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Le blog d'André Boyer

Le coût de l'aventure

28 Juin 2015 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

Le coût de l'aventure

NAPOLÉON À SAINTE-HÉLÈNE

Si Napoléon n’avait pas eu l’idée folle de revenir au pouvoir, la France s’en serait beaucoup mieux sortie le siècle d’après, et peut-être, qui sait, la guerre de 1914 n’aurait pas eu lieu.

 

Mais foin d’histoire fiction, observons le bilan de ses exploits, du début à la fin de son règne.

 

L’année 1815 s’achève pour Napoléon le 18 juin à Waterloo, après l’ultime aventure des Cent Jours. neufs jours avant, plus personne ne croyait à Paris à la victoire de Napoléon. L’armée française y est détruite et Napoléon part pour l’île de Sainte Hélène.

Pour la France, la date importante est plus le 20 novembre 2015, jour qui voit la signature du  deuxième traité de Paris que le 18 juin. La France est amputée du duché de Bouillon et des forteresses allemandes de Philippeville et Marienbourg qui sont cédées aux Pays-Bas, tandis que Sarrelouis et Sarrebruck sont cédées à la Prusse, que Landau est remis à la Bavière, que le pays de Gex est donné à la Suisse et que la Savoie est cédée au roi de Piémont-Sardaigne. La France doit aussi rendre les œuvres d’art prises à l’étranger, payer une indemnité de 700 millions de francs et subir l'occupation étrangère pendant trois ans.

On n’insiste pas beaucoup sur cette affaire dans les livres d’histoire, mais l’épisode des Cent Jours entraine une sévère perte territoriale pour la France par rapport au premier traité de Paris, un an plus tôt.

En outre, l’Europe est remodelée par le traité de Vienne du 9 juin 1815. La Russie s'accroît de la plus grande partie de l'ancien grand-duché de Varsovie.

La Prusse ne conserve de l'ancienne Pologne que la Posnanie mais reçoit en compensation la Poméranie suédoise, la Saxe du Nord, la Westphalie et la plus grande partie de la Rhénanie.

L'Autriche met la main sur la Lombardie et la Vénétie, l’Illyrie la Dalmatie, le Tyrol et Salzbourg.



La mosaïque allemande est réduite à 39 États, réunie au sein d'une Confédération germanique. 
La péninsule Italienne n'est plus divisée qu'en sept États : les États pontificaux du pape, les duchés de Toscane, de Parme et de Modène, les royaumes de Naples et de Piémont Sardaigne.



L'Espagne et le Portugal retrouvent leurs souverains.



Au nord, la Suède enlève la Norvège au Danemark. Le roi du Danemark se rattrape en recevant à titre personnel les duchés allemands d’Holstein et de Lauenburg.

La France est précautionneusement entourée d'Etats tampons, formés par le royaume des Pays-Bas, qui rassemblent les anciennes Provinces-Unies et les Pays-Bas autrichiens, 
par la Confédération helvétique qui s’agrandit des cantons de Genève, Bâle, Neuchâtel et du Valais et dont la neutralité est garantie par les grandes puissances, par le royaume de Piémont Sardaigne qui recouvre Nice et la Savoie auquel est adjoint l'ancien royaume de Gênes.

 

Que reste t-il de la gouvernance napoléonienne, qui n’est que la fille de la gouvernance révolutionnaire ?

 

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LE FEU SACRÉ

25 Juin 2015 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

LE FEU SACRÉ

TOUTE L'ÉNERGIE RASSEMBLÉE

 

En avril 1978, je me décide enfin à attaquer férocement l’écriture de ma thèse.

 

Je m’isole dans mon appartement du 14 rue Fragonard à Nice, un endroit que je n’aimais pourtant pas beaucoup mais qui avait au moins le mérite de me permettre l’isolement.

Tout d’un coup, rien ne m’intéresse d’autre, ni ma famille, ni mes proches, ni l’Université du Troisième Age dont je suis toujours le chargé de mission, ni le Cepun dont je viens d’accepter la responsabilité, ni le Conseil Municipal de Puget-Théniers dont je suis l’élu récent, ni l’actualité, ni les livres, ni l’été qui vient, ni rien.

C’est tout juste si je réponds au téléphone, je suis soudainement happé, presque drogué, par la thèse. Un miracle vient de se produire, plus rien d’autre ne compte. Quel dommage que cette crise, qui est de l’ordre, toutes proportions gardées, d’une crise mystique, ne soit pas survenue plus tôt !

Je commence mes journées d’écriture à 7 heures du matin, parfois à 6 heures, j’ingurgite un rapide petit-déjeuner, j’écris, j’écris sans relâche, je sors à regret pour aller déjeuner au restaurant universitaire tout proche de Montebello et je suis pressé de rentrer pour écrire, écrire et encore écrire. Entre 19 et 21 heures, je bricole quelque chose pour diner avant de retourner écrire, encore et toujours jusqu’à minuit et parfois une heure du matin.

La thèse, rien que la thèse.

Tous les doctorants ont, plus ou moins, connu cet état. Peu ont écrit régulièrement, au même rythme pendant un an ou deux. Il a toujours fallu passer par un état de crise pour forcer l’écriture, non sans la torturer parfois. 

Dans mon cas, l’écriture est devenue convulsive. Je produis mon texte à un rythme que je n’avais jamais atteint jusque-là et que je n’approcherai plus jamais. Je parviens parfois à remplir une page manuscrite toutes les dix minutes, soit l’équivalent de deux tiers d’une page dactylographiée. Cela signifie que j’ai quelquefois écrit quarante pages manuscrites par jour!

Quiconque a jamais écrit comprendra que c’est une vitesse d’écriture phénoménale. Bien sûr, ce n’était pas toujours bon, loin de là, j’en ai d’ailleurs jeté la moitié. Parfois, dans un moment d’exaltation, j’ai cru faire des découvertes, comme sur la « vraie » nature de l’amortissement par exemple, que j’ai jeté le lendemain, redevenu lucide sur la valeur toute relative de mes analyses.

En somme, j’étais saisi d’une sorte de fureur.

La crise quasi mortelle du début d’année devait y être pour quelque chose. J’étais animé de la résolution de me venger contre moi-même et le monde entier de mes aventures médicales.

J’étais vivant, très bien, on allait voir ce que l’on allait voir !

Une sorte de pulsation intérieure m’animait, une fureur, une rage, une forme de violence rentrée. On m’aurait à ce moment là empêché d’écrire que j’aurais explosé de rage, alors qu’un mois auparavant c’est à moi que je devais faire violence pour produire quelques misérables pages!

Cette sensation de crise, je l’avais déjà vécu une fois quand j’avais quinze ans, en seconde, alors que j’étais un des derniers de la classe, moi le bon élève en pleine crise de croissance. Jusqu’à ce que, tout d’un coup, aux vacances de Pâques, je me mis à travailler frénétiquement pour terminer l’année quasiment premier dans toutes les matières fondamentales, aussi bien scientifiques que littéraires, alors que j’étais menacé de redoublement un mois plus tôt.

Je me retrouvais dans une situation analogue. J’avais été jeté à terre. Dans mon dos, on me plaignait. Cette activité frénétique et solitaire pour achever la thèse était ma réponse à mes errements, aux ricanements, au sort.

Depuis toujours, un petit filet de révolte sourd en moi. Il constitue une force en réserve que je sais pouvoir solliciter en cas de besoin, qui, pour un temps limité, me permet de mobiliser tous mes moyens pour sortir d’une impasse dans laquelle je me sens acculé.

En l’occurrence, il fallait finir d’urgence la thèse. Alors j’écrivais, la thèse avançait à toute vitesse, j’en voyais le bout, les équations se succédaient toujours plus complexes, les chapitres défilaient, je touchais au but tandis que la préoccupation qui commençait à dominer devenait la dactylographie puisque je ne disposais pas encore d’ordinateur.

La fin de la thèse, c’était une affaire de cinquante pages tout au plus, sans compter la bibliographie, les annexes, la table des matières et les corrections dactylographiques, une thèse dont plus personne ne pourrait me dire que ce n’était pas une démonstration…

Au contraire, ce serait une démonstration éclatante !

 

Nous étions en juin 1977, j’écrivais sans relâche depuis sept semaines, il ne me faudrait pas plus de huit à dix jours de travail et l’affaire serait dans le sac.

 

Tout d’un coup, je n’écrivis plus une ligne.

 

À SUIVRE

 

 

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LA FIN LOGIQUE DE L'AVENTURE

21 Juin 2015 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LA FIN LOGIQUE DE L'AVENTURE

VUE DE LA BATAILLE INÉGALE DE LEIPZIG

 

À peine commencée à l’orée du siècle, l’aventure napoléonienne est déjà proche de la fin, comme on pouvait s’y attendre à partir de mai 1803, lorsque les Britanniques ont déclaré une guerre à mort à l’Empire. Seules les circonstances de la chute restent imprévisibles.

 

En 1812, les Russes se réveillent. Alexandre adresse un ultimatum à Napoléon le 8 avril 1812, le sommant d’évacuer la Prusse et de la Poméranie suédoise.

Napoléon, pensant comme d’habitude, qu’une « bonne bataille » réglera l’affaire, rassemble, malgré le nombre croissant de réfractaires, des forces militaires si considérables, six cent soixante dix huit mille hommes dont cinq cent mille étrangers,que les troupes russes ne peuvent que reculer.

À la poursuite de la bataille décisive, Napoléon franchit le Niémen, prend Smolensk, gagne à grand peine la bataille de la Moskova, pour entrer enfin dans Moscou à bout de souffle le 14 septembre. Il y attend jusqu’au 19 octobre une offre de paix qui ne vient pas : Moscou n’est pas un gage suffisant. Son armée fond au cours de la retraite. Lorsqu’il franchit la Berezina, sur les cent mille hommes qui quittent Moscou, soixante dix mille se présentent devant la rivière glacée que soixante deux mille d’entre eux parviennent à traverser sur des pontons. C’est une grande victoire que ce passage de la Berezina, puisque Napoléon a réussi à préserver son corps d’officiers

Sur la bataille de la Berezina et avant, voir l’ensemble des blogs que j’ai consacré à cet extraordinaire fait d’armes, de Moscou à Vilnius :

La Bérézina, le Dunkerque de la retraite de Russie, 4 mai 2011.

À Smolensk, le sort bascule…, 6 mai 2011.

Bain de sang à Krasnoï, 9 mai 2011.

Survivre après Krasnoï, 12 mai 2011.

Echec et mat à Borisov ?, 15 mai 2011.

Le passage de la Bérézina, enfin !, 19 mai 2011.

L’ultime victoire de la Grande Armée, 28 mai 2011.

Cependant la Grande Armée n’existe plus.

Lorsque les survivants de la retraite de Russie traversent le Niémen le 13 décembre 1812 avec Murat à leur tête, ils ne sont plus qu’un millier d’hommes armés de neuf canons. Napoléon les a abandonné peu après le passage de la Berezina, tassé au fond de sa caléche entourée de quelques cavaliers. Il s'agit de reprendre le contrôle de la machine étatique, un instant menacée par la tentative de coup d’État du général Malet. 

En 1813, tout est perdu, mais Napoléon ne le sait pas. Il croit toujours qu’il lui suffit de lever les nouvelles armées que les berceaux français lui ont obligeamment préparé, soit cent quarante mille hommes de la classe 1813, auxquels s’ajoutent deux cent cinquante mille  hommes des classes 1809 à 1814.

À Mayence, il rassemble tous ceux qu’il peut réquisitionner. Les alliances se renouent contre lui. Il parvient difficilement à repousser les Prussiens et les Russes, et s’installe à Dresde pour souffler. Pendant ce temps, l’Autriche lui déclare la guerre. Un million d’alliés font désormais face à deux cent cinquante mille français. La bataille de Leipzig montre le désequilibre des forces, puisqu'elle oppose cent quatre vingt mille français à trois cent vingt mille coalisés. Elle dure trois jours, mais le génie de Napoléon ne peut pas empécher qu'elle soit remportée par les alliés qui contraignent  Napoléon à ordonner et à réussir, malgré tout, une retraite générale. 

1814 voit Napoléon littéralement privé de troupes. Il ne rassemble plus que soixante mille hommes lorsqu’il rejoint l’armée, le 25 janvier. Mais il refuse toujours de signer la paix contre le retour aux frontières de 1792. C’est alors, que déployant tout son génie militaire comme aiguisé par l’adversité, il livre une série de batailles souvent victorieuses qui ne l’empêchent pas d’être sans cesse débordé par le nombre.

La capitulation de Paris, le 31 mars, sonne l’hallali. Deux jours plus tard, le Sénat prononce la déchéance de l’Empereur. Quatre jours plus tard, il doit abdiquer sans condition. On lui accorde, imprudente dérision, la souveraineté de l’île d’Elbe.

Le  30 mai 1814, le traité de Paris conserve à la France ses frontières de 1792. Elle garde Mulhouse, Montbéliard, le Comtat Venaissin, une partie de la Savoie, les forteresses de Marienbourg, Philippeville, Sarrelouis et Landau, ainsi que la plupart de ses colonies à l'exception de l'île de France et Sainte-Lucie et Tobago.

 

La France s’en sortait bien. Provisoirement, car le génie aventureux de Napoléon allait envenimer pour longtemps les rapports entre la France et l’Europe coalisée. 

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LA LÉGITIMITÉ DE L'AUTORITÉ

18 Juin 2015 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

LA LÉGITIMITÉ DE L'AUTORITÉ

D'OÙ VIENT L'AUTORITÉ?

 

D’où vient l’autorité ? avec le temps, la légitimité de l’autorité a non seulement évolué, mais a basculé d’une légitimité transcendantale à une légitimité fondée sur la raison. Non sans dégâts pour l’autorité per se.

 

Dés les premiers philosophes grecs, comme Protagoras ou Lycophron, l'autorité était supposée être le produit d'un accord passé entre les hommes afin d'assurer leur concorde. C’est Platon qui a donné le premier une orientation métaphysique à l’autorité, dans La République, Livres VI et VII (315 av J.-C.). Pour ce dernier, l’ordre supérieur de la Raison et des Idées génère des normes transcendantes qui s’imposent aux gouvernants comme aux gouvernés.  Il est approuvé sur ce point par Aristote qui invoque un ordre cosmique s’appliquant aux  différences entre les êtres ainsi qu’à la distribution inégale du pouvoir qui en résulte.

En pratique, dans la Rome antique, la civitas romana applique intuitivement la conception platonicienne du pouvoir en liant l'autorité au sacré. Le Sénat romain est chargé de cette relation entre l’autorité et le sacré, qui consiste concrètement à éclairer ses décisions par l’interprétation des legs du passé. Ainsi  Cicéron dans son Traité des Lois (52 av J.-C.), rappelle que le Sénat se contente de formuler un avis dont la nature sacrée implique que le peuple doive naturellement s’y soumettre, sans que la contrainte soit nécessaire.

La modernité a entraîné une substitution de légitimité en matière d’autorité. L’autorité n’est plus fondée sur une justification transcendante, cette dernière étant désormais adossée à la raison. Machiavel a officialisé cette substitution de légitimité dans Le Prince (1513), en invoquant un pacte volontaire entre les hommes et l’État, les premiers abandonnant une partie de leur pouvoir au second pour que ce dernier fasse fonctionner la société. Cette idée de pacte ou de contrat entre gouvernés et gouvernants est partagée par Hobbes dans Le Léviathan (1651), Locke dans son Traité du gouvernement civil (1690), Montesquieu dans L'Esprit des lois (1748) ou Rousseau dans Le Contrat Social (1762).

Cette unanimité est réconfortante du point de vue intellectuel, mais si l’autorité n’a plus d’origine transcendante, que signifie ce pacte originel qui délègue aux gouvernants une partie du pouvoir des gouvernés? Quelle est la forme d’autorité raisonnable ? Quelle est la partie du pouvoir des gouvernés qui doit être concédée aux gouvernants ? L’histoire montre que la forme d’autorité qu’acceptent en pratique les hommes évolue, accompagnée de révoltes qui aboutissent provisoirement à de nouvelles constitutions et lois. 

En effet, dès lors qu’il invoque la raison pour accepter l’autorité ou pour l’imposer, l’homme se trouve contraint de redéfinir sans cesse la frontière entre ses droits individuels (la sphère privée) et les pouvoirs de l’État (Benjamin Constant, Principes de politique (1815)).

De plus, force est de constater que l’autorité fondée sur le sacré n’a pas abdiquée, ce qui tiraille l’individu entre le pouvoir traditionnel, qu’invoque notamment les religions, et le pouvoir fondé sur la raison (Burke, Hegel). D’ailleurs, l’autorité issue de la raison n’est pas acceptée sans réticences. Tocqueville s’inquiète dans De la démocratie en Amérique (1835) ou dans L'Ancien Régime et la Révolution (1856) des risques de tyrannie que véhicule le système de pouvoir démocratique. Il pose du coup un débat essentiel concernant le pouvoir, la relation entre l’égalité et l’autorité.

Car si la raison postule l’égalité entre les hommes, cette égalité n’implique t-elle pas la disparition de l’autorité ?

Inversement, Si l’on admet qu’en pratique l’autorité s’avère nécessaire pour le bon fonctionnement ou même le fonctionnement tout court de la société, comment la raison peut-elle justifier l’inégalité entre les hommes ? La nécessité ? Quelle est l’essence de cette nécessité ?

On le constate, l’invocation de la raison rend contingent le débat sur la légitimation de l’autorité.

C’est ce que, dés l’origine, voulait éviter Platon.

Dans la société du XIXe siècle livrée à la tyrannie de la raison, tiraillée par les contradictions entre raison et autorité, l’on voit Karl Marx refuser ce débat dans La Question juive (1844) et Engels, dans De l'autorité (1874), se contenter d’affirmer que l'autorité ne devrait pas disparaître ou Proudhon dans Du principe fédératif (1863), rejeter logiquement le principe d’autorité au nom de la liberté, justifiant l’anarchisme.

Le problème est que presque personne, sauf les anarchistes, ne se résigne à la disparition annoncée de l’autorité. Des sociologues comme Durkheim, dans De la division du travail social (1893) et dans Le Suicide (1897), assurent que le principe d’autorité est nécessaire pour assurer le fonctionnement de la société. Max Weber, après avoir, dans Économie et société (1922), proposé sa célèbre typologie de la légitimité de l’autorité, traditionnelle, charismatique ou bureaucratique prévoit que l’autorité bureaucratique, rationnelle donc, deviendra progressivement dominante, mais que ce sera sans doute aux dépens de la liberté des individus.

Nombre de penseurs germaniques, sociologues, juristes ou philosophes cherchent à justifier le principe d’autorité en évitant soigneusement de l’opposer à la raison ou à la liberté. C’est le cas de Georg Simmel dans Sociologie (1908), d’Hans Kelsen dans sa Théorie générale du droit et de l'État (1945) ou de Carl Schmidt dans sa Théologie politique (1922) ou même de Julien Freund dans L'Essence du politique (1965).

Ainsi apparaît une contradiction fondamentale entre tous ceux qui estiment l’autorité nécessaire en pratique et les philosophes qui contestent sa légitimité.

 

De facto, il nous faut donc prendre position sur la question de son affaiblissement supposé. Devons nous en tenir compte, oui ou non, pour concevoir le management des organisations du XXIe siècle ? 

 

 

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LA RESISTANCE PERDURE

15 Juin 2015 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LA RESISTANCE PERDURE

EL TRES DE MAYO DE GOYA DE 1808 EN MADRID

 

À vouloir dicter sa volonté à toute l’Europe, Napoléon commence par s’engluer dans le piège espagnol.

 

Pour la première fois, ses troupes doivent capituler à Bailén face à des troupes irrégulières, circonstance aggravante. Dix mille soldats français sont faits prisonniers. C’est un événement qui impressionne toute l’Europe : le baron Stein écrit : « les événements d’Espagne font une grande sensation et démontrent ce que peut faire une nation qui a de la force et du courage ».

Pour corser le tout, Wellesley, le futur Wellington, débarque au sud de Lisbonne avec quinze mille hommes. La résistance du peuple espagnol est identique à celle de la Vendée,  mais multipliée par douze, soit dix millions d’Espagnols contre huit cent mille Vendéens.

Le peuple espagnol ne veut ni de la République, ni des troupes étrangères, ni des Français, et il est trop déterminé pour être réduit, d’autant plus que les guerres que doit livrer Napoléon contre le reste de l’Europe limitent les effectifs qui peuvent être opposés aux guérillas organisées en Juntes.

Napoléon est lucide, mais le mal est fait. Il essaie de stabiliser ses relations avec la Russie à Erfurt avec qui il signe un accord le 12 octobre 1808. Talleyrand, lui qui a incité Napoléon à entrer en Espagne, commence à pousser Alexandre à résister à Napoléon une fois qu’il a pris acte des difficultés rencontrées.  

Ce dernier se décide à pénétrer en Espagne à la tête de la Grande Armée avec laquelle il fonce sur Madrid en renversant tout sur son passage. Les cent cinquante mille hommes qu’il conduit bousculent les vingt mille soldats et paysans espagnols massés à Burgos, puis les quarante-cinq mille hommes rassemblés à Tuleda. À Madrid, il abolit aussitôt l’inquisition, supprime les couvents et les droits féodaux, mais n’y reste guère après avoir tenté sans succès d’encercler les Anglais de Moore.

L’année 1809 le voit contraint de courir éteindre les incendies qui s’allument partout. Le 17 janvier, Napoléon quitte l’Espagne pour préparer la guerre contre l’Autriche qui est en train de mobiliser. Après une campagne éclair, il entre dans Vienne le 13 mai, mais il lui faut encore livrer une dure bataille à Wagram, qu’il remporte avec de lourdes pertes : après une énorme bataille d’artillerie, on relève trente-quatre mille morts chez les Français et cinquante mille chez les Autrichiens !

Un nouveau traité est imposé à l’Autriche qui perd tout accès à la mer, doit payer 85 millions de florins d’indemnité et limiter ses troupes à cent cinquante mille soldats. De plus, les États Pontificaux sont occupés, le Pape est arrêté et enfermé à l’évêché de Savone. Pendant ce temps, la guerre continue en Espagne, le siège et la prise sanglants de Saragosse par Lannes n’y changeant rien. En outre, Wellington s‘installe durablement au Portugal.

L’année 1810 est celle où Napoléon croit régler en même temps la question autrichienne et sa succession dynastique en épousant Marie Louise d’Autriche. Il voit cependant un ennemi de plus surgir au Nord, avec le couronnement de Bernadotte en Suède.

Un fils lui naît en 1811, lui redonnant le moral. C‘est sans doute pourquoi il envoie Masséna au Portugal piétiner devant les défenses de Wellington, plutôt que de régler le problème lui-même. Pendant ce temps, Alexandre et ses généraux méditent une revanche militaire, animés par la crainte d’une résurrection d’une Pologne indépendante et hostile à la Russie.

 

La fin de l’Empire est proche, mais personne ne sait encore à quelle échéance.

 

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L'ÉTRANGLEUR ÉTRANGLÉ

11 Juin 2015 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

 

C’est un étrange ballet qui se joue, aux yeux de tous, entre les négociateurs grecs et européens, ces derniers appuyés par la BCE et le FMI.

 

Officiellement, il s’agit d’obtenir des premiers qu’ils acceptent les conditions imposées par les seconds. On connaît les avantages attendus de cette capitulation : montrer que l’UE ne prête qu’à des États qui acceptent la discipline européenne, ce qui montrera aux Espagnols, aux Portugais et accessoirement aux Irlandais qu’ils n’ont pas fait d’efforts budgétaires en vain.

On peut même prêter une arrière pensée politique aux négociateurs européens, montrer aux peuples qui s’apprêtent à voter pour l’extrême gauche ou droite, qu’il leur faudra passer sous les fourches caudines de l’orthodoxie financière définie par la BCE.

L’outil utilisé pour obtenir ce résultat par les négociateurs européens est celui du garrot financier, un petit filet de liquidité permettant à peine au négociateur grec de respirer. On attend qu’il cède avant d’être totalement asphyxié.

Fort bien.

Mais il n’est pas question d’obtenir que l’État grec rembourse un jour ses dettes. Au contraire, il s’agit de lui prêter plus. Sur le plan économique, le négociateur européen est dans une position d’extrême faiblesse : il échange un versement immédiat contre des promesses de réforme. Comme il n’est pas tout à fait naïf, il sait bien que les réformes n’auront probablement pas lieu, et que si elles ont lieu, elles auront un effet quasi nul sinon négatif sur la capacité de remboursement de l’État grec, ou alors à vraiment long terme. Ce n’est pas grave, car l’objectif du négociateur européen est de tirer un avantage politique de la négociation, pas un avantage économique.

Aussi, pour les négociateurs européens, il n’est pas envisageable de pousser le bras de fer jusqu’à la sortie de l’euro, car comment expliquer que l’Europe se retrouve avec une dette de 320 milliards d’Euros officiellement impayée et impayable ?

Côté grec, tout est simple, ou presque. Le gouvernement a fait des promesses aux électeurs grecs. Il s’agit de ne pas perdre la face. Il faut donc obtenir des négociateurs européens un accord qui donne l’impression à l’opinion publique grecque  que son gouvernement a obtenu gain de cause. Pour ce dernier, il n’est pas non plus envisageable de pousser le bras de fer jusqu’à la sortie de l’euro, car comment gouverner sur la base d’un échec politique et d’une situation financière catastrophique ?

En résumé, pour les deux parties, le fond de l’accord importe peu, seule la forme compte.

Par conséquent, sans être très imaginatif, on peut s’attendre à un accord sur une base officiellement assez défavorable au gouvernement grec que ce dernier, offusqué, soumettra à un referendum qui sera approuvé par les électeurs grecs, ces derniers étant supposés assez lucides pour comprendre que ce théâtre d’ombre destiné à abuser l’opinion européenne a besoin de leur participation pour que les flux financiers européens continuent de compenser les déficits de l’État grec.

 

Ainsi le gouvernement grec sera dédouané par les électeurs du renoncement partiel à son programme, l’Union Européenne sera louée pour sa rigueur financière et les contribuables européens continueront à financer le déficit de l’État grec.

 

À moins que…

Mais je ne suis pas devin, j’essaie seulement d’être logique.

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L'ILLUSOIRE APOGÉE DU POUVOIR

8 Juin 2015 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

L'ILLUSOIRE APOGÉE DU POUVOIR

À TILSIT, RIEN N'EST RÉGLÉ

 

 

Cette fois c’est parti, Napoléon contre l’Europe, et au début, c’est bien parti.

 

Au ralliement de la Prusse à la coalition conduite par les Britanniques, Napoléon répond militairement en écrasant les troupes prussiennes, surtout grâce à Davout qui remporte une victoire inespérée à Auerstedt. Il prend Berlin, où il décide, le 21 novembre, l’instauration du blocus continental. Son décret stipule que : « les îles britanniques sont déclarées en état de blocus. Tout commerce et toute correspondance avec les îles britanniques sont interdites… »

En 1807, la logique napoléonienne implique de battre les Russes pour obtenir une paix avantageuse. Il commence par échouer avec la bataille d’Eylau contre le général russe Bennigsen se traduit par un sanglant match nul, qui laisse 40000 morts sur le champ de bataille. Puis  il parvient à remporter la victoire le 14 juin 1807 à Friedland, grâce à une fausse manœuvre de Bennigsen, qui se laisse acculer à la rivière Alle.

Le tsar Alexandre, qui reste seul à se battre sur le continent et qui est désormais vaincu, doit se résoudre à la paix, qu’il accepte part l’entremise du traité de Tilsitt, le 7 juillet 1807, auquel, intérieurement, la Prusse, dépecée, ne peut se résigner.

La Prusse écrasée, la Russie vaincue, le Royaume-Uni ne renonce naturellement pas. Il bombarde même Copenhague pour intimider le roi Gustave IV, mais le Danemark se range malgré tout du côté français. À marches forcées par les troupes de Junot, qui prennent Lisbonne le 30 novembre 1807, il contraint aussi Napoléon à occuper le Portugal qui pactisait avec les Britanniques. Pour sa part, le Pape, Pie VII, refuse de se soumettre et  déclare: « Dieu et le monde nous feront justice contre les procédés de l’Empereur, quels qu’ils puissent être ». Mais lorsque la fortune aura été contraire aux Bonaparte après 1815, Pie VII, peu rancunier, abritera dans ses États presque toute la famille de Napoléon.

En 1808, Napoléon se croit proche du but. Il rassemble en effet des territoires et des forces si impressionnantes qu’il peut espérer que ses adversaires finiront par se soumettre, y compris  les Anglais qui continuent à lui infliger des coups d’épingle depuis leur île inexpugnable.

Il règne en effet sur une France de huit cent mille kilomètres carrés, composée de 130 départements qui s’étendent de Bayonne à Hambourg et à Rome, en passant par Mayence. Les royaumes de Hollande, de Westphalie, d’Italie, la Confédération du Rhin, la Suisse, les grands duchés de Berg et de Varsovie, l’Espagne et le Portugal sont ses vassaux. Il lui reste à vaincre le Royaume-Uni et à s’entendre avec la Russie.

Il commence l’année en donnant l’ordre, le 10 janvier, d’occuper Rome. Puis il s’engage résolument dans le guêpier espagnol ; provoquant la révolte armée de toute l’Espagne. Il y est en effet poussé par Talleyrand qui veut détrôner les Bourbons d’Espagne. C’est ainsi qu’il se mêle du conflit dynastique entre le roi d’Espagne, Charles IV et son fils Ferdinand VII. Sur fond des violentes émeutes du Tres de Mayo à Madrid durement réprimées par Murat, le drame dynastique orchestré par Napoléon se joue à Bayonne.  Ferdinand y renonce à la couronne et Charles IV abdique et confie la couronne d’Espagne à l’Empereur, qui imagine une Constitution pour l’Espagne destinée à la « régénérer ». Élaborée par une partie des Cortès convoqués à Bayonne entre le 15 juin et le 8 juillet 1808, elle prévoit l’abolition de la torture et de l’Inquisition. Le pouvoir est tout entier entre les mains du pouvoir exécutif incarné par le roi. Elle accorde à la religion catholique le statut de religion d’État.

 

C’est une Constitution très libérale, mais il reste que les Espagnols ne voulaient pas d’un pouvoir organisé par Napoléon.

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APRÉS L'ORAGE

3 Juin 2015 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

APRÉS L'ORAGE

APRÉS L'ORAGE, LE CIEL S'ÉCLAIRCIT

 

La fin de l’année 1976 et le début 1977 me conduisirent au bord du trépas. Par contraste, mais pas par hasard, la suite de l’année fut explosive.

 

On se souvient que j’avais fracassé ma voiture contre un bulldozer en septembre 1976. En attendant de recevoir le véhicule neuf que j’avais commandé, j’avais acheté d’occasion une nième Dyane 6, avec laquelle je partis, curieuse idée, fêter le nouvel an à Budapest, accompagné de trois autres personnes. Vous trouverez le récit de cet épisode et de ses suites inattendues dans pas moins de cinq blogs publiés en 2014 et respectivement intitulés :

La foudre

Échec et presque mat

Le temps de la révolte et de l’oubli

De la compassion comme procédé électoral

Giscard et le zek.

Je n’y reviendrais donc pas, sauf pour signaler que cet accident médical et ses conséquences me mirent hors d’état de travailler sur ma thèse ou sur tout autre sujet durant trois mois. Ce premier trimestre 1977 fut d’ailleurs la seule période des quarante deux années de ma vie universitaire pendant laquelle je bénéficiais d’un congé maladie.

En pratique ce trimestre de congé ne dura que deux mois car j’étais élu conseiller municipal de Puget-Théniers en mars 1977 avant d’être invité à l’Élysée et de présenter à Bruxelles, dans le cadre de l’EIASM (European Institute for Advanced Studies in Management) un travail de recherche écrit par Kristian Palda et moi-même, intitulé An Unidimensional Product Quality Index for Marketing Mix and R.D. Budget Optimization. Je présentais ce papier à nouveau en mai 1977 devant notre séminaire local, feu le CERME.

Lorsque je repris officiellement mes activités universitaires en avril 1977, je me retrouvais quasiment réduit à l’inactivité, mes cours ayant été redistribués en janvier alors que mes collègues s’attendaient à mon décès imminent.

Ce qui fit que je me retrouvais seul face à ma thèse à achever. Enfin, à achever, j’exagère, l’expression tendant à sous-estimer le travail encore à faire puisque je n’avais écris que deux cent pages sur les  six cent deux pages du manuscrit définitif!

Toutefois, ce mois d’avril 1977 me vit enfin basculer du côté blanc de la Force. Mon sujet était clairement défini, j’avais les outils scientifiques en main et je disposais de tout mon temps, du moins jusqu’à la fin septembre 1977.

Il fallait, sans plus lambiner, écrire, écrire, écrire. Aussi me résignais-je progressivement à consacrer mon temps à la culture exclusive de la thèse, ce qui étais si fortement contraire à ma nature. Je ne savais pas que j’allais, par réaction, m’y immerger totalement. 

Encore que Jean Touscoz, le Président de l’Université de Nice, me demandait au printemps 1977 de prendre la responsabilité du Cepun, que j’assurais ensuite durant deux ans et que j’ai conté dans cinq blogs également publiés en 2014 :

Coup d’épée dans l’eau du Cepun

Rentier au Cepun

Lutter contre l’inertie au Cepun

À force de succès au Cepun…

…Comment échouer au Cepun !

De plus, en été, je faisais avec ma future épouse un grand circuit nord européen qui nous conduisait de la Grande-Bretagne à la Scandinavie. Comme on peut le constater cette année 1977 a été particulièrement riche en évènements, puisque je lui ai déjà consacré dix blogs, avant ce dernier !

 

Du point de vue de la thèse, l’année 1978 a été tout aussi riche puisque c’est la période pendant laquelle je l’ai enfin achevée sinon soutenue, il ne s’en est fallu que de deux jours, deux jours déterminants pour mon avenir, on le verra.

 

À SUIVRE

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