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Le blog d'André Boyer

histoire

Robespierre vaincu par le tohu-bohu

21 Novembre 2013 Publié dans #HISTOIRE

Le 3 novembre dernier, dans un blog intitulé « Le jour où Cambon terrassa Robespierre », je mettais en scène le combat qui vit Cambon remporter la première manche du combat que Robespierre avait déclenché le 26 juillet 1794.

Nuit 8th-And-9th-Thermidor,-27th-To-28th-July-1794À la fin de la séance de la Convention, le 26 juillet 1794, Robespierre n’a été ouvertement soutenu que par Georges  Couthon*. Le soir, c’est avec ce dernier que Robespierre se rend au club des Jacobins qui lui est largement acquis. C’est encore Couthon qui demande l’exclusion du Club des Jacobins de tous les conventionnels qui ont voté dans l’après-midi contre le discours de Robespierre à la Convention. Une trentaine de députés montagnards sont ainsi exclus du Club sous les coups et les cris « À la guillotine ! ».

Il est vrai que Robespierre n’a pas perdu la partie. Il a pour lui la majorité des Jacobins, l’état-major de la Garde nationale dirigée par Hanriot et la Commune. Il espère bien pouvoir ressaisir la majorité parlementaire à la Convention le lendemain, avant de régler ses comptes avec ses ennemis, par l’entremise de la guillotine.

La même nuit du 26 au 27 juillet, ses ennemis se sont justement réunis dans la salle des délibérations du Comité de Salut Public ou s’est installé Saint-Just, proche de Robespierre, qui prépare un discours devant la Convention qu’il doit prononcer le lendemain.

Les hommes qui sont assis à côté de lui, Billaud etCollot, se demandent s’il n’est pas en train, sous ses airs studieux, de préparer benoîtement leur acte d’accusation. Barère, de son côté, craint une insurrection de la Commune en faveur de Robespierre. C’est pour la prévenir qu’il fait convoquer le maire de Paris Lescot-Fleuriot et qu’il le retient pendant quatre heures afin de désorganiser les préparatifs d’une éventuelle insurrection. Au lever du jour, Saint-Just quitte le Comité de Salut Public en promettant, pour rassurer ses collègues, de revenir lire son rapport vers 10 heures du matin avant de prononcer son discours.

Mais ses collègues l’attendront en vain jusqu’à midi, heure à laquelle Saint-Just leur fait parvenir un billet pour les prévenir qu’il lira son discours directement à la Convention. Il ne sait pas que ce billet le condamne à mort.  Car, dés qu’ils sont prévenus, furieux et inquiets, ils se précipitent à la Convention dont la séance a commencé à onze heures.

De plus, le Comité de Salut Public, la Convention et à fortiori le Club des Jacobins ignorent qu’une conspiration s’est nouée dans la nuit, qui leur ôte les cartes des mains. Le discours de Robespierre a indirectement dénoncé et donc directement menacé Barras, Fouché, Tallien, Lebon et Carrier. Ces hommes se sont précipités auprès des chefs de la Plaine, Boissy d’Anglas, Durand-Maillane ou Palasne-Champeaux, leur promettant la fin de la Terreur en échange de leur soutien. Ces derniers sont inquiets des risques qu’implique une conspiration contre Robespierre, mais ils finissent par s’y rallier, rassurés par la participation de Carnot et Barère au complot. Pour contrer la puissance manœuvrière de Robespierre à la Convention, ils mettent au point une tactique qui va se révéler payante : l’empêcher de prendre la parole en couvrant ses déclarations par des hurlements.

À onze heures,le 27 juillet 1794 (9 thermidor an II), la séance est ouverte par le Président Collot d’Herbois. Les tribunes, prévues pour neuf cent personnes, sont pleines à craquer depuis cinq heures du matin.

Le match sanglant peut commencer.

Saint-Just, vingt sept ans, très élégant dans son habit chamois et son gilet blanc, monte à la tribune. Il n’a que le temps d’entamer son discours que Tallien, qui a compris qu’il va se prononcer en faveur de Robespierre, l’interrompt, l’accusant de parler en son nom personnel et non en celui du Comité de Salut Public. C’est à ce moment là qu’arrivent, essoufflés, les membres du dit Comité, dont Billaud-Varenne qui  escalade la tribune et accuse Saint-Just de ne pas avoir respecté son engagement de soumettre son discours aux membres du Comité de Salut Public.

Comme Saint-Just ne répond pas, Billaud-Varenne s’attaque à Robespierre et lorsque celui-ci veut répondre, les conjurés, comme convenu, crient « À bas le tyran ! » pour couvrir sa voix.  Saint-Just, qui n'a pas quitté la tribune, se contente de regarder. Billaud-Varenne, dans le vacarme et la confusion, demande l’arrestation d’Hanriot et de son état-major et aussi celle de Dumas, le président du Tribunal révolutionnaire, ce qui provoque la réaction de Robespierre qui monte à la tribune mais ne peut s’exprimer, sa voix étant couverte par la clameur des « À bas le tyran ! » qui fusent de l’assemblée et des tribunes.

Le président Collot d’Herbois donne alors la parole à Barère qui fait voter un décret ôtant à Hanriot le commandement de la garde nationale. Vadier et Tallien lui succèdent, auxquels Robespierre tente de répondre mais dés qu’il ouvre la bouche les cris couvrent sa voix. On l’entendra néanmoins prononcer cette adresse fameuse et paradoxale à Thuriot, lui qui a fait tuer des dizaines de milliers de personnes : « Pour la dernière fois, président d’assassins, je te demande la parole » à laquelle Thuriot, qui a remplacé Collot d’Herbois à la présidence, répond platement qu’il n’aura la parole qu’à son tour.

 

Dans ce tohu-bohu, c’est un député de l’Aveyron, Louis Louchet**, montagnard et ami de Danton que Robespierre avait fait guillotiner le 5 avril précèdent, qui ose  demander un décret d’arrestation contre Robespierre...

* Georges Couthon sera logiquement guillotiné avec Robespierre et Saint-Just, le 28 juillet 1794, le surlendemain des faits relatés ici.

** Louis Louchet a continué sa carrière sous le Directoire et l’Empire comme Receveur des Impôts dans le département de la Somme…

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Le jour où Cambon terrassa Robespierre

3 Novembre 2013 Publié dans #HISTOIRE

 

Donc (voir mon blog du 9 octobre dernier, intitulé " À l'été 1794, un trou noir surgit au coeur du pouvoir"), le 26 juillet 1794, Robespierre montait à la tribune de la Convention et passait à l'attaque…

 

CambonDésorientant les députés, il appelle à épurer sans plus attendre les deux Comités, le Comité de Salut Public et le Comité de Sûreté Générale. Les admirateurs de Robespierre oublient souvent de préciser que c’est en s’attaquant à la gauche de l’Assemblée et non à la droite, qu’il est tombé : pour s’assurer du soutien de la droite, Robespierre rappelle d'ailleurs au cours de sa harangue comment il avait sauvé soixante-quinze Girondins, puis il s’attaque à la gauche de l'hémicycle en la stigmatisant pour son système financier suspect, sa exécrable conduite de la guerre et le mauvais usage qu’elle faisait  de la Terreur.

Il déclare notamment : « La contre-révolution est dans l'administration des finances... Quels sont les administrateurs suprêmes de nos finances ? Des Brissotins, des Feuillants, des aristocrates et des fripons connus : ce sont les Cambon, les Mallarmé, les Ramel. »

Stupéfaite, l'Assemblée commence par approuver Robespierre. Mais il vient de mettre en cause nommément Pierre Joseph Cambon. Ce dernier n’est pas un député anonyme : négociant en toiles à Montpellier et député de l’Hérault, il fait partie du Comité de Salut Public depuis avril 1793. Sa réputation d’expert financier lui a valu de devenir Président du Comité des Finances. Il a présidé plusieurs fois la Convention. C’est lui qui a fait voter le Décret sur l’administration révolutionnaire française des pays conquis, à propos duquel il a écrit au Général Dumouriez chargé d’administrer la Belgique conquise : « Quand on aura ruiné les Belges*, quand on les aura mis au même point de détresse que les Français, alors on les admettra comme membres de la République ». Ce n’est donc pas un tendre ! C’est lui aussi qui a fait approuver la loi sur la confiscation des biens du clergé et qui a créé le 24 août 1793 le  Grand-Livre de la Dette publique par lequel  la Convention, afin de rallier les rentiers à la Révolution, reconnaît les dettes de l’Ancien Régime.

À cet instant, sa peau ne vaut plus très cher, c’est pourquoi il a le courage de monter à la tribune pour contrer Robespierre où il déclare dans un silence de mort : « Avant d'être déshonoré, je parlerai à la France, un seul homme paralyse la volonté de la Convention : Cet homme c'est Robespierre ! ».

Le discours de Robespierre avait été suffisamment général pour que, peu ou prou, chacun des Conventionnels présents se sentent visés par ses imprécations. La réponse de Cambon et le silence de Robespierre, empêché de parler par Thuriot qui présidait ce jour là la Convention, firent que d’autres Conventionnels prirent assez de courage pour se ruer à la tribune, comme Billaud-Varenne qui hurla : « Il faut arracher le masque ! J'aime mieux que mon cadavre serve de trône à un ambitieux que de devenir par mon silence complice de ses forfaits ! », suivi par Panis qui se fit un devoir d’avertir la Convention qu'une liste de proscrits avait déjà été dressée puis par Challier qui somma Robespierre de se dévoiler: « Quand on se vante d'avoir le courage de la vertu, il faut avoir celui de la vérité. Nommez ceux que vous accusez ! » ce qui conduisit laConvention à désapprouver  Robespierre.

 

Ce dernier quitta derechef la séance pour se rendre au Club des Jacobins où il se fit acclamer en dénonçant la gauche du Comité de Salut Public, tandis que Collot d’Herbois et Billaud-Varenne partaient immédiatement aux Tuileries pour avertir le Comité de Salut Public, hostile en majorité à Robespierre, de la fronde de la Convention. 

* l’ironie de l’histoire voulut que Pierre Joseph Cambon fut contraint de s’exiler sous la Restauration chez les Belges, ceux la même qu’il voulait affamer. C’est à Bruxelles qu’il est mort le 15 février 1820…

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À l'été 1794, un trou noir surgit au coeur du pouvoir...

9 Octobre 2013 Publié dans #HISTOIRE

 

En cette paisible année 1794, tandis que le doux Robespierre, qui était « personnellement » hostile à la peine de mort, se voyait contraint de couvrir la France de sang pour que vive sa conception de la République (voir mon blog du 26 septembre dernier intitulé « La Convention liquide ses opposants »), la guerre déclarée par les Conventionnels à l’Europe entière se poursuivait  au dehors.

trou-noir-1La formidable dictature militaire qu’était devenue la France était à l’offensive, appliquant aussi, il n’y avait pas de raison, la terreur à ses ennemis. Les Autrichiens évacuèrent la Belgique, les Prussiens se replièrent en Westphalie et les Anglais au Hanovre. Dugommier envahit la Catalogne, Moncey occupa Saint-Sébastien et sur les Alpes le général Bonaparte proposa l'invasion de l'Italie. Sur les mers, la situation était moins favorable : les comptoirs des Indes, St Pierre et Miquelon et la Martinique étaient tombés aux mains des Anglais et Haïti se trouvait plongé en pleine guerre civile.

On entendit à la Convention, l’ineffable Barère (qui est parvenu à mourir dans son lit en 1841) dénoncer « les perfidies et tous les genres de corruptions et de crimes employés par le gouvernement anglais », afin de proposer à la Convention, le 26 mai 1794, d’exécuter les prisonniers anglais et hanovriens. Exécuter !

En outre, le 4 juillet, la Convention décidait que les troupes ennemies occupant des places françaises qui, après sommation, ne se rendraient pas dans les 24 heures, seraient passées au fil de l’épée. Tout bonnement. On nage en plein délire sanglant : avez vous lu à l’école le moindre livre d’histoire qui vous narre  ces faits avérés, au doux pays des Droits de l’Homme ?

Cependant, au premier semestre 1794, dans une atmosphère de règlement de comptes entre mafias antagonistes,une sorte de trou noir aspirant tous ses acteurs vers la guillotine, finit par apparaître au centre du pouvoir.

La Terreur, que la Convention avait justifiée par le risque d’invasion étrangère, était naturellement devenue une machine à abattre toute personne susceptible de gêner le pouvoir, quand ce n’était pas au hasard ou pour remplir les quotas.

Tout indiquait que le pouvoir était entre les mains des malades mentaux les plus dangereux qui aient jamais gouverné la France.

Le premier d’entre eux, l’Incorruptible, concoctait une nouvelle « épuration », à sa gauche cette fois-ci, tandis que ses collègues le soupçonnaient depuis la cérémonie de l’Être Suprême, de vouloir accéder à la dictature. À partir du 29 juin 1794, Robespierre ne paraissait plus au Comité de Salut Public pour préparer ce nouveau coup de filet sanglant, tout en continuant à fréquenter régulièrement le Club des Jacobins dont il faisait exclure ses ennemis. 


Dans ce vide vertigineux qui les aspirait vers la mort, ceux qui se sentaient menacés par Robespierre se rapprochèrent et s'unirent pour faire face à l'épreuve de force.

C’est alors que Robespierre se décida à passer à l’attaque le 26 juillet 1794, en montant à la tribune de la Convention. 

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La Convention liquide ses opposants

26 Septembre 2013 Publié dans #HISTOIRE

Poursuivant la série de blogs que je publie sur la Terreur, j’écrivais dans mon blog du 31 août dernier, intitulé « La Terreur pour quoi faire ? » que la famine menaçait le pouvoir de la Montagne.

Le pere duchesneOui, elle menaçait le pouvoir de la Montagne, débordée sur sa gauche par les « enragés », conduits notamment par
Jacques Roux, qui avait eu l’audace de dénoncer les vains mots que représentaient pour les affamés les grands principes révolutionnaires de la Convention.

La Convention y répondit à sa manière habituelle, en le faisant arrêter, et sachant le sort qui l’attendait, il eut l ‘élégance de se donner la mort en prison. Du coup, les autres « enragés » comprirent la leçon, si bien qu’à l'automne 1793 la faction des enragés n'existait plus.

Plus dangereux pour la Montagne, les Hébertistes s’emparèrent à leur tour de la question des subsistances. Ils étaient en effet soutenus par la Commune, très populaires auprès des sans-culottes et disposaient de deux appuis au Comité de Salut Public avec Billaud-Varenne et Collot d’Herbois. De plus, le club des Cordeliers leur était acquis et ils pouvaient compter sur l'armée révolutionnaire.

Hébert réclamait non seulement la mort pour les accapareurs, mais exigeait la déchristianisation forcée du pays, provoquant l’inquiétude de la Convention qui craignait de susciter une opposition radicale de la part des catholiques. Lorsqu’en mars 1794, Hébert tenta de prendre la direction de l'agitation contre le coût des subsistances, la Convention le fit exécuter, lui et ses lieutenants, sans provoquer, à son grand soulagement, de réactions dans les faubourgs.

Les Indulgents avaient de leur côté l’outrecuidance d’estimer que le processus de la Terreur allait trop loin. Vraiment ? Comment pouvaient-ils dire de telles énormités ? La Convention fit donc exécuter ces naïfs opposants de droite, dont Camille Desmoulins et Danton, guillotinés le 5 avril 1794.

Robespierre dominait désormais le Comité de salut public. Il faisait remplacer tous les tribunaux révolutionnaires de province par le seul Tribunal Révolutionnaire de Paris, afin d’accélérer le rythme des supplices :

le 18 avril 1794, dix-sept hommes et femmes accusés d'affamer le peuple sont éxécutés, 

le 20 avril 1794, ce sont vingt-quatre parlementaires qui passent à la guillotine, 

le 22 avril, c'est le tour de Malesherbes, Le Chapelier et Thouret,

le  le 8 mai, les vingt-sept fermiers généraux, dont Lavoisier, sont exécutés,

    le 10 mai, Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI, est guillotinée.

Ce n’était apparemment pas assez.

Le 10 juin 1794, la loi, dite du 22 prairial an II, s’efforça d’accélérer encore les exécutions, inaugurant la période dite de la « Grande Terreur » : cette loi déclarait que « le Tribunal Révolutionnaire de Paris a en charge de punir les ennemis du peuple dans les délais les plus courts, que la peine portée contre tous les délits dépendant dudit tribunal est la mort, que, s'il existe des preuves soit matérielles soit morales il ne sera pas entendu de témoins, que la loi donne pour défenseur aux patriotes calomniés des jurés patriotes ; elle n'en accorde point aux conspirateurs. »

Les auditions de témoins et les plaidoiries étant supprimées, les débats devenaient très succincts. On vit des erreurs de noms, des amalgames de personnes, des prisons entières vidées et conduites à l'échafaud. Le 9 thermidor, la veille de l’arrestation de Robespierre, 45 personnes passeront encore sous la guillotine.

Cela n’empêche pas deux auteurs tout à fait contemporains, d’écrire un livre intitulé « Robespierre, reviens ! » et un lecteur enthousiaste, de publier le commentaire suivant :

« Oui aux idées humanistes: Robespierre, inspiré par les idées de Rousseau, était contre les violences et pour la liberté... Il faut se remettre dans le contexte de guerre de l'époque, comprendre les mesures d'exception qui furent prises par la Convention contre les traîtres à la nation, et toujours se souvenir que Robespierre était contre la peine de mort...oui, il était "quelqu'un de bien"! »

Un grand humaniste, ce Robespierre !

C'est pitié qu'on l'ait calomnié, ce pauvre homme qui devait se résoudre à faire exécuter des dizaines de personnes chaque jour, alors qu'il était contre la peine de mort.

Comme il devait souffrir...

Reviens Robespierre, pour leur expliquer ta vision de l'humanisme...

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Une mécanique programmée pour être folle

11 Septembre 2013 Publié dans #HISTOIRE

Comme en 1914, la situation  évolue de jour en jour dans la crise syrienne.  En ce moment, la proposition russe, sur une suggestion américaine, de geler et détruire les armements chimiques, semble de nature à écarter la menace d’explosion du conflit syrien.

Il reste une inconnue majeure : quel est l’objectif du gouvernement américain ? chasser Assad ou mettre fin à la guerre civile ? dans le premier cas, le gouvernement américain est en train de chercher un prétexte pour refuser l’offre russe. Dans le second cas, une conférence internationale sous l’égide de l’ONU est en vue.

Je ne vous dirai pas mon point de vue, il est sans intérêt, mais je vous propose plutôt de parcourir  le déroulement des évenements à partir du 30 juillet 1914, quand le tsar Nicolas II, écoutant ses militaires inquiets de se retrouver à découvert, signe par sécurité l’ordre de mobilisation générale, au lieu d’une mobilisation partielle.

tranchéeLe gouvernement français l’apprend deux heures plus tard ; il ne lui faut que cinquante-cinq minutes pour ordonner la mise en place d’une couverture militaire réduite.

Pour les Allemands, cette mobilisation générale signifie la guerre contre la Russie, donc contre la France, sauf si la Russie annule son ordre de mobilisation.

Il lui faut agir vite pour arrêter la guerre.

Le 31 juillet, l’Allemagne demande à la Russie d’arrêter ses préparatifs dans les douze heures et interroge la France sur sa neutralité en cas de conflit avec la Russie.

La France retire ses troupes de dix kilomètres pour éviter toute provocation.

L’Autriche-Hongrie décrète la mobilisation générale en réponse à celle de la Russie.

Du coup, à 17 h 40, l’ordre de couverture militaire complète est donné en France.

À 19 heures, La Belgique prescrit la mobilisation générale, en réponse à l’ultimatum du 29 juillet.

À 21 h, 40, au café du Croissant, rue Montmartre, Jaurès est assassiné par Raoul Villain, qui sera ensuite acquitté en 1919. 

L’Allemagne, quant à elle, est littéralement prise dans l’engrenage de ses plans militaires.

Si la Russie ne cède pas, il lui faut honorer son alliance avec l’Autriche-Hongrie.

Dès que la guerre sera déclarée, l’Allemagne ne peut pas porter toutes ses armées vers l’Est, en raison de la menace des soixante-quatorze divisions françaises massées sur ses arrières  et alliées aux Russes.

Il lui faut donc attaquer la France, et la France d’abord en raison des lenteurs connues de la mobilisation russe.

Il lui faut aussi attaquer la Belgique pour respecter le plan Schlieffen, au risque de déclencher la belligérance anglaise.

Le plan prévoit une victoire rapide contre la France, comme en 1870. Il sera temps ensuite de négocier avec le Royaume-Uni. Encore faut-il que le plan fonctionne.

Ce ne sera pas le cas.

Le 1er août, la Russie, résignée à la guerre, ne répond pas à l’ultimatum allemand.

La France rétorque qu’elle « fera ce que commanderont ses intérêts ». La répartie a de l’allure, encore que l’alliance franco-russe ne lui offrait pas d’autre choix que la guerre.

À 15 h 45, la France lance l’ordre de mobilisation générale. L’Allemagne fait de même à 17 heures, puis déclare la guerre à la Russie à 19 heures.

Le Royaume-Uni reste dans l’expectative.

À ce moment, le Kaiser s’adresse à son général en chef, Helmut Von Moltke, avec dans ses mots un tenu espoir d’échapper à la catastrophe totale mécaniquement inscrite dans le plan Schieffen :  « Alors, nous marchons avec toute l’armée, dans l’Est uniquement ? ».

Von Moltke, en bon professionnel de la guerre, lui répond : « notre marche de concentration, qui est prévue avec de grandes forces du côté de la France et avec de faibles effectifs du côté de la Russie, doit suivre son cours selon le plan fixé, si nous ne voulons pas tomber dans le désordre le plus total.»

Car, dès lors que les politiciens ont lâché les chiens, la parole n’est plus qu’à la meute.

Le 2 août, les troupes allemandes envahissent le Luxembourg. L’Allemagne remet un ultimatum à la Belgique à 19 heures, exigeant le libre passage des troupes allemandes.

Alors que la flotte française est regroupée en Méditerranée en vertu de l’entente cordiale, le Royaume-Uni informe la France qu’il ne tolérera pas d’actions allemandes contre les côtes françaises.

Le 3 août à 7 heures du matin, la Belgique rejette l’ultimatum allemand.

À 18 heures 40, l’Allemagne déclare la guerre à la France.

Le Royaume-Uni promet son soutien à la Belgique si sa neutralité venait à être violé. 

Le 4 août, l’armée allemande envahit la Belgique.

Le 5 août, la Grande-Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne en raison de sa violation de la neutralité de la Belgique.

Le 6 août, l’Autriche déclare la guerre à la Russie.

Le 11 août, la France déclare la guerre à l’Autriche-Hongrie.  

 

Le conflit le plus meurtrier de l’histoire de l’humanité était lancé, en attendant pire. 

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L'engrenage

9 Septembre 2013 Publié dans #HISTOIRE

Nous sommes à la veille d’une décision dramatique. Que les Etats-Unis ordonnent de bombarder la Syrie et un mécanisme incontrôlable sera lancé. Qu’ils renoncent, et toutes les cartes seront rebattues.

Nous avons l’exemple d’un extraordinaire mécanisme d’emballement qui s’est achevé par la destruction de l’Europe. Il date de 99 ans. J’ai écris les lignes qui suivent dans le cadre d’un ouvrage que je projette…

 

Attentat.jpgLe 28 juin 1914, l’héritier de l’Empire d’Autriche-Hongrie, l’archiduc François-Ferdinand et sa femme Sophie sont assassinés à Sarajevo. Neveu de l’Empereur François-Joseph, François-Ferdinand est inspecteur général des forces armées autrichiennes. Son entêtement à vouloir visiter Sarajevo le 28 juin 1914, le jour de la fête nationale de la Serbie, est considéré par les patriotes serbes comme une provocation, d’où l’assassinat du couple princier à coups de revolver par l’étudiant Princip.

Pendant un mois, l’événement n'entraîne en France aucune inquiétude particulière, au point que le président de la République Raymond Poincaré et le président du Conseil René Viviani maintiennent leur projet de voyage en Russie et en Scandinavie. Pendant que l’opinion publique se passionne pour le procès de madame Caillaux, ils sont reçus à Saint-Pétersbourg du 20 au 23 juillet.

Le 23 juillet à 18 heures, l’Autriche-Hongrie envoie son ultimatum à la Serbie. L’ultimatum exige le châtiment des coupables, l’arrêt de la propagande nationaliste et la participation de policiers autrichiens à l’enquête. Le gouvernement serbe dispose de 48 heures pour l’accepter. Cet ultimatum avait été soigneusement préparé.

Dés le 2 juillet, l’Allemagne avait assuré l’Autriche de son soutien. Trois jours plus tard, François-Joseph écrit à l’Empereur d’Allemagne, Guillaume II, en préconisant « l’élimination de la Serbie comme facteur politique dans les Balkans ».

Guillaume II adhère à ce but stratégique, malgré les risques de réaction de la Russie. Bertchtold, le ministre austro-hongrois des affaires étrangères convainc le conseil des ministres de déclarer la guerre à la Serbie, en se référant au soutien allemand. Il choisit la date du 23 juillet, quand Poincaré et Viviani quittent la Russie, pour éviter une réaction rapide du gouvernement français.

Le 24 juillet, les ambassades allemandes remettent une note aux gouvernements européens, insistant sur le caractère localisé du conflit. La Russie prône la modération à la Serbie et demande un délai supplémentaire à l’Autriche-Hongrie, avec l’appui de la France et de la Grande-Bretagne. Elle fait aussi savoir qu’elle ne restera pas neutre en cas de guerre austro-serbe.

Le 25 juillet, peu avant 18 heures, la Serbie fait savoir qu’elle accepte les termes de l’ultimatum, à l’exception de la participation des policiers autrichiens à l’enquête. L’Autriche-Hongrie répond qu’une acceptation partielle équivaut à un refus. Les relations diplomatiques entre les deux pays sont rompues. La Serbie, qui ne se faisait pas d’illusions, a ordonné la mobilisation générale de ses troupes depuis 15 heures. L’Autriche mobilise huit corps d’armée. La Russie lance des mesures de pré mobilisation.

Le 26 juillet, l’Allemagne demande à la France de modérer la Russie. La France refuse, par crainte d’affaiblir l’alliance franco-russe. La Grande-Bretagne propose de soumettre le différend à une conférence de quatre pays étrangers au conflit, l’Allemagne, l’Italie, la France et la Grande-Bretagne. L’Allemagne refuse, pour ne pas humilier l’Autriche-Hongrie, argumente t-elle.

Le 27 juillet, la Russie prend contact avec l’Autriche-Hongrie pour qu’elle réduise ses exigences à l’égard de la Serbie. L’Autriche refuse. Ce n’est que ce jour qu’en France, on commence à s’inquiéter sérieusement du risque de conflit et sur les boulevards parisiens, les syndicats organisent une manifestation contre la guerre.

Le 28 juillet, l’Autriche-Hongrie pousse les feux, c’est le cas de le dire : elle déclare la guerre à la Serbie. Le conflit peut encore rester limité. Tout dépend désormais du choix de la Russie. Le même jour, le tsar signe un ordre de mobilisation partielle de treize corps d’armées face à la frontière autrichienne. Ses généraux craignent que les Allemands ne l’interprètent comme une mobilisation générale, ce qui placerait la Russie en position d’infériorité. C’est pourquoi, par précaution, ils pressent le tsar de signer l’ordre de mobilisation générale.

Le 29 juillet, l’Allemagne prévient la Russie qu’un ordre de mobilisation générale de sa part entraînera la mobilisation allemande.

Un nouveau meeting contre la guerre se tient à Paris.

Le gouvernement allemand prépare déjà son plan Schlieffen. Dans ce cadre, il demande au gouvernement belge de « prévenir l’attaque française » en acceptant son assistance. Le soir, Guillaume II presse le tsar Nicolas II de laisser la Russie spectatrice du conflit austro-serbe, sans obtenir que l’ordre de mobilisation partielle contre l’Autriche soit levé. 

 

Le 30 juillet à 16 heures, le tsar franchit le Rubicon : il signe l’ordre de mobilisation générale. 

À SUIVRE. 

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La Terreur pour quoi faire?

31 Août 2013 Publié dans #HISTOIRE

« L’égalité par la guillotine », tel est le titre de mon blog historique du 27 août dernier. Comme tous étaient menacés d’être guillotiné, soixante-quatre mille personnes en neuf mois tout de même, tout souriait au régime politique de ces exécuteurs, pour lesquels certains ont  encore aujourd’hui de la tendresse.

Femmes-revolution.jpgMais la Terreur pour quoi faire ?

La Terreur pour la terreur ? L’enchaînement des faits menait à grands pas vers cette extrémité…

La prétention de la Montagne d’être bienfaisante pour le peuple était démentie par l'accroissement de la misère.

Lorsqu’en février 1793, une délégation des quarante-huit sections de Paris réclama l'établissement d'un maximum pour le prix du blé à la Convention, cette dernière fit la réponse suivante aux affamés :

« La ruine du despotisme, le règne de l'égalité, le triomphe des principes de l'éternelle justice reconnus, voilà une partie de nos dédommagements »

En d’autres termes, contentez-vous de l’égalité pour nourriture !

Trois mois plus tard, sous la pression de l’émeute, La Convention finissait cependant par céder, en instituant un maximum pour le prix du grain. Par cette loi, tout achat ou vente de grain au-dessus du prix imposé était passible d'amende et de la confiscation des marchandises, tout détenteur de grains était également tenu d'en faire la déclaration et l'autorité pouvait requérir tout détenteur de grains d'en apporter au marché la quantité jugée nécessaire. 

Déjà l’illusion de régler les problèmes économiques par décret, une illusion qui nous est familière !

Aussitôt les paysans cessèrent d'apporter leurs produits sur les marchés, augmentant encore la pénurie, et provoquant en retour de la part de la Convention un prurit réglementaire encore plus violent, qui se traduisit par la loi du 29 septembre 1793. Cette loi instituait le maximum général sur toutes les denrées de première nécessité et les salaires.

Le blocage des salaires ne fut évidemment pas populaire auprès des ouvriers, qui en voulurent, comme on en vit les conséquences plus tard, au Comité de Salut Public et à Robespierre.

À l’automne 1793, ce furent des femmes du peuple qui attaquèrent les chariots chargés de nourriture entrant dans Paris. La Convention y répondit par l’invention des cartes de rationnement qui bénéficiaient en priorité aux patriotes, deux mois après avoir institué les « cartes de civisme », qui attestaient de la pureté révolutionnaire du détenteur.

Les autorités locales reçurent les pleins pouvoirs pour enquêter, perquisitionner et appliquer la peine de mort pour les thésauriseurs.

Dans ses mémoires, la marquise de La Tour-du-Pin observe l’arrivée de la « carte » à Bordeaux :

« Pour éviter toute fraude dans la distribution des cartes, on ordonna que, dans chaque maison, on placarderait sur la porte d’entrée une affiche, délivrée également à la section, sur laquelle seraient inscrits les noms de toutes les personnes habitant la maison. Cette feuille de papier, entourée d’une bordure tricolore, portait en-tête : « Liberté, Égalité, Fraternité ou la mort ». Le pain de section, composé de toute espèce de farines, était noir et gluant et l’on hésiterait maintenant à en donner à ses chiens. Il se délivrait sortant du four, et chacun se mettait « à la queue », comme on disait, pour l’obtenir…

Quand deux ou trois cents personnes, chacune attendant sa livre de viande, étaient rassemblées devant la boucherie, les rangs s’ouvraient sans murmure, sans une contestation, pour donner passage aux hommes porteurs de beaux morceaux bien appétissants destinés à la table des représentants du peuple, alors que la plus grande partie de la foule ne pouvait prétendre qu’aux rebuts. »

Les listes d’habitants affichées à l’entrée des maisons n’empêchaient pas les perquisitions des commissaires du peuple, prétextant la recherche de nourriture stockée. Les contemporains décrivent comment les inspecteurs fouillaient dans tous les coins, forçant les coffres-forts, brisant les sceaux des lettres, des testaments, sautant sur la moindre feuille de papier dont les phrases banales étaient censées dissimuler des codes secrets, saisissant les assignats, l’or, l’argent, les bijoux.

La plupart des perquisitions étaient fondées sur la délation, comme sous l’Occupation, une délation encouragée dans les termes suivants par le député de la Convention, Jean-Pierre André Amar, ce riche reconverti dans la surenchère terroriste  : « Dénoncez, dénoncez ! le père doit dénoncer son fils, le fils son père. Il n’y a pas de patriotisme sans dénonciation ».

Où l'on constate que la bonne conscience ne connaît pas de bornes !

 

 

Mais la famine menaçait le pouvoir de la Montagne, comme l’absence de croissance et le chômage menacent le gouvernement Jean-Marc Ayrault.   

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L'égalité par la guillotine

11 Août 2013 Publié dans #HISTOIRE

 Tandis que la Convention massacrait cent à deux cent mille personnes sur les huit cent mille habitants de la Vendée militaire, perpétrant le plus terrible génocide que la France ait connue, plus importante peut-être que celle des Guerres de Religion, elle procédait par la force à une levée en masse de soldats.

guillotine.jpgC’était cette levée en masse qui avait fortement contribué aux violentes révoltes contre la Convention, qui avaient mobilisé Lyon, Bordeaux, Marseille, la Normandie, la vallée du Rhône et bien sûr la Vendée. L’importance numérique de sa population à la fin du XVIIIe siècle donnait à la France un grand avantage par rapport à une coalition de pays aux populations plus faibles : alors que la France comptait vingt-sept millions d’habitants, la Prusse, l’Autriche et l’Angleterre en rassemblait à peine 30 millions à elles trois et l’Espagne pas plus  de dix millions. On se souvient que c’est la France qui avait déclaré la guerre à l’ensemble des pays européens.  

Sur les frontières, la levée en masse, effectuée avec brutalité, permit donc de rassembler un effectif considérable, cinq cent mille hommes répartis en quatorze armées, ce qui assura la supériorité numérique des troupes françaises sur l’ensemble des troupes coalisées et les obligea à se replier. C’est ainsi que sur le front de l'Est, les armées de Moselle et du Rhin repoussèrent les austro prussiens au-delà du Rhin où elles prirent leurs quartiers d'hiver. 
Sur les Pyrénées, les Espagnols furent contenus.

Tout réussissait à ce gouvernement révolutionnaire, qui avait découvert que la terreur était l’arme politique absolue, comme Billaud-Varenne le reconnaissait en novembre 1793 : « Le nouveau gouvernement sera terrible pour les conspirateurs, coercitif envers les agents publics, sévère pour les prévarications, redoutable aux méchants, protecteur des opprimés, inexorable aux oppresseurs, favorable aux patriotes, bienfaisant pour le peuple ».

Terrible et inexorable, certainement.

Une armée de sans culottes sillonnait la province, avec pour mission de terroriser les opposants et les tièdes. La « loi des suspects » permettait aux comités révolutionnaires de surveillance d’arrêter qui bon lui semblait. Cette loi proclamait qu’étaient déclarés suspects :

« Ceux qui par leur conduite, leurs relations, leurs propos ou leurs écrits se sont montrés partisans de la tyrannie, du fédéralisme et ennemis de la liberté ;

« Ceux qui ne pourront justifier de leurs moyens d'existence et de l'acquit de leurs devoirs civiques ;

« Ceux qui n'auront pu obtenir de certificat de civisme ;

« Les ci-devant nobles qui n'ont pas constamment manifesté leur attachement à la Révolution,

« Les émigrés, même s'ils sont rentrés,

« Les prévenus de délits, même acquittés… »

Depuis « l’inauguration » de la guillotine sur un voleur de grand chemin, Nicolas-Jacques Pelletier, le 25 avril 1792, la première utilisation politique de la guillotine viendra moins de quatre mois plus tard avec l’exécution de Laporte, le 23 août 1792. Puis le nombre d’exécutions s’accrut régulièrement pour atteindre trente par jour à Paris après la loi sur le tribunal révolutionnaire du 10 juin 1794.

On procéda notamment à l’exécution de Marie-Antoinette le 15 octobre 1793 après un procès odieux où Hébert essaya de l’accuser de crimes sexuels sur son fils, et à celle de Philippe Égalité le 6 novembre 1793, bien mal récompensé de son zèle révolutionnaire.

La guillotine, présentée à l’Assemblée Constituante le 28 novembre 1789 par le docteur Joseph Guillotin, avait été conçue par le chirurgien Antoine Louis, lui-même inspiré d’un dispositif utilisé en Italie et perfectionné par un mécanicien allemand, Tobias Schmidt, qui inventa le couperet en forme de trapèze. Elle avait pour but d’assurer une mort immédiate et sans souffrance, une invention humanitaire en somme. Le docteur Guillotin y voyait, pour se situer dans l’air du temps, un moyen d’introduire l'égalité de tous les citoyens face à la peine capitale.

Le 3 juin 1791, l'Assemblée constituante édicta que « tout condamné à mort aura la tête tranchée », après que les députés eurent repoussé une suggestion visant à abolir la peine de mort, émanant de Robespierre, ce grand humaniste !

De septembre 1793 à juillet 1794, environ 50 guillotines furent installées en France, fonctionnant jusqu'à 6 heures par jour à Paris pendant les mois de juin et juillet 1794. On estime que 20000 personnes à Paris et 42000 personnes en Province furent guillotinées pendant cette période de neuf mois.

Ainsi, le docteur Guillotin, qui voulait humaniser la peine de mort, avait abouti à la multiplication des exécutions parce qu’il les avait rendues techniquement et moralement plus faciles, puisqu’elles n’entraînaient pas de souffrances « inhumaines ».

 

Il faut donc se méfier des bonnes intentions proclamées des gouvernants, qui sont toujours utilisées en pratique à leur profit exclusif.

 

 

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Le génocide vendéen

2 Juillet 2013 Publié dans #HISTOIRE

 

Après mon blog du 11 juin intitulé « Meurtres en série dans les villes révoltées » consacré à la sauvage répression de la Convention contre son opposition politique, j’en viens aux plus hauts faits de la Convention qui se situent incontestablement en Vendée.

vendee.jpgLa guerre commença mal pour la Convention : le 23 juin 1793, l'armée vendéenne occupait Angers. Le 29 juin, elle débutait le siège de Nantes. L'armée républicaine de Westermann était écrasée par les Vendéens à Chatillon-sur-Sèvre, mais l'assaut vendéen contre Nantes échouait.

Sur le rapport de Barère (toujours lui), la Convention faisait raser les maisons et brûler les récoltes en Vendée, mais, malgré les quinze mille hommes supplémentaires commandés par Kléber, ce dernier était encore battu par les troupes de Charrette.

Finalement, il faudra quatre colonnes réunies pour battre, après deux jours de combat, l'armée catholique et royale à Cholet le 17 octobre 1793. Puis, le 12 décembre 1793, la colonne vendéenne sera surprise au Mans par Marceau et complètement défaite. Acculés à la Loire, douze à quinze mille vendéens sont alors massacrés, après qu’ils se soient rendus et cela  sur ordre de Prieur-de-la-Marne, qui fit fusiller tous les prisonniers, hommes et femmes, après les avoir dépouillés de leurs vêtements en vue de les récupérer. Il y eut tout de même des survivants qui parvinrent à traverser la Loire et à se jeter dans les Mauges où ils continuèrent le combat pendant deux ans de plus.

Lorsque les troupes vendéennes eurent été battues et exterminées, le général Grignon ordonna de passer au fil de la baïonnette tous les habitants de la Vendée. Le général Turreau précisa que « La Vendée devait être un cimetière national ». À partir du 21 janvier 1794, ce dernier lança sur ordre de la Convention, douze « colonnes infernales » qui convergèrent vers le centre de la Vendée en exterminant tous les êtres humains qu’elles trouvèrent sur leur passage, hommes, femmes, enfants, tandis que le reste, fermes, bois, récoltes, était brûlé.

Ainsi, au nom de la liberté, les pires barbaries furent commises, femmes enceintes éventrées, prisonniers noyés dans la Loire ou étouffés dans des pontons hermétiquement clos.

Nous qui sommes glacés d’effroi par la froide cruauté d’Hitler, de Staline ou de Pol Pot, nous ne pouvons accepter l’idée que les hommes de la glorieuse Révolution, rassemblés dans la Convention, les ont encore dépassé en horreur, d’autant plus que la République, celle qui nous régit aujourd’hui se refuse encore à reconnaître la responsabilité de la Première République dans ce génocide. 

On peut être certain que ces fauves assoiffés de sang qu'étaient Robespierre, Saint Just, Marat, Barère, Prieur-de-la-Marne, Turreau, Grignon, pour n’en citer que quelques uns, n’auraient pas hésité à massacrer les trois quart de la population française pour sauver la partie « saine », celle qui acceptait par peur ou par conviction de se soumettre à leurs idées monstrueuses. Et l’on fustige Staline, mais il n’a fait que suivre leurs pas, et de loin encore !

Au nom de la liberté, au nom de la République, sur ordre de la Convention, de cent à trois cent mille personnes, selon les estimations, ont été massacrées de la sorte, sur les huit cent mille habitants de la Vendée militaire.

Ne croyez pas ceux qui insinuent qu’il s’agissait d’excès commis par des militaires trop zélés. Des ordres d’extermination formels ont été donnés par la Convention, selon la loi du 1er août 1793, dite « d’anéantissement de la Vendée ». Lisez le compte rendu du général Turreau, cet ignoble bourreau, qui rend compte de ses faits d’armes au Ministre de la Guerre : 

« Le général de brigade Huché, qui commande à Chollet une forte garnison avait reçu l'ordre de moi de dissiper tous les rassemblements qui pourraient se former aux environs. Instruit qu'il y avait sept ou huit cents brigands à la Gaubretière qui inquiétaient Mortagne, Huché part de Chollet avec un fort détachement, et, par une marche nocturne et rapide, surprend les ennemis. Cinq cents ont été taillés en pièces, parmi lesquels un grand nombre de femmes, car les femmes s'en mêlent plus que jamais. »

Comment ces « brigands » ont–il été tués ? le général Huché en rend compte : « Plus de cinq cents, tant hommes que femmes, ont été tués. J'ai fait fureter les genêts, les fossés, les haies et les bois, et c'est là qu'on les trouvait blottis. Tout a passé par le fer, car j'avais défendu que, les trouvant ainsi, on consommât ses munitions. » Des malheureux décapités, les oreilles coupées, les femmes, les enfants, les vieillards…

Si le terme de génocide a un sens, il s’applique sans aucun doute à l’action de la Convention en Vendée, perpétré par des responsables politiques et militaires français sur leur propre peuple, avec pour objectif de terroriser tous ceux qui auraient l’intention de se révolter contre la Convention.

 

Or les députés de la Ve République n’ont pas encore trouvé le temps de donner suite à une proposition de loi déposée en février 2007 à l’Assemblée nationale  par neuf députés visant à la « reconnaissance du génocide vendéen » et le comble est sans doute que le nom du général Turreau fasse toujours partie des six cent soixante personnalités dont le nom est inscrit sur l’Arc de Triomphe, qu’il déshonore...

 

 

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Meutres en série dans les villes révoltées

10 Juin 2013 Publié dans #HISTOIRE

 

Le 23 mai dernier, J’ai conclus mon dernier blog sur le pouvoir politique sous la Terreur, intitulé « la première Constitution de la République, escamotée »  en évoquant l’extreme férocité avec laquelle la Convention avait entreprit d’éliminer, un par un, les foyers fédéralistes répartis sur le territoire français.

 Terreur

Le 13 juillet 1793, à Pacis-sur-Eure, les bataillons fédéralistes de Puisaye marchant sur Paris sont attaqués et défaits par les gardes nationaux fidèles à la Convention.

Apprenant la nouvelle, les fédéralistes de Bordeaux, qui avaient entamé leur propre marche sur Paris, rebroussent chemin le 31 juillet. Le 16 octobre 1793, Bordeaux sera repris par l' « armée » de Brune.
La marquise de La Tour du Pin a en été le témoin direct et j’en ai rendu compte dans deux de mes blogs précédents.  Après avoir décrit cette « armée de bourreaux », leurs atrocités, et les fanfaronnades des fédéralistes, elle raconte aussi la couardise de ces derniers, alors qu’ils étaient « une troupe armée de 800 ou 1000 jeunes gens des premières familles de la ville », « rangée derrière une nombreuse batterie en avant de la porte ». Elle s’étonne qu’ils aient pu se soumettre « sans résistance à 700 misérables, appuyés par deux canons seulement ».

À Lyon, la ville avait organisé un gouvernement de salut public et levé une armée de 10.000 hommes commandée par un ancien émigré royaliste, le Comte de Précy.

La Convention décida d'assiéger la ville le 9 août. Les troupes républicaines entrèrent dans la ville après deux mois de siège. Sur la base d’un rapport de Barère, la Convention vota la destruction de Lyon. Le décret précisait que « La ville de Lyon sera détruite…Le nom de Lyon sera effacé du tableau des villes de la République… La réunion des maisons conservées portera le nom de Ville Affranchie… Et qu’il sera élevé sur ses ruines une colonne qui portera la mention: Lyon fit la guerre à la Liberté. Lyon n'est plus ».

La répression fut atroce : sur ordre de Collot d'Herbois. 6000 personnes périrent en une journée par le canon chargé à mitraille et par le fer, puis furent jetées dans le Rhône.

Marseille fut reprise aux fédéralistes le 25 août, où Barras organisa un tribunal révolutionnaire. 
C’est alors que, de peur, Toulon se donna aux Anglais et qu’il faudra attendre l'arrivée de Bonaparte pour qu’elle soit reconquise le 19 décembre. Ce jour-là, les Toulonnais furent convoqués au Champ de Mars, où se déroulèrent les exécutions sommaires d’un millier de personnes environ, tandis que la ville, rebaptisée Port-la-Montagne, était en partie détruite et ne gardait que le quart de ses habitants.

 

La répression s’avérant plus difficile en Vendée, la Convention hissa la sauvagerie de la répression à un niveau inégalé dans l’histoire de la France.

Est ce cette répression que Vincent Peillon, notre actuel Ministre de l’Éducation, approuve dans son ouvrage « La Révolution Française n’est pas terminée », lorsqu’il juge que cette dernière se caractérise par « la présence et l’incarnation d’un sens,  d’une regeneration et d’une expiation du peuple français » ? 

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