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Le blog d'André Boyer

RAPPORTS DE FORCE (SUITE ET FIN)

5 Juin 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

RAPPORTS DE FORCE (SUITE ET FIN)

Après les caprices des stagiaires et la petite affaire des hôtels, un nouveau bras de fer plus important s’engageait, qui mettait en question le sérieux du programme que la partie française avait organisé.

 

Mon contradicteur, un sociologue algérien, s’interrogeait en effet sur la possibilité d’organiser une formation à Alger avec la coopération de la partie française, alors que cette dernière, en ma personne, n’était pas présente en permanence sur le sol algérien. Il savait bien pourtant que c’était impossible en pratique, sauf à détacher un universitaire français en Algérie, ce que n’avait pas prévu ce programme pour des raisons évidentes de coûts.

Il s’agissait donc d’une question perverse destinée à se faire « mousser » devant le Ministre et une assemblée largement défavorable, du moins officiellement, à tout représentant de la France. Entrant dans ce jeu, je m’efforçais de lui donner la réplique avec un niveau équivalent de perversité.

Côté algérien, la compétition était féroce pour se faire attribuer le rôle de coordonnateur, parce que ce poste était synonyme, non seulement d’une rémunération supplémentaire, mais de nombreux déplacements tous frais payés en France. Le résultat était que mes interlocuteurs étaient différents à chacun de mes passages, ce qui rendait fort difficile le travail de coordination entre nous.

Donc, s’il y avait un problème de coordination entre la partie algérienne et la partie française, la faute en incombait largement plus à l’instabilité des responsables, côté algérien, qu’à ma présence en pointillé en Algérie.

Je me tournais donc vers les organisateurs de la réunion, dont le Ministre, en leur demandant ce qu’étaient devenus les différents coordonnateurs algériens et en m’offrant le luxe cruel de les citer un par un. Évidemment, je n’obtins aucune réponse, simplement un silence gêné. Cet incident se déroula le matin, la réunion se poursuivit sans anicroche jusqu’à la fin, qui survint vers 15 heures 30, compte tenu des horaires confortables qui étaient en vigueur.

Pour clôturer la réunion, le Ministre interrogea formellement la salle pour demander si quelqu’un avait une dernière question à poser. J’en avais une en effet : je revins sur la question que j’avais posé en soulignant que je n’avais toujours pas reçu de réponse quant au pourquoi de ces changements permanents de coordonnateurs algériens. Un silence de mort suivit mon intervention, le Ministre se retira sans mot dire mais j’avais obtenu de passer du rôle d’accusé à celui d’accusateur.

Pour en terminer avec les incidents et les rapports de force, le dernier évènement le plus savoureux se passa à Nice.

Le CNAT avait programmé une réunion, dont la date avait été fixée, pour évaluer les formations. Je demandais de manière routinière un visa au Consulat d’Algérie, situé tout près de chez moi mais j’appris au bout de quelques jours, à mon grand étonnement, que le Consul m’en refusait la délivrance alors que ma mission à Alger était organisée avec son propre gouvernement.

Nullement résigné à ajuster mes activités aux humeurs du Consul, je passais à la controffensive en informant mes trois malheureux doctorants algériens, qui n’y pouvaient rien j’en conviens, que je ne dirigerai plus leurs thèses puisque leur consul me refusait le visa.

Naturellement, ils allèrent se plaindre de cette situation auprès du Consul qui m’invita à le rencontrer. Dans son bureau très cosy, il m’informa que son refus était motivé par un article que j’avais écrit dans Nice-Matin sur les effets négatifs de la bureaucratie algérienne sur l’agriculture, article inspiré par une thèse en cours écrite par un des doctorants algériens. Il me montra la série fournie d’articles que j’avais  publié dans Nice-Matin, car c’était l’époque, révolue, où un universitaire pouvait écrire dans les journaux en précisant que je pouvais écrire sur ce que je voulais, sauf sur l’Algérie.

Jugeant sa déclaration particulièrement arrogante, je lui répondis que, si j’étais un ennemi de l’Algérie, je me rendrais aussitôt après cette réunion au siège de Nice-Matin pour déclarer que le Consul d’Algérie avait l’intention de censurer un professeur de l’Université de Nice. J’ajoutais qu’heureusement je n’étais pas un ennemi de l’Algérie, bien au contraire, puisque je coopérais avec son gouvernement pour le développement du pays.

Cet échange rugueux nous permit de nous comprendre. Il m’offrit du thé à la menthe, sa secrétaire me demanda discrètement mon passeport entre deux tasses et à la fin de l’entrevue, j’obtins mon visa à une vitesse record.

Le risque de ce récit est de laisser croire que ce programme du CNAT ne fut qu’une suite d’incidents. Il n’en fut rien, j’ai évidemment rencontré en Algérie des interlocuteurs charmants, bienveillants et compétents. Mais d’une part, les trains qui arrivent à l’heure n’intéressent personne et d’autre part il existait et il existe toujours avec les autorités algériennes un jeu subtilement pervers où les Français sont censés jouer les coupables et les Algériens les victimes.

J’ai refusé de me prêter à ce jeu, provoquant de la part de la partie algérienne quelques difficultés d’adaptation, encore que leur souplesse d’esprit, leur bienveillance et leur intelligence permirent d’obtenir une coopération plus franche et donc plus efficace.

 

Le contrat de coopération avec le CNAT s’est poursuivi trois ans jusqu’à ce que les violences provoquées par une guerre civile qui s’intensifiait ne nous obligent à rapatrier le programme en France, à Aix en Provence…

 

À SUIVRE

 

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G
coucou c'est Corine Guetti
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A
Merci Corine
A bientôt
André
M
Quelle petaudiere!!!!!!et cela continue.....
Helas
Répondre
A
Oui, cela continue
Bises
André