerlandaise du Cap, prochaine cible de la Royal Navy.

 

Il est clair que le Roi, s’il y a vraiment songé, a renoncé aux projets d'invasion de l'Angleterre, installant, pour la première fois au XVIIIe siècle, le théâtre d'opération décisif hors d'Europe, en menant une stratégie de guerre périphérique.

A SUIVRE 

Partager cet article
Repost0
14 mars 2021 7 14 /03 /mars /2021 12:05
LE COMTE D'ORVILLIERS APRÉS LA BATAILLE D'OUESSANT

LE COMTE D'ORVILLIERS APRÉS LA BATAILLE D'OUESSANT

D’Estaing revient à Brest et Toulon entre octobre et décembre 1779. Le bilan de sa campagne, quoique contesté, n’est cependant pas négligeable.

 

Les pertes infligées à l’Angleterre par sa flotte ne sont pas  négligeables: six frégates, détruites ou brulées, douze corvettes détruites, dix navires de guerre, quatre corsaires et cent six navires de commerce capturés. En outre, l’Espagne, constatant la bonne tenue de la Marine Royale, décide logiquement d’entrer en guerre contre l’Angleterre en 1779.

Cette entrée en guerre de l'Espagne s’accompagne aussitôt d’une divergence d’objectif entre les deux alliés. Madrid veut débarquer en Angleterre tandis que les Français renâclent, alors même que  les Anglais ont dispersé leurs escadres sur toutes les mers, ce qui rend possible une invasion franco-espagnole sur les côtes britanniques qui permettrait de conclure la guerre rapidement.

Ce refus français provient d’une erreur stratégique profonde du roi et de Vergennes qui n’ont pas pris conscience que l’Angleterre est le seul ennemi irréconciliable de la France, ce qui les conduit invoquer la nécessité de préserver « l’équilibre européen », en d’autres termes à préserver la puissance anglaise.

Vergennes déclare ainsi à son secrétaire : « Je pourrais annihiler l’Angleterre, que je m’en garderai comme la plus grande extravagance » ! Une « extravagance » qui aurait assuré la prééminence séculaire de la France sur l’Angleterre et la récupération de l’Inde et du Canada. Le monde aurait été durablement changé, jusqu’à aujourd’hui, par cette « extravagance ». Une convention d'alliance est toutefois signée entre la France et l’Espagne le 12 avril 1779 en vue d’un débarquement en Angleterre, alors que les désirs du roi et de son ministre consistent à ne pas respecter cette convention !

A Versailles, il existe en outre une profonde méfiance vis-à-vis de la marine espagnole qui comprend  soixante-quatre vaisseaux en bois de cèdre de La Havane, très solides mais très lourds,  donc lents et peu manœuvrants, avec des gréements fragiles et une artillerie composée de pièces de plus faible calibre que les navires français et anglais. De plus, nombre de ces canons s'enrayent au bout de quelques dizaines de coups et les officiers comme les matelots manquent d'entrainement.

La France s’est engagée à aider les Espagnols à reconquérir Gibraltar, Minorque et la Floride. Les Espagnols insistent pour commencer l’invasion de l’Angleterre. Le plan prévoit que les deux flottes doivent se rejoindre au large de la Corogne pour tromper l’ennemi,  puis forcer le passage dans la Manche et couvrir le départ d’une armada de 400 navires de charges portant 40 000 hommes, avec chevaux et artillerie au départ du Havre et de Saint-Malo, avec un débarquement prévu dans l’île de Wight.

Les opérations devaient commencer à la mi-mai, mais il y a comme toujours de nombreux aléas. La jonction des deux flottes ne s’opère que le 22 juillet, la coordination s’avère logiquement difficile. Au large d’Ouessant, la situation sanitaire de l’escadre française se dégrade.  Du coup, Versailles change de plan et donne ordre à l’amiral d'Orvilliers de se porter sur les côtes de Cornouailles, le débarquement devant se faire à̀ Falmouth. Le 16 aout, la flotte franco-espagnole mouille enfin devant les côtes anglaises. L’amiral anglais Charles Hardy n’a que trente-sept vaisseaux à opposer aux soixante-six vaisseaux franco-espagnols et se contente d’harceler la flotte combinée avant de se replier dans la baie de Plymouth.

Alors que la Manche est libre, l’état sanitaire de la flotte française s’aggrave :  sur les 28 000 hommes embarqués, on déplore 8 000 malades. D'Orvilliers, affecté par la mort de son fils emporté par l’épidémie, est remplacé par son second, le comte du Chaffault.

 

Entre-temps, l’escadre espagnole, épuisée, s’est repliée sur ses ports et le 11 septembre, les vaisseaux français doivent se résoudre à rentrer sur Brest à leur tour, avec des équipages exsangues qui n’ont pas combattu pendant trois mois de vaines manœuvres.

Partager cet article
Repost0
27 février 2021 6 27 /02 /février /2021 12:45
LA BATAILLE D'OUESSANT (1778)

LA BATAILLE D'OUESSANT (1778)

La guerre commence par une offensive anglaise : la puissante escadre anglaise de la Manche s’en prend le 17 juin 1778 à une petite division composée de deux frégates, d’une corvette et d’un lougre, qui patrouillent au large de Roscoff. La corvette réussit à s’enfuir et la frégate, la Belle Poule, livre cinq heures durant un combat acharné mais parvient à̀ regagner, ce qui soulève l’enthousiasme à Versailles.

 

Les données du conflit différent de la guerre de Sept Ans. L'Angleterre est contrainte de maintenir des forces navales et terrestres considérables en Amérique du Nord, ce qui lui fait perdre l’initiative dans ce conflit, laissant à Louis XVI, Sartine et Vergennes le choix de leur stratégie.

Sartine propose d’envoyer l'escadre de Toulon en Amérique du Nord et de faire combattre la flotte de Brest contre la flotte anglaise de la Manche. C’est obliger l’Angleterre à laisser des escadres sur la défensive à Halifax et à New York, tandis qu’il revient à la flotte de Brest de prouver que la Marine Royale est capable de tenir en échec la Royal Navy dans des eaux où cette dernière régnait en maitre depuis la guerre de Sept Ans.

Les ordres transmis par Sartine au comte d’Orvilliers, qui commande l’escadre de Brest, témoignent de la volonté́ offensive française :

« L’instruction de Sa Majesté́ qu’elle me charge expressément de vous faire connaitre, ainsi qu’à tous les officiers commandant, est que ses vaisseaux attaquent avec la plus grande vigueur et se défendent en toute occasion jusqu’à̀ la dernière extrémité́. »

Le 8 juillet 1778, les trente-deux vaisseaux et les huit frégates la flotte du Ponant quittent Brest à la recherche des trente vaisseaux et cinq frégates de Keppel que l’on sait croiser dans les parages. Après divers incidents, la puissance réelle de l'armée navale de Brest est réduite à̀ vingt-sept vaisseaux lorsque les deux escadres sont en vue l’une de l’autre le 23 dans l’après-midi, alors que la bataille est attendue avec anxiété́ par des Français qui n’ont pas accepté les défaites navales du conflit précèdent.

Le 27 juillet, après plusieurs jours d'approche, d'Orvilliers réussit à prendre le vent de son adversaire au large d'Ouessant, mais la météo se dégrade, ce qui donne une forte gite aux vaisseaux. Les vaisseaux français gitant vers l'ennemi, il leur faut fermer les sabords des batteries basses, qui sont les plus puissantes, tandis que les Anglais n'y sont pas obligés. Les Français ne peuvent donc engager que 1 934 canons contre 2 778 pour Keppel. La canonnade, violente, dure trois heures, mais Keppel s’estime en difficulté et fait retraite la nuit tombante, tous fanaux éteints.

En effet, les vaisseaux anglais ont beaucoup souffert, à commencer par le navire amiral, le HMS Victory, sévèrement bousculé par le Bretagne. Cette retraite peu glorieuse signe la victoire française :  Il y a eu 163 morts et 517 blessés côté français tandis que les Anglais ont perdu 407 hommes et 789 blessés, ce qui montre qu’avec 800 canons de moins, la flotte française a malgré tout fait jeu égal avec la flotte anglaise.

D'Orvilliers rentre à Brest pour y réparer ses avaries, avant de reprendre la mer le 17 aoutavec vingt-huit vaisseaux, tandis que la flotte anglaise reste dans ses ports. Le 18 septembre, l’escadre est de retour sur Brest tandis que La Motte-Picquet avec trois vaisseaux, longe les côtes anglaises et rentre le 25 novembre avec treize prises commerciales. L'absence de réaction à ces croisières de la Royal Navy montre que les Français ont acquis à l'été́-automne 1778 la maitrise des flots entre la Bretagne et le sud-ouest de l'Angleterre. Du coup, à Madrid, l’on accepte d'entamer les négociations en vue d'entrer dans la guerre.

Pour sa part, l’escadre de Toulon, douze vaisseaux et cinq frégates, doit franchir l’Atlantique afin d’obtenir un succès décisif qui pousserait l’Angleterre vers la table des négociations. Son commandement est confié́ à Charles Henri d'Estaing, qui bénéficie de la réputation qu’il a acquise grâce à ses victoires corsaires lors du conflit précèdent.

L'escadre appareille pour l’Amérique le 13 avril 1778, alors que la guerre n’est pas encore officiellement déclarée et D’Estaing dispose d’ordres qui lui laissent presque carte blanche. Mais la traversée est interminable. L’escadre met 33 jours pour atteindre Gibraltar puis encore 51 jours pour traverser l’Atlantique. Lorsque l’escadre arrive à̀ l’embouchure de la Delaware le 7 juillet, les équipages sont épuisés et l’effet de surprise est perdu et Howe s’est retiré́ le 28 juin.  

Le 29 juillet, la flotte se présente devant Newport. Le plan prévoit de bloquer la place par la mer tandis que les miliciens du général Sullivan doivent débarquer dans le Nord de l’ile de Rhode Island, mais ses troupes n’étant pas encore rassemblées, il faut se contenter d’assurer le blocus, tout en laissant Suffren et Albert de Rions entrer dans la baie le 5 aout pour détruire deux batteries côtières et cinq frégates anglaises. Mais l’arrivée des quatorze vaisseaux de Howe devant Newport oblige  D’Estaing à se replier à Boston, où les Français sont reçus avec méfiance.

En novembre, d’Estaing appareille vers la Martinique où il arrive le 9, après que le gouverneur général des Iles du Vent, le marquis de Bouillé, ait attaqué victorieusement l'ile de la Dominique.

D’Estaing, pour sa part, subit un sanglant échec devant Sainte Lucie, qui n’empêche pas un bilan positif sur la flotte de Toulon : l’Europe a pu constater qu’en 1778 les mers ne sont plus sous contrôle anglais, même si les premiers succès français ont lieu en 1779.

De janvier à mars 1779, Français et Anglais se disputent les iles secondaires. La guerre s’intensifie avec le renfort des divisions navales du comte de Grasse qui arrive de France, de Vaudreuil qui vient de s’emparer des établissements anglais sur la côte africaine et de La Motte-Picquet qui vient d’escorter jusqu’à̀ la Martinique un gros convoi marchand.

D'Estaing dispose au début de l'été́ 1779 de vingt-cinq vaisseaux et d'une dizaine de frégates, tandis que l’escadre anglaise du vice-amiral Byron dispose de vingt-et-un vaisseaux, sans compter les transports de troupes et les frégates. Avec ces forces, D'Estaing attaque l’ile de la Grenade le 2 juillet qu’il prend en deux jours, avant que ne se présente l’escadre de Byron qui engage un combat, connu sous le nom de la Bataille de la Grenade, qui tourne à son désavantage, puisqu’il perd quatre vaisseaux.    

Pendant ce temps, l’armée anglaise débarque en Géorgie, l’État le plus méridional des treize colonies. Avec vingt vaisseaux et 3 000 hommes, d’Estaing se porte devant Savannah pour aider les troupes du général Lincoln. Mais l’affaire se complique avec les ouragans et la résistance des troupes anglaises. Le 9 octobre, d’Estaing tente en vain un assaut contre la ville de Savannah Cependant son intervention annihile les menaces anglaises contre Charleston et la Caroline du Sud. Beaucoup plus au Nord, les Britanniques, inquiets du retour de d'Estaing auprès des Treize Colonies, ont évacué́ le Rhode Islaand, ce qui libère Newport.

D'Estaing quitte les eaux américaines en octobre 1779, mais la guerre se poursuit dans les Caraïbes. La Motte-Picquet parvient à sauver le plus gros d’un convoi qui arrive de France le 18 décembre, en attaquant avec trois vaisseaux et l’aide des batteries côtières, l’amiral Hyde Parker qui commande à treize vaisseaux.

La manœuvre, superbement menée, lui vaut une lettre de félicitations de la part de l'amiral anglais:

 

« La conduite de Votre Excellence dans l'affaire du 18 de ce mois justifie pleinement la réputation dont vous jouissez parmi nous, et je vous assure que je n'ai pas été́ témoin sans envie de la compétence que vous avez montré à cette occasion. Notre inimitié́ est passagère, et dépend de nos maitres, mais votre mérite a gravé sur mon cœur la plus grande admiration à votre égard.»

 

À SUIVRE 

Partager cet article
Repost0