Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog d'André Boyer

interlude

QUI VEUT TUER LE BÉBÉ IFTG?

27 Juin 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

QUI VEUT TUER LE BÉBÉ IFTG?

J’ai écrit, en conclusion de mon dernier billet sur le sujet, que notre premier obstacle pour faire naitre le bébé IFTG, fut l’Ambassade de France.

 

En effet, naïf est celui qui croit que le plus difficile, dans la réalisation d’un projet, est d’avoir une bonne idée. Il va rapidement découvrir que sa « bonne idée » n’est pas la bienvenue, tout simplement parce qu’elle dérange les plans de ceux qui n’ont pas été associés à la création du projet.

Car tout projet, selon la profonde pensée de Joseph Schumpeter, s'inscrit dans un processus de "destruction créatrice" qui consiste à remplacer une action et une structure par une autre, plus efficace, mieux adaptée à une nouvelle situation. Le jeu, pour faire avancer le projet, consiste alors à engranger progressivement des alliés qui neutralisent les ennemis.

Dans une période de changement profond des rapports entre la Tchécoslovaquie et la France en 1990, notre projet se proposait d'offrir une formation française à la gestion aux cadres tchécoslovaques, dans le cadre de l'économie de marché. Au début du moins, il était nécessaire de prendre en charge les coûts de la formation par la partie française car les étudiants et les entreprises n’avaient pas les moyens de les payer.

Cependant, tout crédit affecté à l'IFTG avait un impact négatif sur les autres projets de l'Ambassade de France à Prague, qui n'en manquait évidemment pas dans cette période de changement. Il fallait donc s'imposer, à Paris et à Prague, face à d’autres acteurs et au début, nous manquions d’alliés. 

À Paris, la FNEGE avait des relations profondes et suivies avec le Ministère des Affaires Étrangères (MAE), qui auraient dû lui assurer une subvention régulière pour le programme de formation de l’IFTG. Mais le MAE était à cette époque concurrencé par la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD), créée et dirigée par Jacques Attali et qui détenait le leadership sur l’attribution des crédits aux Pays de l’Est.

Notre programme était-il prioritaire pour le MAE ? Officiellement oui, mais officieusement nous étions concurrencé par le Parti Socialiste qui avait besoin de fonds. Une future Ministre et un futur dirigeant du CNPF, que je ne nommerai pas, dirigeaient une filiale du PS chargée d’aider les hauts fonctionnaires des Pays de l’Est à faire évoluer leurs pratiques en y intégrant une logique libérale. Le problème pour nous était qu’ils voulaient en tirer de gros bénéfices pour le Parti Socialiste (PS) sous forme de nombreux séminaires surfacturés et ils cherchaient pour se faire à accaparer les fonds disponibles pour la coopération avec les pays de l’Est. 

Cette situation provoqua des échanges violents au MAE entre les deux dirigeants du PS d’une part, la FNEGE et moi-même d’autre part, lors d’une réunion au MAE ; eux nous reprochaient d’organiser un programme inadapté et nous, nous les accusions de corruption. Comme ils étaient très influents, ils obtinrent que soit effectué un audit à charge contre le programme IFTG, qui conduisit, afin de le couler, à le rattacher à l’IAE de Toulouse, qui en ignorait tout.

Pendant ce temps, Hana Machková gérait avec la plus grande habileté la crise de l’IFTG à Prague. Elle devint très proche des diplomates en poste, partageant leurs préoccupations et ne prenant officiellement pas partie dans le conflit qui opposait la FNEGE et moi-même avec les fonctionnaires proches du PS au MAE. Elle laissa passer l’orage, se jouant de tous les acteurs.

Finalement, son habileté jointe à sa détermination et à la nôtre eurent raison des magouilles politico-financières qui environnaient à l’époque les opérations du MAE dans les pays de l’Est. L’IFTG reçut des fonds suffisants pour financer les déplacements et les cours des professeurs français ; sa gestion fut clairement confiée à la FNEGE et son diplôme délivré en coopération avec l’IAE de Nice puis avec l’IAE de Lyon.

Quelques années plus tard, les fonds versés par le MAE se mirent à diminuer mais l’IFTG avait appris à s’adapter et rien ne vint ternir son succès qui fut rapidement reconnu. Hana Machkovà reçut la médaille du Mérite puis la Légion d’Honneur. Elle devint certainement l’une des Tchèques les plus connues et les plus respectées à l’Ambassade de France.

Mieux encore, l’équipe du petit l’IFTG se révéla si efficace et si unie qu’elle se hissa, presque tout entière, à la tête de l’université qui l’hébergeait, Vysoká škola ekonomická v Praze, (VŠE) qui était presque mille fois plus grande, en termes d’effectifs étudiants, que l’IFTG. Hana Machkovà devint Recteur de VŠE, fut réélue et est actuellement encore Vice-Recteur chargé des échanges internationaux.

 

Ce succès d’Hana Machkovà est le symbole mérité de celui de l’IFTG qu’elle a totalement incarné, un IFTG qui est aujourd’hui reconnu par le MAE comme étant la plus grande réussite des programmes de formation qu’il a soutenu en Europe de l’Est…

 

À SUIVRE

Lire la suite

LES YEUX DANS LES YEUX

28 Mai 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

LES YEUX DANS LES YEUX

Au printemps 1990, je n’ai pas rencontré Hana Machková par hasard, mais parce que nous avions à présenter le projet d’Institut Français Tchécoslovaque de Gestion (IFTG) auprès de l’UniversitéVŠE (Vysoká škola ekonomická v Praze), où elle exerçait ses fonctions d’enseignement et de recherche.

 

Cet IFTG était inspiré de la construction de MARCOM en Bulgarie que j’avais mis en place à Sofia auparavant et qui, après peu d’années de fonctionnement, avait échoué du fait des agissements de son directeur (cf. mon billet « Le sabordage de Marcom »). L’issue malheureuse de ce programme n’était pas encore scellée au moment de la présentation de l’IFTG, mais nous allions en tirer les leçons, par chance, avec le choix de la responsable de l’IFTG.

Un beau matin du printemps 1990, Hana Machková et moi-même, nous sommes rendus au siège de l’université VŠE, qui correspond grosso modo à l’Université Paris-Dauphine en termes d’objectifs, de nombre d’étudiants et de moyens.

Nous avions rendez-vous avec le nouveau Recteur de VŠE, Věněk Šilha, pour lui présenter notre projet de l’IFTG. Nous étions en concurrence avec l’Espagne, représentée par son ambassadeur qui devait être reçu après nous par le Recteur pour présenter un projet analogue.

Le Recteur sortait de lourdes épreuves que lui avait infligé le régime communiste. Exclu de l’université pour ses activités politiques, il avait été condamné à la prison suivie par une contrainte de travail obligatoire qui consistait à balayer les couloirs du métro de Prague

Je me souviens de l’apparence du Recteur et de son regard. Petit, trapu, le crâne rasé, un regard bleu perçant, il invoquait bien, peut-être seulement dans mon imagination, un zek* fraîchement libéré. Nous lui avons présenté notre projet, Hana l’explicitant en français. Il nous écoutait en silence, mes discours en français (qu’il ne parlait pas plus que l’anglais) comme la présentation d’Hana en tchèque. Cela ne nous prit que quelques minutes, au bout desquelles il demanda que nous lui fournissions un argument, un seul, pour qu’il accepte ce projet. J’ai alors invoqué la lourdeur de la bureaucratie française qui valait bien l’ex-bureaucratie du temps du pouvoir du Parti Communiste Tchécoslovaque, une bureaucratie qui ne nous permettrait jamais de présenter à nouveau ce projet s’il le refusait aujourd’hui.

En clair, c’était aujourd’hui ou jamais.

Je n’oublierai jamais son regard. Pendant plusieurs secondes il m’a regardé en silence droit dans les yeux. Je l’ai scruté à mon tour, pour lui signifier ma conviction de la validité de notre proposition. Il a pris notre proposition écrite, et, sans un mot, il l’a signé.

Nous l’avons quitté après l’avoir remercié. Hana, qui connaissait le bâtiment de l’université comme sa poche, s’est dirigée vers la salle du Parti Communiste, une salle de classe assez classique autant que je me souvienne. Elle a enlevé le panneau du Parti, a écrit en français « Institut Français Tchécoslovaque de Gestion » sur une feuille de papier qu’elle a fixé sur la porte et y a rajouté un drapeau français qu’elle s’était procuré. L’aventure de l’IFTG venait de commencer, avec toutes ses péripéties. Nous ne savions pas qu’il serait toujours vivante aujourd’hui, et conduirait au magnifique succès de toute l’équipe d’Hana Machková, poussée en avant par la personnalité pleine d’énergie et de positivité de cette dernière.

 

Le premier obstacle, naturellement, nous l’avons rencontré à l’Ambassade de France en Tchécoslovaquie qui fut loin de partager notre enthousiasme devant l’émergence d’un bébé IFTG qui venait bouleverser les plans de nos diplomates, déjà fortement secoués par les effets de la révolution de velours…

 

*Pour mes lecteurs non familiers de Soljenitsyne et de son Archipel du Goulag ou d’Une Journée d’Yvan Denissovitch, un « Zek » (abréviation du mot  russe zaklioutchonniï (заключённый) abrégé en з/к et prononcé zek) signifie « détenu » ou « enfermé » pour désigner les prisonniers du Goulag.

 

 

À SUIVRE

Lire la suite

RETOUR À PRAGUE

1 Mai 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

RETOUR À PRAGUE

En juin 1989, à la demande de la FNEGE  https://www.fnege.org, je me suis rendu à Prague, qui se trouvait sous le régime d’un Parti Communiste vacillant, pour étudier d’assez vagues possibilités de coopération. 

 

Je revenais à Prague avec beaucoup d'appréhension. En effet j'ai raconté dans ce blog en trois épisodes (« La foudre », « Echec et presque mat » et « Le temps de la révolte et de l’oubli ») mes aventures médicales à Prague de la fin de l’année 1976 et du début de l’année 1977 qui avaient failli me coûter la vie. Il m'avait fallu un intervalle de douze années et demi pour y revenir.  

Ce retour était justifié par la demande de mise en place d'une formation à la gestion dans une grande entreprise industrielle, ČKD (Českomoravská-Kolben-Daněk), qui fabriquait des tramways et qui était propriétaire de la célèbre marque d’automobiles de luxe, Tatra. Le but officieux de cette formation était de mettre en relation ČKD et Alsthom pour amorcer des discussions en vue de la participation d’Alsthom dans ČKD, voire de son rachat par Alsthom. Ce rapprochement était facilité par la francophilie du PDG de ČKD, l'ingénieur Müller. 

Malheureusement, ce projet a échoué du fait du manque d’intérêt qu'affichait à l'époque Alsthom pour les marchés d’Europe de l’Est. J’en ai été personnellement témoin autant que navré et c’est Siemens qui a finalement racheté ČKD en 2001. 

J’ai donc rencontré Monsieur Müller en vain, mais j’en ai profité pour faire le point sur les possibilités de coopération en gestion avec les responsables scientifiques et culturels de l’Ambassade de France à Prague, installés à l’Institut Français de Prague qui est situé dans la charmante rue Štěpánská, en plein centre-ville de Prague. Je ne savais pas encore qu’allait s’installer dans la même rue et presque en face de l’Institut Français de Prague, l’Institut Franco-Tchécoslovaque de Gestion, avant qu’il ne devienne, lors de la séparation de la Tchéquie et de la Slovaquie le 31 décembre 1992, l’Institut Franco-Tchèque de Gestion. 

Le conseiller scientifique de l’Ambassade, un jeune et sympathique ingénieur, Jean-Yves de Longueau, m’a demandé de rencontrer une enseignante débutante qui avait obtenu une bourse pour aller passer un semestre en France dans une université ou dans une école de gestion. 

C’est ainsi que je me suis retrouvé face à Hana Machková, une jeune femme, typiquement tchèque à mes yeux, qui m’a expliqué qu’elle voulait perfectionner son français et ses connaissances de gestion dans une grande école de commerce française, comme HEC. 

Voyant Prague, comprenant sa volonté d’apprendre, je ne l’ai pas vu errer dans les RER de la banlieue parisienne, ni se noyer dans l’anonymat d’une grande école parisienne, ni peiner à rencontrer des enseignants pris par mille tâches, qui ne faisaient que passer. 

Sans imaginer que j’en deviendrai le directeur un peu plus d’une année plus tard, je lui ai recommandé d’aller plutôt vers l'IECS à Strasbourg, une ville où elle serait nettement moins perdue que dans la nébuleuse parisienne, qui en outre était la ville française la plus proche de Prague et qui y ressemblait le plus. J’ai ajouté que l’IECS, à l’époque la plus ouverte à l’étranger des écoles de commerce françaises, lui permettrait d’échanger avec des étudiants de tous pays et des enseignants plus disponibles et abordables. De plus, l'IECS était intégrée dans l’Université de Strasbourg III. Elle, qui avait effectué ses études dans une excellente université, VŠE (Vysoká škola ekonomická v Praze), à mi-chemin entre une école de commerce et une université, comme l’était l’IECS, n’y serait pas (trop) dépaysée.

Hana Machková a suivi mon conseil et je crois qu’elle n’a été ni trop déçue ni trop dépaysée par Strasbourg et l’IECS, où elle a passé un semestre. 

Elle était revenue depuis quelques mois à Prague alors que j’en reprenais le chemin, au printemps 1990. Entretemps, la révolution de velours s’était déroulée fin novembre 1989 et lorsque j'ai retrouvé cette ville magnifique, je n'en ai pas cru mes yeux tant on me l'avait changé. Non seulement le pont Charles n’avait plus cet air romantique désespéré qu’il avait pris sous le régime communiste, mais la ville perdait rapidement son côté grisâtre pour se parer de toutes sortes de couleurs, malheureusement en grande partie publicitaires. 

 

Mon retour était fondé sur un projet que j’avais peaufiné avec la FNEGE consistant à créer un Institut Français Tchécoslovaque de Gestion. Ce projet a rencontré les plans de la francophile Hana Machková, qui aspirait également à prendre des responsabilités en cette période de bouleversements. 

 

À SUIVRE

Lire la suite

CE N'ÉTAIT PAS MON MOMENT

9 Avril 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

ÇA ARRIVE, MÊME À MC ENROE

ÇA ARRIVE, MÊME À MC ENROE

J'avais beaucoup bougé, j'avais trop bougé au cours des deux ou trois années qui venaient de s'écouler. Avant même 1989, j'avais été saisi dans le mouvement de la mondialisation qui s'annonçait et qui allait connaitre sa pleine mesure après la chute du mur de Berlin en novembre 1989. Il me restait à en payer le prix.

 

La Chine, l'Algérie, Madagascar, la Bulgarie, le Canada, entre autres : on a pu constater la variété de mes déplacements, de mes projets et de mes actions, dans les six années qui ont suivi mon retour du Sénégal, le 1er décembre 1983. Mais l'année 1989 s'acheva pour moi par l'échec de ma candidature à la direction de l'IUT de Nice.

En outre, mes mouvements en tout sens, une fois pour un projet de formation, une fois pour la gestion d'un programme, une fois pour un cours, une fois pour un long séminaire, avaient des effets négatifs sur ma vie familiale et sur mon équilibre personnel. Il était temps de chercher un équilibre, de retrouver dans sa profondeur le sens de la vie, il était temps de souffler.

J'essayai de retrouver mon inspiration dans les livres. La lecture d'En Quête de mots de mon ami Driss Alaoui était toujours salutaire. Quelques philosophes indiens aussi, Scott Peck et son chemin le moins fréquenté, le très rationnel Stephen R. Covey, mais également Robert M.Pirsig, Paul Watzlawick, le célèbre Paulo Coehlo ou Erich Fromm. De tous ces ouvrages jaillissaient de profondes vérités qui me secouaient plus qu'elles ne m'inspiraient dans mes actions.

Car j'étais lancé en ce début d'année 1990 dans une course à la création de formations en gestion qui était en train de s'accélérer au moment où, d'un point de vie personnel, il aurait mieux valu ralentir. Si je sus tout de même refuser la proposition amicale de la FNEGE de demander un poste à Paris pour mieux travailler avec elle au lancement et à l'organisation de nouveaux programmes, je ne parvins pas à m'extraire des propositions nouvelles qui me parvenaient, en relation avec l'ouverture des pays de l'est de l'Europe.

J'avais émis l'idée de créer un "IAE International" qui rassemblerait les propositions de tous les IAE pour créer des formations en gestion à l'étranger. Mais là encore, ce n'était pas mon moment, car cette idée ne connut pas le succès escompté. Je pensais installer cet "IAE international" à Sophia Antipolis, mais tous mes collègues n'étaient pas enthousiastes et le directeur de l'IAE de Nice émis l'idée de le lancer à Metz.

Pourquoi Metz ? Le maire de Metz, Jean-Marie Rausch, à l'époque ministre de l'Industrie, avait de l'ambition pour sa ville et de l'argent public à distribuer. Il me reçut au Ministère et m'offrit la possibilité de doubler mon salaire de professeur si je prenais la direction de l'IAE de Metz et développais le projet d'IAE International.

Pour me rendre compte de la viabilité du projet, j'acceptais de donner quelques cours à l'IAE de Metz. Je découvris la monumentale gare de Metz et la proximité des étudiants messins avec l'Allemagne et le Luxembourg, mais je ne fus convaincu ni par la perspective de m'installer à Metz, ni par la capacité de faire de l'IAE de Metz le chef de file de l'ensemble des IAE français vers le monde. En outre, la FNEGE voyait d'un mauvais œil ce projet, qui, malgré mes dénégations, menaçait selon eux de les concurrencer.

J'y renonçais donc, mais ce projet eut des conséquences aussi importantes qu'imprévues sur la suite de ma carrière car je saisis l'occasion de ce déplacement pour m'arrêter à Strasbourg et aller voir ma collègue Sabine Urban qui dirigeait avec brio l'IECS, l'école de commerce historique de l'Alsace.  Sabine prit note que je n'excluais pas tout à fait de m'installer dans l'Est de la France, si les circonstances s'y prêtaient.

J'avais pris rendez-vous avec Sabine Urban à Strasbourg, mais je ratais le train Metz-Strasbourg. J'organisais alors un scenario typique d'une scène de film en demandant à un taxi de rattraper le train. Le taxi n'y parvint pas, il parait d'ailleurs que c'est impossible sauf si c'est un tortillard, mais il arriva avec quelques minutes de retard seulement à Strasbourg, ce qui me permit d'honorer mon rendez-vous.

On a vu pourquoi je n'étais pas dans la meilleure passe de ma vie au cours de l'année 1990, mais je parvins tout de même à poursuivre une activité universitaire à peu prés normale en faisant soutenir à Clermont-Ferrand, où je commençais à enseigner régulièrement avec l'appui de mes amis Yves Negro et Jean-Pierre Vedrine, la thèse de Nelly Molina, sur "L'examen d'un processus d'analyse typologique." qui concernait le monde médical dont son époux était une personnalité éminente. Pour sa part, Nelly Molina était dynamique et tout à fait attachante, et elle a connu par la suite de grands succès dans la poursuite de ses activités universitaires à Paris.

Cette année-là, je n'écrivais qu'un article sur ce qui constituait ma principale préoccupation professionnelle "Gestion à la Française : que pouvons-nous apporter à l'Europe de l'Est ?" qui ne fut publié dans la Revue Française de Gestion que l'année suivante. 

Au printemps, malgré mon souci de ne plus trop me déplacer, je donnais un dernier cours à Damas, dans cette ville et ce pays alors pleins de vie, un cours qui eut lieu au CERS, lequel fut plus tard détruit par un bombardement américain.

De même, décidément c'était une période de fin de cycle, j'étais chargé pour la dernière fois d'un "Summer Doctoral Seminar in Marketing », auprès de Queens University, à Kingston, en Ontario, au Canada. Kingston, ma ville nord-américaine rêvée et qui le reste.

 

Une étape de ma vie s'achevait et bien sûr une autre commençait sans que j'en prenne conscience : dans le cadre de mes créations de formation à l'étranger, je lançais en 1990 à Prague ce qui allait devenir la plus belle de mes réussites, grâce et uniquement grâce à celle qui s'empara du projet sans jamais faiblir, pour le construire, le défendre et le développer.        

 

À SUIVRE

 

Lire la suite

HANOÏ ET LA NOSTALGIE

16 Mars 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

HANOÏ ET LA NOSTALGIE

Avant la campagne électorale infructueuse en vue de la direction de l’IUT conduite à l’automne 1989, je m’étais rendu à Hanoï, afin d’étudier le lancement d’une École de Gestion pour le compte du Ministère des Affaires Étrangères et de la FNEGE.

 

Je m’en souviens avec une assez grande précision, je suis arrivé à Hanoï en passant par Hong-Kong, avec deux compagnies aériennes successives et fort dissemblables, la Thai embaumée d’orchidées remises par des hôtesses avenantes et l’austère compagnie aérienne du Viet Nam qui n’avait que faire, bien dans le caractère national, de ces fantaisies commerciales.

Le but de mon voyage était d’évaluer les possibilités de créer une école de gestion à Hanoï, sur le modèle de ce qui s’était fait en Chine. Mais je me suis aperçu très rapidement que l’ambassadeur de France était hostile à ce projet pour des raisons classiquement corporatistes. En effet, il était parisien, issu de l’ENA et d’HEC et il ne jurait que par cette dernière école. Il n’était pas question qu’une université, et certainement pas celle de Nice, même appuyée par le ministère des Affaires Étrangères et la FNEGE, crée une école de gestion au Vietnam. Ce projet appartenait de droit divin à la Chambre de Commerce de Paris et l’ambassadeur est resté assez longtemps en poste dans ce pays pour l’imposer.

On le constate, avec le lancement acrobatique du CAAE de Tianjin, mon échec à l’IUT et cette rebuffade à Hanoï, sans mentionner d’autres affaires complexes et pénibles qui allaient suivre, l’année 1989 fut une année difficile pour moi.

Plus tard, je pris doublement ma revanche de la rebuffade de l’ambassadeur et en attendant je profitais de mon inaction forcée pour rencontrer le responsable d’une réplique vietnamien de notre CNRS. Il vint me chercher sur une motocyclette pour me conduire dans une sorte de ferme mal reliée à l’électricité, qui constituait la totalité de son centre de recherche dans les circonstances incertaines de l’époque. Nous convînmes de coopérer et lorsque je revins à Hanoï quelques années plus tard, il eut la fierté de me recevoir dans un bureau luxueux tout en haut d’un immeuble de 15 étages ! Le monde changeait.

Et puis il restait la nostalgie et le tourisme pour justifier ce déplacement.

La nostalgie. Tout d’abord, j’étais logé dans le légendaire hôtel Métropole construit en 1901 dans la rue Paul Bert, alors quelque peu décati mais depuis totalement rénové. La nostalgie a resurgi lorsque je visitais l’ancien bâtiment qui abritait l'École Française d'Extrême Orient, pas très loin de l'ambassade, et aussi le garage SIMCA qui subsistait encore hardiment, puis elle était présente aussi lorsque je vis le vieux tramway qui avançait à une vitesse de sénateur à la retraite, laissant le temps à des enfants facétieux de déposer des insectes sur le rail, juste devant ses roues.

Il y eut surtout le soir du mardi 10 octobre 1989. J'étais à Hanoï depuis trois jours et je m'étais familiarisé avec le centre d'Hanoï et le Petit Lac, au débouché de la rue anciennement Paul-Bert. Bordé d’arbres et de larges avenues, il offrait aux promeneurs un lieu pittoresque avec ses eaux qui reflétaient, le soir, les lumières électriques. Au centre de cette cuvette on y avait construit le Pagodon surmonté par une réduction de la statue de la Liberté éclairant le monde.

J’étais sorti, comme tous les soirs, faire une petite promenade. J’entendis des flonflons émis par des hauts parleurs nasillards installés autour du Petit Lac.

Je m’en approchais dans le noir, car Hanoï était très peu éclairé à cette époque. Et je découvris autour du lac une course cycliste fantasmagorique, sans spectateurs et sans lumières, simplement honorée par cette sono incertaine. De retour à l’hôtel, j’appris la raison de cette course nocturne dans un ambiance digne de Fellini. Il s’agissait de fêter le 45e anniversaire du départ des troupes françaises de Hanoï, après le traité qui suivit la chute de Diên Biên Phu.

Cela ne fit qu’ajouter à mes impressions nostalgiques. Je me souvenais, enfant, que mon père suivait tous les soirs, sur son gros poste de radio d’avant les transistors, la résistance désespérée pendant presque trois mois des positions fortifiées de Diên Biên Phu et sa chute inéluctable, le 7 mai 1954, qui firent huit mille morts côté français. Je me souvenais de la peine et de l’humiliation ressentie, car elle signifiait la fin d’un Empire dont les tâches roses emplissaient les planisphères de nos salles de classe. Diên Biên Phu, c’est mon premier ressenti politique et voilà qu’il s’invitait à Hanoï, ce 10 octobre 1989.

Je ne savais pas qu’Hanoï m’offrait ses derniers reflets de l’ex Indochine française, car il allait être bouleversé en quelques années par la marche inexorable de sa modernisation qui ferait disparaitre le vieux tramway comme le garage SIMCA, dans un élan irrésistible capable de refaire une rue en une nuit, dans l’odeur acre du goudron, le fracas des pelleteuses et les braillements des ouvriers.

Le tourisme. J’ai pu m’évader d'Hanoï pour aller visiter la Baie d'Along en passant par Haiphong, le grand port du nord du Vietnam. J'ai ainsi vu les rizières au milieu desquels on découvrait encore d'anciens fortins qui dataient de la guerre d’Indochine, la ville portuaire d’Haiphong assez peu attractive et surtout, en jonque, l’atmosphère mystérieuse de la baie avec ses presque deux mille îlots de calcaire et de schiste émergeant de l’eau dans la brume.

Au retour vers Hanoï, j’ai dû faire étape le soir à Haiphong où j’ai découvert une face plus dure et plus réaliste de la vie vietnamienne.

 

Puis, au bout de cette semaine infructueuse pour mes projets et ceux de la FNEGE, empli des images nostalgiques d’un Hanoï qui allait s’effacer pour toujours afin de laisser la place au Hanoi actuel, je revins à Nice où m’attendaient des combats aussi incertains qu’imprévus…

À SUIVRE

Lire la suite

ADIEU LA CHINE

15 Janvier 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

ADIEU LA CHINE

Après ce que l’on pourrait appeler l’opération « Chat de madame Crochemore », je suis intervenu beaucoup plus modérément en Chine, jusqu’à ne plus y être retourné depuis 1992.

 

Il est vrai que j’avais d’autres chats à fouetter, si je puis dire, comme la suite de cette chronique l’exposera. Et cela d’autant plus que le management de l’opération m’a progressivement échappé, d’une part parce que la direction de l’IAE de Nice ne se souciait pas de gérer le programme chinois alors que l’IAE de Paris ne demandait que cela et d’autre part parce que j’étais plus accaparé (et plus intéressé) par l’organisation de nouveaux programmes que par la gestion quotidienne d’un programme routinier. J’ai en revanche dirigé plusieurs travaux sur la Chine.

Avant de passer aux actions que j’ai menées après le transfert de notre programme de Tianjin à Pékin à l’été 1990, il me faut revenir à ce qui s’est passé en même temps que l’opération Chine et que je n’ai pas encore abordé.

Tout d’abord, je crois que je n’ai jamais abordé cette question dans mes billets, j’avais déjà dirigé et fait soutenir trois thèses en 1988, lorsque j’ai fait soutenir Ali El Idrissi. Ces trois thèses étaient celles, en 1983, de Léopold Ahounou, un Béninois qui est devenu professeur de gestion au Sénégal, ainsi que celle de Bassirou Tidjani en 1984, un Sénégalais qui est devenu une personnalité connue parmi les professeurs de gestion africains au point qu’il a dirigé plusieurs concours interafricains de sélection des professeurs en sciences de gestion (concours CAMES).

Ces deux thèses, qui provenaient de mon séjour au Sénégal, étaient les premières des quarante-deux thèses que j’ai fait soutenir au cours de ma carrière de professeurs. Celle d’Ali El Idrissi, en 1988, après celle de Liliane Azzi (1987), dont j’ai perdu la trace, était une thèse purement niçoise. Elle a constitué le point de départ de la belle carrière d’Ali El Idrissi à l’IUT de Nice et d’une grande amitié qui perdure.

L’année suivante, en 1989, j’ai fait soutenir Michel Dromain, aujourd’hui disparu, qui avait conduit une extraordinaire recherche sur les  associations rotatives d'épargne et de crédit au Sénégal, en d’autres termes les « tontines », remarquable par le nombre des personnes interrogées et ce qu’elle révélait sur l’épargne des Sénégalais, bien supérieure à ce qu’énonçaient les enquêtes officielles. Michel Dromain apportait ainsi sa pierre à la théorie du développement spontané de Marc Penouil, aujourd’hui largement oubliée.

Mais si l’on a suivi mes billets précédents, on peut se rendre compte qu'à l'époque l’encadrement des thèses n’était ma préoccupation principale, de même que la recherche en Sciences de Gestion.

Je publiais néanmoins quelques articles pendant la période 1988-1990, très active quant à l’organisation de formations à l’étranger, sur la gestion publique, sur la consommation familiale des Chinois, dont j’ai regretté précédemment qu’elle ait fort peu attiré l’attention. J’ai également présenté en mai 1989 une communication sur le « Catholicisme, Protestantisme et Esprit du Capitalisme » dans un cadre curieux et magnifique, la belle bibliothèque érigée par l’Arabie Saoudite sur la corniche d’Anfa à Casablanca, où j’étais supposé jouer le rôle du méchant capitaliste chrétien face aux vertueux islamiques.

À ce moment de ma carrière, j’allais d’un pays à l’autre, du Maroc à la Chine de Tiananmen, pour me rendre en été à Kingston en Ontario comme professeur invité et au Viet Nam pour une mission de prospection.

Quand j’ai repris mes cours au sein de l’IAE de Nice à l’automne 1989, j’ai appris que Jean Saide, le directeur de l’IUT de Nice, se représentait sur le poste de directeur, après un long mandat engendré par des réformes successives de l’enseignement supérieur qui avaient suspendu un temps le renouvellement des mandats électifs à l’université. Soutenu par les départements GEA et dans une moindre mesure TC, je me suis également présenté à la direction de l’IUT, alors que j’avais déjà muté d’un poste à l’IUT à un poste à l’IAE, mais je n’y voyais pas à l’époque de contradiction. Dans ce genre de guerre picrocholine, les échanges ont été vifs. J’ai préparé longuement mon discours devant le conseil qui devait statuer, discours au cours duquel j’ai commis l’erreur d’attaquer personnellement Jean Saide, ce qui a servi de prétexte moral à ses partisans, de toutes façons majoritaires au sein du Conseil, pour justifier pleinement leur vote. J’ai donc été battu.

Mais au fond de moi-même, j'étais battu d'avance car je me sentais alors en situation de faiblesse psychologique et je ne m'étais présenté que pour ne pas me dédire de mes engagements vis à vis de mes collègues de l'IUT. Pour autant, cette défaite n'a fait qu'accroitre la détresse psychologique que je ressentais, après avoir trop bougé, trop agité d'idées, trop lutté. On ne peut se battre contre le reste du monde très longtemps. Il me fallait souffler.

 

D'ailleurs, avant cette campagne électorale et cette élection qui ont eu lieu en novembre 1989, je m’étais rendu le mois précédent en mission à Hanoi afin d’étudier la possibilité d’y créer une école de gestion, qui était projetée par le Ministère des Affaires Étrangères, une mission pour le moins nostalgique…

 

À SUIVRE

 

 

Lire la suite

LE CHAT DE MADAME CROCHEMORE

13 Décembre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

LE CHAT DE MADAME CROCHEMORE

En ce mois de janvier 1990, me voici dans la salle de conférences de l’Université Nankai à Tianjin négociant avec une brochette de cadres chinois.

 

Heureusement, pensais-je naïvement, il n’y avait rien à négocier, sauf, peut-être, des ajustements minimes de l’accord signé un an et demi auparavant. Les préliminaires me donnèrent provisoirement raison. Ils prirent en effet la forme d’odes à la coopération, de célébration de l’amitié si profonde entre les peuples chinois et français et de protestations insistantes quant à l’infinie bonne volonté chinoise.

Néanmoins, ces préliminaires plus longs qu’à l’habitude commençaient à m’inquiéter, quand l’exposé de la situation de notre petit groupe d'étudiants commença. Puis vers 10 heures 30, au bout d’une heure d’échanges banals, je fus alerté par le changement de tonalité vocale de l’interprète. Je tendis alors l’oreille pour découvrir que le sujet dont traitaient mes interlocuteurs avait quitté le champ des banalités pour se concentrer sur une question aussi précise que singulière : il était question du chat de Madame Crochemore !

Le lecteur attentif a en effet déjà appris que Madame Crochemore s’était installée en septembre 1989 à Tianjin, en compagnie de sa fille et de son chat. Quatre mois plus tard, je découvrais que le chat de Madame Crochemore, notre professeur de français, créait des soucis à nos hôtes chinois. J’utilisais alors les intervalles en chinois, entre deux traductions de l’interprète, pour comprendre les intentions de mes interlocuteurs, m’y adapter et les utiliser.

Leur discours était en effet extraordinaire, dans le cadre d’un échange entre universitaires sur la coopération franco chinoise en matière de formation à la gestion. Il est à peine utile de préciser que mon rapport au Ministère des Affaires Étrangères sur cette affaire fit le tour des bureaux.

Le chat de Madame Crochemore gênait. Je comprenais suffisamment la mentalité de mes hôtes pour comprendre ce que cela voulait dire. Oui, ce chat gênait et ils en parlaient avec des mines effarouchées. De sexe masculin, il faisait sans vergogne sa cour aux chattes chinoises. Lorsque je fis remarquer que ce comportement relevait des lois de la nature, on me rétorqua que ce chat était fort peu discret lors de ses ébats, perturbant les nuits tranquilles de Tianjin et l’on ajouta, soupçonneux, qu’il risquait fort, un jour, ou plutôt une nuit, de détériorer avec ses griffes le sofa mis à la disposition de Madame Crochemore par l’université.

Il faut savoir ici que le sofa était l’un des objets sacrés de tout foyer chinois qui se respectait, avec la machine à laver, la TV et le vélo. Qu’un chat, non chinois de surcroit, se permette de le détériorer, constituait plus qu’un dégât matériel, un forfait. Faisant observer pour ma part que cet acte répréhensible n’avait pas encore été commis par le chat en question, on objecta que ceci pourrait bien se produire, compte tenu du comportement permissif de l’animal. On n’ajouta pas, mais je le compris clairement, que le comportement du chat était fort probablement le résultat fatal d’une éducation laxiste, bien française.

L’argument massue vint comme toujours à la fin. De toutes manières, m’asséna-t-on, un règlement interdisait la présence de chats dans l’immeuble où se trouvait Madame Crochemore. Depuis quand, demandais-je ? depuis trois jours…

Cependant, nos amis chinois, le cœur empli de bonne volonté, voyaient bien une solution pour régler cette question dont la responsabilité revenait entièrement à la partie française, coupable de laxisme à l’égard de ce chat qu'elle avait importé. Il leur paraissait raisonnable de compenser les nuisances du chat en versant une juste indemnité à l’Université Nankai. Ils proposaient d’accepter 20 $ par jour, soit 7000 $ environ par an, pour tolérer la présence de ce chat !

Ainsi, par cupidité, l’Université Nankai m’offrait sur un plateau un prétexte rêvé pour rompre avec eux et installer notre IAE à Pékin ! Il était plus de midi, l’affaire du chat nous avait occupé une bonne partie de la matinée. Je demandais une pause dans nos discussions pour, prétendais-je, consulter le Ministère des Affaires Étrangères (MAE). Naturellement, je n’en fis rien. Je me contentais de déjeuner puis de rédiger un courrier exprimant, théoriquement, la position du MAE, qui rejetait totalement la demande de l’Université Nankai, précisant, pour enfoncer le clou, que cette exigence, si elle était maintenue, remettrait en cause la totalité de notre coopération avec ladite université et par ricochet, les accords franco-chinois relatifs à la formation à la gestion.

Je remis ce document à l’interprète lorsque les discussions reprirent vers 13 heures. Naturellement, mes interlocuteurs ne pouvaient en prendre connaissance qu’à la pause, par les bons soins de l’interprète. Poussés par la curiosité, Ils demandèrent rapidement une suspension de séance, puis reprirent les discussions sans revenir le moins du monde sur le sujet du chat et sans montrer la moindre contrariété.

Nous finîmes nos échanges vers 16 heures, je repris le train de Pékin, puis l’avion pour Paris. Un mois plus tard environ, le MAE et la FNEGE reçurent un courrier les informant que l’Université Nankai mettrait fin à sa coopération en juillet 1990.

C’était exactement ce que je voulais. Lors de notre rencontre, j’aurais pu temporiser ou marchander, mais j’avais sciemment traité mes interlocuteurs avec brutalité, sachant qu’ils ne le supporteraient pas. Puisque leur rapacité m’avait offert l’opportunité de rompre, je l’avais saisie…

En juin 1990, je revins à Tianjin pour officialiser la fin de notre programme à l’Université Nankai. Madame Crochemore était déjà rentrée en France. Nous fîmes de nombreux toasts en buvant force alcool de riz, toasts qui délièrent la langue de mes interlocuteurs. Dans cette affaire ratée de demande d’indemnité pour un chat, qui leur avait couté le programme franco-chinois de gestion, ils tenaient à avoir au moins le dernier mot.

Ils me racontèrent donc, en le présentant comme un horrible scandale, que l’Université Nankai avait dû payer sur le train Tianjin Pékin un siège soft seat (première classe) pour le chat à côté de celui de Madame Crochemore, siège qui avait dû leur couter 5$. Ils ajoutèrent que de nombreux chinois, assis, eux, sur des sièges hard seat (seconde classe) avaient défilé dans le compartiment de première classe pour constater de leurs yeux ce sacrilège, un chat étranger assis sur un siège moelleux, tandis qu’ils devaient pour leur part poser leurs postérieurs sur de durs sièges en bois !

Je convins qu’en effet il s’agissait d’un immense désordre, qui justifiait tout à fait leur position sur l’affaire du chat de Madame Crochemore. Nous nous quittâmes bons amis et je pus installer en toute sérénité notre IAE à Pékin pour le mois de septembre 1990.

 

Il s'y trouve toujours...

À SUIVRE

Lire la suite

VERS DES NÉGOCIATIONS TENDUES À TIANJIN

4 Décembre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

HUTONG SOUS LA NEIGE

HUTONG SOUS LA NEIGE

Dans le cadre de la prestigieuse Université Nankai, les cours de français pour les futurs étudiants chinois du programme de gestion du MAE (master en administration des affaires)  ont donc commencé sans encombre à Tianjin en septembre 1989.

 

Il s’agissait en effet de former au français des adultes qui n’avaient pour la plupart aucune notion de français, mais qui possédaient des notions convenables en anglais, ce qui nous laissait espérer une capacité avérée à apprendre une autre langue. À l’issue de cette année, un examen était organisé pour ne laisser passer en seconde année, celle de la formation à la gestion, que les étudiants capables de comprendre les cours dans notre langue. Notre objectif était bien sûr de former, puisque ce programme était financé par la France, de futurs cadres qui travailleraient avec ou dans les entreprises françaises installées en Chine.  

La formation était donnée à Tianjin, immense métropole côtière aujourd’hui, ville moins importante mais surtout beaucoup moins fréquentée par les étrangers en 1989. Les premières plantations de vignes s’effectuaient dans la région, sous la direction de quelques employés de Remy Martin et c’étaient les seuls Français de Tianjin, à l’exception de notre professeur de français, Madame Crochemore.

Madame Crochemore, un professeur de Français d’une cinquantaine d’années, accompagnée de sa fille âgée de douze ans, de son chat, d’un piano et de quelques malles, avait accepté de venir de Dijon pour tenter une double aventure, culturelle et pédagogique. Au bout d’une année, on va le voir, elle jeta l’éponge sans dommage pour le programme car nous avions trouvé sur place des professeurs de français, mais à Beijing cette fois plutôt qu’à Tianjin.

Voici ce qui s’est passé :

Après la tempête du printemps de Pékin qui avait failli précipiter notre programme dans l’abime, tout se passait bien à Tianjin en cet automne 1989. Madame Crochemore enseignait à la satisfaction générale, semblait-il, elle-même ne semblait pas mécontente de son sort malgré sa solitude, et les étudiants apprenaient avec énergie le français, y consacrant plutôt 80 heures par semaine que nos traditionnels 35 heures, en écoutant, entre autres, RFI en ondes courtes pour en faire des comptes rendus.

Tout le monde était content, sauf moi. En effet, je voyais arriver avec inquiétude l’année suivante. Ce serait le temps où nous enverrions des professeurs d’université, au rythme d’un par mois, pour quinze jours de cours intensifs, avec deux difficultés, celle du voyage et celle du séjour. Le voyage à Tianjin depuis la France supposait une escale à Beijing, une nuit d’hôtel suivi d’un déplacement en train jusqu’à Tianjin, soit un jour aller et un jour retour de perdus pour dix jours de cours. En outre, le séjour à Tianjin serait austère pour mes collègues, privés de contacts et de sorties.

C’est pourquoi je comptais bien transférer notre programme de Tianjin à Beijing, profitant de ce que le conseiller culturel, instigateur du programme à Tianjin avait été muté vers un autre pays. Pour cela, j’avais, avec la FNEGE, recherché un autre partenaire, de mémoire l’université internationale de Beijing, avec qui nous avions ouvert des négociations préalables. Il me restait à trouver un prétexte. Or nos interlocuteurs chinois, toujours parfaitement prévisibles en ce qui concerne leur appétit financier, me l’ont offert sur un plateau.

Il était prévu d’effectuer, à mi-parcours de la formation au français, une visite d’évaluation de l’avancement du programme, visite que la FNEGE m’a chargé d’effectuer. C’était en janvier 1990. Il faisait un froid glacial à Beijing et guère moins froid à Tianjin. Je me souviens que j’avais acheté un confortable anorak vert bouteille, qui n’est pas ma couleur favorite, mais enfin il tenait chaud. Un vent glacé soufflait de l’ouest,  m’accompagnant sans vergogne jusqu’à Tianjin où m’attendait au grand complet l’état-major de l’Université Nankai réuni pour cette première coopération franco chinoise qui se tenait chez eux. Il y avait même le ministre chargé des relations internationales pour la province du Hebei, qui n’avait pas encore été amputée de la communauté urbaine de Tianjin.

Tout ce monde qui me faisait face s’était aligné sur une longue estrade couverte d’une épaisse draperie verte, toutefois pas vraiment en harmonie avec les couleurs de mon anorak. Dans la salle, face à eux, je me suis retrouvé seul. Même l’interprète était assis à un coin de la tribune.

 

C’était intimidant, mais la situation était moins dangereuse qu’en juin 1989. Et les discours ont commencé, en chinois ensuite traduit en français, ce qui m’a laissé le temps de comprendre et de réagir…

 

À SUIVRE

 

Lire la suite

MENTIR À TIANJIN, TRICHER À BEIJING

1 Novembre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

LA CONCESSION FRANÇAISE DE TIEN-TSIN (TIANJIN) EN 1914

LA CONCESSION FRANÇAISE DE TIEN-TSIN (TIANJIN) EN 1914

Après cette journée aussi extraordinaire que dangereuse du mois de juin 1989 à Beijing (Pékin), nous sommes partis à l’aventure, Michel Poncet, vers Tianjin où nos futurs étudiants étaient supposés nous attendre.

 

Tianjin est à 120 kilomètres de Beijing, relié par le train, peu rapide à l’époque et par la route. Le train nous était interdit, car l’armée empêchait les étrangers de monter dans les trains au départ de Beijing. Nous étions donc contraints de prendre une voiture de l’ambassade, aucun taxi ne se risquant à transporter des étrangers.

Poncet, qui ne semblait pas affecté par l’incident dramatique de la veille, pris le volant, mais il ne connaissait pas bien la route et il n’y avait pas vraiment de panneaux d’orientation. Malgré ces écueils, il ne s’est pas trop mal débrouillé, car au bout de trois heures, nous sommes arrivés à Tianjin. Un baroudeur, ce Poncet, qui m’effrayait un peu par l’audace étourdie qu’il manifestait en toutes circonstances ! 

Tianjin, autrefois Tientsin en français, est aujourd’hui une énorme agglomération de  14 millions d'habitants, la quatrième ville de Chine en nombre d'habitants, après ShanghaiBeijing et Canton, est un des pôles chinois de développement dans l’aéronautique et l’électronique.  Elle est située au bord de la Mer Jaune et cette situation en a fait une concession française au début du XXe siècle, dont il restait quelques traces comme le commissariat de police et la prison. On trouve à Tianjin deux universités, dont la prestigieuse université de Nankai, qui nous attendait pour que nous effectuions la sélection des étudiants pour notre programme de formation, qui comprenait successivement un an d’apprentissage du français et un an d’enseignement de la gestion.

En arrivant à Tianjin, nous avons été tout de suite surpris par l’atmosphère fort différente qui y régnait par rapport à Beijing. Pas de soldats, des badauds très détendus dans la ville, tous les magasins ouverts, presque une ambiance de fête. Cela montrait encore une fois la profonde diversité chinoise avec des provinces fort différentes dans leur style de vie et leur rapport avec le pouvoir. À Beijing l’état de siège, à Tianjin, la belle vie.

Les quatre-vingt-dix candidats étaient presque tous là, avec à la main leur convocation signée par l’Ambassade de France qui leur avait permis de quitter leurs unités respectives, au moins le temps de la sélection, et de faire le voyage jusqu’à Tianjin. Compte-tenu du mauvais état des chemins de fer chinois de l’époque et des énormes distances que certains avaient dû parcourir, ces voyages avaient duré entre une journée, si le candidat venait de Beijing ou trois semaines s’il venait d’Urumqi dans le Xinjiang.

Si je ne m’étais pas rendu à Tianjin pour les sélectionner, ces candidats n’auraient pas eu d’attestation de l’Ambassade sur place à Tianjin et les attestations de l’Université de Nankai auraient été suspectes aux yeux des autorités. En définitive, ils auraient fort probablement été internés en attendant de clarifier leur situation et, après une telle mésaventure, la réputation du seul programme français de gestion en aurait été anéantie pour longtemps.

Les candidats étaient donc fort contents de me voir, tout en étant un peu surpris de ma présence. Ils n’ignoraient pas en effet que notre Premier Ministre, Michel Rocard, avait annoncé que son gouvernement avait interrompu toute coopération avec la Chine. Alors, interrogeaient-ils, vous venez vraiment de la part du gouvernement français ?

Je répondais affirmativement avec aplomb que nous étions à Tianjin, Poncet et moi, pour sélectionner les étudiants du programme de gestion organisé par le gouvernement français en plein accord avec lui. Comment aurait-il pu en être autrement ?

Il en était pourtant bien autrement. Nous avons fait une sélection pirate, ou virtuelle si l’on veut être indulgent, qui a retenu une quarantaine de candidats à qui nous avons donné rendez-vous en octobre. Quand j’écris « nous », c’était plutôt « je », Poncet se contentant d’apposer le tampon de l’Ambassade et de traduire les propos des candidats dont l’anglais m’était inaccessible. Quant aux autorités de l’université, elles nous regardaient agir, impassibles.

Toute la sélection a été effectuée en trois jours, puis nous sommes rentrés à Beijing sans difficultés particulières. Il s’agissait désormais de persuader le Ministère des Affaires Étrangères de la validité de notre sélection et du lancement du programme. Pour ce faire, puisque nous étions à la frontière de la légalité depuis mon arrivée en Chine, nous avons choisi, Poncet et moi, de continuer crânement dans la même voie.

Nous avons donc rédigé un rapport pour le Ministère des Affaires Étrangères que nous avons signé tous deux au nom de l’Ambassade. C’était facile à faire, puisque Poncet était le seul diplomate français encore présent à Beijing.

Dans ce rapport, nous avons prétendu avoir interrogé toutes les ambassades occidentales dans la capitale chinoise, les ambassades américaine, anglaise, australienne, canadienne, allemande, italienne, suisse, hollandaise et suédoise qui nous auraient fait savoir, toutes, sauf l’ambassade américaine, avons-nous écrit pour la vraisemblance, qu’elles n’envisageaient pas d’interrompre leurs programmes en cours ou en projet. Pour donner du corps à notre rapport, nous avons même ironisé sur la duplicité anglaise qui prétendait officiellement rompre sa coopération mais qui le maintenait en douce ! Naturellement, nous n’avions interrogé personne ou presque, même si nous citions avec effronterie nos interlocuteurs supposés, conseillers ou attachés culturels des différentes ambassades.

Le rapport a été adressé au Ministère des Affaires Étrangères fin juin 1989. C’était bientôt les vacances. Personne ne l’a lu ou en tout cas personne n’a pris de décision sur la base de ses conclusions, qui, naturellement, recommandaient de lancer notre programme de gestion. Puis, en septembre 1989, au retour des sacro-saintes vacances, le printemps de Beijing étant devenu une affaire passée et classée, l’inertie bureaucratique a eu un rôle apaisant. Les crédits avaient été affecté, les personnels recrutés et personne n’avait envie d’arrêter le programme : notre rapport a servi de base, fausse d’accord, mais enfin il avait le mérite d’exister, pour décider de continuer le programme.

D’ailleurs, cela faisait six mois que nous avions sélectionné le professeur de français que nous avons donc envoyé tranquillement en septembre à Tianjin, avec sa fille, son chat et son piano. J’y reviendrai.

 

Pour ma part, d’une certaine manière la conscience tranquille, je suis revenu à Nice prendre des vacances que je jugeais bien méritées . Enfin presque.

 

À SUIVRE

 

Lire la suite

LE JOUR LE PLUS TÉMÉRAIRE

4 Octobre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

LE JOUR LE PLUS TÉMÉRAIRE

J’arrive donc à Pékin dans le courant du mois de juin 1989, je n’ai pas la date exacte. Je suis accueilli à l’aéroport par la seule personne encore présente à l’ambassade de France, en dehors des services de sécurité, Michel Poncet, attaché culturel, qui me dépose dans un hôtel que je connaissais, pas très éloigné de la place Tian’anmen.

 

Pour se rendre compte de l’ambiance qui régnait à cette époque, il faut savoir que, devant l'impuissance de la police à juguler les manifestations, le gouvernement chinois avait envoyé dans la région de Pékin environ deux cent mille soldats. Cette mobilisation ne se passait pas très bien, car une certaine désunion régnait au sein de l’Armée chinoise, au point que des affrontements armés avaient eu lieu entre le 27e corps d’armée provenant de Lanzhou ( à 1500 kms  au sud-est de Pékin)  et le 38e corps d’armée basé autour de Pékin (source du KGB, rapport du 4 juin 1989).

Il faut noter aussi que le 27e corps d’armée était le principal acteur de la destruction des barricades et du tir à l’aveugle sur les manifestants, en particulier à partir du 4 juin. Il s’était installé en position défensive aux environs de la place Tian’anmen et conduisait des patrouilles dans la ville qui tiraient à l’aveugle sur les passants s’aventurant dans la zone interdite ou se déplaçant pendant le couvre-feu. Des estimations non confirmées, issues des associations humanitaires, font état de 2600 victimes.

Un couvre-feu avait été mis en place à Pékin de 18 heures à 6 heures du matin. Je me retrouvais dans la ville quelques jours après le pic de répression, alors que le gouvernement chinois prétendait que tout était normal et autorisait pour cette raison de propagande l’ouverture des hôtels et la venue des étrangers.

Poncet, pas très conscient du danger, me proposa d’aller boire un verre dans un établissement qu’il connaissait, pas loin de l’hôtel. Nous nous y rendîmes à pied en une dizaine de minutes, parcourant une grande avenue, puis tournant dans une rue plus petite. Nous étions presque arrivés, lorsque nous entendîmes une pétarade, cette dernière s’avérant être une fusillade qui fit une victime, une femme qui s’effondra à quelques mètres de nous.

Nous vîmes alors des soldats postés derrière nous dans l’avenue, à 150-200 mètres environ, qui tiraient dans l’enfilade de la rue en visant les trois passants que nous étions. Poncet et moi, nous nous collâmes contre le mur d’un immeuble. Nous entendions les balles ricocher contre le mur et si nous n’avions pas pu entrer au bout de quelques secondes dans le porche qui donnait sur le bar, nous aurions probablement finis par être touchés. Cognant à la porte, nous eûmes encore quelques secondes d’angoisse jusqu’à ce que la porte s’ouvre et que nous pûmes nous réfugier à l’intérieur. J’ai su depuis que les habitants de Pékin étaient très solidaires contre les troupes venues de Lanzhou : on sous-estime souvent les différends inter-régionaux en Chine.  

Nous nous attendions à ce que les soldats entrent dans la rue et viennent nous chercher dans le bar. Il n’en fut rien. Sans doute les soldats n’avaient pas d’ordres, à part tirer à l’aveugle et peut-être redoutaient-ils aussi de s’aventurer dans des rues plus étroites et inconnues.

Nous nous rassurâmes peu à peu. Le bar était assez fréquenté, sans être plein, et, à part nous, il n’y avait que des Chinois. Poncet, qui parlait un peu chinois, m’apprit que la femme avait été prise en charge par une ambulance. On ne savait pas si elle était morte, mais les Chinois pensaient que oui, tout en affichant une sorte d’indifférence.

Nous consommâmes un alcool indistinct jusqu’à ce qu’au bout d’une heure, Poncet me convainque de sortir du bar. Il ne semblait pas refroidi par « l’incident » que nous venions de vivre ! On venait d’échapper de justesse à la mort, or son problème principal n’était pas de me ramener sain et sauf à l’hôtel, mais de profiter de la venue d’un compatriote pour faire le tour des bistrots!

D’après lui, nous ne risquions plus rien parce que les soldats ne reviendraient plus, et puis il connaissait  un hôtel, le Crystal Palace, pas loin affirmait-il, qui appartenait à l’armée, donc qui ne présentait aucun risque. Je n’avais pas d’autre choix que de le suivre, puisque je ne savais même pas comment revenir à mon hôtel, même si ce périple en plein couvre-feu me semblait fou. En outre, après un long voyage en avion et l’embuscade dans la rue, mes capacités psychiques de résistance étaient affaiblies. Je me résignais donc à le suivre, sans insister dans mes protestations.

Poncet, lui, ne s’en faisait pas. Pendant que l’on se dirigeait, à pied bien sûr, vers le Crystal Palace, il trouva le moyen de me réciter un poème thaï, sa passion. Quant à moi, je n’étais pas d’humeur très poétique, plutôt inquiet, regardant de tous côtés si nous n’allions pas voir surgir des soldats.  

Cependant nous arrivâmes sans encombre à l’hôtel, majestueux en effet avec sa vingtaine d’étages. Sur sa rampe d’accès, trônaient, image surréaliste, deux Rolls Royce sur les pare-brises desquelles une affiche en anglais indiquait que ces véhicules étaient à la disposition des hôtes étrangers pour visiter la ville ! 

La situation m’apparut alors surréaliste ; trente et quelques années plus tard, elle me parait toujours ahurissante : une heure et demi auparavant, l’Armée chinoise nous tirait dessus sans sommations, et maintenant elle nous proposait des Rolls Royce pour nous promener dans une ville soumise au couvre-feu !

L’hôtel offrait d’autres situations paradoxales, un supermarché hyper luxueux qui vendait, ô miracle unique en Chine à l’époque, des couches culottes jetables pour bébés ! Puis Poncet m’entraina dans une boite de nuit souterraine, ultramoderne, aux murs couverts de plaques d’aluminium où dansaient, sans se soucier ni de la révolte des étudiants ni du couvre-feu, ni de rien du tout d’ailleurs, la jeunesse dorée de Pékin…

 

Après deux heures de musique surpuissante et d’alcools, Poncet, bravant une troisième fois le couvre-feu, me reconduisit sans encombre à mon hôtel. Je m’effondrais sur le lit, ivre de fatigue, d’émotions et d’angoisses. Le lendemain, m’avait dit l’impavide Poncet, nous partirions pour Tianjin, mais pour ma part je me suis endormi, content d’être encore en vie, sans penser à la suite, qui allait s’avérer moins téméraire mais tout aussi surprenante…

 

À SUIVRE

 

 

Lire la suite
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>