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  • : Le blog d'André Boyer
  • : Commenter les événements de l'actualité, tirer les leçons de l'histoire. Ne pas cesser de philosopher. Relater les expériences de ma vie.
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27 juillet 2021 2 27 /07 /juillet /2021 16:39
SOFIA ET LE MONT VITOCHA

SOFIA ET LE MONT VITOCHA

Le programme MARCOM se mit en place fin 1989 début 1990, dans des locaux mis à sa disposition par le Ministère Bulgare de l’Enseignement.

 

La prudence nous paraissait de mise, car il s’agissait pour la FNEGE du tout premier programme de formation à la gestion dans un pays de l’Europe post communiste, Jikov ayant été renversé le 10 novembre 1989 par des communistes réformistes.

Ce sont donc ces communistes réformistes qui accueillirent avec bienveillance un programme de formation correspondant à leurs plans pour former les cadres des entreprises qu’ils voulaient faire évoluer.

Nos cours étaient en français et de facture classique, rodés par des formations analogues en Algérie ou ailleurs, nos professeurs étaient expérimentés et nous trouvâmes en Bulgarie de nombreux cadres francophones qui provenaient, si ma mémoire est bonne, de six lycées bilingues à travers le pays.

Tout le monde prenait ses marques, le directeur Branimir Botev, le directeur adjoint Paul Fourquet, les professeurs français qui venaient pour la première fois en Bulgarie et la vingtaine, je crois, d’étudiants cadres qui découvraient les méthodes de l’enseignement universitaire français.

En décembre 1990, je fis une visite à Marcom. Tout semblait fonctionner correctement à l’école. Nous commencions à délivrer des diplômes, les étudiants étaient contents, l’Ambassade comme l’administration bulgare qui se réjouissaient du succès de notre programme.

Et moi aussi, j’étais content, fort satisfait de moi-même, parcourant le monde, semant des écoles partout, en Chine, à Madagascar, en Algérie et concevant un nouveau projet à Prague. J'avais tort, naturellement. 

Je visitais Sofia et ses environs en compagnie des Fourquet.  La neige recouvrait la ville, surtout aux abords du mont Vitocha qui culmine à 2300 mètres. La nuit, les couloirs de mon hôtel, proche du Parlement, étaient pleins de manifestants au repos qui s’élevaient contre les nouveaux droits octroyés à la minorité turque, mais la ville semblait désormais habituée à l’agitation qui avait suivi la chute du régime communiste. Les artistes bulgares exposaient de véritables chefs d’œuvre dans des galeries qui n’étaient pas encore fréquentées par les touristes. Les yaourts bulgares s’avéraient particulièrement délicieux dans les cafés villageois ornés de leurs fenêtres à petits carreaux entourés de glace.

Tout allait donc bien à Sofia.

Comme d’habitude, rien n’annonçait la tempête à venir.

Pourtant vint un premier signe, dont nous comprimes la signification plus tard, lorsque tout fut accompli.

Notre première surprise vint d’une proposition de projection de MARCOM à Mihaïlovgrad, une ville de cinquante mille habitants, située à cent kilomètres au nord de Sofia, pas très loin du Danube et qui s’appelle désormais Montana. Nous étions étonnés par ce projet parce que Mihaïlovgrad était une ville moyenne, peu connue et peu active. Une extension à Plodiv, la deuxième ville du pays, nous aurait paru plus logique.

Mais l’argument de Botev était que la délégation de communistes (réformateurs) locaux était enthousiaste, qu’ils mettaient de beaux locaux à notre disposition et qu’ils sauraient trouver et mobiliser les stagiaires. Au printemps 1991, nous nous rendîmes donc à Mihaïlovgrad (futur Montana), nous visitâmes des locaux qui sentaient la naphtaline, mais dotés de beaux fauteuils en cuir rouge, nous rencontrâmes des notables qui semblaient réjouis de notre passage et des journalistes locaux qui nous photographièrent en abondance.

À l’usage, la réalité s’avéra  plus prosaïque. Il n’y eut aucun programme de formation à la gestion à Mihaïlovgrad et des informateurs bien intentionnés nous expliquèrent plus tard que Botev avait passé un accord avec les notables locaux pour leur permettre d’annoncer une formation « internationale » dans cette petite ville en échange d’une livraison de viande de bœuf à Sofia sur laquelle il aurait reçu une commission.

 

Tout cela, nous ne le sûmes que trop tard, trop tard pour éviter la catastrophe qui vint.

 

À SUIVRE

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18 juillet 2021 7 18 /07 /juillet /2021 18:50
MITTERRAND ET JIVKOV

MITTERRAND ET JIVKOV

La même année que le programme du CNAT en Algérie, en 1989, la FNEGE* se voit attribuer le marché de MARCOM en Bulgarie et elle me demande de mettre en place ce programme.

 

J’étais alors en charge de quatre programmes internationaux pour le compte de la FNEGE, à Madagascar, en Chine, en Algérie et en Bulgarie. Autant reconnaître que ces activités occupaient l’essentiel de mon temps et de mes pensées, mon enseignement et ma recherche passant au second plan.

Il était logique que la FNEGE, par l’entremise de son secrétaire général et ami Jean-Claude Cuzzi,  me propose alors de travailler quasi à plein temps pour son programme international, qui était dirigé par l’excellent Joël Rateau.

Jean-Claude Cuzzi souhaitait qu’à terme je m’installe à Paris, ce qui signifiait d’y trouver un poste de Professeur acceptable et d’y déplacer ma famille. J’acceptais dans un premier temps de passer deux jours par semaine dans les bureaux de la FNEGE, 2 Avenue Hoche, prenant l’avion régulièrement en Classe Affaires entre Paris et Nice (cela existait à l’époque), ce qui me permit de voir l’avion attendre pour décoller d’embarquer le Prince Albert et l’un de ses amis, dont j’observais le comportement lors du vol.

Mais en fin de compte, je ne donnais pas suite au projet de m’installer à Paris et les aller retour Nice Paris cessèrent au bout de quelques mois.

La Bulgarie donc. En janvier 1989 Todor Jivkov et François Mitterrand, en déplacement à Sofia, avaient passé un accord pour créer à Sofia une école de gestion destinée aux dirigeants et cadres d’entreprise bulgares, MARCOM. Ne me demandez pas ce que signifie exactement ce sigle bulgare en français, je ne m’en souviens plus.

Il s’agissait, avant de s’effacer, d’une des dernières tentatives du régime communiste bulgare pour se moderniser en initiant ses cadres aux méthodes de gestion occidentales. Le problème structurel de cette École résidait dans sa direction bicéphale, un type de direction qui s’est toujours et partout révélée instable, conduisant soit à la prise de pouvoir par l’une des deux parties, soit à la destruction de la structure, et ce qui est arrivé finalement à MARCOM.

Le conseil d’administration était parfaitement paritaire entre bulgares et français, même si le Président du CA, français, avait voix prépondérante. Il faut savoir que le financement de MARCOM était largement assuré par le budget du Ministère des Affaires Étrangères, à l’exception des salaires des employés bulgares de MARCOM et de ses locaux.

J’étais chargé d’organiser le fonctionnement de MARCOM, recrutement des professeurs et des étudiants, conception du programme de formation, relation avec les entreprises (généralement publiques) bulgares. Je devais aussi recruter un Directeur Adjoint au Directeur de l’école, ce dernier étant statutairement bulgare, Branimir Botev. Je proposais le poste à l’un de mes amis, Paul Fourquet qui était en poste à l’IUT de Nice dans le département GEA.

Paul et sa femme n’hésitèrent pas à s’installer à Sofia, supportant vaillamment les troubles qui accompagnèrent le changement de régime. Mais ils avaient (et ils ont toujours sûrement) le goût des défis à relever. Et il fallait avoir du courage pour quitter Nice pour Sofia dans les années 1989-1990.

 

L’école se mit en place, dirigée conjointement par l’attelage Botev-Fourquet qui ne tarda pas à devenir conflictuel.

* La FNEGE est une organisation reconnue d'utilité publique, à but non lucratif, créée en 1968, dans le but de développer et d'améliorer la qualité de l’enseignement supérieur de gestion des entreprises en France. L'acronyme FNEGE signifie Fondation Nationale pour l'enseignement de la gestion des entreprises. 

À SUIVRE

 

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5 juin 2021 6 05 /06 /juin /2021 13:52
RAPPORTS DE FORCE (SUITE ET FIN)

Après les caprices des stagiaires et la petite affaire des hôtels, un nouveau bras de fer plus important s’engageait, qui mettait en question le sérieux du programme que la partie française avait organisé.

 

Mon contradicteur, un sociologue algérien, s’interrogeait en effet sur la possibilité d’organiser une formation à Alger avec la coopération de la partie française, alors que cette dernière, en ma personne, n’était pas présente en permanence sur le sol algérien. Il savait bien pourtant que c’était impossible en pratique, sauf à détacher un universitaire français en Algérie, ce que n’avait pas prévu ce programme pour des raisons évidentes de coûts.

Il s’agissait donc d’une question perverse destinée à se faire « mousser » devant le Ministre et une assemblée largement défavorable, du moins officiellement, à tout représentant de la France. Entrant dans ce jeu, je m’efforçais de lui donner la réplique avec un niveau équivalent de perversité.

Côté algérien, la compétition était féroce pour se faire attribuer le rôle de coordonnateur, parce que ce poste était synonyme, non seulement d’une rémunération supplémentaire, mais de nombreux déplacements tous frais payés en France. Le résultat était que mes interlocuteurs étaient différents à chacun de mes passages, ce qui rendait fort difficile le travail de coordination entre nous.

Donc, s’il y avait un problème de coordination entre la partie algérienne et la partie française, la faute en incombait largement plus à l’instabilité des responsables, côté algérien, qu’à ma présence en pointillé en Algérie.

Je me tournais donc vers les organisateurs de la réunion, dont le Ministre, en leur demandant ce qu’étaient devenus les différents coordonnateurs algériens et en m’offrant le luxe cruel de les citer un par un. Évidemment, je n’obtins aucune réponse, simplement un silence gêné. Cet incident se déroula le matin, la réunion se poursuivit sans anicroche jusqu’à la fin, qui survint vers 15 heures 30, compte tenu des horaires confortables qui étaient en vigueur.

Pour clôturer la réunion, le Ministre interrogea formellement la salle pour demander si quelqu’un avait une dernière question à poser. J’en avais une en effet : je revins sur la question que j’avais posé en soulignant que je n’avais toujours pas reçu de réponse quant au pourquoi de ces changements permanents de coordonnateurs algériens. Un silence de mort suivit mon intervention, le Ministre se retira sans mot dire mais j’avais obtenu de passer du rôle d’accusé à celui d’accusateur.

Pour en terminer avec les incidents et les rapports de force, le dernier évènement le plus savoureux se passa à Nice.

Le CNAT avait programmé une réunion, dont la date avait été fixée, pour évaluer les formations. Je demandais de manière routinière un visa au Consulat d’Algérie, situé tout près de chez moi mais j’appris au bout de quelques jours, à mon grand étonnement, que le Consul m’en refusait la délivrance alors que ma mission à Alger était organisée avec son propre gouvernement.

Nullement résigné à ajuster mes activités aux humeurs du Consul, je passais à la controffensive en informant mes trois malheureux doctorants algériens, qui n’y pouvaient rien j’en conviens, que je ne dirigerai plus leurs thèses puisque leur consul me refusait le visa.

Naturellement, ils allèrent se plaindre de cette situation auprès du Consul qui m’invita à le rencontrer. Dans son bureau très cosy, il m’informa que son refus était motivé par un article que j’avais écrit dans Nice-Matin sur les effets négatifs de la bureaucratie algérienne sur l’agriculture, article inspiré par une thèse en cours écrite par un des doctorants algériens. Il me montra la série fournie d’articles que j’avais  publié dans Nice-Matin, car c’était l’époque, révolue, où un universitaire pouvait écrire dans les journaux en précisant que je pouvais écrire sur ce que je voulais, sauf sur l’Algérie.

Jugeant sa déclaration particulièrement arrogante, je lui répondis que, si j’étais un ennemi de l’Algérie, je me rendrais aussitôt après cette réunion au siège de Nice-Matin pour déclarer que le Consul d’Algérie avait l’intention de censurer un professeur de l’Université de Nice. J’ajoutais qu’heureusement je n’étais pas un ennemi de l’Algérie, bien au contraire, puisque je coopérais avec son gouvernement pour le développement du pays.

Cet échange rugueux nous permit de nous comprendre. Il m’offrit du thé à la menthe, sa secrétaire me demanda discrètement mon passeport entre deux tasses et à la fin de l’entrevue, j’obtins mon visa à une vitesse record.

Le risque de ce récit est de laisser croire que ce programme du CNAT ne fut qu’une suite d’incidents. Il n’en fut rien, j’ai évidemment rencontré en Algérie des interlocuteurs charmants, bienveillants et compétents. Mais d’une part, les trains qui arrivent à l’heure n’intéressent personne et d’autre part il existait et il existe toujours avec les autorités algériennes un jeu subtilement pervers où les Français sont censés jouer les coupables et les Algériens les victimes.

J’ai refusé de me prêter à ce jeu, provoquant de la part de la partie algérienne quelques difficultés d’adaptation, encore que leur souplesse d’esprit, leur bienveillance et leur intelligence permirent d’obtenir une coopération plus franche et donc plus efficace.

 

Le contrat de coopération avec le CNAT s’est poursuivi trois ans jusqu’à ce que les violences provoquées par une guerre civile qui s’intensifiait ne nous obligent à rapatrier le programme en France, à Aix en Provence…

 

À SUIVRE

 

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12 mai 2021 3 12 /05 /mai /2021 16:45
À ALGER, UN RAPPORT DE FORCE HOTELIER

Tout était bon, en cette année 1989 qui allait se clore par la chute du Mur de Berlin, pour exalter l’économie de marché et le capitalisme qui va avec, même en Algérie

 

Au moment où Bernard Tapie est en procès pour l’affaire Adidas, je me souviens qu’il réalisait des émissions de TV où il présentait  la création d’entreprise comme une aventure exaltante, émissions que nous présentions fièrement dans notre programme, avant que l’aventure Tapie ne subisse toutes sortes d’aléas.

Les aventures étaient d’un autre ordre à Alger. J’avais découvert que je pouvais être logé ailleurs qu’à l’Hôtel El Djezair, lorsque le chauffeur chargé de mes déplacements m’avait transporté jusqu’à un hôtel situé à une quinzaine de kilomètres d’Alger, me mettant dans une situation d’insécurité physique et sanitaire, car à la localisation dangereuse et incommode de l’hôtel, s’ajoutait un niveau d’entretien loin d’être acceptable. J’avais donc demandé à être logé à nouveau à l’hôtel El Djezair et l’on m’avait assuré que l’on n’y manquerait pas lors de ma prochaine venue à Alger.

Je n’ai pas suffisamment cru à cette promesse pour m’en tenir là. Il m’a semblé que c’était le bon moment pour imposer à mes homologues algériens le respect de leurs engagements, comme ils exigeaient que nous tenions tous les nôtres, à bon droit d’ailleurs. Passant aux actes, j’ai réservé simultanément deux retours, l’un correspondant à la réunion qui devait se tenir à Alger, l’autre prévoyant un retour immédiat aux frais de la partie algérienne et annulant de fait la réunion, si la promesse de me loger correctement n’était pas tenue.

À l’arrivée de l’avion, le pauvre chauffeur s’est lancé dans des explications ampoulées pour m’expliquer que malheureusement ils n’avaient pu me loger que dans l’hôtel exécrable où il m’avait conduit la dernière fois. Je l’ai laissé finir ses justifications pour lui annoncer que, dans ses conditions, je ne pouvais pas rester à Alger et que je reprenais aussitôt l’avion que je venais de quitter, mais dans l’autre sens, d’Alger vers Paris puis Nice.

Finalement, j’ai passé la journée dans l’avion, le programme a supporté des frais supplémentaires et la réunion prévue a du être reportée, mais j’ai modifié les rapports de force. Non seulement je fus mieux logé lors de mes déplacements ultérieurs, mais les engagements ont été mieux tenus de part et d’autre, puisque qu’il me fallait veiller plus que jamais à ne pas être pris en défaut.

Nous nous acheminions donc vers une coopération quasi exemplaire lorsque se tint une réunion de mi-parcours  rassemblant le ban et l’arrière ban des acteurs de notre programme.
Quand j’écris l’arrière-ban, je veux dire qu’aux véritables organisateurs s’était rajouté toute une série d’analystes et de consultants issus des milieux universitaires et administratifs, qui étaient vent debout contre  un programme en contradiction avec les principes qui déterminaient leurs emplois. On y trouvait des économistes et des sociologues, parmi lesquels quelques Français qui avaient ainsi trouvé un travail autour de « l’industrie industrialisante » du professeur grenoblois De Bernis, lequel avait largement contribué à installer en Algérie de magnifiques usines vides, sans débouchés, donc sans production et vides d’employés.

Il leur fallait trouver un angle d’attaque contre ce programme, sans toutefois affronter directement la volonté du Ministre de créer ce projet de formation. Ils crurent identifier la cible idéale, en s’attaquant à moi, seul français présent et coresponsable du programme, en mettant en doute le sérieux de la « partie française », qui n’était pas toujours présente sur le sol algérien pour diriger correctement les formations. Peut-être visaient-ils simplement à me remplacer par un enseignant local.

 

Le sérieux de la partie française ? j’allais leur fournir une réponse en deux temps qui permit de situer nettement la responsabilité  de chacun dans ce programme hélas bicéphale…

 

À SUIVRE

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5 mai 2021 3 05 /05 /mai /2021 14:51
L'HÔTEL EL DJEZAÏR À ALGER

L'HÔTEL EL DJEZAÏR À ALGER

J’étais donc chargé de mettre en place, dans le cadre du CNAT, un cycle de formation à la gestion destiné à un groupe d’ingénieurs rattachés au Ministère de l’Équipement algérien. Une expérience très formatrice, pour moi en tout cas.

 

J’ai commencé par le processus d’obtention du visa algérien, payant et bien bureaucratisé ; heureusement, le Consulat et la résidence même du Consul se trouvaient être mes voisins. Puis je me suis rendu sans difficulté à Alger, où j’ai été logé dans l’un des meilleurs hôtels de la ville, l’Hôtel El Djezaïr, l’ancien Hôtel Saint-Georges, qui a abrité toutes les célébrités de passage à Alger depuis des décennies.

Nous étions en 1988, trois ans avant le début de la guerre civile, sous la présidence de Chadli Bedjedid. L’hôtel était déjà très protégé, avec des contrôles stricts à l’entrée et de nombreux véhicules militaires sur son parking.

On ressentait donc une certaine tension.

La réunion préalable à l’organisation de la formation mobilisa de nombreux responsables, surtout administratifs mais aussi politiques, au premier rang desquels nous vimes le Ministre de l’Équipement. On convint d’une direction bicéphale, lourde d’ambiguïté et donc de conflits.

D’un côté, un responsable du CNAT était chargé de la mobilisation des cadres destinés à être formés et je savais que ce n’était pas facile de les distraire de leurs tâches quotidiennes alors qu’ils intervenaient sur tout le territoire algérien. Il était aussi chargé de l’organisation matérielle des cours et de l’assistance aux enseignants étrangers envoyés à Alger. D’un autre côté, j’étais chargé de l’organisation pédagogique du programme, de l’encadrement des enseignants et de la délivrance du diplôme.

Tout cela se mit en place sans précipitation excessive de part et d’autre, d’autant plus que notre réunion se tint avant le Ramadan qui débuta le 7 avril, il y eut ensuite une courte période avant les vacances d’été peu propices au démarrage de la formation et nous commençâmes les  cours en octobre 1989.

Tous les professeurs que nous avions sollicités n’étaient pas enthousiastes pour venir donner des cours à Alger, surtout en raison du sentiment d’insécurité diffus qui régnait dans la ville. Certains se désistèrent et furent remplacés par de plus courageux comme Jean-Marie Peretti, ce qui fut à l’origine d’une amitié durable. D’autres, intrépides, comme Michel Kalika, n’hésitèrent pas à se transformer en preux chevaliers de l’économie de marché et du capitalisme provoquant un incident tragi-comique avec la « partie » algérienne comme on disait.

Alors que ce dernier  développait une étude de cas comme il en a le secret sur la stratégie d’une grande entreprise capitaliste, je crois qu’il s’agissait de Total,   ce qui heurtait la sensibilité de cadres qui étaient tous plus ou moins passés  par la grande entreprise nationale algérienne qu’est la Sonatrach, ces cadres déclarèrent qu’ils étaient contre le capitalisme et que par conséquent ils ne voulaient plus rien entendre sur ce sujet et refusaient tout de go de passer l’examen relatif à cette matière.

Lorsque mon homologue algérien me fit part de cette révolte, je lui fis remarquer que tout le programme, à la demande des autorités algériennes, était conçu pour initier à l’économie de marché les cadres sélectionnés pour la formation. Aussi, s’il approuvait la position des stagiaires, il convenait d’en prendre acte pour demander au Ministre de mettre fin à la formation pour cause d’incompatibilité idéologique de ses propres cadres avec le sujet qu’il avait lui-même initié.

À vrai dire, si les responsables algériens en assumaient la responsabilité, je n’aurais pas été fâché de devoir stopper le programme en cours de route alors que j’étais sollicité par deux autres programmes que je mettais en place en même temps, en Bulgarie et en Chine.  

Mais mon attente fut déçue, car ma position ferme mit définitivement fin à cette rébellion idéologique de façade et les stagiaires acceptèrent, de bonne grâce semble t-il, de reprendre la formation et de se prêter à l’examen organisé par Michel Kalika.

 

D’autres incidents, tout aussi spécifiques à la comédie de boulevard que mettaient ensemble en scène les autorités françaises et algériennes à un niveau souvent subalterne,  m’attendaient avant la fin du programme.

 

À SUIVRE

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13 avril 2021 2 13 /04 /avril /2021 09:02
VEILLÉE D'ARMES EN ALGÉRIE

Le lancement de l’INSCAE a commencé en 1988 pour moi, avec des missions qui se sont déroulées durant cinq ans. Mais durant ces années-là, j’ai mené bien d’autres actions universitaires.

 

Mon enseignement et mon projet de création d’un IAE m’avait poussé à écrire un article, « Enseigner la gestion en Chine » qui avait été publié dans la Revue Française de Gestion en 1986, mes interventions en Afrique à publier en 1987 « Priorité du Macro-Markéting Africain :les moyens d'action » dans la Revue Française de Marketing.

En outre, mon travail avec Kristian Palda avait entrainé toute une série de publications sur les choix publics, notamment dans le domaine de l’innovation et un article que j’ai déjà signalé sur les décisions dans les collectivités locales, qui me tenait particulièrement à cœur parce qu’il était lié à mes fonctions de conseiller municipal à Puget-Théniers.  

En 1988-1989, je me contentais de travaux dans la même veine, proposant des communications sur la gestion publique, sur la Côte d'Ivoire, sur le Marketing des Services Publics au congrès de l’AFM à Clermont, sur l’éthique des organisations à Casablanca  qui se tenait dans la remarquable Bibliothèque offerte à la ville de Casablanca par le roi d’Arabie Saoudite et j’utilisais mon expérience chinoise pour proposer un document de recherche sur la consommation familiale des chinois, document qui fut publié mais qui n’eut, à tort à mon avis, aucun succès.

Ce rappel pour écrire que je ne me contentais pas de me promener ici et là, en Chine, au Canada, à Madagascar ou au Maghreb, mais que j’effectuais aussi mon travail de recherche, sans compter mon enseignement qui m’a conduit à cette époque en Syrie.

Cependant l’année 1989 allait se révéler extraordinairement riche, avant même le printemps de Pékin et  la chute du Mur de Berlin. Dés le début 1989 en effet, j’étais impliqué par l’entremise de la FNEGE sur trois fronts, avec une formation organisée en Algérie, le lancement d’une école en Bulgarie et le recrutement de nos étudiants en Chine.

Commençons par l’opération la plus proche et d’ailleurs la première par ordre chronologique, l’Algérie, qui allait durer pour moi de 1989 à 1992, avant que le programme ne soit rapatrié en France pour cause de guerre civile. Je présente cette action d’un trait afin de conserver l’unité d’action de ce récit avant de traiter successivement de la Bulgarie et de la Chine.

Si je connais mieux le Maroc, je n’étais pas complètement étranger à l’Algérie à laquelle je m’intéressais beaucoup, notamment par le biais d’une thèse que je dirigeais sur son agriculture. J’avais également donné un cours sur place (ce n’était pas encore le temps des cours en distanciel) au CNAT (le Centre National d’Assistance Technique) à Alger en 1986. Cela ne m’avait laissé aucun souvenir particulier, sauf que j’avais bien remarqué qu’Alger était bien la plus belle ville française après Paris du point de vue architectural, compte tenu des extraordinaires perspectives qu’offrait la baie.

En 1988, le CNAT, cet important organisme de formation étatique, obtint un contrat pour organiser un cycle de formation à la gestion au sein du Ministère de l’Équipement algérien et proposa à la FNEGE de l’organiser, qui me mandata à son tour.

Ce fut une grande expérience. Bien sûr, les ingénieurs et cadres du CNAT ne savaient rien, ou faisaient semblant de ne rien savoir car ce n’était pas « politically correct » de savoir quelque chose, de la gestion capitaliste que nous étions chargé leur enseigner.

 

Mais le plus interessant était ailleurs, au cœur du couple infernal où je venais d’être propulsé, du fait des rôles que jouaient avec application les partenaires français et algériens.

 

À SUIVRE

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21 mars 2021 7 21 /03 /mars /2021 21:56
LA CÉREMONIE DU FAMADIHANA

LA CÉREMONIE DU FAMADIHANA

La manière forte…De quoi s’agissait-il ? Bien sûr, il s’agissait d’argent.

 

Depuis deux ans, l’INSCAE formait des étudiants qui allaient bientôt être diplômées et depuis deux ans le Ministre de l’Éducation Nationale ne trouvait pas le temps de signer le décret qui reconnaissait officiellement le diplôme. Les étudiants étaient donc menacés d’avoir suivi trois ans de formation après une sévère sélection pour ne recevoir à la fin aucun diplôme.

Nous connaissions bien l’origine de l’infirmité du Ministre. Elle n’était ni médicale, ni organisationnelle, elle se situait, comme je l’ai expliqué dans le billet précédent,  dans l’opposition de deux ou trois experts-comptables merinas qui craignaient la concurrence des jeunes diplômés de l’INSCAE.

Pour que le Ministre retrouve un stylo et l’usage de sa main droite, nous avons rassemblé une force de frappe qui comprenait, outre Jacques Brisoux et moi-même, le représentant de la Banque Mondiale pour l’Afrique de l’Est, l’Ambassadeur du Canada et l’Ambassadeur de France à Madagascar. Tous les cinq, nous avons été reçu par le Ministre  à qui les trois derniers ont signifié en langage diplomatique qu’ils recommanderaient la suspension de toute aide financière à Madagascar jusqu’à ce que le Ministre trouve la force de signet le décret.

Cette menace, ou ce chantage, qui mettait en jeu sa position ministérielle, a été bien compris, puisque nous avons obtenu en quelques jours la signature du Ministre et surtout la publication du décret dans le Journal Officiel de la République de Madagascar. Les étudiants pouvaient désormais s’appuyer sur un diplôme officiel pour chercher un travail et l’INSCAE obtenait une reconnaissance officielle. Le combat pour insérer l’école ne faisait que commencer dans une société dont la fermeture est érigée en principe de survie et les enseignants qui nous succédèrent auprès de l’INSCAE, des amis tels que Danielle De Velp ou Eric Milliot poursuivirent notre effort pour ouvrir l’école vers la société malgache comme vers le monde.  

La fermeture.

L’histoire est source d’informations significatives, même si l’on risque toujours de mal interpréter ou de sur interpréter les messages qu’elle nous adresse :

Sortant de Tananarive, j’ai visité aux environs de la ville, à moins que ce soit à Antsirabe, ville climatique située à 165 km au sud de la capitale, un ensemble architectural que je n’ai pas oublié. D’une part, il y avait une villa de style néocolonial en bois peinte en blanc qui avait été offerte par la reine Victoria à la reine Ranavalona III au moment où la France s’apprêtait à envahir Madagascar. Mais d’autre part, un peu plus loin, se trouvait trois hautes huttes traditionnelles en terre qui étaient autrefois occupées, m’a t-on dit, par les rois malgaches. Lorsque l’on pénétrait dans ces bâtisses l’on était frappé par l’absence de fenêtres, les deux seules ouvertures étant la porte d’entrée et l’orifice d’une cheminée qui donnait sur le ciel, tout en haut de l’édifice. Tout de suite, je fis le lien avec la société malgache, en tout cas son élite, qui refuse de regarder dehors, sauf vers le ciel.

Dans le même ordre d’idée, peu après notre séjour à Madagascar, l’île Maurice s’avisa de créer une zone franche afin de créer des activités de sous-traitance à son industrie en plein développement. Les entrepreneurs mauriciens croyaient pouvoir faire une bonne affaire en embauchant des ouvriers malgaches à bas prix, tout en créant des emplois pour une population très pauvre. Gagnant gagnant. C’était sans compter sur les industriels malgaches qui y virent un risque d’augmentation des salaires. Les obstacles administratifs s’accumulèrent à foison, faisant péricliter rapidement la zone franche.

En revanche, les merinas se tournent toujours vers le ciel, au travers de leurs ancêtres. Dans la région de Tananarive, Ils organisent en hiver (de juin à septembre) des cérémonies de retournement des morts (famadihana). Ils ouvrent les tombeaux pour sortir les restes de leurs ancêtres et leur faire partager la fête qu’ils organisent. On change le linceul du mort, on lui fait quelques offrandes avant de le ramener dans sa tombe après lui avoir fait faire sept fois le tour de sa sépulture pour bien lui prouver (ou se prouver à soi-même ?) que l’on ne l’a pas oublié…

Si bien qu’il me semble que Madagascar est une île parfaite pour oublier le reste du monde avant d’y mourir en paix. A l’appui de cette vision, je me souviens avoir vu un français âgé à l’Hotel de France, à Tananarive, lecteur probable des nouvelles de Somerset Maugham, lire Le Courrier de Madagascarpublié exactement cinquante auparavant. Interrogé, il me déclara qu’il ne s’intéréssait pas à la période actuelle et que chaque jour il parcourait pieusement les actualités  d’un demi siècle auparavant, dans les quotidiens qui avaient été conservées par l’hotel.

Cependant, je ne puis terminer cette évocation de mes séjours à Madagascar de 1988 à 1992 sans souligner que l’île est une merveille par sa faune, sa flore, la variété des paysages et des climats. J’ai eu l’opportunité de visiter Tamatave et ses moustiques, puis de monter le long de la côte ouest jusqu’en face de Sainte-Marie, ancien refuge de pirates,  avec ses récifs coraliens qui protègent les baigneurs des requins, mais aussi de faire un séjour sur la côte est, à Nosy Be, l’île que l’on appelle le Tahiti malgache.

J’en ai retenu de magnifiques images touristiques, mêlées à l’image de la pauvreté souvent extrême de la population qui s’exprimait dans le regard des enfants : ces contrastes violents expliquent sans doute que l’on ne peut jamais vraiment se détacher de Madagascar…  

 

À SUIVRE

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20 février 2021 6 20 /02 /février /2021 20:11
UN BLOCAGE MALGACHE

J’allais être en charge, avec Jacques Brisoux, de la mise en place de l’INSCAE de 1988 à 1992 et il a bien fallu tout ce temps pour que l’école devienne  opérationnelle. Vous allez voir pourquoi.

 

Pendant ces cinq années, je suis venu une à deux fois par an à Madagascar, pour des missions qui duraient en général deux semaines. Pendant ces périodes, j’étais engagé chaque fois dans un intense processus de négociation.

Le lendemain de mon arrivée, j’ai rencontré Jacques Brisoux, mon homologue canadien avec qui j’étais censé me confronter, d’après le Ministère de la coopération. Heureusement, il n’en a rien été. Jacques, c’est encore un ami aujourd’hui, partageait le même point de vue que moi. Il ne s’agissait pas de se disputer sur nos prérogatives réciproques, lui mettant en avant la virginité du Canada en matière de colonisation et son habileté organisationnelle, eux qui avaient emprunté aux anglo-saxons leur « pragmatisme » et moi me drapant dans  la suprématie française fondée sur une coopération ancienne qui s’enfonçait dans les soubassements coloniaux. Il s’agissait pour nous deux, ensemble, d’agir pour faire réussir le projet INSCAE, qui était essentiellement menacé par les agissements des Malgaches ou plutôt de certains Malgaches.

Tout d’abord, Jacques Brisoux était plus québécois que canadien, ce qui nous a permis de partager des valeurs communes francophones et plus ou moins indépendantistes. Rapidement il m’a offert un livre dont j’ignorais l’existence mais qui allait devenir un extraordinaire best seller, écrit par Stephen R. Covey et intitulé The 7 Habits of Effective People, un sommet de la pensée rationalisante à laquelle il n’est possible d’opposer que le romantisme ou le désordre de la pensée humaine pratique.

Le livre m’a beaucoup plu sur le coup, j’ai tout de suite pensé que les malgaches devraient s’en inspirer avant de comprendre progressivement que la démarche de Covey consistait à transformer l’homme en entreprise, une pensée bien en harmonie avec la vision américaine de la vie, avec la mondialisation, les start-up et tout cette agitation frénétique qui était justement aux antipodes de la vision malgache du monde, celle qui freinait nos projets.

Qu’est ce qui se passait dans l’INSCAE, dont nous imputions un peu vite la responsabilité à Flavien Tody, son directeur ? Les locaux étaient là, les étudiants ne demandaient pas mieux que d’assister aux cours, mais il manquait une bonne partie du matériel, chaises, tables, ordinateurs, automobiles et aussi, accessoirement (sic) des professeurs.

Il manquait la volonté de constituer une école qui s’insère dans le tissu économique et social malgache. Tody répugnait à prendre des risques. Acheter un bureau, à fortiori un véhicule, embaucher un professeur, tout l’inquiétait. Pourtant les crédits offerts par la Banque Mondiale et les postes mis à sa disposition par le Ministère de la Coopération lui étaient ouverts.

On le pressait d’agir, mais notre soutien ne lui paraissait pas déterminant, car tous ceux qui le conseillaient en ce sens n’étaient que de passage, y compris les membres des deux ambassades, françaises et canadiennes et les envoyés de la Banque Mondiale. Il était seul, lui le chinois face aux Merinas. Or ces derniers ne voyaient pas d’un bon œil la création de cette école, c’étaient les merinas qui étaient au pouvoir à Madagascar et qu’il devait affronter tous les jours.

L’hostilité diffuse des Merinas venaient de leur crainte que cette nouveauté ne dérange leurs affaires. Il n’existait que quelques experts comptables sur l’île, qu’allait-on faire de tous ces diplômés en comptabilité que l’on allait former par dizaines chaque année ? Les Mérinas qui se sentaient menacés par la création de l’INSCAE lui opposaient une résistance aussi farouche que passive. Ils excellaient dans cet exercice, qui leur avait permis et leur permettrait plus tard de torpiller la création d’une zone franche mauricienne qui suscitait beaucoup d’espoirs pour le développement de l’île, mais qui avait le défaut d’échapper à leur pouvoir.

 

Cette situation de blocage, nous ne l’avons pas saisi tout de suite. Nous avons cru superficiellement que Flavien Tody était le verrou qui bloquait le développement de l’INSCAE alors qu’il était pris en tenaille entre des forces et des exigences contradictoires. Lorsque nous l’avons comprise, il a fallu se résoudre à passer par la manière forte…

 

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6 février 2021 6 06 /02 /février /2021 17:02
TANANARIVE

TANANARIVE

L’année 1988 fut celle de ma découverte émerveillée et désolée de Madagascar, où je fus envoyé pour une mission à priori toxique.

 

Ce fut aussi l’année de mon installation progressive à l’IAE de Nice, où j'allais rester en poste vingt-cinq ans jusqu'à la fin 2013, tandis que je continuais à effectuer une partie de mon service en TC à l’IUT où je conservais provisoirement mon bureau.

Or, un jour, dans cet entre-deux, je reçu la proposition de la part de la FNEGE qui, depuis le projet chinois, me faisait de plus en plus confiance pour l’organisation de programmes de gestion, d’être l’un des deux responsables, l’autre étant Canadien, de l’organisation  et du lancement de l’INSCAE à Tananarive. L’INSCAE (Institut National en Sciences comptables et Administration d’Entreprise) était une université privée malgache installée  qui s’était spécialisée dans les domaines de l’Administration et de la Comptabilité.

L’Institut avait été officiellement créé par une convention passée en 1981 entre la Banque Mondiale et le gouvernement de la République Malgache, mais l’accord n’avançait que très lentement et la Banque Mondiale s’impatientait, menaçant d’annuler les crédits alloués non utilisés.

Une fois que j’eu fait connaissance de la société malgache, je compris rapidement pourquoi cela n’avançait pas. Mais l’enjeu que l’on me présentait n’était pas simplement d’agir pour accélerer le projet. La FNEGE opérait pour le compte du Ministère de la Coopération (MdC) qui était l’un des deux interlocuteurs  de la Banque Mondiale, l’autre étant l’ACDI, l’Agence Canadienne de Développement International et le MdC craignait que l’ACDI, profitant des retards accumulés, s’empare de l’ensemble du projet au détriment de l’influence française à Madagascar.

J’avais donc pour mission a minima de réequilibrer le rôle de la France dans ce projet et au mieux d’en écarter l’ACDI, si j’en avais l’opportunité. J’acceptais naturellement la mission, tout en étant conscient qu’il s’agissait d’un contexte radicalement différent du projet en cours en Chine, sans même mentionner le contexte culturel, puisque je n’étais pas l’auteur du projet qui était déjà engagé et qu’il existait un opérateur concurrent avec lequel j’allais devoir me confronter.

Avec la FNEGE, nous préparâmes une mission à Tananarive, rassemblant des données sur les autorités malgaches impliquées dans le projet, sur la direction de l’INSCAE, sur les experts de la Banque Mondiale et finalement sur l’ACDI et son bras armé pour ce projet, le professeur Jacques Brisoux de l’Université du Québec à Trois Rivières (UQTR).

Je suis donc parti en mission pour Tananarive au printemps 1988 où j’ai été accueilli de manière originale par le Directeur de l’ISCAE, Flavien Tody, dans la mesure où il avait organisé une soirée dansante à mon arrivée et qu’il m’a accompagné jusqu’à l’hotel qui m’était réservé, le Hilton, en veillant à ce que je ne m’y ennuie pas. Dés notre première rencontre, j’ai commencé à apprendre l’histoire personnnelle de Flavien (voir mon billet « Coup de force à Madagascar ») et à découvrir les complexités malgaches.

Il faut distinguer les merinas (prononcez les « mernes ») originaires de Malaisie et d’Indonésie qui sont installés sur les hauts plateaux et qui dirigent depuis toujours le pays, les habitants de la côte, issus surtout de l’immigration africaine, pauvres et souvent exploités, puis les Chinois et les Indiens, des commerçants plutôt aisés, arrivés au gré des différentes vagues d’immigration et au milieu de ces quatre populations, les métis en tous genres, parfois issus des Français et des deux premières populations, merinas et habitants de la côte. En distinguant toutes ces populations, je veux mettre en avant les oppositions « naturelles » entre elles, et bien sûr je schématise forcément à l’excés en ne distinguant pas les 19 principales ethnies du pays

Mais ce qui frappe avant tout, c’est la pauvreté moyenne d’un pays qui regorge pourtant de ressources naturelles et qui offre une incroyable variété de paysages, depuis les plateaux que l’ont croirait issus de l’Auvergne à des régions tropicales et des déserts saisissants, du Nord à Antisranana, ex Diego Suares, à Taolognaro, ex Fort Dauphin, sur une superficie de 587000 km2, soit la France et la Belgique réunies, pour 27 millions d’habitants aujourd’hui, mais qui n’en comptait que 11 millions quand je l’ai visité en 1988.

Une population chrétienne à 40 %, divisée presque également entre protestants et catholiques à quel s’ajoute 50 %  d’habitants  qui pratiquent toujours la religion traditionnelle, remarquable par sa volonté de souligner les liens entre les vivants et les morts, question que je développerai ultérieurement.

Des pauvres installés dans un paradis terrestre laissé à l’abandon, voilà comment on pourrait caractériser la Grande Ile que je visitais pour la première fois au printemps 1988.

 

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17 janvier 2021 7 17 /01 /janvier /2021 12:14
LA DAME À L'ENTORSE

La rentrée 1987 s’ouvrit sur mon retour à l’alma mater, l’IAE de Nice, où j’allais poursuivre ma carrière universitaire jusqu’à la fin 2013.

 

J’y avais été étudiant en CAAE (le MAE d’aujourd’hui) en 1968-1969, puis assistant, maitre-assistant et professeur d’octobre 1972 à septembre 1980, avant mon départ à Dakar. En décembre 1983, j’étais revenu à l’IUT de Nice, son directeur Xavier Boisselier, décédé en 1981, ayant permis que je sois rattaché à l’IUT de Nice plutôt qu’à l’Université Strasbourg III.

Une fois à l’IUT de Nice, dans le département TC où je fus fort bien accueilli, j’eus naturellement la tentation de revenir à l’IAE de Nice, même si je me sentais bien à l’IUT. Un premier poste fut publié en 1985, mais je ne fus pas retenu. Une seconde candidature en 1987 eut plus de succès. Je me retrouvais en poste à l’IAE de Nice, tout en gardant, au début, une bonne partie de mes cours en TC. Mon engagement auprès de l’IUT resta vivace, puisque je me présentais à sa direction en 1989.

Ce fut une année pendant laquelle je publiais nombre d’articles intéressants, du moins pour moi. Tout d’abord, un article qui provenait de mon expérience africaine « Priorité du Macro-Marketing Africain : les moyens d'action » dans la Revue Française de Marketing. Cet article avait pour objectif d’attirer l’attention des chercheurs en marketing sur les spécificités des consommateurs africains.

Puis mon séjour à Kingston se concrétisait par une publication de Queens University présentant, à partir d’un rapport de l’OCDE « A critical look at OECD "La politique d'innovation en France" », papier publié en collaboration avec Kristian PALDA.

En outre, à l’occasion des 8e journées des I.A.E. à Poitiers, je proposais une communication originale intitulée « Structures de décisions et futur des organisations : Le cas de la gestion communale ». Le papier était fondé sur mon expérience de conseiller municipal à Puget-Théniers, que j’exposais sous forme de cas et qui était suivi de deux autres travaux, le premier qui tirait les leçons marketing de ce cas et le second qui proposait une nouvelle approche théorique pour le marketing public. Rien de moins. Le volume de ces trois textes successifs atteignait plus de cinquante pages.

L’intérêt de ces textes provenait de ce que les évènements relatés avaient été vécus depuis l’intérieur de l’outil de décision. Or ces évènements étaient microscopiques, ce qui permettait de les analyser avec précision : Une femme se faisait une entorse en marchant en fin de journée le long de la route à Puget-Théniers. Son époux accusait la mairie de ne pas entretenir le chemin. Le maire du village en concluait qu’il fallait améliorer l’éclairage de la route au lieu de proposer de remettre le chemin en état, alors que sa proposition revenait à multiplier par au moins par dix le coût des travaux.

Mais l’apparente incohérence de la proposition du maire cachait un calcul politique personnel qu’il n’est pas utile d’exposer ici. Sa proposition mettait aussi en lumière  son schéma de décision du Maire et celui du conseil municipal et révélait une pluralité d’acteurs dans la décision publique recherchant entre eux un point d’équilibre, au sein duquel le « consommateur de service public » n’était qu’un acteur parmi d’autres au lieu d’être l’acteur central, comme il l’est dans les services privés.

Une nouvelle théorie du marketing des services publics pouvait alors être proposée, fondée sur l’identification des acteurs de la décision publique et centrée sur l’équilibre des satisfactions entre ces différents acteurs.

Vous pouvez le constater, c’était une démarche particulièrement ambitieuse à partir d’un micro cas qui a été largement diffusé au Canada, car il y était encore présenté il y a quelques années dans diverses universités. Mais, petite feuille emportée dans le fleuve impétueux de la recherche, mon hypothèse n’a pas retenu outre mesure l’attention de mes collègues spécialistes du marketing public, jusqu’à ce jour...

Par ailleurs, je publiais, toujours avec Kristian Palda comme co-auteur, ce dernier ayant écrit un ouvrage entier sur l’aide publique à l’innovation dans son propre pays, au Canada, deux autres documents de recherche mettant en exergue les éléments manquants des politiques d’innovation dans les pays de l’OCDE en général.

 

Une année finalement bien remplie au plan académique avec des missions en Chine, une invitation au Canada, un changement de poste et des publications qui me paraissaient personnellement importantes. Et au plan personnel, le plus important fut, même si je ne le mentionne qu’en passant, l’année de la naissance de mon dernier fils.

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