Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog d'André Boyer

LA FUITE EN AVANT

31 Mai 2015 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LA FUITE EN AVANT

SOMBRE REPRÉSENTATION DE LA BATAILLE NAVALE FATALE

 

À partir de mai 1803, inexorablement, Napoléon Bonaparte conduit la France à sa perte, par le chemin aventureux et glorieux qui est le sien. C’est ce qui pendait au nez de la France depuis que ses dirigeants, fous d’orgueil, avaient commencé à déclarer la guerre à l’Europe entière le 20 avril 1792. La chute de Napoléon est donc programmée depuis cette date.

 

En 1803, une fois la paix d’Amiens rompue par le rejet par la France de l’ultimatum anglais, l’Angleterre met l’embargo sur les navires français et hollandais. Les sujets britanniques présents sur le sol français sont arrêtés. Les marchandises anglaises sont prohibées en France. Le Hanovre, possession anglaise, est occupé et remis à la Prusse. Napoléon cherche ensuite à envahir l’Angleterre en organisant une opération de diversion navale. Mais il échoue dans sa tentative de débarquement  lorsque, à Trafalgar, la flotte de Villeneuve est définitivement battue par celle de Nelson le 21 octobre 1805.

En 1805 justement, le 8 avril précisément, les Russes se joignent au Royaume-Uni en signant une convention ayant pour but de ramener la France à ses frontières de 1789, une convention à laquelle l’Autriche adhère un mois plus tard. L’Autriche était pourtant réticente dans un premier temps, d’autant plus qu’elle avait même reconnu l'Empire français. La création d’un royaume d’Italie satellite de l'Empire français, et l'annexion de la République Ligurienne provoquent son revirement. La Suède de Gustave IV rejoint la coalition le 30 octobre 1805.

Les buts de guerre des alliés sont bien résumés le 5 août 1805, par le diplomate russe Voronzof et ils expliquent parfaitement la défaite programmée de Napoléon : « Quant au motif et à la justice d’une coalition contre Bonaparte, elle ne peut être reconnue que comme juste et nécessaire par ses infractions des traités d’Amiens et de Lunéville, sa royauté de l’Italie, l’usurpation de Gènes, et enfin tout ce qu’on peut attendre de son audace et de la puissance énorme et gigantesque qu’il s’est formée et qui menace toute l’Europe. »

Les alliés débarquent à Naples, qui se joint aussitôt aux alliés. En réponse, Napoléon parvient in extremis à obtenir la neutralité de la Prusse et remporte surtout l’éclatante victoire militaire d’Austerlitz sur la coalition austro russe, le 2 décembre 1805.

L’Autriche est contrainte de signer le traité de Presbourg qui l’ampute de quatre millions de sujets. Elle perd la Vénétie, l’Istrie, la Dalmatie, cédées au royaume d’Italie et ses possessions allemandes qui reviennent à la Bavière et au Wurtemberg. De plus, elle paye une indemnité de guerre de 50 millions de florins.

Mais le match continue.

En 1806, Masséna, le génie militaire niçois pilleur d’œuvres d’art, entre à Naples, tandis que les Anglais déclarent en état de blocus tous les ports de l’Elbe à Brest.

Napoléon poursuit sa fuite en avant en faisant de la République Batave un royaume satellite et en suscitant la création de la Confédération du Rhin qui met fin au Saint Empire Romain Germanique. Naturellement, il se fait nommer protecteur de la Confédération qu’il lie par un traité d’alliance à la France,

C’est le moment où la paix semble encore possible, pour la dernière fois avant l’effondrement de l’Empire Républicain Français.

Un projet de traité de paix est élaboré entre Russes et Français. Les Anglais sont également prêts à un accord qui semble convenir à Napoléon, lorsque, le 7 août 1806, Lord Lauderdale propose que l’Angleterre garde Malte, les colonies et récupère le Hanovre. La Sicile serait cédée à Joseph Bonaparte et l’ancien roi de Naples serait indemnisé.  

C’est alors que la Prusse introduit le grain de sable fatal : inquiète de la création de la Confédération du Rhin, elle se refuse à rendre le Hanovre que Napoléon lui a abandonné trois ans plus tôt.

 

Bloquant le projet de paix, elle ne peut que se joindre, par compensation, à la quatrième coalition qui rassemble autour du Royaume-Uni et de la Russie, la Saxe et la Suède.

 

 

Lire la suite

LE MANAGEMENT ET LA FIN DE L'AUTORITÉ

27 Mai 2015 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

LE MANAGEMENT ET LA FIN DE L'AUTORITÉ

LA FIN OU LA MUTATION DE L'AUTORITÉ

 

Au risque de lasser mes lecteurs, j’ai consacré pas moins de neuf blogs à traiter de la question du management sans chefs. Venons en donc désormais au management avec des chefs.

 

Nous avons pu constater que, si ce management sans chefs existait en pratique, notamment au travers des coopératives, il était loin d’être majoritaire dans les organisations privées comme publiques. Dans la plupart des cas, le management fait appel à des chefs, même si l’être humain répugne naturellement à obéir à ses semblables.

Cette répugnance a même tendance à s’accroître, si l’on en croit l’opinion commune. En France, on invoque les effets de mai 1968 qui auraient sapé les fondements de l’autorité. Ailleurs, il s’est passé des évènements semblables quoique plus souterrains, qui font écrire que l’on constate la fin de l’autorité.

Dès que ce sujet est soulevé, on n’échappe pas à l’œuvre d’Hannah Arendt qui explique cette fin par la dynamique égalitaire à l’œuvre dans les démocraties et par l’exclusion hors du champ politique des références transcendantes sur lesquelles elle était fondée.

Il semblerait que les conséquences de cette évolution apparaissent de plus en plus clairement dans les difficultés rencontrées par les différents pouvoirs à l’œuvre dans nos sociétés. Souvent les auteurs qui s’y référent semblent regretter cette fin de l’autorité et cherchent les moyens de la rétablir.

Il semblerait que la dynamique égalitaire est concomitante à la disparition de l’autorité et invoquent Alexis de Tocqueville qui craignait l’exercice du pouvoir par les « faibles » : « Le développement d’une forme totalitaire nouvelle de gouvernement a eu pour arrière-fond un effondrement plus ou moins général, plus ou moins dramatique, de toutes les autorités traditionnelles » (De la démocratie en Amérique). Nietzsche faisait la même constatation désolée quant au pouvoir croissant des « faibles » sur les « forts » (voir la série des blogs que je lui ai consacré).

Il faudrait donc sauver l’autorité.

On peut accepter ce postulat, sans oublier toutefois que le management sans autorité reste possible. Quant à l’autorité, son origine prête à débat, de Max Weber à  Hannah Arendt. En France, le philosophe Alain Renaut a consacré tout un essai à la fin de l’autorité (2004). Pour lui, suivant le raisonnement d’Hannah Arendt, l’évolution vers l’égalité démocratique a provoqué la fin du pouvoir, en faisant disparaître les références transcendantes dans lesquelles l’autorité trouvait sa justification. Il s’agit dés lors de trouver un moyen qui  permette l’exercice d’un pouvoir démocratique compatible avec la fin de l’autorité.

En d’autres termes, l’autorité semble nécessaire pour faire fonctionner les organisations mais il reste à trouver les moyens de l’exercer alors que, justement, elle a disparu : ce paradoxe a laissé le philosophe lui-même perplexe !

Du coup, il en est revenu aux antécédents du problème : faut-il prendre acte de la fin de l’autorité, en la considérant comme un progrès permettant plus d’égalité, ou considérer que l’autorité doit être restaurée, car sa disparition empêcherait d’agir dans l’intérêt de la collectivité ?

Si l’autorité est absente, il ne reste plus à celui qui est responsable d’une organisation qu’à justifier sa décision en présentant l’analyse de l’information disponible et en appliquant un texte réglementaire. Réciproquement, se crée l’exigence de voir toute décision argumentée de façon incontestable en fonction des informations présentées, des règlements en vigueur et des décisions antérieures.

En résumé, l’absence d’autorité implique au préalable l’égalité entre les acteurs. On voit que les enjeux de l’existence ou de l’absence de l’autorité sont considérables pour le management des organisations.

 

Avant d’aller plus avant dans les redoutables conséquences de disparition de l’autorité pour le management des organisations, est-il nécessaire d’examiner en quoi, précisément, l’autorité a disparu ou si elle a simplement changé de forme.

 

 

 

 

Lire la suite

LA RÉPUBLIQUE DIRIGÉE PAR UN EMPEREUR

23 Mai 2015 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LA RÉPUBLIQUE DIRIGÉE PAR UN EMPEREUR

NAPOLEON BONAPARTE SUR SON TRÔNE IMPÉRIAL, PAR INGRES.

 

Bien décidé à s’installer comme un roi en République, Bonaparte installe une cour aux Tuileries, assiste à la messe tous les dimanches dans sa chapelle et voyage en province.

 

Le 27 mars 1804, le Sénat finit par optempérer en invitant Bonaparte à « rendre son ouvrage immortel comme sa gloire », ce qui se traduit le 18 mai 1804 par une nouvelle Constitution de la République, dite de l’an XII, approuvée » par 3521675 « oui » contre 2579 « non » le 2 août 1804.

Les deux premiers articles de cette constitution disent l’essentiel :

Article premier : Le gouvernement de la République est confié à un empereur, qui prend le titre d'Empereur des Français.

Article II : Napoléon Bonaparte, premier consul actuel de la République, est empereur des Français.

La république n’est pas abrogée, elle a simplement un empereur à sa tête ! Quant à la constitution, elle est déjà la sixième de la Première République, parmi les seize constitutions que compte la France depuis la première constitution de 1791.

Le 2 décembre 1804, Napoléon se couronne lui-même empereur, prêtant un serment par lequel il s’engage à maintenir l’égalité civile, la liberté politique et… les ventes de biens nationaux. Louis XVIII réplique deux jours plus tard en s’engageant, lorsqu’il retrouvera son trône, à respecter la liberté, l’égalité et toutes les propriétés, y compris nationales. Le droit de propriété est alors au centre des débats…

La fin du régime est désormais programmée, au terme d’une folle course en avant.

Le régime a neuf ans et demi à vivre. Si ce n’était le génie militaire de Napoléon et la difficulté organique de coordonner les actions d’une coalition militaire périphérique, son régime aurait duré beaucoup moins longtemps.

On peut classiquement regarder l’action de Napoléon comme une épopée, écourtée par des erreurs stratégiques telles que l’occupation de l’Espagne et l’invasion de la Russie.

On peut également la comprendre, d’un point de vue plus réaliste à mon sens, comme l’agonie programmée d’un système politique qui ne se survit onze années qu’à coups d’exploits militaires, avec des conséquences tragiques pour la France et l’Europe. Car, on le sait, Napoléon pilote non seulement l’Empire mais toute une série d’États satellites, avec sur les bras le conflit avec le Royaume-Uni qui s’est rouvert, comme on le sait, depuis le mois de mai 1803.

Bonaparte a en effet été élu à la tête de la République italienne, nommé médiateur de la Confédération helvétique, choisi comme suzerain de la République batave, et reste l’inspirateur des décisions de la Diète germanique. Il a signé des traités de commerce avec Naples, l’Espagne, la Russie, le Portugal et la Turquie. Il est également actif dans le domaine colonial, notamment à Saint-Domingue.

 

La mécanique est désormais en marche qui réduira à néant, année après année, les efforts surhumains de Napoléon et de ses soldats pour conserver l’Empire, trop grand, trop hétérogène, trop autocratique. 

Lire la suite

L'INUTILE IMPOSTURE DE LA MAISON DES ESCLAVES

20 Mai 2015 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

L'INUTILE IMPOSTURE DE LA MAISON DES ESCLAVES

LA PORTE FATALE

Vous avez peut-être visité la « Maison des Esclaves » à Gorée, une île à proximité de Dakar. En tout cas, de très nombreuses personnalités s’y sont rendues et ont versé une larme en écoutant le discours de son conservateur, Joseph N’Diaye, aujourd’hui décédé. 

Voici ce qu’il contait à ses visiteurs à travers une mise en scène alliant parole, geste et démonstration à l’aide de chaînes en fer censées reconstituer celles des esclaves:

« Cette maison est la dernière esclaverie en date à Gorée. Au rez-de-chaussée se trouvaient les cellules séparées pour les hommes, les femmes et les enfants. Dans celles réservées aux hommes, faisant chacune 2,60 m sur 2,60 m, on mettait jusqu’à 15 à 20 personnes, assises le dos contre le mur, des chaînes les maintenant au cou et aux bras. »

« On ne les libérait qu'une fois par jour afin de leur permettre de satisfaire leurs besoins. Ils y vivaient dans un état d'hygiène insupportable car l'effectif dans cette maison se situait  entre 150 à 200 esclaves. L'attente de départ durait parfois près de trois mois, ces esclaves  étant transportés par voilier. »

« Tous partaient vers les Amériques, mais le pays de destination dépendait des besoins des acquéreurs, le père pouvait partir en Louisiane, la mère au Brésil et l'enfant aux Antilles. Ils partaient de Gorée sous des numéros de matricule et jamais sous leurs noms africains… »

À ce moment du récit, le regard du visiteur était attiré par une ouverture lumineuse au milieu du couloir central, donnant de plain pied sur la côte rocheuse. Joseph N’Diaye poussait son avantage : «  Regardez cette porte, c’est de là que les esclaves embarquaient pour une vie de souffrances dans le Nouveau Monde, dont beaucoup mourraient en mer, encadrés par des gardiens armés au cas où ils auraient tenté de s’évader… »

Jusqu’à sa mort en 2009, Joseph N’Diaye a fait ce récit plusieurs fois par jour, devant des visiteurs souvent illustres ou devant des classes de collégiens. Il a été invité dans le monde entier. Un timbre français consacré à la Maison des Esclaves a été émis en 1980 dans la série « Patrimoine mondial ». En 1990, la « Maison des Esclaves » a été restaurée avec l'aide de l'UNESCO et l'organisation onusienne est allée jusqu'à la qualifier de « centre historique du commerce triangulaire», la désignant comme « un lieu hautement symbolique de l'histoire des peuples ».

Symbolique en effet, car tous les faits décrits par Joseph N’Diaye sont purement imaginaires.

Pourtant d’innombrables personnalités ont fait et font encore le pèlerinage jusqu’à la « maison des esclaves ». Citons, entre autres, Abdoulaye Wade, Abdou Diouf, les présidents Omar Bongo, Houphouët-Boigny, Lula, François Mitterrand, Jimmy Carter, Bill Clinton et George Bush, Henry Kissinger, l'impératrice Farah Diba et sa mère, le roi Baudouin et la reine Fabiola, Michel Rocard, Jean Lecanuet, Lionel Jospin, Régis Debray, Roger Garaudy, Harlem Désir, Bettino Craxi, Nelson Mandela, Jesse Jackson, Hillary Clinton et sa fille, Breyten Breytenbach, les chanteurs James Brown et Jimmy Cliff, la famille Obama…

Ce pince sans rire de Léopold Senghor avait pressenti un tel engouement lorsque, dès 1967, il remercia le « conservateur » Joseph Ndiaye pour son éloquence et sa « contribution efficace au développement culturel et touristique du Sénégal».

Mais Joseph Ndiaye n’a pas tous les torts. L’histoire de la porte date des années 1930, colportée par le Guide de Robert Gaffiot qui indiquait déjà que « L’extrémité du couloir donne sur la mer : le « négrier » avait ainsi toute facilité pour faire disparaître les cadavres de ceux qui ne pouvaient subir jusqu’au bout le supplice de cette vie atroce » (La fabrication du Patrimoine : l’exemple de Gorée (Sénégal), In Situ, Revue des Patrimoines, 20/2013, 8).

Or la « Maison des esclaves » a été construite en 1783 par Nicolas Pépin, le frère de la métisse (ou signare) Anne Pépin, elle-même maîtresse du Chevalier de Boufflers. Dans les appartements et les bureaux de l’étage, les habitants de cette demeure bourgeoise se préoccupaient du négoce de la gomme arabique, de l’ivoire ou de l’or, pas d’expédier par la mer leurs domestiques et surtout pas par la célèbre porte qui ne donne que sur des rochers impropres à l’accostage de quelques navires que ce soit.

Ils entraient évidemment dans le petit port et l« esclaverie » de Gorée, par ailleurs peu importante, a bien existé à Gorée mais elle est située ailleurs sur l’île. Il existe bien des lieux symboliques de la traite négrière au Sénégal, Saint-Louis, Podor, Saint-Joseph de Galam, Saint-Pierre, Rufisque, Portudal, Porto-Novo, Point Sarène, Joal, Palmarin, Saloum, Albréda, Ziguinchor, sans être dans l’obligation de célébrer leur mémoire dans une fausse « maison des esclaves ».

 

Six ans après le décès de Joseph N’Diaye, il serait temps de tirer un trait sur les récits du griot, pour repartir de la vérité, en partant par exemple du Musée de la femme qui existe déjà, pour créer  un vrai musée de la traite négrière fondé sur des faits avérés. L’économie comme la dignité du Sénégal ne s’en trouveront que mieux. 

 

Lire la suite

LE POUVOIR, TOUT LE POUVOIR

16 Mai 2015 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LE POUVOIR, TOUT LE POUVOIR

LE PREMIER CONSUL, DÉJA IMPÉRIEUX

 

 

En raison de l'agressivité de la politique extérieure menée par Bonaparte, le Royaume-Uni considéra que sa priorité stratégique consistait à faire plier la France. Il refusa d'évacuer Malte et commença à réarmer et comme Bonaparte ne disposait pas des moyens maritimes pour faire capituler l’Angleterre, Il fut condamné à faire la guerre au Royaume-Uni jusqu’à ce qu’il soit chassé du pouvoir. 

 

Dans le domaine politique, Bonaparte dut faire face à trois oppositions, jacobine, royaliste et libérale.

Les jacobins n’étaient naturellement pas favorables au Coup d’État du 18 Brumaire mais Bonaparte restait l’un des leurs; il fit taire les opposants les plus farouches tout en cherchant à rallier le plus grand nombre. 

Entre janvier 1800 et juin 1802, le Consulat procéda à la suppression de 60 des 73 journaux politiques paraissant à Paris et fit interdiction d’en créer de  nouveaux en y ajoutant la mise en place de la censure de la presse par le ministre de la police, Fouché. On voit là le souci de contrôler étroitement la communication politique qui a été l'un des outils principaux du pouvoir de Bonaparte. En outre, il fit arrêter et exécuter plusieurs jacobins à la suite de « la conspiration des poignards » et en fit déporter 68. Il fit enfin arrêter le général Simon, chef d’état-major de Bernadotte, qui appelait à renverser le tyran. Bernadotte le vengea bien par la suite.

Les royalistes tenaient l’Ouest ; Bonaparte engagea des pourparlers avec eux, ce qui leur fit espérer que le Premier Consul pourrait se laisser convaincre de restaurer la monarchie. Lorsqu’ils comprirent leur erreur, ils essayèrent d’éliminer Bonaparte qui répliqua par une intense répression policière. Par exemple, le 18 janvier 1800, il fit exécuter deux rebelles vendéens, le marquis de Frotté et son jeune aide de camp, le chevalier Toustain.

Une opposition républicaine libérale se constitua également pour résister au Concordat ou à la création de la Légion d'Honneur qui, selon Bonaparte, devait constituer une méritocratie adossée à « ce puissant ressort de l’honneur qui tient si puissamment à la nation française". Cette méritocratie sera clairement militaire, à juste titre compte tenu du rôle prépondérant de l’armée dans l’action de l’État jusqu’en 1814 : elle concernera 30500 militaires pour 1500 civils.

L’opposition républicaine libérale percevait la Légion d’Honneur comme l’institution d’une nouvelle noblesse et cette opposition n’était pas négligeable puisqu’elle parvint à réunir le 19 mai 1802, autour de députés comme Benjamin Constant, 36 tribuns sur 92 et 110 législateurs sur 276 pour voter contre l’institution de la Légion d’Honneur. Bonaparte y répondît en évinçant les députés hostiles du Corps législatif et du Tribunat et en divisant ce dernier en trois sections.

Pour parfaire son contrôle du système politique français, Bonaparte décida de lui donner un caractère dynastique. Le Tribunat et le Corps Législatif penchaient pour un mandat de dix ans, tandis que le Sénat « souhaitait» un Consulat à vie.

Les débats eurent lieu en mai 2002, qui vit Fouché conduire l’offensive contre le mandat à vie. Le 6 mai 1802, le Tribunal ratifie dans l’enthousiasme le traité d’Amiens, et en profite, inspiré par Bonaparte, pour proposer au Sénat de donner au consul une preuve de la gratitude nationale. Toutefois les sénateurs, influencés par Fouché, se contentent de voter par anticipation la prorogation du mandat consulaire pour dix ans, sans accorder la magistrature à vie.

Déçu et irrité Bonaparte décide d’en appeler au peuple. Le Conseil d’Etat formule les questions qui seront posées : l’une concerne la magistrature à vie, la seconde donne au Premier consul la possibilité de désigner son successeur. Bonaparte ne retient que la première proposition : « Napoléon Bonaparte sera-t-il consul à vie ? » Le peuple se prononce en sa faveur par 3 500 000 voix contre 8 374. Le 2 août, le Sénat entérine le plébiscite et nomme Bonaparte consul à vie.

Celui-ci conforte sa position en modifiant la Constitution de l’an VIII. Ratifiée par le Sénat dès le 4 août, la Constitution de l’an X le crédite de nouveaux pouvoirs. Le Tribunat, par ailleurs réduit à cinquante membres, comme le Corps législatif sont soumis à la dissolution du Sénat.

Cette dernière assemblée, apparemment favorisée par les nouvelles institutions, est sous la tutelle du Premier consul. Si trois consuls à vie occupent toujours le sommet de l’exécutif, c’est à Bonaparte que reviennent les décisions importantes. Il peut nommer son successeur, possède le droit de grâce et l’initiative des sénatus-consultes, ratifie les traités et choisit les députés parmi les collèges électoraux dont il nomme le président.

 

Cette réforme de la Constitution consacre la toute-puissance de Bonaparte y compris la faculté de désigner son successeur qui ouvre évidemment la voie à un régime dynastique.

Lire la suite

LES INSOUCIANCES D'UN AUTOMNE HEUREUX

7 Mai 2015 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

LES INSOUCIANCES D'UN AUTOMNE HEUREUX

AUTOMNE 1977 DANS LES ALPES DU SUD

 

Les vacances de l’été 1976 furent mises à profit, en partie, pour rédiger la deuxième version de la thèse qui se mit à avancer à un train que l’on pourrait appeler de sénateur.

 

À l’automne, un peu avant la rentrée universitaire qui avait lieu un bon mois plus tard qu’aujourd’hui, je me rendis à Villars-Colmars, dans les Alpes, afin d’avancer ma thèse dans l’ambiance paisible de l’arrière saison. Malheureusement, un incident sans effet fâcheux immédiat allait entraîner une conséquence dramatique trois mois plus tard, qui allait encore retarder l’avancement de ma thèse : en descendant la Colle Saint-Michel au volant de ma GS Citroën, je me retrouvais face à un bulldozer que je percutais de face. La GS était réduite à l’état d’épave, mais je n’étais ni blessé ni responsable de l’accident et je réussissais malgré tout à m’installer dans le chalet familial pour écrire, alternant travail intellectuel et tennis.

L’idéal.

Puis je regagnais Nice pour la rentrée de l’IAE, désormais prise en main par Jacques Lebraty, tandis que Xavier Boisselier, après une aventure rocambolesque, prenait la direction de l’IUT de Nice. De mon côté, je continuais à diriger l’Université du Troisième Âge qui connaissait un succès croissant et qui faisait des émules dans toute la France. Naturellement cette direction, qui s’ajoutait à mes cours, réduisait d’autant le temps disponible pour la thèse et plus grave encore, écartelait mes préoccupations entre l’écriture et le management.

Or, rien n’est plus contradictoire pour l’esprit que de devoir concurremment concentrer ses pensées dans l’écriture par définition loin de toutes les préoccupations extérieures et manager une organisation qui suppose au contraire d’être attentif aux événements qui la concerne tout en utilisant son énergie pour faire agir les autres. Aussi, lorsque je rencontre des managers qui souhaitent faire une thèse, je m’empresse de leur indiquer que, s’ils ne disposent pas de vingt heures libres par semaine, il ne faut guère y songer…

Si bien, qu’instruit de ma propre expérience, je suis toujours inquiet lorsque des doctorants acceptent des responsabilités administratives ou se chargent de cours. Heureusement, l’administration y a remédié par une avalanche de réglementations qui limitent désormais l’activité des doctorants. Encore que, prise de remords, elle s’est empressée de remplacer les activités rémunérées qui empêchaient les doctorants d’écrire leur thèse par l’obligation d’assister à des séminaires non rémunérés sur des sujets aussi passionnants qu’éloignés de leurs préoccupations. Elle y a même ajouté la nécessité de produire d’interminables rapports, dont il est inutile de préciser qu’ils ne servent à rien. Le résultat est curieux. Hier les doctorants prenaient eux-mêmes le risque d’être détourné de leur thèse par l’appât du gain et l’envie de rester dans le monde. Aujourd’hui l’administration française les contraint à distraire une forte partie de leur temps disponible pour remplir des obligations paperassières et conférencières inutiles, voire nuisibles. 

En décembre 1976, j’utilisais les « rebuts » de ma thèse première version pour publier un article dans la revue maison, la Revue d'Économie et de Gestion, sur les « Théories Comportements et choix d'un modèle de Firme ». Je partais aussi en congrès en Suède, après avoir provoqué l’effroi financier du nouveau directeur de l’IAE de Nice qui prétendait répartir un budget annuel de déplacement de cinquante mille francs pour les colloques entre tous les enseignants, alors que l’expérience passée m’avait montré que cette somme était à peine suffisante pour mes propres déplacements ! Heureux temps !

De ce congrès, organisé dans la campagne au sud de Stockholm à la fin de l’automne par le patronat suédois, je retins la très forte expertise des Suédois dans le domaine du marketing industriel et l’aspect magique de la silencieuse forêt suédoise enneigée et éclairée par la lune dés 17 heures, voire 16 heures, où l’on n’entendait que le craquement de la neige sous ses pas…

 

À cet automne heureux allait succéder un hiver tragique.

Lire la suite

GOOD KILL

3 Mai 2015 , Rédigé par André Boyer Publié dans #CULTURE

GOOD KILL

GOOD KILL OU BAD MURDER?

 

Hier soir, nous sommes allés voir le film Good Kill.

 

Je ne vais pas en profiter pour faire de ce blog une critique cinématographique dans la mesure où la valeur artistique, assez moyenne à mon avis, de ce film ne m’intéresse pas.

Certes, le réalisateur Andrew Nicoll est bien connu. Il a déjà réalisé Bienvenue à Gattaca en 1997, Lord of War en 2005. Les acteurs sont de qualité, que ce soient Ethan Hawke, Bruce Greenwood, Zoë Kravitz ou January Jones, mais la dramaturgie du film est simple : un aviateur qui se retrouve derrière une console pour tuer à distance des « ennemis » qui lui sont désignés par la CIA. Alors, cela  engendre chez lui un état dépressif, tout d’abord parce qu’il ne vole plus et qu’il réalise, assez lentement à mon avis, qu’il est tout simplement en train de commettre des assassinats sur commande. Du coup, il boit et son ménage va mal.

On le comprend mais à sa place j’aurai simplement refusé de faire ce boulot, ce qui évidemment aurait réduit la durée du film !

L’intérêt du film est tout d’abord visuel. Le spectateur est éberlué par la qualité des images dont disposent les opérateurs militaires, installés dans des containers climatisés au milieu d’une base aérienne proche de Las Vegas, images grâce auxquelles ils peuvent suivre tous les faits et gestes, voire les expressions, des personnes qu’ils observent et qu’ils vont le plus souvent assassiner en quelques secondes, dix secondes s’écoulant exactement entre la décision de tuer et la mort.

Une fois cette prise de conscience opérée, c’est l’indignation qui m’a suffoqué. Voilà des gens, avec leurs états d’âme c’est entendu, qui assassinent leurs prochains qu’ils voient, circonstance aggravante, mourir sous leurs yeux, simplement parce qu’un bureaucrate quelconque de la CIA installé à Langley, Virginie (très beau la Virginie, très vert, très calme) a décidé que ces gens étaient des ennemis des USA, qu’ils représentaient un danger « immédiat » pour la « sécurité » du « peuple » américain !

Je mets tous ces mots entre guillemets parce qu’ils se discutent tous et que la question est là, dans le prétexte et l’arbitraire que ces mots charrient.

Alors, on peut s’intéresser aux états d’âme de l’assassin, mais c’est regarder le doigt qui montre la lune. C’est l’assassinat qu’il faut scruter. De quel droit, ces gens décident de tuer d’autres gens ? Dans le film, l’adjointe du commandant a une remarque de bon sens, avant de démissionner : « ce que vous faites, c’est sans fin ». Vous tuez des gens dont les proches vont chercher à se venger et que vous allez tuer aussi, provoquant de nouvelles vengeances. Où allez vous, les assassins ? Droit dans la haine, l’absurde, la mort.

Bravo le système américain. Et il va être dur à détruire, car lorsque le commandant sabote un ordre monstrueux (tirer sur les gens qui viennent dégager les corps), son supérieur le menace d’une enquête impitoyable de la CIA. On comprend bien que ces salauds qui sont directement impliqués dans ces assassinats feront tout pour ne pas être mis en accusation. Voyez leur acharnement contre Edward Snowden qui a révélé les pratiques d’espionnage massif et tous azimuts de l’administration américaine.

Que pouvons nous faire en France ? Sortir de l’Otan évidemment, mais pas facilement, après que Sarkozy nous y ait stupidement réintégré en 2009. Car les assassins dissimulés feront leur possible pour nous en empêcher et pour neutraliser ceux qui s’y risqueront, comme ils le feront pour tous ceux qui dénoncent leurs crimes.

 

Heureusement pour lui, Andrew Nicoll est célèbre, il a l’excuse de la création artistique et il est américain. Sinon, avoir commis ce film serait une raison bien suffisante pour que la CIA lui envoie un missile depuis un drone…

 

 

Lire la suite