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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 16:25
Victoire militaire et défaite diplomatique

LA PRISE DU FORT DE MALAKOFF EN SEPTEMBRE 1855, PAR HORACE VERNET

 

 

Le 8 septembre 1855, après deux mois de bombardements incessants et une préparation d'artillerie de trois jours, les Français et les Anglais reprenaient l'offensive à Sébastopol.

 

Après cinq heures de lutte corps à corps, les zouaves du général Mac-Mahon se distinguaient encore en s'emparant de haute lutte du fort de Malakoff. À cette occasion, Mac-Mahon répondit à la question d'un officier anglais par cette expression fameuse : « Dites à votre général que j'y suis et que j'y reste ».

La prise de Malakoff menaçant d’encerclement total la place forte, Gortchakov, tout en refusant de capituler, fit évacuer Sébastopol en passant de nuit sur un pont jeté sur la rade. Les magasins et les vaisseaux furent incendiés, les fortifications détruites et les troupes franco-anglaises firent leur entrée dans la place le 10 septembre 1855, ce qui permit aux Anglais, toujours pratiques, de raser systématiquement les ports, les docks, les bassins et les casernes de la place forte.

Les Russes s’étaient extraordinairement bien battus mais la prise de Sébastopol constituait un incontestable revers qui contraignit le Tsar Nicolas 1er à signer les conditions préliminaires de paix le 1er février 1856, dont la ratification finale se déroula lors du congrès de Paris, du 28 février au 30 mars 1856.

Cette guerre avait révélé la faiblesse de l’organisation logistique de l’armée française, car la flotte ne disposait pas des moyens nécessaires pour assurer le ravitaillement du corps expéditionnaire et parce que la situation sanitaire des troupes au sol s’était révélée catastrophique : sur les 95.615 morts de l’Armée française en Crimée, 10.240 tombèrent au combat, 10.000 moururent de leurs blessures dans les hôpitaux et les 75.000 autres succombèrent de maladies infectieuses, notamment du typhus et du cholera.

Pourtant, malgré cette impéritie, l’impact de la guerre de Crimée fut considéré comme positif par l'opinion française parce que l’armée française, ayant triomphé de l’armée russe, pouvait être qualifiée de première armée d’Europe! 

C’est pourquoi, le 29 décembre 1855, les quelques divisions revenues de Crimée furent acclamées à Paris. « Ils sont entrés en tenue de campagne, raconte Prosper Mérimée, avec leurs vieilles capotes déchirées, leurs drapeaux en loques et leurs blessés marchant en avant avec les vivandières. Il y a eu une nuée de larmes. Le général Canrobert pouvait à peine se tenir à cheval d’émotion. »

La guerre de Crimée se révéla néanmoins catastrophique pour la France, parce qu’elle était dénuée d’objectif stratégique et que le nombre de morts était très élevé. Les bénéficiaires de la guerre étaient l’Angleterre, la Turquie et l’Autriche, tandis que la France, en dehors de la gloire, n’y gagnait qu’une solide rancune de la part de la Russie, rancune qui la priverait de tout allié lors de la guerre de 1870.

Sur le coup, on se rengorgea de ce que Paris soit la ville du Congrès de la paix, on glosa sur la soi-disant « prépondérance » française en Europe. La France était la plus grande, la plus forte, la plus généreuse, elle seule pratiquait une « juste » politique des nationalités qui visait à donner à chaque peuple un territoire souverain. Ainsi, une fois encore, après la Révolution et l’Empire, la France s’érigeait en arbitre des peuples, alors qu’elle n’était que la servante du "Grand Jeu" britannique.

 

Aussi, la leçon la plus curieuse et la plus instructive de la Guerre de Crimée reste qu'elle n’a toujours pas été retenue par nos dirigeants, puisqu’ils pratiquent exactement la même politique vis à vis de la Russie, un siècle et demi plus tard...

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Published by André Boyer - dans HISTOIRE
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