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Le blog d'André Boyer

histoire

APRÉS LES EXCÈS DE POUVOIR DE LOUIS XIV

21 Juin 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

APRÉS LES EXCÈS DE POUVOIR DE LOUIS XIV

L’expansionnisme de Louis XIV en Europe et son corollaire, les exactions commises par ses troupes, suscitèrent la formation de la Ligue d’Augsbourg (1688).

 

Pour faire face aux troupes alliées, le roi de France demanda un effort énorme à sa population. Une armée de quatre-cent cinquante mille hommes fut rassemblée, la plus grande jamais réunie en Europe depuis l’Empire Romain. Sous la direction de Louvois et de Le Tellier, les dépenses militaires atteignirent un niveau insensé puisqu’elles mobilisèrent les deux tiers des dépenses de l’État.

Les troupes royales durent se battre sur plusieurs fronts, en Flandre, en Savoie et en Catalogne. La guerre dura neuf années, de septembre 1688 à septembre 1697, réduisant dix pour cent de la population française à la mendicité, selon les estimations du Maréchal Vauban.

Louis XIV finit par considérer que le temps était venu de négocier la paix, paix qui fut signée à Ryswick (1697) et qui aboutit à un match nul : les troupes françaises  évacuèrent  la Lorraine et les Pays-Bas espagnols, mais gardèrent Strasbourg et la Basse Alsace ainsi que Sarrelouis et la partie occidentale de l’île de Saint-Domingue.

Un roi modéré aurait pu considérer qu’il avait fait assez de guerres pour se refuser à en provoquer une de plus. Mais Louis XIV, pour éviter qu’un Habsbourg ne s’installe sur le trône d’Espagne, choisit la guerre, quatre années seulement après la fin de la précédente. Il provoqua donc la Guerre de Succession d’Espagne qui dura 13 années, entre 1701 et 1714.

Ses troupes durent faire face à une guerre qui rassemblait contre elles les troupes de l’Angleterre, des Pays-Bas, de la Prusse, de l’Autriche, du Piémont et du Portugal. On se doute que, malgré les efforts inouïs qu’il exigea de ses troupes et de sa population, la guerre finit par tourner au désavantage d’une France épuisée.

Malgré tout, le Traité de Rastatt (1714) permit à Philippe V de conserver le trône d’Espagne. Il ne restait plus à Louis XIV qu’à mourir un an plus tard, ayant passé sa vie à épuiser son peuple de guerres et d’impôts, à ravager l’Europe, utilisant toutes les ressources  du pouvoir royal excessif dont il disposait.

Peut-on écrire que Louis XIV fut un grand roi ? Je ne le crois pas car il fit payer à ses contemporains le prix de sa volonté, sinon de ses caprices, par d’immenses pertes humaines, par d'innombrables destructions et par des impôts considérables.

S’il reste Versailles, il me paraît incontestable qu’il a dressé le bûcher sur lequel la monarchie française se consumera soixante-quatorze ans après sa mort. Car il laissait un régime affaibli face à un pays rétif, chacun, que ce soit le roi, son administration, son armée et le peuple ne pouvant que chercher à retrouver des forces. 

Du fait des dépenses inconsidérées de Louis XIV, la Régence se trouva dans une situation financière catastrophique, qui la poussa à expérimenter le système de Law, lequel système s’effondra rapidement tout en suscitant une sorte de boom économique. Puis Louis XV commença par gouverner avec le cardinal de Fleury qui parvint à stabiliser la monnaie et à équilibrer le budget du royaume. Mais ce budget était structurellement instable, déséquilibré par les guerres du XVIIIe siècle, tandis que le pouvoir n’était plus assez fort pour s’emparer des revenus de ses sujets afin de combler le déficit du budget de l’État.

Ainsi, lorsque le contrôleur des finances, Machault d'Arnouville, créa un impôt prélevant un vingtième des revenus, taxant aussi bien les privilégiés que les roturiers, la nouvelle taxe fut accueillie avec hostilité par le clergé et le Parlement et le « vingtième » finit par se fondre dans une augmentation de la taille, qui ne touchait que les agriculteurs.

 

À la suite de cette tentative de réforme, le Parlement de Paris, s’érigeant en « défenseur naturel des lois fondamentales du royaume » contre l'arbitraire de la monarchie, crût devoir adresser des remontrances au roi.

 

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LOUIS XIV, L'AGRESSEUR BRUTAL

22 Mai 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LE RAVAGE DU PALATINAT PAR LES TROUPES DE LOUIS XIV

LE RAVAGE DU PALATINAT PAR LES TROUPES DE LOUIS XIV

Après le traité d’Aix-la-Chapelle de 1668, il ne fallut pas attendre plus de quatre ans pour que Louis XIV déclenche une nouvelle guerre, la guerre de Hollande.

 

Louis XIV avait l’intention de mettre la Hollande à genoux afin de se saisir sans risque des territoires espagnols voisins. Les armées françaises fortes de cent vingt-cinq mille hommes faisaient face à seulement vingt-cinq mille soldats hollandais, qui ne durent leur salut qu’à la décision d’inonder la Hollande en ouvrant les écluses. Dans cette guerre, les troupes royales commirent les pires atrocités et Louis XIV se fit un ennemi mortel de Guillaume d’Orange qui planifia le rapprochement entre l’Angleterre et les Provinces-Unies en épousant en 1677 Marie d’York, nièce de Charles II.

Guillaume d’Orange s’active alors pour constituer une coalition contre la France qui rassemblait les Provinces-Unies, le Saint Empire, le Brandebourg et l’Espagne. L’indignation contre la politique française était telle en Europe, qu’à l'exception de la Bavière, tous les princes allemands, initialement favorables à la France, l'abandonnèrent. L'Angleterre l’abandonna aussi, puisque le Parlement contraignit Charles II à faire la paix avec les Provinces-Unies.

Louis XIV, dont la volonté n’était pas bornée par un Parlement, continua la guerre, prit la Franche-Comté et pilla le Palatinat. L’ensemble des troupes coalisées ne parvinrent pas à arrêter l’avance des troupes françaises, d’autant plus que Louis XIV finançait l’alliance suédoise comme il l’avait fait pour l’Angleterre. La guerre se solda par la paix de Nimègue (1678), par laquelle Louis XIV obtint le rattachement de la Franche-Comté au Royaume de France ainsi que l’obtention de plusieurs places fortes.

Après la paix de Nimègue, Louis XIV se mit à pratiquer une politique agressive dite des « réunions », en revendiquant tous les territoires qui avaient, même très momentanément, dépendu de la France depuis les traités de Westphalie (1648). Des « Chambres de réunion » furent installées à Besançon, Brisach, Metz et Tournai. En pleine paix, elles prononcèrent des annexions aussitôt exécutées. C’est ainsi que Courtrai, Sarrelouis, Nancy, Sarreguemines, Lunéville et Commercy furent rattachés au royaume. Des fiefs appartenant à l’électeur de Trèves, au marquis de Bade, au duc des Deux-Ponts passèrent dans la mouvance du roi de France par dizaines. Le parlement de Besançon fut sommé de réunir au royaume de France le comté de Montbéliard, les seigneuries de Ruaux, Val-d’Ajol, Fontenay-le-Châtel. Le comté de Vaudémont en Lorraine fut annexé de la même façon, avec les châtellenies de Pont-à-Mousson, Saint-Mihiel et Foug. En août 1680, ce furent les réunions de Strasbourg et de son évêché ainsi que des biens de la noblesse d’Alsace et de l’abbaye de Murbach. La ville de Strasbourg fut occupée en septembre 1681. En Alsace, seule la ville de Mulhouse resta libre, grâce à son alliance avec les cantons suisses.

Cette violation répétée du droit international engendra une nouvelle guerre autour de la ligue d’Augsbourg. Les violentes opérations menées par la France en 1684 contre la Flandre espagnole et le Luxembourg pour contraindre Charles II d’Espagne à abandonner des terres réclamées par Louis XIV furent la préfiguration du conflit qui couvait.

Une médiation hollandaise rétablit momentanément la paix et aboutit en août 1684 à la trêve de Ratisbonne entre la France, l’Espagne et l’Empire : les réunions déjà faites étaient acceptées, mais elles ne pourraient plus se poursuivre à l’avenir et La Ligue d’Augsbourg, comprenant les Provinces-Unies, l’Espagne et la Prusse, fut constituée pour se défendre contre la politique agressive de Louis XIV.

Ce dernier ne s’estimait pas rassasié par les prises que ses voisins venaient de lui concéder de mauvais gré, dans l’espoir d’obtenir la paix. Saisissant le prétexte du refus du Pape de désigner son candidat à l’archevêché de Cologne, le cardinal Von Fürstenberg, qui n’était autre que l’évêque de Strasbourg, les troupes de Louis XIV envahirent le Palatinat en 1688 avec la mission de le dévaster systématiquement pour faire peur. Les Allemands s’en souviennent encore. Les villes de Mannheim, de Worms, de Speyer et d’Heidelberg furent détruites. Des centaines de villages furent pillés, leurs habitants passés au fil de l’épée : les atrocités des troupes françaises foulaient au pied les conventions de la guerre au XVIIe siècle, qui permettaient de  limiter les pertes civiles et de respecter les propriétés.

Ces exactions soulevèrent l’indignation en Allemagne, poussant notamment les Électeurs de Saxe et de Brandebourg à s'allier avec l'Empereur contre Louis XIV. Dans le même temps, le roi de France perdit Jacques II, son allié anglais, chassé du trône d’Angleterre par Guillaume d’Orange malgré le débarquement de troupes françaises en Irlande. L’Angleterre déclara donc la guerre à la France aux côtés de l’Espagne et de la Savoie.

 

La presque totalité de l’Europe, catholique et protestante, se trouvait réunie pour s’opposer à l’expansionnisme violent conduit par Louis XIV.

 

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LOUIS XIV CONTRÔLE LA FRANCE, QUI DOMINE L'EUROPE

26 Avril 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LOUIS XIV CONTRÔLE LA FRANCE, QUI DOMINE L'EUROPE

La loi jaillissait directement de la bouche de Louis XIV, transformant la monarchie en une immense administration à ses ordres.

 

Il contrôlait les nominations et les contributions du clergé de France. Il écartait les princes, les cardinaux, les connétables, les surintendants susceptibles de lui porter ombrage pour composer des conseils de commis. La responsabilité de la guerre était séparée de celle des finances laissées à Colbert.

Les privilèges des provinces subirent plusieurs atteintes qui renforcèrent l’uniformité dans l’obéissance au prince : certaines perdirent leurs états provinciaux, d’autres virent l’administration financière des terres d’élection s’introduire dans les pays d’états, ces derniers ayant de jure le droit de consentir et de répartir l’impôt.

Au nom du Roi, le Conseil, les bureaux à Versailles et les intendants dans les provinces s’emparaient du pouvoir en muselant les institutions provinciales et municipales. Aussi, à la fin de son règne en 1715, la France rassemblait treize pays d’états et provinces nouvellement annexées. Les dix-huit autres formaient des pays d’élection.

Voyant dans l’unité de foi et de doctrine une garantie d’ordre et de stabilité pour son pouvoir, Louis XIV réprima le mouvement janséniste de Port-Royal, et s’opposa au Pape Innocent XI. Plus grave encore, beaucoup plus grave, le 16 octobre 1685, Louis XIV révoqua l’Édit de Nantes après des années de persécution, dont les tristement célèbres dragonnades qui consistaient à envoyer des régiments de dragons se loger à leurs frais chez les Protestants riches et à convertir de force les populations au catholicisme.

Du coup, le million de protestants français devinrent des criminels s’ils continuaient à pratiquer leur religion. Louis XIV compléta cette répression féroce à l’égard des protestants en déclarant leur émigration illégale, mais deux cent mille d’entre eux parvinrent à fuir la France pour s’installer dans les Provinces-Unies, le Danemark et la Prusse, qui les accueillirent chaleureusement.

Voici ce qu’écrivit un écrivain anglais, John Evelyn, à propos de cette politique : « La persécution française, sévissant avec la plus extrême barbarie, dépassa même ce que les véritables païens ont conçu, avec la soudaine démolition de toutes leurs églises, le bannissement, l’emprisonnement et l’envoi aux galères de tous les ministres du culte; dépouillant les gens du peuple, leur enlevant leurs enfants ; forçant ces gens à assister à la messe, puis les exécutant comme relaps… »[1] 

Louis XIV justifiait ses décisions en situant le pouvoir de l’État au-dessus du bonheur de ses sujets, avec la conviction que l’édifice étatique devait être édifié coûte que coûte, y compris au prix du malheur de ses sujets. Louis XIV, le pire ennemi de la liberté, c'est ainsi que le qualifia Winston Churchill dans son ouvrage sur Marlborough, sa vie et son temps...

Il faut se souvenir que Louis XIV a consacré plus de la moitié de ses soixante-douze ans de règne à la guerre. Au sommet de sa puissance militaire, il disposait d'une armée de trois cent mille hommes qu’il engagea dans des guerres de conquête incessantes. Louis XIV fit de son énorme armée qui dominait en nombre celle de tous ses voisins, la France ayant quatre fois plus d’habitants que la Grande-Bretagne, trois fois plus que l’Espagne, neuf fois plus que les Pays-Bas, le redoutable appareil de sa politique, n’hésitant pas à pratiquer la politique de la guerre brûlée comme au Palatinat ou aux Pays-Bas. 

Dés 1667, il provoqua la guerre de Dévolution en invoquant le prétexte d’une dot non payée par Philippe IV d’Espagne après le mariage de sa fille Marie-Thérèse avec Louis XIV, en 1660. Pour compenser le non-paiement de la dot, Louis XIV réclamait la signature d’un « Traité des droits de la Reine Très Chrétienne sur divers États de la monarchie d’Espagne » qui attribuait à la France le Brabant avec ses dépendances, le comté d’Artois, Cambrai, le Hainaut, le tiers de la Franche-Comté et le quart du duché de Luxembourg.

Aussitôt après la remise du mémoire à la Cour d’Espagne, les troupes françaises engagèrent le combat sans déclaration de guerre. La campagne du Roi fut victorieuse, mais entraina contre lui la formation de la Triple Alliance de La Haye, avec l’Angleterre, et la Suède.

 

Mais le prince de Condé entreprit la campagne victorieuse de Franche-Comté, qui permit à Louis XIV de signer en 1668 le traité d’Aix-la-Chapelle qui confirmait l’hégémonie de la France, à laquelle travaillaient Colbert, Louvois et Vauban.

 

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[1] John Evelyn, Journal, 3 novembre 1685.

 

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RICHELIEU ANNONCE LOUIS XIV

3 Avril 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LE CARDINAL DE RICHELIEU

LE CARDINAL DE RICHELIEU

Après Henri IV et l’intermède de la Régence, Louis XIII poursuivit ardemment la politique d’accroissement de la puissance royale, au prétexte du coût pharamineux de la guerre de Trente ans.

 

L’installation des intendants dans les provinces et la centralisation administrative qui jouait au bénéfice de la ville de Paris montrent combien le poids de l’État s’appesantit sur l’ensemble de la société française. Le fait que Louis XIII ait pu s’offrir le luxe de soutenir envers et contre tous un Richelieu contesté de toutes parts donne une idée de la force de l’absolutisme royal sous son règne. 

De 1624 à sa mort, Richelieu fut durant dix-huit années le principal ministre de Louis XIII, mettant toute son énergie à renforcer le pouvoir du roi, même si le sien propre a parfois semblé vaciller sous les coups des conjurés. Son programme consista à « ruiner » le parti huguenot, à rabaisser « l’orgueil » des grands, à ramener tous les sujets à leur « devoir » et à relever le « prestige » du roi auprès des nations étrangères.

Or, la France du XVIIsiècle restait un ensemble disparate. Les pays d’états avaient des privilèges que n’avaient pas les pays d’élections. Chaque ville avait des libertés qu’elle entendait bien défendre. L’Edit de Nantes donnait aux Protestants des places de sûreté, le droit de réunion, le droit de représentation auprès du souverain, ce qui outrageait la doctrine de la monarchie absolue qui avait cours chez les officiers de justice, lesquels cherchèrent donc à amoindrir les pouvoirs des justices seigneuriales. On installa à côté des grands fiefs des « juges d’appeaux » pour attirer les causes des justiciables. Le Conseil du roi devint le suprême arbitre des différends entre tous les sujets. La coutume de Paris, par-delà la diversité des coutumes locales, tendit à devenir un « droit commun coutumier » français. Une nouvelle étape vers la centralisation fut franchie avec la multiplication des intendants de justice, de police et de finance.

En raison des guerres incessantes, les besoins grandissants d’argent conduisirent l'État à augmenter tailles et gabelles et à affermer l’impôt à des traitants fort impopulaires auprès des populations. Pour percevoir l’impôt, la monarchie eut recours non plus à des officiers, mais à des commissaires, toujours révocables, à la différence des premiers.

Richelieu a cherché à agir en faveur du pouvoir royal avec progressivité et prudence, veillant à ce que la parole du Roi soit respectée, tout en ne laissant jamais impunies la rébellion ou la résistance au pouvoir du Roi. Il a recherché l’unité religieuse sans l’imposer par la violence. C’est ainsi qu’il a supprimé les privilèges politiques des Protestants en menant le siège de La Rochelle avec une détermination implacable, mais a su faire preuve de modération en confirmant les privilèges religieux de l’Édit de Nantes.

À partir de 1629, il a convaincu le roi de pratiquer une politique étrangère plus agressive qui provoqua l’accroissement automatique de la pression fiscale et corrélativement des révoltes populaires dans presque toutes les provinces. Il ne réussit à renforcer l’emprise du pouvoir royal sur tout le pays qu’au prix d’une fiscalité écrasante, provoquant une extrême misère du peuple de France. Aussi la nouvelle de sa mort faut accueillie par une multiplication des feux de joie dans la plupart des provinces du Royaume !

Richelieu exerça le pouvoir d’une main de fer pour ce qu’il croyait être le bien du royaume et il fut à ce titre l’un des plus grands hommes d’État que la France ait compté. Il est l’accoucheur d’une France où le pouvoir de l’État ne connaît pas d’opposants, ce qui est toujours vrai. C’est pourquoi, si Charles De Gaulle a cru voir en lui le créateur de la France moderne, j’écrirais plutôt pour ma part qu’il fut le créateur de l’État français moderne.  

Après Louis XIII, Louis XIV s’empara de cet outil étatique qu’il exploita avec une telle intensité qu’il parvint à épuiser les ressources du pays, pourtant remarquables.

Il commença par exercer tout le pouvoir et tout de suite. Quelques heures seulement après le décès du Cardinal Mazarin, le 10 mars 1661, jeune roi de vingt-deux ans, il réunit son Conseil sans perdre un instant. Se tournant vers le Chancelier Séguier, il déclara : « Je vous ai fait assembler avec mes ministres et secrétaires d’État pour vous dire que jusqu’à présent, j’ai bien voulu laisser gouverner mes affaires par feu Monsieur le Cardinal ; il est temps que je les gouverne moi-même. »

 

Et c’est ainsi que, pendant cinquante-quatre années, de 1661 à 1715, il régna en monarque absolu, exigeant l’obéissance à l’intérieur du royaume et cherchant sans trêve à s’imposer au-dehors.

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LE POUVOIR ROYAL FACE AU PROTESTANTISME

5 Mars 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

EN 1565, LE SAC DE LYON PAR LES CALVINISTES

EN 1565, LE SAC DE LYON PAR LES CALVINISTES

Contrairement à ce que l’on retient généralement de François 1er, à savoir sa magnificence et la fameuse bataille gagnée de Marignan en 1515, François 1er fut un roi assez catastrophique pour la France et les Français.

 

Jugez en : défait à Pavie en 1525 et prisonnier de Charles Quint, il signe le traité de paix de Madrid le 14 janvier 1526 au prix de la vente d’une partie du Trésor du Royaume, du doublement de la taille, du renoncement à ses ambitions territoriales et de la livraison en otage de ses deux garçons aînés, âgés de 9 et 7 ans, qui se morfondront plusieurs années dans une forteresse.

Et à peine est-il libéré qu’il relance la guerre contre Charles-Quint en s’alliant avec lesProtestants allemands et le sultan Soliman le Magnifique !

Son décès, en 1547, n’arrange guère les affaires de la France, au contraire. C’est l’époque de l’avènement du protestantisme et du combat qu’engagent les rois de France pour contenir et expurger de leur royaume, les tenants de la nouvelle religion. 

De 1547 à 1610 règnent successivement cinq rois, Henri II, François II, Charles IX, Henri III et Henri IV. Fils de François Ier, Henri II hérite du plus puissant et du plus riche royaume européen. Il en profite pour continuer la guerre contre Charles-Quint jusqu'à ce que les troupes françaises subissent l’écrasante défaite de Saint-Quentin qui le contraint à signer le traité de Cateau-Cambrésis (1559) qui ferme la porte à l’hégémonie du Royaume de France sur l’Europe pour un siècle.

Or, les dépenses militaires ont entraîné la multiplication des impôts et des emprunts onéreux. Le protestantisme accroît son influence. Il a fait son apparition politique en France sous le règne de François Ier avec l’affaire dites des placards : dans la nuit du 17 octobre 1534, de petites affiches, des « placards » contre la messe catholique furent apposés en plusieurs endroits, y compris sur la porte de la chambre du Roi au château d’Amboise, ce qui entraina la colère du Roi qui y vit un crime de lèse-majesté.

À sa suite, les rois de France successifs sentent que le protestantisme met leur pouvoir en danger car les Protestants contestent les fondements religieux du pouvoir royal, exigent plus de libertés locales et instillent dans les esprits le dangereux ferment de la liberté des consciences.

Vers 1560, la France comptait environ dix pour cent de protestants que l’on retrouvait plutôt chez les artisans, les bourgeois et les nobles que chez les paysans. De  plus en plus de grandes familles aristocratiques se convertissaient au protestantisme. La tension entre les Catholiques et le pouvoir royal d’une part, les nobles et les bourgeois protestants d’autre part, atteignit son paroxysme en 1562 lorsque se produisit un soulèvement général des Protestants qui prirent le contrôle de nombreuses villes.

C’est le 18 août de la même année que fut déclenché le massacre de la Saint-Barthélemy dont Charles IX accepta officiellement la responsabilité. Ce faisant, il inaugurait le début des guerres de religion qui durèrent trente ans.

C’est alors que se développa la revendication d’un pouvoir local capable de faire front face à l’autorité du roi, que s’organisa une union des provinces protestantes du Midi, que fut publié le « Franco Gallia » de François Hotman qui contestait la « puissance absolue, excessive et infinie » des rois, et que la France basculait dans l’anarchie, partagée qu’elle était entre ligueurs catholiques et forces protestantes.

Finalement, lorsque tous les protagonistes du conflit furent suffisamment épuisés pour aspirer à la paix, Henri IV parvint à se faire sacrer roi en 1594 en abjurant la foi protestante.

Il entreprit la reprise en main du royaume en s’appuyant sur les trois forces politiques en présence, le parti protestant, les catholiques royalistes et les catholiques ligueurs qui étaient toutes trois convaincues que la paix devait revenir afin que les affaires reprennent et que seul Henri IV pouvait incarner ce consensus.

Le retour du pouvoir royal se traduisit aussitôt par l’alourdissement de son emprise sur les richesses du pays. L’administration du royaume envoya systématiquement des commissaires du roi, les ancêtres des intendants : la monarchie centralisatrice s’installa et les paysans furent écrasés de charges.

Tandis que le discours idéologique de l’époque distillait l’image du paysan trouvant chaque dimanche sa « poule au pot », l’ambassadeur anglais Carew écrivit en 1609 : « On tient les paysans de France dans une telle sujétion qu’on n’ose pas leur donner des armes [...]. On leur laisse à peine de quoi se nourrir. ».

Heureusement pour sa postérité, Henri IV finit par se faire assassiner le 14 mai 1610 au moment où il s’apprêtait à reprendre la guerre contre l’Espagne.

 

L’histoire officielle s’est servie de cet assassinat afin de lui octroyer l’image d’un roi consensuel et martyr plutôt que celle d’un roi guerroyeur et affameur, image qui lui correspondrait pourtant mieux que la précédente.

 

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LA FRANCE, UNE SUPERPUISSANCE MALMENÉE

23 Janvier 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

BATAILLE DE PAVIE (1525): FRANÇOIS 1ER SE REND À CHARLES QUINT

BATAILLE DE PAVIE (1525): FRANÇOIS 1ER SE REND À CHARLES QUINT

Philippe le Bel peut être considéré comme le véritable  créateur du pouvoir centralisé de l'Etat Français. Après son règne, viennent les temps de crise du XIVe et XVe siècles, avec rien moins que la guerre de Cent Ans à partir de 1328 en France et la Peste ravageant l’Europe en 1347-1351.

 

La guerre de Cent Ans est le résultat du conflit entre deux prétendants au pouvoir de la superpuissance qu’était alors la France. En 1328, Philippe de Valois a été choisi comme Roi de France parce que l’entourage du roi défunt, son cousin Charles IV Le Bel, ne voulait pas être évincé par l’équipe du roi d’Angleterre, Edouard III, pourtant petit fils de Philippe le Bel alors que Philippe de Valois n’était que son neveu.

Elle met en relief l’inefficacité de l’armée française, qui s’appuie sur un pays exploité, démoralisé, appauvri par Philippe Le Bel et ses successeurs. Philippe VI envoie à la bataille de Crécy (1346) ses chevaliers accompagnés d’une mauvaise piétaille, composée à cinquante pour cent de mercenaires génois. Ils trouvent en face d’eux une petite armée d’un modeste royaume.

D’un côté trente mille hommes d'armes français et génois qui font face à moins de sept mille anglais, et ces derniers les battent à plat de couture. La victoire des Anglais à Crécy a été la victoire de l'obéissance sur l'indiscipline, de l'organisation sur l'imprévoyance, du commandement anglais sur le commandement français. Elle fut la première d’une longue série de batailles perdues par un pouvoir arrogant, désorganisé et prodigue du sang de ses soldats.

À partir de 1347, ce ne fut que successions de défaites, de révoltes, de complots, de trahisons, de capitulations. Le royaume de France en profita pour inventer l’impôt permanent, sous la forme d'une gabelle sur le sel, de taxes indirectes et d'impôts directs levés sur chaque feu : les fouages. 

En août 1415, la même catastrophe militaire se reproduisit lorsque le Roi Henry V d'Angleterre débarqua dans l'estuaire de la Seine.Charles VI envoya à sa rencontre une armée forte d'environ vingt-cinq mille hommes, alors qu’Henry V ne disposait que de six mille hommes. Près d’Azincourt, la tactique française conduisit à une débandade pire encore que celle qui avait suivi la bataille de Crécy, puisqu’il y eut dix mille morts du côté français contre six-cents du côté anglais.

Finalement, le nombre et les progrès tactiques permirent à Charles VII, Jeanne d’Arc représentant symboliquement le peuple français, de reconquérir les territoires perdus et d’inventer incidemment le premier impôt permanent institué en France, la taille.

Cessant provisoirement d’accroitre la pression fiscale, Louis XI  se préoccupa, malgré l’image de dureté qu’il a laissée aux écoliers avec ses cages de fer où il emprisonnait ses ennemis, d’encourager la prospérité économique, se montrant souple à l’égard des franchises des villes et du pouvoir de l’Église et parvenant même, vertu rarissime, à réduire la pression fiscale. Un roi libéral.

Après Louis XI, de 1483 à 1515, vinrent Charles VIII, Louis XII et François Ier. Leur obsession commune fut de conquérir l’Italie, en utilisant la supériorité démographique de la France sur les villes et les duchés italiens désunis.

Les défaites succédèrent aux victoires, si bien que le seul avantage de ces guerres, si l’on compte pour rien les morts et les destructions, fût d’aider la France à rattraper son retard culturel et artistique sur l’Italie. Encore que Louis XII soit resté dans la mémoire nationale comme celui qui a su humaniser la justice de l’époque et qui parvint à réduire les impôts grâce aux richesses de l’Italie si bien qu’il fut sans doute, de son vivant, le plus populaire des rois de France.

En revanche, François Ier continua dans la lignée de Philippe le Bel en donnant une impulsion décisive à la pratique de la « monarchie absolue ». C’est lui qui a forgé la formule « Car tel est notre bon plaisir », et c’est lui aussi qui, en matière religieuse, signa le concordat de Bologne qui plaçait l’épiscopat français sous la coupe du roi.

Il imposa aux prêtres d'enregistrer les naissances et de tenir à jour un registre, fondant de la sorte l'État Civil en France, avec l’obsession du contrôle de la population. L’économie du pays fut sacrifiée à des constructions excessives qui furent autant de gouffres financiers et surtout à ses guerres contre les Habsbourg qui mobilisèrent des sommes énormes et obtinrent des résultats calamiteux.

Il est frappant, à cet égard, que tout le monde connaisse la victoire de Marignan (1515), mais c’est sans doute pour mieux oublier la défaite de Pavie dix ans plus tard qui entraîna la capture du roi par Charles-Quint et le désastreux traité de Madrid par lequel le roi renonçait au quart de la France.

Pour faire face à toutes ces calamités provoquées par sa mauvaise politique extérieure, François Ier doubla la taille et tripla l'impôt sur le sel, la gabelle ! Il se sépara aussi de pierres précieuses appartenant à la couronne, aliéna des territoires royaux et fut le premier roi à vendre des charges et des offices pour obtenir des liquidités !

 

On se demande encore pourquoi il est resté un roi populaire dans la mémoire collective.

 

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LE POUVOIR CENTRALISÉ DE PHILIPPE LE BEL

28 Décembre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

PHILIPPE LE BEL FAIT ARRÊTER LES TEMPLIERS

PHILIPPE LE BEL FAIT ARRÊTER LES TEMPLIERS

Les Rois ont très rapidement cherché à accroître leur contrôle sur la société française et cette tendance permanente au renforcement du pouvoir de l’Etat pointe déjà sous Philippe Auguste (1180-1223).

 

Ce dernier assure la diffusion de l’autorité du monarque par la mise en place des baillis, investis de pouvoirs d’administration, de justice et de finances, qui ne porte que sur son domaine royal, un domaine qui ne comprend pas encore les possessions de ses vassaux, comme la Bretagne par exemple.

Saint Louis (1226-1270), qui succède à Philippe Auguste, acquiert pour sa part une réputation d’arbitre international qui est sanctionnée par sa canonisation, équivalente au prix Nobel de la Paix d’aujourd’hui. Après lui commence à s’affirmer la toute puissance de la monarchie française, qui fait aujourd’hui de la France le seul véritable État centralisé du continent européen, sinon du monde.

Alors que Philippe Auguste régnait en France, la Grande Charte, appelée Magna Carta, était concédée aux Anglais en juin 1215 par Jean sans Terre sous la pression des barons et de l’Église. Elle garantissait à tous les hommes libres le droit de propriété, la liberté d’aller et de venir en temps de paix. Elle donnait aussi des garanties en cas de procès criminel, comme l’impartialité des juges ou la nécessité et la proportionnalité des peines. Elle posait le principe essentiel, pour un régime parlementaire, qu’aucun impôt ne serait levé sans le consentement du Conseil du royaume, un Conseil où siégeaient les barons, les comtes et les hauts dignitaires ecclésiastiques.

Pendant ce temps, les souverains hispaniques ne parvenaient pas encore à obtenir l’unité politique de la péninsule, les principautés italiennes se livraient à des luttes intestines, l’Allemagne était éclatée entre de multiples souverainetés hétérogènes coiffées par un Saint Empire Romain Germanique qui servait de cadre juridique à la cohabitation de princes et de ducs quasi autonomes dirigés par un Empereur qu’ils élisaient eux-mêmes. Mais les habitants du Saint Empire Romain Germanique n’étaient pas les sujets directs de l'Empereur, contrairement aux sujets du Roi de France, car ils avaient soit leur propre seigneur, soit ils appartenaient à une ville d’Empire dirigée par un Maire élu.

Dans cette Europe des libertés et des  autonomies, Philippe IV le Bel (1285-1314), Roi de France, agit en sens contraire. Il devient le maître d’œuvre d’une monarchie française qui ne cesse de s’affermir en droit et en fait, dotée d’une très nombreuse administration centrale. C’est lui qui procède massivement à la confiscation des biens des particuliers et à l’expulsion collective des groupes qu’il considère comme des obstacles à son pouvoir.

Il innove aussi en lançant de grandes campagnes d’opinion, en recourant au nom de la raison d’État, à la calomnie, à l’intimidation et à la désignation de boucs émissaires individuels ou collectifs. L’affaire des Templiers est ainsi montée de façon à attiser les fantasmes d’une population appauvrie par l’Etat et la conjoncture. On voit les conseillers du roi accuser sans vergogne les Templiers d’être secrètement affiliés à l’islam, de cracher sur la croix ou de pratiquer des rites obscènes, avec pour objectif central d’obtenir l’adhésion de l’opinion publique à la confiscation de leurs biens.

Au total, Philippe le Bel n’a de cesse d’accroître sa puissance par la guerre et par de nouveaux carcans administratifs. Il est le premier à oser dévaluer la monnaie.

En mettant en œuvre pendant ses vingt-neuf années de règne la plupart des outils de pouvoir qui fondent encore aujourd’hui la spécificité de la France, Philippe Le Bel se retrouve à la tête d’un Etat puissant qui compte plus de sujets que tout autre Etat en Europe.

Il reste que ses difficultés financières le contraignent à convoquer des assemblées appelées à le soutenir par des subsides, les premiers « États Généraux », dont on retrouvera l’écho à l’aube de la Révolution Française. Il échoue aussi dans sa tentative d’inventer l’impôt permanent en raison de l’incapacité de son administration, encore trop faible, à fixer l’assiette de l’impôt.

 

Après le règne de Philippe le Bel, les XIVe et XVe siècles furent des temps de crise. La guerre de Cent Ans entraîna la révolte des campagnes et des villes, ce qui provoqua en retour un nouveau durcissement du corset étatique et fiscal de la France.

 

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LE POUVOIR CENTRALISÉ FRANÇAIS

18 Décembre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

PHILIPPE LE BEL (1268-1314)

PHILIPPE LE BEL (1268-1314)

J’ai commencé, il y a plusieurs années, à conter l’histoire du pouvoir politique en France, une histoire que je reprends aujourd’hui.

 

Vous trouverez ci-après l’essentiel de l’histoire de la centralisation du pouvoir depuis Philippe Le Bel jusqu’à Napoléon III, avant que je ne la reprenne avec de plus grands détails à partir des années 1850. L’histoire du pouvoir politique français est en effet pleine d’enseignement pour le présent et pour le futur de la France, car,  sous les masques alternatifs de la Monarchie, de l’Empire et de la République, l’histoire du pouvoir en France est celle de l’installation d’un système politique qui veille sans cesse à renforcer son pouvoir central,

En effet, du point de vue de la centralisation du pouvoir, tout commence au XIIe siècle, dans cette zone géographique que l’on appelle aujourd’hui la France, où les conditions de sécurité ont permis un certain développement économique dans le cadre fragmenté de royaumes ou de principautés relativement indépendants. En outre, gouvernées par des marchands, des villes semi autonomes émergeaient, qui devenaient des havres de liberté par rapport aux sociétés agraires asservies.

C’est justement à ce morcellement que se sont toujours opposés les rois de France, qui ont réussi à constituer dès le XIIIe siècle l’ensemble unitaire le plus puissant d’Europe. C’est dans ce dessein qu’ils s’opposèrent au cours des siècles à la prétention de l’Eglise de leur dicter leurs conduites. Les Rois de France firent de même barrage au protestantisme qui introduisait dans leur royaume de dangereux ferments de liberté. Fera-t-il de même face l’Islam ? Sans doute, à mon avis.

Au plan économique, la centralisation française du pouvoir a été tout de suite perçue à l’extérieur comme une erreur et un échec. C’est ainsi que  John Fortescue, qui combattit le roi de France pendant la guerre de Cent Ans, mentionne dans son essai, De laudibus legum Angliae (1470), la mauvaise gestion de la France par comparaison avec celle de l’Angleterre. Il observe que le Roi de France a tellement appauvri son peuple qui peine à survivre. Il s’étonne que, contrairement à l’Angleterre, les gens en France boivent de l’eau et non de la bière ou du cidre, se nourrissent de pain noir au lieu de pain blanc, ne peuvent pas consommer de la viande mais seulement un peu de graisse et des tripes. Il note que les gens en France ne portent pas de laine mais des blouses de canevas ou des braies qui ne descendent pas en dessous du genou et que leurs épouses et leurs enfants vont nu-pieds. Et bien sûr, que ces gens n’ont ni armes, ni argent pour en acheter.

L’étonnement de Fortescue porte sur le fait que les Français puissent vivre dans la pauvreté la plus rigoureuse alors qu’ils habitent le royaume le plus fertile du monde. L’image que donnait alors la France était celle d’un pays tellement mal gouverné et surexploité qu’il rendait pauvres ses habitants alors que toutes les conditions étaient réunies pour qu’il soit riche.

Un siècle après Fortescue, Machiavel trouve les rois de France « plus gaillards, plus riches et plus puissants qu’ils ne le furent jamais »*, dans son Rapport sur les choses d'Allemagne qu’il écrit en 1508. Cette force des Rois de France provient d’après lui de la taille toujours plus vaste du domaine qui appartient en propre au Roi de France et de la soumission de ses vassaux. Aucun ne peut lutter contre le roi, contre lequel les puissances voisines ont également du mal à faire face.

Cette soumission a un revers, note Machiavel, car elle affaiblit le peuple : « Le reste de la population, roture et gens de métier, est tellement asservie à la noblesse et bridée en toute chose qu’elle en est avilie.»*. Or, ajoute t-il, « la France, grâce à son étendue et à l’avantage de ses grandes rivières, est grasse et opulente, les denrées et la main-d’œuvre y sont à bon marché, sinon pour rien, à cause du peu d’argent qui circule parmi le peuple ; c’est à peine si les sujets peuvent amasser de quoi payer leurs redevances, si minces qu’elles soient (…) Tandis que nobles et prélats prélèvent, le Roi n’a pas besoin de dépenser trop en forteresses, grâce à la parfaite soumission de son peuple, humble et vénérant le Roi, vivant à peu de frais »*.

Ces deux témoignages anciens présentent une France accablée sous le poids du pouvoir royal, mais qui s’y résigne. Car, depuis le règne de Philippe le Bel, le pouvoir du roi s’appesantit sur un espace de plus en plus étendu et une population toujours plus nombreuse. Ce pouvoir cherche à contrôler au plus prés un peuple qui s’efforce d’éviter des impôts toujours plus lourds, du fait des ambitions guerrières du royaume, de ses coûts d’administration jamais satisfaits et des goûts de luxe des privilégiés au pouvoir.

Dans la suite du déroulement de l’histoire, le pouvoir central qui passera du Roi à l’Empire ou à la République, ne s’est jamais départi de ses prérogatives, cherchant à en rajouter presque toujours de nouvelles sauf lorsqu’il était en position de faiblesse.

 

C’est ainsi que la France détient aujourd’hui le record du monde des prélèvements obligatoires. Par hasard ? 

 

*Machiavel, Rapport sur les choses d'Allemagne, 1508.

 

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L'IRAN FAIT FACE AUX ÉTATS-UNIS

7 Novembre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LE PRÉSIDENT ACTUEL DE L'IRAN, EBRAHIM RAÏSSI

LE PRÉSIDENT ACTUEL DE L'IRAN, EBRAHIM RAÏSSI

Après la mort de Khomeiny le 3 juin 1989, l’Assemblée des experts, un corps élu de religieux expérimentés,  a choisi le président sortant, l’ayatollah Ali Khamenei, comme Guide Suprême.

L’Iran se garda bien de participer à la Guerre du Golfe en 1991, tout en condamnant l’action des États-Unis et en permettant, sans rancune, à l’aviation irakienne de se poser en Iran et aux réfugiés irakiens de pénétrer sur son territoire.

Le président Hachemi Rafsandjani fut réélu en 1993 avec une majorité plus faible, qui fut attribuée par les observateurs au désenchantement engendré par une économie mal en point. C’est un religieux modéré, Mohammad Khatami, qui succède à Rafsandjani en 1997. Il a pour tâche d’entreprendre des réformes conduisant à une libéralisation modérée, sans trop mécontenter un clergé́ très conservateur. C’est une tâche classiquement difficile en Iran, qui aboutit à des protestations massives contre le gouvernement dans les rues de Téhéran en juillet 1999.

Malgré ces dernières, Khatami est réélu en juin 2001, mais les éléments conservateurs du gouvernement iranien œuvrent pour déstabiliser le mouvement réformateur, bannissant les journaux libéraux et disqualifiant les candidats aux élections parlementaires. Ce travail de sape entraine l’élection en 2005 du maire ultra-conservateur de Téhéran, Mahmoud Ahmadinejad. Son mandat se caractérise par des prises de position hostiles à l'égard d'Israël, l'arrêt des négociations sur le nucléaire et corrélativement des tensions croissantes avec les pays occidentaux.

À l’opposé de cette politique, Hassan Rohani, élu en juin 2013 à la présidence de la République iranienne, fait publiquement part de sa plus grande disposition à trouver un accord sur le nucléaire, alors que les sanctions prises par les pays occidentaux depuis plusieurs années sont de plus en plus difficiles à supporter.

Fin novembre 2013, un accord est trouvé́ entre Téhéran et le groupe 5 + 1 (États-Unis, Royaume-Uni, France, Chine, Russie + l'Allemagne), qui prévoit notamment que l'Iran n'enrichisse pas d'uranium à plus de 5 % pendant six mois, dilue la moitié de ses stocks actuels, suspende le fonctionnement de ses usines de Natanz, Fordow et Arak sans construire de nouveaux sites d'enrichissement et permette à l'AIEA d’avoir aura un accès quotidien et sans préavis à Natanz et Fordow.

En contrepartie, les Occidentaux s'engagent à̀ suspendre leurs sanctions économiques sur l'industrie, l'automobile, le commerce de l'or et surtout les exportations pétrochimiques, à ne pas essayer d'entraver la vente du pétrole iranien, encore que ces levées de sanction soient « limitées, temporaires et ciblées » et peuvent à tout moment être annulées en cas de non-respect de ses engagements par l’Iran.

Selon ces derniers termes, , un nouvel accord entre en application le 13 juillet 2015, après douze années de crise du nucléaire iranien. Puis le Président des États-Unis, Donald Trump remet en question cet accord en 2018, au grand dam des autres participants à l’accord, mais il parvient à  imposer de nouvelles sanctions qui frappent durement l’Iran au plan économique. L’Iran réplique par une guerre larvée, au Yémen par l’intermédiaire des Houthis, sous couvert desquels il frappe l’Arabie Saoudite. Le conflit touche aussi l’arc chiite, de l’Irak au Liban en passant par la Syrie, impliquant Israël.

La victoire en novembre 2020 d’un Président démocrate aux États-Unis, Joe Biden, ouvre la voie à une nouvelle négociation, mais l’élection, le 18 juin 2021 d’un nouveau Président iranien, conservateur cette fois-ci, Ebrahim Raïssi laisse entrevoir une plus grande rigidité des participants iraniens, encore que les 72% des votes obtenus par Raïssi occultent les 50% d’abstention qui le fragilise.

L’histoire de l’Iran, et de ses conflits, reste ouverte, encore qu’elle s’inscrive dans une continuité historique liée au voisinage conflictuel avec les Arabes, soumise qu’elle est au Grand Jeu entre les Anglo-saxons, les Russes et désormais les Chinois. Cette continuité est aussi déterminée par la volonté farouche des Iraniens, depuis des millénaires, à rester eux-mêmes et par conséquent à ne pas se soumettre à la domination de qui que ce soit.

 

C’est pourquoi les Américains, s’ils s’attendent à ce que les Iraniens finissent par capituler sous le poids des sanctions, se trompent, tout simplement.

 

                                                FIN

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L'IRAN MET L'IRAK EN ÉCHEC

12 Octobre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

SADDAM HUSSEIN

SADDAM HUSSEIN

Si la création d’une république islamique est approuvée à 98% les 30 et 31 mars 1979, il faut préciser que le vote de ce referendum n’a pas eu lieu à bulletin secret.

 

Après la tenue du référendum, le premier ministre Bazargan démissionne et le nouveau gouvernement de la République Islamique se révèle particulièrement conservateur. Il nationalise l’industrie, en particulier pétrolière, et rétablit les traditions islamiques dans la culture et la loi. L’influence occidentale se trouve bannie, contraignant l’élite pro-occidentale à s’exiler à son tour, après le Shah.

Après le referendum, les élections présidentielles se tiennent en janvier 1980 qui voient Bani Sadr, associé à Khomeiny, être élu avec 76 % des votes en janvier 1980.

Entretemps a eu lieu la prise de l’Ambassade des États-Unis à Téhéran le 4 novembre 1979 par les Mujaheddin-e-Khalq, des étudiants iraniens militants, qui l’occupent jusqu’au 20 janvier 1981. Le personnel de l’ambassade américaine est pris en otage. L’administration Carter riposte par le gel de ses relations diplomatiques avec l’Iran, par des sanctions économiques et par une tentative avortée de libération des otages. Finalement, Ronald Reagan mettra fin à̀ la crise le jour de son entrée en fonction, en acceptant pratiquement toutes les conditions iraniennes.

Puis, le 22 septembre 1980, l’Irak envahit l’Iran. Saddam Hussein invoque un désaccord frontalier, tout en ayant l’objectif de réduire l’influence du régime fondamentaliste iranien sur le mouvement islamique et de s’emparer à cette occasion du  leadership dans le monde arabe.

Ce désaccord frontalier officiel invoqué par Saddam Hussein porte sur le déplacement de la frontière entre l'Irak et l'Iran jusqu’à la rive orientale du Chatt-el-Arab afin de mieux assurer la sécurité́ de Bassorah, d’obtenir la restitution des trois iles du détroit d'Ormuz annexées par le Shah en 1971 et d’annexer la province iranienne du Khuzestan, peuplée d'Arabes.

L’Irak était un pays considéré comme puissant, en raison de ses revenus pétroliers et comme un pays en voie de modernisation. Les grandes puissances estimaient qu’il pouvait faire contrepoids à la République islamique iranienne. Elles ont donc approuvé tacitement puis militairement l'offensive irakienne, votant pour la résolution 479 de l'ONU qui demandait un cessez-le-feu sans exiger le retrait par l'Irak des territoires iraniens qu'il occupait.

Or, malgré́ l'avantage de la surprise, l'invasion irakienne fut rapidement repoussée par une série de contre-attaques iraniennes provenant plus de la milice chiite créée par Khomeini le 5 mai 1979, le « corps des Gardiens de la révolution islamique »  que des  forces armées affaiblies par les purges qu’elles avaient subi sous l’autorité de Khomeini. Pour sa part, Saddam Hussein surestimait la puissance de son armée qui, si elle était largement pourvue en équipements modernes, manquait de cadres expérimentés pour mener une guerre d’envergure.

En 1981, les Mujaheddin-e-Khalq font exploser des bombes dans le bureau principal du parti de la république islamique et au bureau du premier ministre, tuant 70 officiels de haut rang, dont le ministre de la justice), le président du parti et le  Premier ministre. Cela n’a pas empêché, au début de la même année, l'armée iranienne de contre-attaquer et de libérer l'essentiel de son territoire, avant d’envahir à son tour une partie du territoire irakien. L’Iran demande désormais le départ de Saddam Hussein et son remplacement par un régime islamique.

S’opposent désormais un enrôlement de masse et une exaltation des martyrs coté iranien et une armée bien équipée avec des professionnels encadrant des conscrits peu motivés, souvent chiites ou kurdes.

La ligne de front se stabilise à la frontière commune jusqu’à ce que l’Iran lance deux grandes offensives en janvier 1987: Kerbala 5, à l’est de Bassorah, où Téhéran voulait établir un gouvernement provisoire de la République islamique irakienne avec les chefs des opposants chiites irakiens refugiés en Iran et Kerbala 6, à 150 kilomètres au nord de Bagdad en direction des grands barrages de l’Euphrate. Les pertes sont énormes de part et d’autre mais les forces iraniennes sont finalement bloquées.

Puis, en 1988, l'armée irakienne parvient à reprendre le dessus avant d'être vaincue lors de l'opération Mersad du 26 au 30 juillet 1988. Le 18 juillet 1988, Khomeini accepte le cessez-le-feu exigé par la résolution 598 du Conseil de sécurité́ et le secrétaire général de l'ONU annonce la fin des hostilités pour le 20 août. C'est un retour au statu quo ante, sans traité de paix entre l’Irak et l’Iran qui ne sera envisagé qu'en 2005. Les estimations des pertes en vies humaines sont de 300 000 à plus d'un million de morts iraniens et de 200 000 Irakiens et les dépenses militaires auraient dépassé́ 500 milliards de dollars pour les deux pays.

 

La guerre Iran-Irak a souvent été́ comparée à la Première Guerre mondiale : le conflit se caractérise par une guerre de tranchées, avec des fils de fer barbelés, des postes de mitrailleuse, des charges à la baïonnette qui induisent  par des pertes considérables. L’Irak a aussi beaucoup utilisé les armes chimiques notamment contre les populations civiles.

 

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