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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 22:45

 

Dans mon blog du 7 janvier dernier, intitulé « Le droit d’être irrationnel » et consacré à la pensée de Nietzsche, je présentai justement le droit qu’il nous octroyait d’être  irrationnel.   

 

papillon.jpegIrrationnel sans doute, mais pas inactif. Nietzsche  nous incite à foncer sans écouter quiconque : « une fois la décision prise, rester sourd, même aux meilleurs contre arguments, avec la volonté de devenir stupide à cette occasion » (Par delà le bien et le mal, IV, 107).

Il estime en effet, qu’une fois que l’on décide d’agir, il faut concentrer toute sa force vitale dans l’action pour aller au bout des possibles, comme sait le faire le champion.  

Car, si l’on désire exceller dans quoi que ce soit, dans le domaine artistique, scientifique ou sportif, il faut se fermer provisoirement à tout autre centre d’intérêt, se soumettre à des règles strictes et répéter inlassablement les mêmes procédures, comme le pianiste qui s’astreint à des heures de gammes, le scientifique qui corrige sans cesse ses protocoles d’observations ou le nageur et ses infinies longueurs de bassin.

Notre esprit, on le sent, devient plus intuitif, plus affuté, plus subtil et donc plus rapide que notre conscience ne nous le permettrait : que le joueur de tennis essaie donc de calculer son coup de raquette pendant les dixièmes de seconde où la balle arrive sur lui, et il ne fera  que la regarder passer !

Toute cette concentration pour agir au mieux, un esclavage en somme !  C’est ce que pense aussi Nietzsche :

« L’esclavage est, semble t-il, au sens le plus grossier et le plus subtil, le moyen indispensable pour discipliner et élever l’esprit » (Par delà le bien et le mal, V, 188)

Paradoxalement, l’esclavage est en effet la condition nécessaire de la véritable liberté, celle de transcender les limites que l’on s’est imposées. Les contraintes que nous nous infligeons canalisent et concentrent l’énergie dans une sorte de creuset qui donne à l’esprit la force de créer, voire de rompre les digues dans lesquelles il est enfermé : nous ne sommes jamais aussi puissants que lorsque nous agissons sous l’emprise de la nécessité.

Nietzsche note :

« Ce qui est essentiel, c’est que l’on aille longuement dans une seule et même direction. Cela finit toujours par produire quelque chose qui fait que la vie sur terre mérite d’être vécue, que ce soit de la vertu, de l’art,  de la musique, une découverte scientifique, un progrès de la raison, une avancée spirituelle, quelque chose qui nous transfigure, quelque chose de raffiné, d’un peu fou, de divin » (Par delà le bien et le mal, V, 188) 

Cette recommandation, il la traduit par ce curieux aphorisme:

Nous devons apprendre à danser dans nos chaînes.

Car, une fois rejetées les chaînes que l’on nous avait imposées, nous devons trouver notre nécessité intérieure, en d’autres termes nos chaînes personnelles.

Ces chaînes que nous acceptons pour découvrir notre destin, notre passion dominatrice, qui font que nous ne nous contenterons pas d’être ce que nous sommes, mais que nous nous sentirons contraints de DEVENIR ce que nous sommes.

 

C’est ce que le poète grec Pindare voulait exprimer en proposant la maxime « Deviens ce que tu es ».

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